Et c'est reparti, avec le second thème de 30 morts : mort de rire !

Bonne lecture et n'hésitez pas à reviewer. ;-)


M. Firmin Richard, en dépit des dignes fonctions qu'il occupait, s'était toujours révélé d'un naturel facétieux, pour ne pas dire qu'il avait une prédilection profonde pour les quatre cent coups. Aussi fut-il enchanté d'entendre de la bouche de MM. Debienne et Poligny, anciens directeurs de l'Opéra, que celui-ci était hanté… mais pas par n'importe quel fantôme, non ! Celui-là avait l'heur de réclamer un salaire de ministre et une loge personnelle digne des plus grands. M. Firmin Richard n'en fit que des gorges chaudes pendant quelques semaines, attendant la fin de la blague, suspectant son collègue et complice Armand Moncharmin d'être derrière tout ça. La suite, nous la connaissons : la chute du lustre, les vingt mille francs, l'enlèvement et le retour de Christine Daaé, la disparition du comte de Chagny, le retour imprévu des vingt mille francs, la séquestration de Mme Giry, et tant d'autres choses ! Pour une blague, celle-ci était admirablement conçue. On y croirait presque, sans parler des témoignages de la mère Giry, de son petit rat de fille et de la Jammes !

Qu'un fantôme hante l'opéra, passons : quelle maison n'a pas ses morts et ses rumeurs, en ces temps troublés ? Que ce fantôme réclame une loge et un salaire, acceptons : les finances, de nos jours, semblent inclure le mort dans les contribuables. Qu'il envoie un lustre sur le public au milieu d'une représentation et fasse croasser une prima donna, ce n'est pas commun, mais admettons. Tout le monde a ses humeurs. Qu'il enlève une autre cantatrice, la fiancée du vicomte de Chagny… improbable : le comte de Chagny était nettement plus suspect que tout revenant, aussi revenu soit-il. Mais alors là ! Là ! C'était pousser le bouchon un peu trop loin.

On avait perdu la première cantatrice, la gloire de Paris, la Carlotta. On avait perdu sa glorieuse remplaçante, la Daaé. La Sorelli, l'une des plus grandes danseuses, avait disparu en même temps que le comte Philippe de Chagny. La faillite menaçait ! Et le fantôme de l'Opéra qui envoyait… une lettre… une de ses maudites lettres à l'écriture bâtonnante à l'encre rouge…

Cher directeur,

Étant donné mon récent mariage, je vous prie de prendre bonne note du présent changement : désormais, mon salaire s'élèvera à 40 000 francs, afin de subvenir aux besoins de ma chère épouse. Bien entendu, la première loge n°5 restera à notre entière disposition, de même que la brave Mme Giry.

J'ai l'honneur d'être, monsieur le Directeur, votre humble serviteur.

F. de l'O.

C'était impayable ! Ainsi donc, le fantôme de l'Opéra s'était marié ! Il réclamait une augmentation pour son mariage ! Unis dans la mort jusqu'à ce que la mort vous sépare ? Allons donc ! Firmin Richard ne croyait pas aux fantômes, il ne croyait pas non plus en la possibilité qu'un fantôme s'unisse à un autre fantôme (ils sont immatériels, bon sang ! ).

À vrai dire, il était effondré sur son bureau. Mort de rire. Au sens figuré.

La bonne blague !


Derrière la cloison boisée du bureau, Erik et Christine contemplaient l'hilarité du directeur avec un sourire de connivence.

Finalement, la vie avec le fantôme de l'Opéra n'était pas si déplaisante…