Chapitre 4
Leurs regards m'ont refroidi, mais je ne dois pas baisser les bras. Je passe à la « phase 1 » de ma stratégie : conquérir les sponsors. Comme nous sommes les quatrièmes à partir. Les chevaux avance tout seul, tant mieux, je ne sais pas les contrôler.
Quand je monte sur mon char je me sens à l'aise et très sûr de moi. Je ne suis pas moins intéressant qu'un autre après tout. Mais quand Alexus monte et me lance un regard noir, je redeviens tout de suite moins confiant, sa tenue la met en valeur elle aussi, elle porte des sous-vêtements et seulement un filet pour la couvrir. Mais je ne lui montre pas, je ne veux pas lui faire ce plaisir, je veux qu'elle regrette de m'avoir rejeté, je lui lance donc froidement :
— Tu sais, toi et tes petits amis vous ne me faites pas peur.
— Oh, on te fait pas peur, tu feras moins le malin je pense quand nous serons dans l'arène n'est-ce pas ?
Je souris, et je me force à l'ignorer même si je lui aurai bien craché une réplique cinglante à la figure. Le premier char part enfin, j'y vois un avantage : au moins ça lui clouera le bec à cette petite prétentieuse. Elle sera tellement concentrée à séduire ses sponsors, qu'elle ne m'adressera pas un mot. C'est tout à mon avantage. Je vois déjà les carrières du Un et du Deux se donner des airs de gagnant. Juste pour ça, j'espère que cette année, le vainqueur ne sera pas carrière. Pour que les prochains perdent un peu d'assurance.
Notre tour vient enfin. Les portes s'ouvrent à nouveau et les chevaux nous emmènent dans la Rue Principale. Je vois les tribunes tout autour de la Rue Principale et du Grand Cirque. Elles sont pleines à craquer, je ne sais combien de milliers de personnes se trouvent dans ces tribunes. Parmi eux, les sponsors. Je me dois de les séduire. Mais comment ? En paraissant menaçant ou en paraissant beau et souriant ? N'arrivant pas à choisir, je fais donc la première chose qui me passe par la tête. C'est-à-dire, sourire en paraissant naturel et faire des saluts, et des regards charmeurs aux femmes.
Comme je suis grand et assez robuste elles doivent croire que j'ai quinze ou seize ans, ce qui les intéresse d'autant plus. Je dois avoir l'air ridicule aux yeux des autres participants. Au niveau du virage du Grand Cirque j'essaye quand même de rester un minimum mystérieux et sûr de moi. Je ne peux pas savoir si cet effet fonctionne je le découvrirai seulement à la rediffusion de la parade, s'il y en a une.
J'espère que mon petit numéro intéresse les sponsors. J'espère tout autant que Mags va négocier avec quelques uns d'entre eux, elle sait à quel point j'en ai besoin. Les gens nous acclament, ils veulent nous voir nous entretuer dans l'arène, c'est ce que ça veux dire.
Après avoir fait le tour du Grand Cirque les chars s'arrêtent enfin. Le président Snow, petit, trapu avec ses lèvres charnues, son visage tiré par la chirurgie esthétique et ses cheveux blanc nous accueille de son balcon. Derrière lui, se trouve le drapeau de Panem. Il dit alors :
— Bienvenue aux tributs des 65ème Hunger Games ! Puisse le sort vous être favorable ! A présent entrez, cher tributs, vers vos appartements et par conséquent le centre d'Entrainement.
L'hymne de Panem retentit, puis les chars redémarrent. Nous traversons le Grand Cirque et nous nous retrouvons dans le hall où nous attendent stylistes, mentors et hôtesse. Je vois Becky, Mags, Ashleigh et Lysander le styliste d'Alexus se précipiter vers nous.
— Vous avez été géniaux commence Mags, les mentors du Un et Deux me propose déjà l'alliance avec leurs tributs annonce-t-elle à Alexus. Quant à toi Finnick j'ai trouvé quelques sponsors qui semblent intéressés mais tu vas devoir récolter une bonne note pour les convaincre car ils sont encore un peu réticents.
Je suis content même si je dois à tout prix impressionner les Juges pour obtenir une bonne note et ensuite des sponsors. Je n'ai même pas le temps de remercier Mags que Becky annonce alors :
— Tout ça est bien joli, mais nous avons un tas de choses à faire, visiter nos appartements, dîner et dormir. Je vous rappelle que l'entrainement commence à dix heures demain, pépie-t-elle
Nous prenons l'ascenseur pour nous rendre au quatrième étage. Chaque district se voit attribuer un étage pour ses deux tributs et son équipe, comme nous sommes du district Quatre nous avons le quatrième étage. Quand je sors de l'ascenseur je découvre mes appartements, je suis impressionné par la modernité c'est époustouflant mais aussi très étrange. Des grandes baies vitrées, des canapés en cuir, un écran plat et des couleurs osées…. Le luxe façon Capitole seulement.
— C'est magnifique ! Vous êtes chanceux d'avoir d'aussi beaux appartements certains en on des encore moins luxueux annonce Becky.
Je suis Becky qui m'emmène dans ma chambre. Ma chambre est assez simple, elle est grande et vide. Elle contient seulement quelques meubles, un lit et une commode remplie de beaux vêtements en tout genre. Du plus simple au plus excentrique. Sur les murs, la mer de mon district, peinte, c'est pour nous rendre nostalgique ou peut-être pour qu'on se sente plus chez nous.
Je trouve cet endroit vide, dire que des tributs morts ont déjà « vécu » dans cette chambre me donne la chair de poule. Je dispose aussi d'une salle de bain similaire à celle du train. C'est vide certes mais en même temps j'ai tout ce qu'il me faut. J'ai aussi une grande baie vitrée qui se trouve en face de la salle de bain avec vue sur le Capitole, c'est beau mais j'aurais préféré voir une vraie mer s'agiter devant moi. La mer de mon district. Me retrouver sur la plage avec Annie tout les soirs, aller pêcher, rentrer et impressionner mon père tant qu'à mes progrès. Tout cela me manque au plus haut point.
Je décide de prendre une douche pour enlever mon maquillage, c'est-à-dire deux petits poissons aux coins des yeux, ça me permettra aussi de me détendre et d'évacuer les émotions liées à tous ces évènements. Cela me permettra peut-être de trouver une excuse débile, comme « Je me suis mis du savon dans les yeux », pour empêcher les autres de croire que j'ai pleuré. Même si je suis toujours un enfant, je me considère déjà homme et un homme ne pleure pas.
J'allume l'eau et vais sous la douche, je pense soudainement à Annie et père j'espère que tout va bien au district Quatre et qu'ils ne s'inquiètent pas trop pour moi. Je regarde par terre et découvre une marre bleu, ils ont vraiment mis la dose niveau maquillage ! Cela me fais sourire mais mon sourire disparait, bientôt je rejoindrais mère laissant père seul. C'est ce qui m'achève, laisser père seul.
En sortant de la douche, je sens une larme chaude couler sur ma joue, je m'approche du miroir et je la vois couler jusqu'à mon menton et enfin tomber sur le sol. C'est la première fois que je pleure depuis la mort de mère. En m'approchant encore plus, je découvre un reste de maquillage bleu au coin de l'œil gauche, je prends donc un coton qui se trouvait là et l'enlève. Je m'habille et me rends dans la salle à manger. Je vois que toute mon équipe m'attend. Elle se tourne vers moi lorsque je me racle la gorge :
— Je suis le dernier arrivé, vous m'attendiez ?
— Bien sûr, idiot cela fait dix minutes que ça devrait commencer, marmonne Alexus
— C'est pas grave Finnick, viens t'asseoir, ajoute Mags
-Servez vous ! Il y a de quoi tous vous satisfaire ici, dit joyeusement Becky.
En me servant à manger, je sens quelqu'un se rapprocher de moi et me demander :
— Ça ne va pas Finnick ? Tu as pleuré ?
Je devine que c'est Mags, je ne tente donc pas de mouvement de recul, je réponds :
— Non ça ne va pas très fort, oui j'ai pleuré dis-je à contrecœur.
Nous n'avons visiblement pas parlé assez bas car Alexus me regarde en souriant :
— Ça ne va pas, ta famille te manque ? Tu veux rentrer chez toi ou tu as peur de nous ? demande-elle sur un ton ridicule
— Oh, oui j'ai très peur de toi, dis-je hors de moi tiens regarde, je m'approche d'elle et lui donne une claque sur la joue. Un conseil, la prochaine fois, fais attention à ce que tu dis, j'ajoute en riant.
Je me lève et je pars sur un canapé en emportant avec moi mon dîner. Je lui lance un dernier petit sourire provocateur, en regardant sa joue rouge. Je m'assois sur le canapé et je jette un coup d'œil à cette horrible fille. Sa bouche est grande ouverte comme si elle n'avait pas encore compris ce qui ce venait de se passer, son visage rouge de colère et ses yeux demandent vengeance. Elle se lève brusquement et se dirige vers moi, mais son styliste et son mentor la retienne d'une main de fer :
— Laissez-moi ! hurle-t-elle. Je veux régler son compte à se pauvre petit prétentieux pour m'avoir humiliée devant tout le monde. Comment ose-t-il s'en prendre à un tribut de carrière ? Il m'en veut de l'avoir remis à sa place c'est ça ? crie-t-elle comme une folle
C'en est trop pour moi je me lève et je me rapproche d'elle nos visages sont à quelques centimètres l'un de l'autre :
— Je n'ai pas besoin de toi et tes amis, je suis très bien à ma place dis-je retenant ma colère grandissante.
— Tu vas mourir Finnick et tu le mérites, rit-elle.
Avant que je ne réagisse ma styliste et Becky me retiennent, elle ajoute :
— Mais ça ne va pas vous deux, je n'ai jamais vu une telle chose, quelle honte ! Pas de bagarre ici ! L'arène est faite pour ça, en attendant ici c'est un havre de paix compris ?
— Oui bougonna Alexus
— Et toi Finnick ?
— Oui, répondis-je en rigolant au souvenir de la tête d'Alexus.
Je demande à Ashleigh et Becky de me lâcher, elle ne me tenait pas très bien j'aurais pu à tout moment partir, mais je ne préférais pas. Je retourne m'asseoir sur le canapé et finis mon repas. Je demande un autre plat, pour attendre les autres, pour la rediffusion de la parade. Je veux voir si mon air mystérieux a fonctionné.
Ils arrivent enfin et Alexus s'installe dans le canapé opposé de façon à me regarder bien droit dans les yeux, je soutiens son regard puis je finis par détourner les yeux vers l'écran qui s'allume. Elle rigole, puis se tourne vers l'écran. La parade s'ouvre avec un discours de Caesar Flickermann qui explique le système de la parade.
Nous voyons enfin arriver les tributs du Un, du Deux, du Trois puis enfin nous, mon air charmeur a très bien marché, ensuite nous voyons les tributs des autres districts complètement paniqués, sauf un du Six qui à l'air très sûr de lui. Je veux qu'il gagne. Je me re-concentre ensuite sur moi pour voir si mon effet sûr de moi et arrogant a fonctionné.
Malheureusement c'est un échec, je ne souris plus et je regarde droit devant moi, mais on a l'impression que je suis perdu et que je ne sais plus quoi faire. Peut-être suis-je trop jeune et pas assez robuste pour faire ce genre de chose. Après notre passage je ne vois plus l'intérêt de rester, je me rends donc dans ma chambre. Je m'installe dans mon lit et je m'endors.
Je suis à l'entrainement, je vois les carrières me fixer en riant. Je les regarde, à chaque exercice de combat qu'ils font sans exception, ils visent au bon endroit. A chaque fois. L'un d'eux vient me voir et me dit :
— Tu vois ce qu'il fait avec les mannequins là-bas, et bah ce sera avec toi qu'il fera ça dans quelques jours.
Je tremble jusqu'aux os, ce qui me vaux encore une fois une vague de moqueries. Puis le décor change, je suis dans l'arène. Je les vois autour de la Corne d'abondance compter le nombre de meurtres commis puis rigoler. Je me trouve dans une sorte de jungle effrayante, tout à coup j'entends un cri, je sursaute ce qui fait bouger les feuilles de ma cachette. Un carrière se précipite sur moi et je lui cris :
— Tu vois je ne suis pas le premier mort, vous avez échoué !
Puis je sens une douleur au niveau du bras droit, comme si… comme si on me griffait.
Je me réveille en sursaut et découvre Becky, affolée qui me plante ses longs ongles dans la peau et me secoue le bras :
— Finnick, Finnick réveille-toi allez il est presque dix heures tu es en retard ! Allez debout !
— Oui, oui je me lève dis-je d'une voix pâteuse. Tu peux enlever tes ongles de mon bras s'il te plait ?
— Oh oui, désolée et pourquoi as-tu crié ? Tu as réveillé tout le Capitole, plaisante-t-elle
— Un cauchemar. Je vais me préparer tu peux sortir ?
— Oui, bien sûr.
Quand elle sort enfin, je m'active. Je demande un petit déjeuner à une Muette qui passait par là, puis enfile mes affaires pour l'entrainement. Quand la Muette revient avec le plateau, je lui arrache des mains et mange en vitesse. Je glisse un « désolé » à son attention, la bouche pleine de gâteaux. Je me précipite alors hors de ma chambre et me rends dans l'ascenseur, où se trouve déjà Alexus qui m'attend. Becky nous rejoint pour nous indiquer le chemin du centre d'Entrainement. Sur le chemin je me rappelle les deux stratégies que m'as proposé Mags : la première est de cacher ses avantages pour impressionner les Juges lors de l'évaluation ou alors montrer au grand jour ses talents et préparer quelque chose d'exceptionnel aux évaluations pour qu'ils soient bluffés. Je vais prendre la seconde. Ils vont juger aussi sur le travail fourni tout au long des trois jours d'entrainement.
Arrivé à destination Becky nous laisse. Alexus et moi portons la même tenue combinaison bleue avec un petit carré de tissus dans le dos avec écrit « 4 » en turquoise. En entrant dans le centre d'Entrainement je découvre que tous les tributs ont la même combinaison tant mieux, je ne veux pas qu'Alexus et moi soyons pris pour des « jumeaux ». Le centre d'Entrainement me fait penser au gymnase de l'école : quatre murs gris, grand, ce qu'il y a de différent c'est les armes et les Juges qui se trouvent sur un balcon à quelques mètres de nous. Comme ce doit être ennuyeux de regarder des tributs s'entrainer toute la journée. Je m'approche des armes je commence à jouer avec quand quelqu'un vient me souffler à l'oreille d'un ton moqueur :
— Fais attention, tu pourrais te blesser ça serai dommage non, à quelques jours des Jeux ?
Je me retourne et découvre mon interlocuteur c'est le carrière du district Deux, je ne suis pas étonné. Je hausse les sourcils et je lui réponds, tout sourire :
— Ne t'inquiète pas pour moi de toute façon, blessé ou non tu me tueras n'est-ce pas, enfin si tu en as le courage.
— Tu te crées une carapace pour paraître insensible à ce qu'on te dit, mais au fonds tu nous crains hein ?
— Tu devrais demander à Alexus, si je vous crains tant que ça je pense qu'elle t'expliquera tout les détails de la claque d'hier, j'ajoute.
Je repose l'arme et je m'éloigne de lui et ignore sa réplique. Décidemment les carrières sont tous aussi prétentieux les uns que les autres. Je ne peux cependant m'empêcher de penser que je dois leur faire le même effet. Malgré qu'ils n'aient absolument pas peur de moi. J'entends alors l'appel d'une femme se trouvant juste devant la tribune des Juges, qui nous regardent avec intérêt.
— Je m'appelle Atala, je suis chargée de vous initier. Tout d'abord ne vous battez pas entre vous, je regarde Alexus et affiche un petit sourire, vous aurez tout le temps d'en l'arène dit-elle en souriant, ensuite ne négligeais pas les ateliers de survie c'est aussi important que le combat. Bien, allez-y !
Je décide de consacrer cette matinée à la survie. Je me dirige donc vers l'atelier des nœuds, comme je viens du Quatre et que pour mon filets les nœuds sont indispensables je pense que je vais plutôt bien m'en sortir.
Au bout de dix minutes, je finis tous les nœuds des plus simples aux plus hostiles. Je me rends donc à l'atelier voisin, celui des collets pour m'expérimenter. S'il n'y a pas de lac ou de rivière je dois savoir attraper des animaux hors de l'eau. L'instructeur paraît satisfait de mon travail. Je me lance donc à la réalisation d'un feu sans allumettes ni choses de ce genre. J'ai beaucoup de mal à cet atelier, je ne peux pas tout réussir, mais avec les conseils de l'instructeur j'arrive à avoir un feu à peu près correct.
Vient l'heure de manger, comme ça va vite ! Je me rends à la cafétéria et demande aux tributs du Huit, du Cinq et du Six si je peux me joindre à eux. Ils acceptent, comme nous sommes des tributs sans alliances, nous n'avons pas l'utilité de nous parler. C'est juste pour éviter de se retrouver seul.
Nous n'échangeons pas un mot du repas. Je repère les cinq carrières à l'autre bout de la cafétéria qui rigolent. Puis le tribut du Deux, Lassa, me regarde avec insistance, mais il se détourne et pose une question à Alexus. Je pense qu'il vient d'aborder le sujet sensible de la claque, il a dû y repenser en me voyant. Je vois Alexus devenir rouge puis me fixer, furibonde. Je détourne la tête et n'affiche pas mon habituel sourire, j'estime que j'en ai fait déjà bien assez pour la pousser à bout. Le repas se termine et nous retournons tous à l'entrainement.
Comme j'ai passé la matinée à la survie, je vais donc passé l'après-midi au combat. Je prends un arc, cela s'avère être une catastrophe je ne sais pas du tout m'en servir bien que l'instructeur me répète comment faire. Je finis par reposer l'arc. Je tombe sur une autre arme, qui attire mon intention, l'épieu il ressemble beaucoup au trident je devrais pouvoir le manier assez bien.
Je me suis beaucoup entraîné avec le trident de mon père je sais maintenant le manier à la perfection. Je prends donc l'épieu, je baisse le bras sous le poids de l'arme je croyais que c'était bien moins lourd, je décide d'en chercher un autre plus léger. Je les essaye tous et je trouve enfin le bon, il est léger il sera plus facile à lancer pour un début. Je commence l'entrainement avec la cible à cinq mètres, je l'envoie dans la jambe de la cible, au fil du temps j'arrive enfin à atteindre les endroits vitaux.
Comme je considère que je me suis déjà bien entraîné avec l'épieu, je change d'atelier et me rends au combat au corps à corps. Devant moi se trouve le tribut du Douze, je dois dire qu'il m'impressionne, il se débrouille assez bien face à l'instructeur. Pourtant il vient d'un district périphérique, haïs par le Capitole, il n'a donc pas d'école pour devenir carrière, je ne sais pas d'où il tient ça. Vient mon tour, l'instructeur m'apprend les bases et j'essaye de faire au mieux, il faut avouer que ce n'est pas un domaine dans lequel j'excelle mais je m'en sors assez bien. J'entends alors l'appel d'Atala qui a repris sa place originelle. Elle annonce que nous nous sommes bien donnés et que c'est la fin de cette journée d'entraînement.
Je n'attends même pas Alexus, je vais dans l'ascenseur puis monte à mon étage. Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrent enfin je me rends dans ma chambre et ferme la porte. Je m'allonge dans mon lit, puis demande un repas à un Muet. Elle m'apporte un plateau garni, avec toute sorte de nourriture. Je mange à ma faim, puis je prends une chaise et je m'assois devant ma baie vitrée. Les gens du Capitole font la fête, ils sont pressés que les Jeux commencent. On frappe alors à ma porte, je pars ouvrir, c'est Mags. Elle prend une chaise et s'assois juste à côté de moi :
— Alors ta journée ? Tu as trouvé une arme qui te correspond ?
— J'adore faire les nœuds et les collets, c'est si simple pour moi. Et je m'en sors plutôt bien avec un épieu, comme ça ressemble au trident, je me défends bien. Mais, il y a quand même des petits bémols que je n'ai pas avec un trident, si seulement il y en avait je soupire.
— Oui, je vois en tant qu'habitants du district Quatre, tu te défends bien avec tout ce qui touche à la pêche. C'est déjà un bon début. Malheureusement, le trident n'est pas une arme présente dans ces Jeux.
— Pourtant avec ça je leur aurait mis l'ultime leçon à ces carrières…. dis-je
— Tu parles de Lassa, Eloyce, Hilda, Cliff et Alexus ?
— Si ce sont les carrières du Un et Deux alors oui.
— Oui, Cliff est le tribut masculin du Un et Hilda le tribut féminin, et Lassa…
— Le tribut masculin du Deux et Eloyce le tribut féminin, oui c'est d'eux dont je parle, je la coupe.
— Que t'ont-ils fait ? dit-elle en contemplant le Capitole
— Ils me disent que je serai une de leur première victime dans l'arène, je réponds sombrement.
— Ne les écoutent pas, c'est faux, ils s'occuperont d'abord de celui qui a eu la meilleure note aux évaluations après eux.
— Je m'en doutais, et puis qu'est ce que ça leur apporte de me tuer en premier, je ne suis pas un grand rival.
— Ils veulent simplement montrer au peuple de Panem que ce sont des tueurs, ils tueront par plaisir, ce sont des carrières.
— Ils me font peur, je l'avoue mais je ne les laisse pas le percevoir, je veux qu'ils regrettent de ne pas m'avoir accepté dans leur groupe.
— Oui, c'est la meilleure chose à faire, ne te sous-estime pas petit, tu as des capacités, tu as tes chances. Aie confiance en toi , dit-elle d'un ton rassurant.
— Merci, mais comment avez-vous fait pour gagner ?
Je la vois froncer les sourcils et fixer le paysage et je comprends que je n'aurais pas dû poser cette question.
— Si jamais tu reviens de l'arène, tu comprendras pourquoi je ne veux pas t'en parler, quand tu ressors de cet endroit tes actes, te suivent toute ta vie et tu vis dans le regret. Ces Jeux te ruinent, soupire-t-elle
Elle se lève et prends sa chaise. Elle la remet à sa place et sort de la pièce à pas léger. Pour ma part je reste à la fenêtre, et entends encore sa phrase « Ces Jeux te ruinent » résonner dans ma tête. Je dois penser à autre chose et avoir confiance en moi si je veux revenir dans mon district, mais après réflexion je ne sais même pas si j'ai envie d'y revenir. Je ne veux pas vivre dans le regret, comme Mags, et être hanté par ces Jeux. Mais je veux retrouver Annie et père. Je n'arrive pas à penser à autre chose, je suis déjà hanté. Je me glisse dans mon lit. Cette nuit là je dors d'un sommeil sans rêve.
Le lendemain matin je me lève, je suis de bonne humeur, je compte bien ridiculiser les carrières. Cette fois je suis prêt à temps, je me rends dans l'ascenseur. Sur le chemin pour le centre d'Entrainement Alexus et moi n'échangeons pas un mot. En arrivant au centre d'Entrainement je me dirige tout de suite vers les armes. Je prends l'épieu, le plus léger et je le fais tourner plusieurs fois dans mes mains. Je fais volte-face et je vois les carrières me regarder fixement en rigolant. Je demande à l'instructeur si je peux m'entraîner directement au lancer. Il hoche la tête. Bien, il est temps de leur donner une leçon, je m'entraîne un peu avant puis je choisis la cible à dix mètres, je le lance droit dans le cœur de la cible. Je vais maintenant à la cible à vingt-cinq mètres dans le cœur encore. Je sais qu'ils sont suspendus à mes lèvres, c'est excitant, je fais encore quelques lancers puis je me retourne vers eux. Leurs petit rictus narquois sur leurs visages a laissé place à la méfiance.
