26.
- On a sacrifié tout un pont pour le transformer en un parc de bonne taille. Les diffuseurs de senteurs et sonores donneront l'impression autant que possible d'un vrai jardin.
- Alhannis aura grand plaisir à s'y faire promener puis à y gambader, sourit Salmanille.
- Oh, il s'en donne déjà à cœur joie avec son trotteur, assura Albator.
De fait, Alhannis s'avança vers ses parents. Il eut un gloussement.
- Maman !
Salmanille ne put s'empêcher de jeter un regard surpris à celui qui se tenait près d'elle.
- Oui, Alhannis et moi avons bien travaillé ce sujet, sourit-il.
- C'est gentil de ta part.
- Tu es sa mère, c'était important… Et il semble que nous ayons plutôt bien noués des liens depuis notre séjour à Heiligenstadt.
- Nos corps s'entendent aussi parfaitement que lors de la nuit d'anniversaire de ton père, on se trouve des points communs, nous sommes tous deux commandants de vaisseaux. Ce sont de bons débuts, mais ne plaçons à nouveau plus la charrue avant les bœufs !
- Tu me plais, on se plait, il faut vraiment chercher beaucoup plus loin ? s'étonna sincèrement Albator. Et à notre corps défendant nous avons réussi une véritable merveille !
Salmanille ne put s'empêcher de rire.
- Le Pirate, encore là sous le vernis nouveau du corsaire.
- Ce qui signifie ? grommela le capitaine de l'Arcadia.
- Une fille dans chaque spatio-port ! Des aventures sans lendemains pour ne pas s'attacher et ne pas se coller un fil à la patte ou avoir une faiblesse sous la forme d'un foyer… C'est triste. Je me trompe, Albator ?
Le jeune homme s'étant brutalement détourné, faisant quelques pas dans les jardins en construction, prenant au passage machinalement Alhannis dans ses bras pour le caler contre son épaule, le visage à l'abri sous le revers du col de sa cape, accréditant les propos de Salmanille.
- C'étaient les règles de Lothar, révéla-t-il enfin, toujours dos tourné. Du plaisir, autant que possible en effet, mais aucune attache ! Ce n'était pas si mal, la plupart du temps.
- Comme notre nuit ?
- Oui, du feu des Dieux, sans lendemains, sans conséquences.
Albator se retourna, câlinant toujours de la main le dos de son fils qui ronronnait de bonheur.
- Mais ce fut tout sauf le cas, et ce cas est merveilleux. Crois-moi, Salmanille, j'ai eu bien moins de points communs avec ma plus longue relation de mon temps de Pirate, qu'avec toi en quelques étreintes et jours et nuits pour faire connaissance. J'ai confiance en nous.
- Ton discours n'est pas très académique, mais j'aime le sens profond de tes propos, sourit Salmanille en venant vers lui, prenant Alhannis qui s'endormait pour le placer dans une des sacoches sur le dos de Masgoll pour le ramener à sa chambre. Comme j'aimerais que notre jonction dure plus que ces trois jours !
- Moi aussi. Mais, nous avons encore bien des heures devant nous !
Albator enlaça la jeune femme pour l'embrasser passionnément !
Venu rejoindre son fils, Skendar demeura derrière un bosquet en plantation, appréciant de voir le couple enlacé et se lâchant enfin, déjà uni des plus profondes façons sans encore vraiment le réaliser.
- Elle s'en va, remarqua Kei.
- Oui, j'ai vu ! L'Ephaïstor et sa capitaine. Elle reprend sa vie, sa mission, et nous nos voyages. Mais qu'importe désormais la distance ou le temps que nous mettrons à nous retrouver.
- Je constate, moi aussi. J'en suis heureuse pour toi, capitaine !
- Merci, Kei. Et toi, où en es-tu ?
La blonde seconde de l'Arcadia rougit à nouveau délicieusement, mais fort légèrement cette fois.
- Des aventures courtes et intenses, des souvenirs qui me semblent à chaque fois pouvoir durer toute une vie ! Je suis sûre que d'autres m'attendent.
- Oui, moi aussi. Je te laisse la passerelle, je vais dire au revoir à mon père !
Skendar sourit de toutes ses dents.
- Alors, Albator, comment trouves-tu mon Firmize ?
- Il me semble performant au possible ! Toshiro l'a scanné et analysé.
- Mon pauvre Octavion était totalement dépassé. Il a donné tout ce qui lui restait face à un certain Pirate borgne et balafré. Depuis, il n'a plus été possible de le ramener à un acceptable niveau de combativité et de sécurité. Le Firmize est de première force ! Bons voyages, Albator, et sois prudent !
- Toi aussi, papa. Tu vas voler aux antipodes de coordonnées galactiques. A un de ces jours, à notre château d'Heiligenstadt.
- Tu n'as pas un dernier cadeau pour moi ? glissa Skendar.
Albator se détourna, alla prendre un objet des mains de Clio qui assistait à la séparation familiale, à distance polie.
Il revint, violon noir et archet entre les mains.
- Je t'ai composé un morceau, papa !
- Merci, mon enfant.
Albator vérifia machinalement les accords de son Giguntark, avant de se lancer dans le morceau qu'il avait écrit pour son père, lui offrant tout son amour à travers les notes.
Trixhe Muhel le responsable des opérations spéciales de la capitaine de la Janae considéra sans aucune émotion le berceau d'Alguérande.
- Est-ce que tu sais de qui il est vraiment ?
- Oh que oui, je l'ai souhaité de tout mon cœur, depuis tant d'années !
- Tu n'as pas de cœur !
- Oui, cela aussi est plus vrai que jamais, gloussa Léllanya. Je suis allée au bout de tous mes fantasmes, je me suis tout offert ! Je suis la reine des Pirates, j'ai le pouvoir absolu sur les dizaines de bandes qu'avaient rassemblées Lothar et que j'ai réussi à garder unifiées, hormis Albator !
- Tu es folle…
- Folle à lier, sans plus aucune moralité, tabous ou autres liens. Je ne me retiendrai plus jamais de tout atomiser sur ma route. Quant à ce bébé…
- Ce bébé ? releva Trixhe.
- Il sera pris en mains par ceux qui au fil des ans feront de lui le plus remarquables des Rois des Pirates ayant jamais existé ! Je le lui ai promis, je vais le faire ! Et un jour, si les Dieux prêtent vie à son pire ennemi, il affrontera et battra le capitaine de l'Arcadia !
