23.

Albator fronça le sourcil alors qu'après être revenu sur son cuirassé, il avait eu un nouveau contact avec le capitaine du Karyu.

- Zéro, comment as-tu pu arriver sur moi en moins de trois jours ? !

- Très simplement, ta lieutenante Yuki m'a transmis copie de son plan de vol. Je n'ai eu qu'à te suivre à petite distance. Je crois que tu m'aurais repéré si tu avais étudié tes scans, mais je pense que tu as eu besoin de mobiliser ton énergie pour reprendre tes marques… On a donc un duel à finir ?

- Où est Marina Oki ?

- Elle pouponne Klychel, notre fils. Tu as été absent de longs mois, Albator !

- Je commence à vraiment le réaliser en reprenant pied avec cette réalité.

- Je suis surpris que tu sois capable d'analyser la situation aussi froidement, quelque part, reconnut l'officier de la République Indépendante, qui semblait avoir le plus grand mal à fixer son interlocuteur dans son unique œil. Alors, on a duel à terminer ?

- Non, je pense que nous avons réglé cette querelle d'ego ? avança le capitaine de l'Arcadia. Toi et moi ne sommes les ados d'alors – moi la raclure endimanchée et toi le petit épouvantail rêvant plus haut qu'il ne lui était donné d'espérer. Il semble que nous ayons des ennemis communs, et nos gouvernements font en sorte que nous collaborions… On poursuit sur cette dernière voie ?

- Ca me va. Je me range à votre tribord et nous poursuivons ensemble vers cette Arche de mauvais souvenir pour toi.

- Des souvenirs très effilochés… Mais j'ai à m'en rappeler les plus nombreux afin d'affronter le plus froidement et le plus logiquement possible ces Carsinoés… Elles veulent conquérir le plus d'univers possible. Zéro ?

- Ma République ne croit pas aux Carsinoés, avoua alors le capitaine du Karyu. Et pour avoir prospecté, glané des renseignements auprès des fils d'informations de plusieurs autres alliances de peuples libres, aucun ne veut mobiliser des forces contre une menace illusoire. Je dirais même que ces ennemies toutes désignées rompent les accords, chacun songeant malgré tout quelque part à jouer pour sa peau, dans son coin… Albator, au fil des siècles, il y a eu des accords, mais là face aux Carsinoés, ils se dessoudent tous !

- Les fiertés, indépendances et vanités, humaines ou non dans toute leur splendeur, remarqua amèrement Albator. Pourquoi ça ne me surprend pas ? En temps de paix, tout le monde s'entend et se fait des risettes. Mais que surgisse un adversaire et tout le monde prêche pour sa chapelle.

- Mais les Carsinoés ne le feront peut-être pas ? hasarda Warius.

- Oh si, crois-moi ! Mon esprit a effleuré le leur, ça a failli le décomposer… Elles attaqueront, un jour ou un autre, et même de façon plus proche que nous ne pouvons le penser ou l'espérer.

- Je n'ose l'imaginer…

- L'Histoire est un éternel recommencement. Et effectivement, ces dissensions entre gouvernements et forces armées sont tellement non surprenantes !

- Et toi, Albator, ça va ?

- Il paraît qu'on m'a remis d'aplomb, les idées en place. Je verrai à l'usage et au fonctionnement ! Alors, Warius, on joue définitivement dans le même bac à sable ?

- Ca marche pour moi ! Mais ça ne m'empêchera jamais d'avoir toujours envie de te coller quelques gnons !

- On va les garder en réserve pour un jour futur. Et, félicitations pour le petit Klychel.

- Merci.

Albator passa la langue sur ses lèvres.

- On sait ce qu'il advient de Léllanya Urghon et de sa Janae ?

- La capitaine Pirate et son cuirassé sont totalement sortis de la navigation galactique. Je ne pense pas que ça te chagrine ?

- Disons que ça me fait redouter qu'elle ne me tombe sur le poil au moment le plus inadéquat… Léllanya et moi n'avons pas été que amants – à l'époque où je le voulais bien - nous nous sommes formés l'un l'autre et Lothar Grudge a tout fait pour que nous devenions de parfaits et terribles Pirates. Léllanya a poursuivi dans cette voie et je suis certain qu'elle est parvenue à l'apogée de sa maîtrise… Elle, la reine des Pirates !

- Si Urghon redevient une menace, nous lui irons tout droit dessus !

- Si je peux y aller sus en premier ?

- Ca peut se négocier. Mais laisse-moi plutôt la charge, je serai partial au possible et elle ne s'en sortira pas ! Je t'en donne ma parole, Albator.

- Merci.


Ayant quitté le sein de sa mère, le nouveau-né bâilla, agitant ses petits bras, paupières papillonnantes sur ses immenses et lumineuses prunelles grises.

Léllanya caressa doucement les boucles couleur de miel de son fils qui s'endormait contre elle.

- Fais de doux rêves, Alguérande ! Et je te promets qu'un jour tu seras le plus resplendissant roi des Pirates qui soit !