27.
Le 999 avait volé au-dessus de l'Arcadia et Maetel était venue à bord du vaisseau corsaire.
- Il me tardait de te revoir, Albator.
- Je crois que moi aussi… On dirait qu'aujourd'hui tu ne dégages que des ondes positives !
La jeune femme blonde eut un éblouissant sourire.
- Comment en serait-il autrement alors que contrairement à ce que Lothar Grudge avait prévu pour toi, tu as retrouvé ton père, trouvé une famille et une place à part dans la mer d'étoiles ? Tu es une réussite que plus personne n'attendait.
- J'ai cinq ans d'exactions à expier. J'ai un peu l'impression de ne pas mériter ce bonheur, avoua alors le capitaine de l'Arcadia alors qu'ils avaient atteint les jardins luxuriants.
- Oh, bonjour Maetel, fit Toshiro en bondissant sur ses courtes jambes.
- Bien le bonjour, Pr Oyama. J'ai un présent et un message pour vous.
Toshiro déplia l'objet entouré d'un linge blanc que l'éternelle voyageuse lui avait remis.
- Un cosmogun ! Il y a quelque chose de gravé sur la crosse…
- S.00999 était l'indicatif sous lequel le petit protégé Pirate de Lothar Grudge était recherché. Vous avez été catalogué S.009998 quand la Flotte terrestre vous a pris pour un membre d'équipage volontaire de l'Arcadia. Et le cosmogun que j'ai remis à Eméraldas porte le sigle X.00001 qui lui avait été attribué lors de son arrivée en prisonnière sur Terre.
- Vous avez vu Eméraldas ! rougit le petit ingénieur binoclard.
- Oui, mon message pour vous vient d'elle. Elle devrait croiser la route de l'Arcadia d'ici un mois, elle aura grand plaisir à vous revoir et à vous recevoir à son bord.
D'un coup, Toshiro rougit jusqu'aux oreilles et s'enfuit précipitamment.
Maetel posa ses prunelles brunes sur Albator.
- Profite bien de tous ces moments, reprit-elle. Ils seront précieux au cœur et à l'âme.
- On m'a déjà prédit de noires années. Je suis prêt !
- Je sais que tu feras face, mais ça te déchirera, encore et encore. Tu ne pourras réellement compter que sur ta famille et tes amis.
- Lothar m'a blindé. Et mon père aussi, à sa manière. Je ferai front.
- Le pire viendra de la personne la plus proche de toi, fit encore Maetel, sombre.
- Dis donc, je croyais que tu étais venue pour un moment de paix et de bonheur ? ! gloussa Albator qui ne s'était nullement marqué des propos de la jeune femme.
- Désolée, je n'ai pas pu m'en empêcher ! Mes émotions m'ont toujours guidée, elles vont et viennent, je ne les contrôle pas. Je voudrais tant préserver ceux que j'aime, mais tout comme l'indique ma tenue, je ne serai jamais qu'un oiseau de mauvais augures.
- Un bien bel oiseau, remarqua encore le capitaine de l'Arcadia.
- Arrête un peu de me faire du charme, j'ai quelques siècles de plus que toi. Et ton cœur est déjà pris.
- Pas de funestes prédictions en ce jour, reprit le grand corsaire balafré. Clio va être ravie de te revoir et dès ton appel, les cuisines se sont mises à préparer un bon repas.
- Alhannis ? s'enquit Maetel alors que l'ascenseur les amenait au château arrière.
- Huit kilos et demi, soixante-dix centimètres, il est encore léger et petit pour ses dix-sept mois mais il est en pleine forme. Il se promène allègrement dès qu'il peut fausser compagnie à Cyvelle et il a ses premières petites plaies et bosses. Il s'amuse comme un fou avec ses jeux mais n'aime rien de mieux que de tout démolir ! Bref, c'est un petit bonhomme plein de vie !
Et pas peu fier de lui et de son rejeton, Albator fit entrer Maetel dans son appartement, ne pensant plus qu'aux bons moments immédiats.
Khell, le premier lieutenant de la Janae, avait retrouvé sa capitaine à l'une des tables du bar, fendant la foule compacte pour la rejoindre.
- Est-ce que tu sais que ça fait des heures que tu es là ?
- Oui, marmonna Léllanya d'une voix lente, en le foudroyant du regard. Nous ne repartons pas avant trois semaines, je fais ce que je veux ! Pourquoi viens-tu me débusquer ?
- La nounou d'Alguérande m'envoie. Trixhe continue de rôder autour de ta demeure.
- L'avoir chassé n'a donc pas suffi. Désormais : tirs à vue !
- Il t'a pourtant été fidèle près de vingt ans durant.
- Personne ne s'en prend à mon bébé ! rugit la capitaine de la Janae avant de saisir la bouteille devant elle pour boire directement au goulot quelques gorgées.
Elle la reposa en entendant le ricanement léger de son second.
- De quoi ? ! J'ai peut-être descendu pas mal de verres mais je suis loin d'être morte pétée !
- Tu t'es débarrassé de Trixhe car il voulait faire un mauvais sort à ton fils. Mais d'un autre côté, tu ne t'occupes absolument plus de lui, tu ne peux plus l'allaiter vu tout ce que tu bois, et son berceau se trouve dans la pièce la plus froide de ta demeure, quasi.
- Il doit s'endurcir, décréta la Reine des Pirates.
- Léllanya, il n'a que sept mois !
- Il n'est jamais trop tôt ! Pour l'instant, il ne m'intéresse pas. Je m'occuperai de sa formation quand il sera en âge de marcher. D'ici là, je ne veux même plus en entendre parler. Personne ne doit savoir qu'il existe ! Maintenant, dégage !
Comprenant qu'il ne tirerait plus rien d'elle, Khell se retira docilement.
Comme prévu de longue date, l'Arcadia et le Karyu avaient fait relâche en même temps et s'étaient arrimés à la station spatiale Metal Bloody Saloon 117 et leurs capitaines s'étaient retrouvés avec plaisir.
L'Octodiane Erkhatellwanshir leur avait réservé une salle tranquille au niveau supérieur de la station, sous un plafond de verre qui donnait sur la mer d'étoiles.
- Je n'avais bel et bien jamais entendu parler des MBS.
- Je suis pourtant ouverte pour tous, mais c'est vrai que le bouche à oreille constitue la majorité de ma clientèle. Et qu'en certains lieux, je me dois d'user de camouflage, comme pour le MBS des Nuages de Klomel où se trouve la Cité Pirate de la Reine Léllanya !
Erkhatellwanshir se tourna vers Albator.
- La Reine des Pirates est une cliente fidèle, un peu trop, même pour une Pirate et cherche souvent la bagarre, comme pour s'affirmer dans le sang. Je te relayerai ce que je peux apprendre sur elle ?
- Merci, Erk, mais je veux n'avoir affaire que le strict minimum avec cette folle des orgies, cette folle tout court. Et ne plus jamais avoir affaire à elle serait encore le meilleur ! grinça le grand corsaire balafré.
Il vida son verre, claqua de la langue.
- Dis donc, Erk, tu nous as sorti une cuvée spéciale, ou quoi ? Ce red bourbon est à tomber !
- En effet, fit l'Octodiane avec un rictus qui se voulait un sourire. Je ne pouvais que sortir le meilleur pour vous honorer.
Warius esquissa un sourire, appréciant autant les lieux, que la massive hôtesse et le contenu de son verre !
- Décidément, il faut être un mauvais garçon pour connaître tous les bons coins !
L'œil marron d'Albator pétilla.
- Oui, c'est bien mon avis. Il n'est que grand temps que je te dévergonde, Warius !
- Je ne suis pas coincé ! protesta, d'une faible voix cependant, le capitaine du Karyu.
- Oh que si !
- Vous vous complétez parfaitement, assura pour sa part Erkhatellwanshir dans un sonore barrissement.
Et l'Octodiane remplit alors à ras bord les godets des deux amis.
- Santé ! firent-ils en entrechoquant les verres, jeunes, détendus et insouciants alors que tout indiquait de bien nombreuses et de bien sombres années à venir.
FIN
