22.
- Ca fait tellement plaisir de te revoir, capitaine !
La blonde seconde de l'Arcadia avait attendu une partie de l'après-midi qu'il pose ses affaires, puis elle s'était précipitée à son appartement du château arrière.
Et en un réflexe irraisonné, elle s'était jetée à son cou, avant que ses joues ne s'empourprent et qu'elle ne recule tout aussi précipitamment !
- Désolée…
- Presque huit mois que nous ne nous sommes vus, tu m'as manqué, reconnut-il.
- Tu as bonne mine. Et Alhannis est resplendissant !
- Moi, je dirais qu'il est grognon. Il a déjà une dent et on voit des grains de riz se préparant à sortir.
- Il est vraiment trop magnifique dans ce petit costume, fit la jeune femme en posant sa main sur le bidon du bébé. Il va avoir un an, c'est incroyable.
- Il pousse à son rythme. Et je peux t'assurer qu'il profite de tous les instants.
- Ca a dû lui faire plaisir de revoir sa mère ? glissa Kei.
- Je pense. Mais c'est encore trop épisodique que pour qu'il se souvienne d'elle…
- Je me suis laissé dire qu'elle avait séjourné sept semaines dans ton château d'Heiligenstadt ? reprit la jeune femme en combinaison azur.
- Oui, on était coupés du monde, ça a fait beaucoup de bien. Je la revois dans trois mois, à son escale de Loumerk.
- Et… entre vous deux ? reprit Kei qui se sentait très indiscrète mais voulait aussi absolument savoir !
- Disons qu'on a eu pas mal de bons moments, se contenta de lâcher le capitaine de l'Arcadia avant, effectivement, de se refermer comme une huître.
- Je vais te laisser finir de te réinstaller. Je serai sur la passerelle, si tu as besoin de moi ?
- Oui, tu me feras le point de la situation tout à l'heure, fit-il un peu distraitement, Cyvelle emmenant Alhannis à sa chambre.
Quelques minutes plus tard, les portes de l'appartement se rouvraient, livrant passage à Toshiro, suivi d'une Jurassienne aux bras chargés de bouteilles et de verres !
L'œil marron d'Albator brilla de contentement.
- J'allais vous appeler !
Albator et Fulker Orhon étaient en pleine discussion quand Kei revint sur la passerelle.
- Un différend à régler entre deux Marins. Je suis à présent toute à toi, capitaine !
- Et comment je dois interpréter cela ? ironisa-t-il, la faisant rougir comme une pivoine.
Elle bafouilla quelque chose d'inintelligible en se dirigeant vers sa console.
- Fais-moi juste le point sur notre position actuelle, pria Albator.
- L'Arche des Carsinômes s'est arrêtée en orbite de Lurah VII. Nous l'aurons rejointe d'ici quinze jours. Ils se sont posés pour un moment, donc ils nous attendront le temps nécessaire.
- Et, qu'est-ce que tu leur as dit ? s'inquiéta le capitaine de l'Arcadia.
- Rien de confidentiel ou qui ne relève du secret médical. Je les ai informés qu'une Carsinoé aidait nos ennemis Pirates. S'ils ont des réponses pour toi, ils ont promis de tout dire, mais vu la désillusion au vu de la vérité sur leurs déesses, je crains que toutes leurs croyances ne soient remises en question et qu'ils ne sachent finalement plus rien d'elles !
Kei se pinça la lèvre.
- C'est encore auprès de Talmaïdès que tu aurais le plus de chance de trouver des réponses.
- Mais je n'ai absolument pas l'intention de frôler une nouvelle fois la mort ! Jéobald ?
- Galahane nous informe qu'il a surmonté la peine d'avoir vu tout ce en quoi il croyait être réduit à néant par quelques mots, mais il est désormais comme un mort vivant… S'ils peuvent t'aider, les Carsinômes le feront mais Galahane veut que tu ne te berces pas d'illusions, d'eux tous c'est finalement toi qui as côtoyé au plus près les Carsinoés : Dambale, Talmaïdès et cette Malahèdre !
- C'est fou ce que la chance peut être avec moi ! grinça le grand corsaire balafré.
- Tu t'en es sorti, remarqua la blonde seconde de l'Arcadia.
- Mais à quel prix ! soupira son capitaine en se dirigeant vers son fauteuil.
Du regard Kei le suivit, le cœur étreint par une angoisse qui remontait soudain.
Il s'y assit, indifférent à ce qui l'entourait, buvant un verre de red bourbon à petites gorgées machinales.
Au soir, cela avait été avec des sentiments mitigés qu'Albator avait écouté Clio jouer de sa harpe tout en lui rapportant les voyages de l'Arcadia durant les derniers mois.
- … Et on a fait ce que la Flotte terrestre attendait de nous : on a aidé ceux qui réclamaient de l'aide. Tu aurais aimé.
- Il y aura d'autres occasions, assura le grand corsaire balafré.
- Au fait, je me suis laissé dire que tu avais ramené un nouveau souvenir de ton château d'Heiligenstadt.
- Oui, le plus précieux modèle de violon qui ait jamais existé : un Giguntark. Le mien est noir.
- Et tu sais en jouer ?
- Après quinze ans de solfège, le contraire serait désolant !
- J'aimerai t'entendre jouer.
- Pas aujourd'hui.
- Comment te sens-tu ?
- Je suis revenu à l'endroit que je connais le mieux, mais je n'arrive pas à y retrouver ma place.
- Tout va te revenir, assura doucement la Jurassienne. Laisse-toi le temps de retrouver tes habitudes.
- Appel entrant, prévint le synthétiseur vocal du Grand Ordinateur de l'Arcadia.
- Je n'ai pas envie d'être dérangé !
- Qui est-ce ? s'enquit Clio.
- Le capitaine Zéro, il demande de vos nouvelles.
- Prends-le, Albator, il s'est vraiment inquiété pour toi. Il a été profondément choqué par ce qui t'est arrivé. Il a beau être un guerrier aguerri, il y a des horreurs qu'il ne pouvait même pas imaginer !
- Je vais lui répondre. Après tout, nous avons un duel à finir !
