Chapitre 2
Cela fait deux ans maintenant que mère est morte. Je pense que cela a été les deux pires années de ma vie. Mon père et moi, nous avons eu du mal à nous en remettre, mais nous avons réussi. Père a maintenant un travail à plein temps.
Nous avons enterré ma mère au cimetière le plus proche de la mer, comme elle le désirait. À vrai dire je m'en suis surtout sorti grâce à Annie. Après l'accident nous somme devenu inséparable, elle est comme la sœur que je n'ai jamais eue. Dans deux semaines c'est la Moisson j'espère ne pas être choisi seulement pour que ne pas laisser mon père seul.
J'ai grandi, maintenant je déteste le Capitole de nous infliger tout ça. Je ne l'ai jamais aimé, mais la haine grandit avec le temps. Si jamais je suis choisi, je sais que tout est fini pour moi. Je ne reverrais plus Annie, mon père, mon district, et en plus de ça je mourrais dans d'atroces souffrances. Mais pour l'instant je ne veux pas y penser.
Dans quelques minutes, je vais rejoindre Annie. Elle restera surement sur le bord de la plage le temps que j'aille pêcher. Elle ne veut plus mettre un pied dans l'eau, bien sûr, après sa « noyade » elle est restée terrifiée. Peut-être qu'un jour elle acceptera d'y retourner. Depuis que mon père a repris son travail à plein temps, je pêche seul tous les soirs, après l'école et avec la compagnie d'Annie de temps en temps. Je n'ai pas le choix si nous voulons survivre, pêcher tous les soirs est crucial.
Je quitte enfin la maison, qui me met mal à l'aise depuis la mort de ma mère. Rien n'a changé depuis et ça me dérange, ça me rappelle constamment qu'elle pourrait être à nos côtés. J'arrive sur la plage, quelques minutes après mon départ. Dans notre district nous nous déplaçons à pied sauf certaines personnes dont les moyens dépassent les nôtres.
Annie a changée, elle aussi. A présent elle est grande pour son âge, elle a des cheveux châtains et sa peau légèrement dorée et ses yeux verts la rendent très séduisante. Mais nous sommes seulement amis, rien de plus. Elle arrive peu de temps après moi et étend sa serviette sur le sable.
— Salut Fin me dit-elle joyeusement.
— Salut.
Nous échangeons des banalités puis elle fait un collier avec des coquillages pendant que je pars pêcher. Au bout d'un quart d'heure je reviens avec trois poissons. Je me suis beaucoup amélioré bien que mon père ne puisse plus m'expliquer. Je m'assois aux côtés d'Annie.
— Alors ? Prêt à affronter ta première Moisson ? demande-t-elle.
— Je ne sais pas trop, dis-je mal à l'aise, je redoutais qu'on me pose cette question.
— Oh… souffle-t-elle en voyant mon visage se décomposer. Tu n'as ton nom inscrit qu'une seule fois n'est-ce pas ?
— Oui.
— Tu ne risques pas grand-chose alors, je suppose.
— Je l'espère, je murmure.
—Tu crois que l'hôtesse de cette année va être aussi ridicule que l'ancienne ? questionne-t-elle pour changer de sujet.
L'hôtesse est une femme venue du Capitole chargée de tirer les papiers. Cette année la rumeur court que l'hôtesse a changée. Mais qu'importe !
— Sûrement mais une chose est sûre elle sera toujours aussi ridicule dis-je en riant.
Les deux semaines qui précèdent la Moisson passent vite. Trop vite. J'essaye de passer le plus de temps avec mon père croyant que c'est les derniers.
Le jour de la Moisson arrive, les rumeurs disaient vrai, l'hôtesse a changé bien qu'elle soit tout aussi ridicule. Je n'ai pas été choisi. L'attente a été rude mais un poids est parti quand l'hôtesse a prononcé un autre nom.
J'ai couru voir mon père et l'ai serré dans mes bras. J'en ai fait de même pour Annie. Ils étaient tous les deux heureux de voir que je n'ai pas été choisi. Ce soir là, mon père, Annie, sa famille et moi, nous avons mangé sur la plage.
Cela fait maintenant un mois que le vainqueur est proclamé, il n'est pas de notre district. Demain je vais voir Annie et je vais la convaincre d'apprendre à nager elle n'aura plus le choix. Il est grand temps qu'elle apprenne.
Le lendemain, en arrivant sur la plage je lui annonce d'emblée, bien sur elle refuse je m'y suis attendu. Un jour je réussirai.
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Annie a maintenant douze ans et va affronter sa première Moisson, tandis que moi j'ai quatorze ans je vais sur ma troisième Moisson. Ce soir je la rejoins sur la plage, comme d'habitude après l'école. Je la retrouve sur la plage, inquiète comme jamais, je sais pourquoi mais je fais comme si je n'avais rien remarqué. Je vais dans l'eau et commence à pêcher tandis qu'elle reste au bord de la plage.
Au bout de cinq minutes, je pêche un poisson mais j'en rate un autre de peu :
— Annie t'as vu ça ? J'ai presque réussi !
— Hum, hum des années de pratiques et tu n'attrapes qu'un seul poisson ?
— Tu penses que c'est facile ? Et puis tu sais bien que j'ai déjà réussi à pêcher plusieurs poisson n'est-ce pas ? je rétorque pour me défendre.
Je tâte le fond de l'eau pour trouver une algue, je m'approche d'elle et lui lance. Elle hurle et court, j'en profite pour me mettre à sa place sur sa serviette :
— Sérieusement Annie, tu vas vivre toute ta vie dans le district Quatre sans jamais apprendre à nager ? Je veux dire c'est pratiquement un crime.
— Je n'apprends pas à nager car ce n'est pas nécessaire en plus ce n'est pas bien vu, qu'une fille de ma classe soit vue en train de nager avec un pêcheur. Répond-t-elle d'une voix cassante.
Je ne réplique rien et rigole, j'oublie toujours qu'Annie ne viens pas du même « milieu » et c'est bien dommage car ça lui éviterai de faire toujours attention aux gens qui sont autour de nous quand nous sommes ensemble.
— Un jour, mon père me donnera son trident, dis-je pour changer de sujet. Et ce sera grâce au bon pêcheur que je serai qu'il y aura de la nourriture sur la table.
— Tu veux dire que c'est grâce à des pêcheurs comme ton père que tu as de la nourriture sur la table. S'ils comptaient sur toi Fin, ils mourraient de faim depuis longtemps.
— Eh ! Je m'améliore ! dis-je pour ma défense, Annie et moi adorons nous lancer des petits piques. Et d'ailleurs la pêche n'est pas aussi simple que tu le prétends.
— Et tu crois vraiment ce que tu dis ? demande-t-elle
— Bien sûr, si je le dis ! Je peux te pêcher, une dizaine de poisson sans problème ! je réponds, vexé.
— Ouais, ouais j'aimerai voir ça !
— Mais tu le verras Annie Cresta. Et quand tu l'aura vu tu devras me laisser t'apprendre à nager.
— Si je ne suis pas morte de vieillesse d'ici là, dit-elle en reprenant sa serviette.
Elle me fait un signe de la main puis part, je la rejoins en courant car nous avons le même chemin pour rentrer à nos maisons respectives, autant le faire ensemble.
— Annie, tu verras je deviendrai…
Je m'interromps tout à coup lorsque que je découvre les deux Pacificateurs qui nous regardent durement, leurs armes pointées sur nous. Je ne sais combien de temps nous restons là à nous contempler.
Un Pacificateurs prend Annie par le bras, tandis que l'autre se charge de moi et ma maigre récolte. Ils nous emmènent à travers le district, tous les habitants nous dévisagent comme si nous avions tué quelqu'un. Nous arrivons enfin dans le bureau du chef des Pacificateurs, celui-ci lance :
— Alors comme ça on vole les biens du district ? Comment osez-vous ? Vous avez tous ce que vous voulez, le Capitole est clément envers vous !
— Non, la preuve je suis obligé de « voler » les biens du district pour espérer survivre ! Répondis-je avec arrogance. Mais vous, vous ne connaissez pas la faim !
Il s'approche d'Annie, et perçoit ma colère. Je ne veux pas qu'il s'approche d'elle ! Il continue et lui caresse la joue. J'essaye de me débattre mais le Pacificateur a trop d'emprise sur moi :
— Et toi ma chère, qu'est ce qu'une fille de ton milieu fait avec ce garçon ?
— Laissez là ! Je hurle, je suis le seul fautif et par conséquent le seul qui doit être punit, elle n'as rien à voir avec moi.
Annie reste muette et pétrifiée, elle me regarde quand même et son visage semble plein de gratitude. Je lui dois bien ça, c'est ma meilleure amie. Je le lui fais comprendre.
— Très bien, reprend le Pacificateur, puisque tu le souhaite tant… il laisse sa phrase en suspens. Vous autres, faites rassembler la foule et toi, dit-il en pointant du doigt un Pacificateur, installe le matériel et informe la foule qu'une nouvelle flagellation s'annonce.
On m'a placé dans une petite cellule, je reste ici impuissant, attendant que l'on me fouette. Je ne comprends plus rien, jamais aucun Pacificateur ne vient ici. Que va dire mon père, et les parents d'Annie ? J'ai déjà vu des flagellations, forcé. C'est horrible mais je me dis qu'il y a pire, être Muet et être au service du Capitole pour toujours sans possibilité d'évasion. Ou pire encore être exécuter.
Au fil des années j'ai grandi, je suis devenu fort et robuste peut-être assez pour résister à mon châtiment. Cependant mentalement je suis faible, je ne pourrais pas regarder mon père dans les yeux. Je reste ici à ruminer pendant des heures lorsque que le Chef des Pacificateurs m'escorte sur la « scène » qui se trouve à l'extérieur sur la grand-place. Je croise le regard d'Annie, elle pleure, puis mon père qui me toise durement. On m'attache au poteau et le Chef de Pacificateur commence déjà à me fouetter, avec une telle force que la douleur me fait lâcher un cri. Les minutes passent et le fouet claque de plus en plus. Je commence à perdre la vue et à ne plus entendre l'effarement de la foule, je m'évanouis, je le sens et je ne peux rien faire contre.
Je suis faible.
Je me réveille quelques jours plus tard dans l'hôpital du district, autour de moi les gens s'activent. Je ne sais pas quelle heure il est, depuis quand je suis là mais une chose est sure je souffre terriblement. Je n'ai pas le temps dans savoir plus car je me rendors. Je me réveille une deuxième fois, j'espère que ce sera la bonne. Je sens déjà moins les douleurs. Je suis guéri même si je ne dois pas me surpasser pendant quelques temps.
Au bout d'un mois je suis enfin complètement rétabli, d'après mon père le Chef m'aurais fouetté moins de fois que la normale car je suis encore un enfant. Depuis je m'assure qu'il n'y a aucun Pacificateurs dans les parages quand je vais pêcher, ça ne m'arrête pas.
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Aujourd'hui c'est le jour de ma troisième Moisson. J'ai plus peur pour Annie que pour moi bien sûr. Je passe donc toute la matinée avec elle qui est pétrifiée. À quatorze heures nous rejoignons ensemble la grand-place. Je vais me ranger avec les garçons de mon âge et Annie fait de même. Je lui jette des regards pour la rassurer à distance. Cette année je n'ai que trois papiers dans la boule en verres, les tesserae ne sont pas nécessaire pour moi.
L'hôtesse appelle les gagnants. Je ne repère que Mags qui m'étonne par son âge elle à soixante-dix ans et parait en pleine forme. L'hôtesse annonce :
— Bienvenue aux soixante-cinquième Hunger Games et puisse le sort vous être favorable.
Cette phrase ne veut rien dire mais est répétée chaque année, à n'importe quelle occasion. Je regarde Annie qui se trouve à droite et nous rigolons. Comme toujours le maire lis l'interminable traité de Trahison puis vient le tirage :
— Bien, il est temps de procéder au tirage les dames d'abord, dit-elle en arborant un sourire malsain.
Elle s'approche tant bien que mal vers la boule en verre qui contient les prénoms des filles. Sa perruque verte et sa robe sont ridicule. Elle enfourne sa main dans les papiers, la tourne et en pioche enfin un. J'espère que ce ne sera pas Annie, je l'espère de tout mon cœur. Elle le déplie lentement et se rapproche du micro. Elle n'annonce pas son nom tout de suite elle laisse durer le suspens, elle crie enfin :
— Annabella Hodgkin !
Quand elle annonce ce nom je ne peux m'empêcher d'être heureux je regarde Annie et lui fais un grand sourire, plus besoin de s'inquiéter. Annabella monte sur l'estrade elle parait terrifiée, quand l'hôtesse demande s'il y a des volontaires deux carrières se proposent. La procédure s'avère longue et compliquée, mais finalement une carrière du nom d'Alexus est retenue.
—Bon, passons aux garçons, annonce-t-elle joyeusement.
Elle s'approche de la grosse boule qui renferme les noms des garçons. Elle pioche et revient au micro. Je suis tellement absorbé par la carrière que je ne remarque pas la suite. Bien que ça soit une fille elle semble détenir une force incroyable, elle fait au moins vingt-cinq ou trente kilos de plus que moi. Ses muscles se voient, bien qu'elle porte une robe. Elle doit avoir dix-huit ans je pense, je plains le garçon qui va être choisi, elle a l'air forte et je ne la plains pas trop non plus car ses yeux bleus et ses cheveux blonds lui donne un air de femme fatale. Je regarde autour de moi et je vois que tout le monde m'observe, Annie me regarde gravement. Que se passe-t-il ? J'entends l'hôtesse crier :
— Finnick Odair ! Viens je te prie.
Choqué, je viens de comprendre que je suis se garçon à plaindre, je suis le choisi ! Je m'avance en tremblant vers l'estrade et monte d'un pas mal assuré. Mon dernier espoir est qu'un carrière se porte volontaire à ma place.
— Et bien tu ne voulais pas venir tu te cachais ? rit l'hôtesse
Je la regarde en souriant. J'attends qu'un carrière réponde à sa question. Y'a-t-il un volontaire. Mais ce volontaire n'arrivera jamais.
Je garde la tête froide et cherche mon père des yeux je le vois enfin, me regardant fièrement sûr que je peux y arriver. Malheureusement contre cette carrière et les autres je ne ferai pas le poids. Je ne pleure pas et je ne pleurerai pas c'est une certitude. Je ne veux pas paraître faible aux yeux de Panem. L'hymne retentit et je sers la main de ma concurrente. Je plonge mon regard dans ses yeux bleus jusqu'à ce qu'elle tourne brusquement la tête.
— Joyeux Hunger Games ! lance l'hôtesse. Et puisse le sort vous être favorable ! Bon maintenant allons-y, dit-elle en nous pressant.
Des Pacificateurs nous emmènent dans l'hôtel de justice qui se trouve à quelques mètres. Annie n'a pas été choisie. Tant qu'à être aux Hunger Games, autant y être avec une inconnue. S'il le faut je la tuerais, au moins je n'éprouverais pas de remords. Bien sûr si je peux éviter de tuer, je le ferais mais j'ai bien peur de ne pas avoir le choix.
Dans ce jeu c'est la seule règle, si je dois l'appliquerai je le ferai. A partir de maintenant, je dois à tout prix attirer les sponsors. Une lueur d'espoir revient en moi quand je pense à cela mais elle s'éteint aussitôt lorsque que le Pacificateur referme derrière moi.
Les portes de la mort.
