Bon celui là je ne sais pas trop d'où il est sorti. Beaucoup trop sérieux et trop de réflexion pour un drabble. Mais bon, je me suis dit que je n'allais pas non plus le supprimer. Donc j'espère qu'il sera quand même lisible et qu'il vous plaira un peu. En revanche, le prochain sera où drôle, ou mignon, ou sexy, un peu de légèreté tout de même !
Sinon je voulais remercier ceux qui m'ont laissé un review ou ont décidé de me suivre (à leur risque et péril). J'en suis extrêmement flattée et je suis ravie d'avoir vos avis, merci beaucoup ! Je ne sais pas encore s'il vaut mieux que je réponde directement aux reviews ou si je doit répondre en début de chapitre, à voir (aussi si je postais plus régulièrement la question ne se poserait pas ^^
Et je n'abandonne pas le Pezberry, il avance doucement et la suite arrivera bientôt.
Sur ce, bonne lecture !
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Une journée normale. Une rédactrice normale. Deux assistantes en regard, d'un côté et de l'autre de cette femme monstrueuse. Monstrueusement froide, droite, belle et prédatrice. Un monde classique. Celui de la mode. Une ronde, d'allée et de retour, hors du temps, dictant un art abstrait : celui où « les tissus sont autant de lettres qui emphasent la pensée-corps ». Code de couture, couture de corps. Incompréhensible. Et fascinant : Vous passez la journée dans une œuvre d'art, vous la salissez, vous suez dedans. Certains la choisissent pour vous, mais si vous vous y connaissez un peu, c'est vous qui la créait. Cet art naît d'étincelles apparues au sein des méandres cognitifs d'un cerveau lambda, tout autant génie qu'un autre. Simplement un peu plus éveillé. Cette étincelle s'épanche sur la douceur et le touché d'un assemblage de fils, fibres et peaux. Toujours de manière unique. Jusqu'à traduire ce qui l'a fait naître, dans ce cerveau, cette chose indescriptible qui a secoué tout le corps du créateur, ce ressenti absurde et magnifique, mélange de souvenirs, de rêves, de visions, de chocs et d'émotions. Inexprimable. Insaisissable pour la pensée, la raison ou les mots. Cette chose qui va faire que des siècles plus tard, face à un tableau (mélange pigmentaire jeté sur une toile rêche), les cœurs s'emballent et les spécialistes cherchent et cherchent et cherchent encore, spéculent et supposent. Sans fin. Sans réponse.
Et c'est ici, dans ces locaux, dans ce bureau, que sera choisi quelle étincelle est transposable, compréhensible et assimilable par l'ensemble des autres. Ni trop commune, ni trop insaisissable. Parce que dans ce monde, dans cette époque, un vêtement n'est pas fait pour être un œuvre d'art. Il n'est pas conçu pour plonger l'observateur dans une réflexion perplexe et hypnotique, saisi par une familiarité qui lui est inconnue : celle d'une émotion qu'il a effleur ée mais non saisie. Après tout, nous parlons de la madeleine et non de la veste griffée de Proust. Une œuvre d'art n'est pas sensée avoir d'autre utilité que d'être une œuvre d'art. Un vêtement a une utilité. Simple d'abord : habiller et protéger. Économique ensuite. Et là tout se complique : Un vêtement doit plaire au plus grand nombre mais évoquer un particularisme. Pour se sentir unique alors qu'on le choisi pour nous. Équilibre complexe.
En réalité un beau foutoir. Comme toujours quand on mêle art, commerce et vulgarisation. L'on doit respecter les trois (artistes, vendeurs et acheteurs) et faire du chiffre, de l'audimat, de la célébrité, du clinquant, de la fascination, une élite et du dédain : fashion. Tout ça ici, dans ces locaux, dans ce bureau, dans la tête de cette louve féroce, froide et calculatrice. Une énigme que ce monde.
Andrea ne comprend tout ça que maintenant, avant elle n'avait pas les clefs. Maintenant elle est un peu plus grande, un peu plus posée et cette énigme, comme toute, n'en est plus vraiment une quand on pose les bonne question. A la bonne personne.
En réalité Andréa n'avait jamais vraiment aimée les énigmes. Surtout celles qu'elle ne pouvait pas résoudre. Et Runway était un casse-tête pour elle. Elle pensait pourtant avoir bien commencé, avoir pris le problème par le bon bout. Elle avait fait doucement son chemin. D'abord le Book, puis Paris. En fait elle n'avait rien compris. Elle était une bonne assistante c'est sur. Elle savait deviner et satisfaire, résoudre les problèmes et programmer. Elle nettoyait, avant et après, le terrain pour que la sélection entre art et vente se fasse. En gros, le technicien qui préparait le papier pour que le lien entre l'aiguille et le placard se réalise. Mais elle n'était que le papier, pas le lien. Le lien elle ne le saisissait pas. Comme elle le répétait : pour elle les fringues restaient juste des fringues. Rien de plus normal. Après tout, comme pour dans tout art, nous sommes touchés ou non. Force toi et tu t'éloignes de l'art pour plonger dans l'élitisme.
Cependant elle ne pouvait plus travailler ici. Plus elle essayait, moins elle comprenait. Et de toute façon elle n'avait pas le temps de comprendre. Et c'était inutile, tellement de chose lui parlait dans la vie. Elle avait fait son année en enfer, maintenant elle pouvait fuser vers le paradis.
Une certaine amertume d'un échec qu'elle ne comprend pas au font du ventre, elle s'en va. D'un journal à l'autre comme d'un pays à l'autre. Les chroniques d'abord, puis des articles, un peu. Enfin les reportages, les séjours, les voyages, les gens. Des relations aussi, des ruptures, beaucoup. Mais peu de larmes. Ce n'est pas grave, le monde lui parle et elle le transmet dans ses écrits. Un projet avec un professeur rencontré par hasard et deux longs articles de fond voient le jour, entre information et anthropologie. Pas de relation cette fois (le professeur est marié, à un homme). Mais un contrat avec le New Yorker, et des demandes d'autres journaux encore. Les joies du free-lance. Puis un ou deux bouquins, toujours à quatre mains. Petit succès dans les cercles spécialisés. Une routine tranquille de quelques années permet la naissance d'un article tonitruant. Sa présentation des dessous politiques des problèmes religio-communautaires au Moyen-Orient fait exploser le nom d'Andrea Sachs. Une routine plus tard et deux bouquins supplémentaires (en solo cette fois-ci) « De l'idéal protestant au grand banditisme : le capitalisme en Amérique » et « Le tabou homosexuel : Religieux, politique ou culturel ? », et A. Sachs est définitivement classé dans les journalistes contestataires et auteurs dénonciateurs à connaître. « Elle frappe l'Amérique là où ça fait mal et ça fait du bien ». Succès total. Septième ciel atteint.
Mais sans cesse elle se heurte à cette mode qui l'intrigue autant qu'elle la laisse indifférente. Que ce soit le mari de son professeur, un article lu quelque part, Runway (auquel elle s'est abonnée), ou un discussion née de nulle part, elle y revient. La mode elle s'en fout. Mais elle veut comprendre pourquoi elle ne comprend pas. Elle ne veut pas d'une énigme (son orgueil est bien assez satisfait de son succès) mais peut-être d'une leçon.
Sa leçon elle la prend un soir, à une soirée de Gala à laquelle elle a été conviée pour une raison marketing x ou y qu'elle a refusé de retenir. De toute façon son éditeur sera là lui aussi. Et il lui rappellera surement pourquoi elle doit sourire hypocritement tout en lançant une ou deux phrases déstabilisantes : ne doit-elle pas correspondre à son image de journaliste contestataire ? Mais là cela fait à peu près sept ans qu'elle n'a pas autant tergiversé devant son miroir. Depuis son départ de chez Runway en fait. Ce soir c'est un peu comme aller à une rencontre d'anciens élèves : retrouver les anciens de notre scolarité et avoir l'occasion de prendre sa revanche sur toutes les images qui te collaient à la peaux à l'époque. Au final toute cette excitation l'écœure un peu. Elle pensait vraiment avoir muri plus que ça. Cette envie de vengeance enfantine n'a rien de glorieuse. Surtout qu'elle s'enorgueillit de de ce point de vu neutre et réfléchi et de cette critique acerbe qui font sa renommée. Oui mais voilà elle est nerveuse. Parce que Runway allait forcément être présent au Gala. Parce qu'elle aurait peut-être une chance de faire la paix avec cette mode qui la nargue. Mais qu'elle a autant de chance de se faire humilier pour ces même raisons.
Au final, le Gala est aussi ennuyeux qu'une partie de scrabble. Elle a vaguement l'impression de retourner sept ans en arrière : les faux sourires, les conversations creuses, les personnalités imbues d'elle-même qu'inintéressantes... Elle a peur d'en faire partie maintenant, son ego étant devenu son interlocuteur préféré ces deux dernières années. Peut-être serait-il temps qu'elle reparte voyager, pour se sentir à nouveau minuscule face au monde et avoir autre chose à raconter que son orgueil.
Par contre elle n'est pas la seule à s'ennuyer. Chevelure rousse impeccablement disciplinée, yeux bleus aiguisés comme des rasoirs. Emily bien sur. Miranda, elle, avait daigné illuminer le Gala de sa présence une petite demi-heure, deux blondes affolées et squelettiques sur ses talons. Andrea avait observé de loin. Elle l'avait déjà remerciée plus d'une fois, et ce ne serait pas de sa part qu'elle recevrait sa leçon. Oh bien sur Miranda était peut-être la mieux placée pour faire rentrer dans son crâne les tenants et aboutissants de la mode, de sa manière si délicieusement inhumaine et dédaigneuse. Mais voilà, la reine Priestly n'a pas de temps pour de si vaines futilités.
Emily si, il semblerait, puisqu'elle s'avançait maintenant dans sa direction, deux coupes dans les mains.
« Tu comptais me snober toute la soirée ? » demanda-t-elle platement en lui glissant d'autorité une coupe dans les mains. « Tu sais que regarder fixement une personne tout au long d'une soirée n'est pas une technique de drague très efficace, c'est plutôt un comportement de stalker. »
« Bonsoir à toi aussi Emily…. »
« Oh tu te souviens de mon prénom, je suis flattée journaliste Sachs. » la coupa-t-elle avec un sourire suffisant. Lui en voulait-elle toujours pour Paris ? « Mais après tout un bon stalker connais le nom de ses obsessions. Autrement ce ne serait pas logique, n'est-ce pas Andrehaaa ? » continua-t-elle, son sourire s'étirant un peu plus alors qu'elle allongeait le prénom de la brune à la sauce Priestly. Ok là elle se foutait ouvertement de sa gueule. Elle pensait qu'elle avait eu peur de les affronter.
« Emily… »
« Je comprend mieux pourquoi tu observes de loin, en fait tu es incapable de répondre. Ta répartie n'est-elle pas sensée être décuplée par ta maitrise de la critique acerbe ? On marche dans les pas de Miranda, Andy ? »
« Emeely… » Oui la sauce Priestly, elle savait faire aussi. « Je suis peut-être une stalkeuse, mais tu es celle qui est venu m'offrir un verre. Que dois-je en déduire ? » Et un haussement de sourcil pour souligner le tout.
« Ooh, mieux, beaucoup mieux » La rousse fini sa coupe et lui offrit enfin un sourire un peu plus sincère.
Voilà les bases posées. Maintenant la conversation glisse, fluide, sur le bout de leurs lèvres. Oui ça fait sept ans, en sept ans on grandit un peu. Et le fait que ni l'une ni l'autre ne soit plus assistante du diable aide un peu. Doucement elles reprennent leurs marques, se reconnaissent : les tonalités de phrases, les tournures de mots, les crispations des membres et gestuelles corporelles, tout ce qui faisait que, sous le joug du démon, elles ont pu se lire et communiquer, survivre. Mais l'animosité et la rivalité se sont envolées. Elles n'ont plus de raisons de se battre. Elles n'ont plus besoin de la reconnaissance de Miranda. Elles ont trouvé leur propre royaume, Andrea dans ses articles, Emily dans la direction des défilés et shootings. Elles continuent à rendre des comptes, mais les décisions sont les leurs.
D'une certaine manière elles ont quitté le Gala (enfin), mais ce sont trouvée de nouvelles coupes. Chez Emily. C'est confortable. Et c'est presque surprenant.
« Je ne me souvenais pas que tu avais autant d'intérêt pour la mode, Andrea. Serais-tu entrain de retourner ta veste ? » Apparemment, comme plus tôt dans la soirée, Emily avait estimé que la brune avait suffisamment tourné autour du pot.
Andrea regarde le liquide dans sa coupe. Comment demander ça ?
« Andy, pourquoi n'es-tu pas venu me parler pendant le Gala ? Je ne suis pas Miranda, donc je ne te fais pas peur, et visiblement je ne t'ennuie pas non plus…..Donc, pose là ta question »
Ah oui c'est vrais. Andrea n'était pas la seule à deviner les besoins des gens. La rousse a survécu plus longtemps à la poigne de la femme-dragon, et ce n'est pas sans raisons.
« Je voudrais que tu m'apprennes la mode. »
« Que je…Mais…Enfin oui je veux bien, mais pourquoi ? Tu t'en sors bien, tu étais correcte ce soir. Presque bien. Je pourrais trouver à redire sur le choix du blazer, mais… »
« Non Em', je voudrais que tu m'apprennes la Mode… »
Emily la regarde. Sans sourciller. Elle pèse, juge, tâte. Ses yeux découpent Andrea, se taillent un chemin pour saisir vraiment ce que veut Andrea. Et pourquoi.
« …On apprend pas la Mode…. »
Et encore ce mystère, cette énigme.
« …mais…Mais je peux t'expliquer et tu peux essayer de comprendre. Tu verras ensuite si tu la apprise ou non. »
C'est déjà plus que suffisant. Et elle s'en contentera. Emily ne lui laisse pas le choix de toute façon. De choix, face à la mode elle n'en a jamais eu.
« Andrea, je ne pourrais pas le faire en une soirée. Tu vas devoir me suivre. Il s'agit de ce qui me parle dans le monde. C'est quelque chose d'extraordinaire pour moi. Je ne suis pas patiente, ni gentille en générale, mais là je ne serais ni rationnelle, ni compréhensive. Pour t'expliquer je devrais mettre à nu mon ressenti et te montrer comment ça me touche. Je devrais baisser mes barrières et être fragile. Donc au moindre faux pas, je t'explose entre les doigts. Et je t'exploserai toi ensuite, sois-en sure. »
Emily continuait de la fixer, le visage froid mais le regard terrorisé. Elle ne veux pas qu'on la connaisse mais partager ce qui la fait vibrer, ce qui fait dresser les cheveux de sa nuque, qui fait tourbillonner ses pensées est une tentation savoureuse. Partager cela avec Andrea a quelque chose de rassurant, de réconfortant, de nécessaire.
Andrea saisit délicatement sa main et la serre contre elle. Elle veut lui assurer qu'elle ne serra pas la seule à s'ouvrir et à se perdre, fragile, offerte au regard de l'autre. Elle découvrira la mode et Emily. C'est apaisant. C'est juste.
La brune retient les yeux bleu dans les siens et lève sa coupe.
« Deal. »
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Juste pour dire que si certains veulent proposer un prompt, ou même un mot ou thème sur lequel ils souhaiteraient que j'écrive un drabble, je suis partante pour l'exercice. Je ne garantis par contre pas le temps d'attente pour qu'ils voient le jour ^^"
