Disclaimer: Hetalia ne m'appartient pas.

Personnages: Francis, Arthur essentiellement. D'autres personnages présents (Yao, Matthew, Alfred, ect...)

Parings: Fruk (ça commence enfin)

Genre: Romance

Rating: T


Partie IV


Arthur regardait la neige qui tombait par la fenêtre. Le médecin venait de partir, après avoir bandé les blessures de Francis et celui-ci se reposait. Il n'avait rien dit, discret comme à son habitude. Le jeune noble soupira et s'éloigna de la vitre, marchant dans les couloirs. Il entra dans son bureau, se disant qu'il était bon pour travailler un peu. Qu'avait-il d'autre à faire après tout?

Il attendait toujours la réponse de son frère. Ce comploteur avait été emmené. Pas de chance pour lui, c'était son autre frère qui dirigeait ces hommes. Rien de ce qu'il pourrait dire porterait à conséquence. Cela payait d'avoir de la famille bien placée quand même.

«Pas de chance pour lui, je suis intouchable.»

Durant ces quelques années, il avait posé ses pions, et avait profité de la position de ses frères, surtout après avoir prit, en secret, la tête de la famille. Il avait beaucoup œuvré pour arriver à ses fins, si rapidement, et si jeune.

Il se massa les tempes, essayant de ne pas penser au beau blond qui enfouissait son visage dans sa chemise, la main crispée sur le vêtement. Il l'avait vu comme un réconfort, une protection. Quelque part, Arthur en était flatté. C'était une bonne chose. Peut-être l'appréciait-il plus désormais? Peut-être l'acceptait-il un peu mieux, peut-être allait-il finir par lui céder. Un sourire ourla ses lèvres à cette simple idée. En tout cas il y avait du progrès entre eux. Aucun doute là-dessus. Restait à savoir comment faire tomber les barrières restantes.

Il prit une feuille et la regarda, pensif. Il ne pensait à rien. Seulement à son captif. Il espérait aussi que les paroles de l'ivrogne ne l'avait pas perturbé. Lui-même avait eu envie de lui flanquer son poing dans la figure. Pour lui, Francis n'était pas un esclave et il ne voulait le forcer en rien. Il voulait lui laisser le plus de liberté possibles. Et comptait bien lui donner autant de droits que les autres. Si ils ne pouvaient rentrer dans leur pays (quelque part, Arthur espérait bien qu'ils restent), il en feraient des habitants de ce royaume. Il avait assez de relations pour ça.

Une silhouette fantomatique apparût dans la pièce. Le spectre du pirate flottait devant lui et une voix, très semblable à la sienne mais à l'accent différent retentit à ses oreilles.

C'est là que je vois que tu es mon descendant. Tu sais ce que tu veux et tu fais tout pour l'avoir.

Arthur plissa les yeux, et le regarda, avant de dire, d'un ton narquois «Tu vas encore dire que je suis comme toi?» Il connaissait le fantôme du pirate depuis qu'il était enfant. C'était comme un oncle qui racontait plein d'histoires. Avec le temps il s'était mit à lui donner des conseils d'un autre ordre. Ce qui était beaucoup moins drôle. Lui avait toujours eu la préférence du fantôme, qui disait à quel point son descendant lui ressemblait. Pas seulement physiquement d'ailleurs.

T'as raison petit. En plus...il est sacrement mignon, il ressemble à son second. C'est peut-être un de ses descendants. Il avait des gamins quand je l'ai enlevé. Et puis il lui ressemble aussi. Il a le même nom en plus. Veinard.

Arthur avait entendu cette histoire un nombre incalculable de fois. C'était un récit assez beau et tenant, qui finissait mal puisque le pirate était mort, ainsi que son amant. Mais une histoire d'amour comme on en voyait rarement. Il la connaissait par cœur. Au moins cette fois, le pirate ne lui proposait pas de partir à l'aventure, de devenir lui même un brigand des mers. Il semblait bien s'amuser à juste lui parler de son amant, et des ressemblances avec Francis.

«Ne vas pas lui parler, tu le traumatiserais.»

Hé, s'il reste ici, il faudra bien qu'il me rencontre! Et j'suis bien curieux de savoir si c'est un descendant de mon doux second.

Arthur se passa la main sur le visage, fatigué d'avance «Ne lui raconte pas ton histoire...» Il savait que interdire quelque chose au pirate était vain mais il espérait quand même que l'autre l'écoute, ne serait-ce qu'un peu. Il faisait ce qu'il voulait. Autant le laisser faire ce qu'il voulait. Il détestait qu'on lui donne des ordres.

«J'avoue que j'ignore beaucoup de choses sur lui...» Soupira-t-il, posant la feuille sur le bureau, l'air rêveur. Il se mordilla la lèvre et se passa la main dans les cheveux «Mais il faudrait qu'il accepte de me parler pour ça...» Peut-être que, maintenant qu'il l'avait sauvé, l'autre serait plus...aimable, plus réceptif à ses avances.

T'as l'air à fond sur lui Arty. Rit le pirate, se frottant le menton de sa main gantée. Un sourire moqueur ourlait ses lèvres et ses yeux étaient plissés.

Le concerné eut un ricanement et fit, d'un ton assuré «Pas du tout. J'aime juste qu'on me résiste autant. Cela n'en sera que plus savoureux.» La peau de son nouveau serviteur semblait si douce, ses yeux étaient d'un beau maritime, et ses cheveux paraissaient si soyeux. Il mourrait d'envie d'y plonger ses doigts et se goûter ses lèvres. Il ne pouvait laisser passer une telle beauté.

Je me souviens encore comment j'ai rencontré mon second. J'avais 23 ans et lui 20. Je l'ai enlevé alors que son second enfant venait de naître...Il était très sauvage au début. Il m'insultait, me mordait, me frappait mais je l'ai dominé. Je lui ai montré le vrai plaisir...L'autre n'en avait pas fini avec ses histoires. Et il semblait aimer se remémorer la capture de son compagnon. Il l'avait arraché à sa ville, à sa famille. D'accord c'était certainement un mariage arrangé, peut-être qu'il n'éprouvait rien pour sa femme. N'empêche que cette histoire était un peu tordue. Moi aussi je pensais juste le prendre, aimant la résistance acharné qu'il m'opposait.

Arthur toussota, terminant de lire un papier. Il ne tomberait pas dans le même piège que son ancêtre. Il ne tomberait pas amoureux. Même s'il aimait la présence de Francis, qu'il aimait entendre sa voix, qu'il aimait le voir prendre soin de son fils, qu'il aimait manger les plats qu'il préparait. Qu'il aimait son sourire, ses remarques narquoises. Non il n'éprouvait rien d'autre que de l'intérêt. Et du désir. Il n'était pas un sentimentale. Il ne voulait pas retomber là-dedans. Être déçu une fois lui avait largement suffit et il ne voulait pas avoir le cœur brisé encore. «Tu crois que je serais un cœur tendre comme toi? Je le garde prisonnier pour le moment mais il y aura bien un...un jour il retournera chez lui, dans son pays.» Francis ne serait pas otage toute sa vie, la situation finirait par évoluer et lui devrait aller le laisser partir. Voilà pourquoi il ne pouvait s'attacher. Cela ne le ferait que souffrir.

Pas si tu l'épouse, mets lui la bague au doigt et il ne partiras pas. Le fantôme ponctua ses paroles d'un rictus amusé, comme pour taquiner son descendant, même s'il semblait sérieux pour une fois.

«C'est le type qui a fuit son mariage après avoir eu 3 enfants qui me dit ça? D'ailleurs pas mal. Marié à 16 ans, t'as fuis à 20 ans alors qu'elle était enceinte de votre troisième enfant, devenu un capitaine pirate à 22 ans et tu as enlevé ton cher second à 23 ans. Comme quoi tu n'as pas perdu ton temps. A se demander comment tu as fait.» En fait, il se doutait de comment l'autre avait fait. Il avait certainement utilisé la magie. Dans leur famille c'était un talent particulier. Un secret bien gardé. Et personne n'y faisait allusion en dehors du cercle familiale.

Le pirate ricana, allant regarder par la fenêtre. On m'a pas demandé mon avis à moi. Toi tu peux choisir maintenant, personne ne te forcera la main. Il aurait certainement voulu vivre plus longtemps avec son cher amant. Mais une malédiction s'était abattu sur eux. Parfois je me dis que tu es la solution à mon destin. Peut-être que tu peux me libérer de cette malédiction, moi et mon doux second.

Arthur remarqua qu'il ne disait jamais le nom de son amant. Étrange. Mais il haussa les épaules en disant, narquois «Et comment veux-tu que je fasse? Moi, ta copie conforme...je dois épouser la copie conforme de ton amant pour lever la malédiction?» C'est vrai que les ressemblances étaient étranges mais il refusait de croire à une telle histoire. C'était ridicule. Et qu'est-ce qu'il fallait lever d'ailleurs? Il n'y avait rien à lever. C'était des fantômes bon sang.

Le regard du pirate fut soudain très doux, chose rare chez lui. Il regarda son descendant avec beaucoup de douceur. Je ne sais pas moi-même quelle est cette malédiction. Du jour au lendemain nous nous sommes retrouvés fantômes sans raison apparente. Il ne se souvenait pas vraiment des circonstances. Tout était devenu noir et quand il avait pu bouger, il était un esprit, son amant aussi et ils étaient seuls dans la caverne au trésor. Ils ne savaient pas combien de temps avait passé ni pourquoi ils étaient soudain dans cet état. C'était uniquement quand le vieux Arthur était arrivé dans sa demeure familiale qu'il s'était rendu compte que des années s'étaient écoulées. Cependant le monde n'avait pas tant évolué que ça. C'était toujours ce vieux système, les mêmes lois (plus quelques nouvelles), il y avait toujours des guerres et des pirates. En fait, seulement six générations s'étaient succédées. Et Arthur en était le dernier, il venait de naître. Et c'était lui, le fantôme, apparaissant brutalement et dévoilant son identité qui avait été à l'origine du nom du bébé.

Depuis il hantait le manoir, partant parfois rejoindre l'esprit de son second. Parfois retournant dans la caverne pour tenter de comprendre. Et cela n'avait rien donné jusqu'ici.

Arthur le regarda et soupira «Je sais...c'est étrange ces ressemblances...» Il ne pouvait pas le nier. Il se reprit et lança au capitaine, avec beaucoup de sérieux «Ne t'avise pas d'aller me le traumatiser avec tes paroles perverses et tes bêtises...Fiche lui la paix»

L'autre ricana et répliqua, moqueur. T'es vraiment pas drôle gamin. En plus, peut-être que ces invité-serviteur ne serait même pas étonné. Après tout s'il était le descendant de son cher second, il devait l'avoir déjà vu. Peut-être que cela ne lui ferait pas de mal d'entendre l'histoire lui-aussi?


Francis ouvrit les yeux, voyant le plafond de sa chambre. Il avait mal partout. Sa tête bourdonnait et sa main le brûlait un peu. Il avait fait un rêve étrange où sa mère lui racontait l'histoire de son ''ancêtre'', enlevé par les pirate alors que son second fils venait de voir le jour. Quand il était jeune il se demandait quel effet cela faisait d'être ainsi entraîné dans une telle aventure. Les histoires de pirates le faisait rêver. Mais il n'était jamais monté sur un navire, son père voulant le garder au château, alors qu'il permettait à Antonio et à Marco de partir. Il avait toujours trouvé ça injuste. Il était assigné à des tâches subalternes, alors que ses frères avaient le droit à un vrai entraînement. Peut-être était-ce son apparence, la fragilité qu'il avait dans sa jeunesse, sa douceur...en tout cas, il n'avait jamais eu le droit au moindre entraînement militaire. Il ne savait pas manier une épée ou un arc ou même une de ces armes à feu. Quand il était jeune, on le prenait souvent pour une fille. Il n'avait jamais eu le droit à la même considération que ses aînés.

Et puis était venu l'attaque du royaume. Chargé de rester avec son fils et ses petites sœurs, il avait entendu les résistances du palais s'effondrer. Il avait entendu l'armée ennemi entrer dans la cité. Il avait entendu leurs cris de victoire. Il n'avait pas lutté. A quoi bon? Au moins on ne lui avait pas enlevé son fils. Mais ses sœurs avaient été emmenés. Et ils ne savaient pas ce qu'étaient devenus ses frères. Sa famille était brisée. Et lui était prisonnier ici, seul dans un royaume où on le voyait comme un esclave de ce Kirkland. Il ne pourrait pas fuir. Et quand bien même il arriverait à retourner chez lui, que trouverait-il? Un royaume occupé, des gens ne se préoccupant pas de lui?

Il n'avait nul part où aller.

Il était seul.

En réfléchissant, peu de gens le comprenait et aucun n'était là. Il n'avait plus aucun intérêt dans l'échiquier royal. Il n'était même pas l'aîné des enfants illégitimes. Il n'avait pas la carrure d'un roi.

Il soupira. Peut-être fallait-il qu'il se résigne?

Au moins il n'était pas malmené. Il était juste exposé au regard gourmand de ce type. Qui l'avait sauvé.

Il détestait l'idée d'avoir une dette envers cette personne.

Il se souvenait de cet air terrible, de cette impression de puissance. Arthur Kirkland était un être qui ne reculait devant rien, un être qui ne se laissait pas marcher sur les pieds. Il était dur et impitoyable.

Étrangement, Francis commençait à penser qu'il était vraiment en sécurité avec cet homme. Celui-ci ne le forçait à rien, ne l'obligeait à rien. Il le laissait être narquois ou ironique avec lui et l'avait protégé contre cette brute.

Le souvenir du bras fort qui l'avait enveloppé lui revint en mémoire et il rougit malgré lui en se rappelant qu'il avait enfoui son visage dans le vêtement de ce foutu noble. Il avait été rassuré par sa présence. Qu'est-ce que l'autre allait penser maintenant? Qu'il allait lui céder?

Ce serait peut-être un bon moyen pour avoir la paix. S'il est du genre à collectionner les aventures, il ne veut peut-être qu'une nuit. Et il ne se débarrassera peut-être pas de moi puisqu'il doit me garder, puisque je suis un...un quoi? Un otage ou un esclave?

Cette idée lui déplaisait, il ne voulait pas être plus qu'un serviteur. C'était déjà assez humiliant pour lui. Même si ça lui changeait de chez lui. Personne ne lui parlait avec hypocrisie ou personne ne tentait de se rapprocher de lui pour avoir des faveurs. L'amitié des domestiques était sincère, l'affection d'Alfred aussi. Et malgré tout, cet Arthur avait été réellement bon avec lui et l'avait aidé.

Malgré l'impression de tournis, il se leva.

Il fallait qu'il lui parle, maintenant.

Il jeta un œil sur son fils endormi, lui caressa la joue doucement et, attrapant quelques feuilles (il fallait bien une excuse pour aller voir ce type) partit, marchant lentement dans les couloir, rajustant sa veste au passage. Il répétait dans son esprit ce qu'il voulait dire à son...employeur. Et il avait des questions aussi. Peut-être que l'autre allait accepter d'y répondre cette fois.

Il frappa à la porte, le cœur soudain battant. Il entendit un faible ''entrez'' et poussa la porte, entrant dans une pièce agréable. Un feu brûlait dans une cheminée, des bibliothèques couvraient les murs et un magnifique tableau d'un bateau voguant sous le soleil couchant occupait un de ces murs. Le sol était couvert d'un tapis blanc.

Kirkland était penché sur son bureau, sa plume à la main, les yeux levés vers lui. Il y lut de la surprise, de l'amusement, et un certain intérêt. Sa voix arriva à ses oreilles «Te sens-tu mieux?» Le ton était étrangement doux et préoccupé.

Francis détourna les yeux vers la fenêtre, observant la neige qui tombait et articula un «Oui» presque timide. Ce visage paisible était si différent de l'air dur et impitoyable de plus tôt qu'il en était déstabilisé. «Merci.

Ce que j'ai fais était bien normal.» Il repoussa ses papiers et le regarda fixement, avec curiosité, et posa sa plume, murmurant «Que puis-je faire pour toi?»

Par où commencer? Il avait tant de questions. Il hésita et murmura, évitant les yeux émeraudes qui le fixaient avec attention «Je voulais savoir...à propos de ce qu'il a dit...» il voulait savoir ce qu'il était, les droits qu'il avait, s'il était vu comme un homme ou comme un esclave.

Arthur secoua la tête «Ne te soucie pas des paroles d'un ivrogne.

- Mais...

- Beaucoup estiment que, parce ce que tu es captif chez moi, tu es en quelque sorte un esclave. C'est faux. Tu es un otage. Estimes-toi heureux, tes frères aînés sont prisonniers ou en résidence surveillé pour celui nommé Marco.

- On est tous captifs?

- Dans ton royaume, il ne reste plus que ta sœur Lovina qui sera la prochaine reine . Un conseil de régence fidèle à mon pays dirige à sa place jusqu'à sa majorité. Tes frères Héraclès et Gupta sont dans la grande propriété thermale de Sadiq. Celui appelé Antonio, qui était commandant dans l'armée, est prisonnier. Marco est en résidence surveillé dans notre pays puisqu'il a épousé une femme de chez nous. Quand à Felicia, elle est chez un tuteur de chez nous.» Il avait fait la liste d'un ton patient, espérant que l'autre ne demande pas à les voir. Ce serait difficile. Francis n'était pas censé sortir de chez lui quand même. Il était censé le surveiller et le garder captif. «Je suis désolé de ne pas pouvoir te permettre de les voir. Je n'en ai pas le pouvoir. Pas vraiment.

«Ils vont bien?

- Je ne sais pas pour les autres mais je connais la personnes qui a la garde de ta sœur, elle va bien. Je pourrais me renseigner pour les autres mais ce sera dur.» Le dénommé Antonio devait être au palais, dans les cachots. Il devrait pouvoir faire jouer ses relations pour voir comment il allait. Il ignorait dans quelle demeure était Marco.

«Je pourrais la voir?» Elle n'avait que deux ans. Seule dans une famille inconnue, elle devrait éprouver une telle angoisse. Ou peut-être les avait-elle déjà oublié? L'idée lui fit mal. Il préféra ne pas y penser.

«Je ne sais pas. Il faut que j'en parle avec...son nouveau tuteur.» Il pourrait bien inviter Roderich et sa famille une fois. Cela permettrait à Francis de voir sa sœur. Et il serait peut-être plus heureux de la savoir entre de bonnes mains. Quand il vit les yeux brillants de son serviteur, il sut qu'il avait prononcé les bonnes paroles. Il sourit. «Je vais m'arranger pour que tu la vois.» C'était une promesse, et il était bien décidé à la tenir. «Elle sera élevée correctement. Cet homme est une bonne personne. Il prendra soin d'elle. Elle grandira bien.

- Je vois...»

Arthur s'adoucit et reprit, d'une voix calme «Tu n'es pas un esclave, ni un jouet. Tu es un otage et un serviteur. Tu es payé pour ton travail et j'offrirais une éducation à ton fils. Tu es livre de garder ta religion, même chose pour ton fils. Tu as des droits. Qu'importe ce que dise ces imbéciles. Je pourrais faire de toi mon esclave, de prendre ton fils, être cruel et impitoyable...mais je ne suis pas comme ça.» Théoriquement Francis n'avait pas vraiment de droits, mais Arthur lui en donnait, décidant que c'était normal, il était chez lui et personne d'autre ne ferait la loi dans sa maison. Lui seul pouvait décider de ce qui s'y passait.

Francis soupira de soulagement, malgré lui. «Merci.» Comment pouvait-il remercier cet homme? Il ne pouvait le renvoyer chez lui mais le traitait très bien, avec douceur et compréhension. Il le laissait même être insolent. Alors qu'il le repoussait sans cesse, l'autre le protégeait et riait de son insolence.

Il eut une boule dans la gorge. Il s'en rendait compte maintenant. Cet Arthur était le premier à le traiter comme un égal depuis sa capture. Il n'avait connu que la brutalité et les moqueries, les regards lubriques et la peur de se voir prendre son enfant. Cette voiture étroite et puante, les liens qui lui mordaient les poignets. Les larmes de Matthieu, sa peur et son angoisse. Combien de fois avait-il eu peur d'être violé par un soldat? Combien de fois avait-il craint qu'on lui arrache son fils? De finir dans un cachot sale et seul. Quand il avait vu Kirkland pour la première fois, il avait eu peur. Cet homme le dévorait du regard. Ce regard, il le connaissait bien, combien de fois l'avait-il vu? Et puis finalement rien. Il avait eu une chambre confortable, son fils n'était plus traumatisé. Et l'autre l'avait même protégé contre un pervers. Il ne savait pas quoi dire...

Il sentit une larme sur sa joue et se rendit soudainement compte que le noble était devant lui. Celui-ci leva deux doigts pour essuyer la goutte transparente. Les yeux verts étaient plein d'inquiétude.

Il entendit sa voix «Tout va bien?

- Pourquoi êtes-vous comme ça? Je suis le fils du roi ennemi du votre, je suis un prisonnier...pourquoi êtes vous si humain?» Quand il était jeune, il avait entendu parler du royaume voisin, avait entendu des choses effrayantes qu'ils faisaient aux prisonniers. Mais depuis qu'il était ici, rien. Il ne savait plus que croire.

«Et alors? Tu es un humain avant tout...» Arthur prit doucement la main de son serviteur et embrassa la paume, caressant le dos de la main du pouce.

Ce simple geste fit rougir malgré lui Francis qui détourna la tête, refusant de le regarder en face. Il était soudain gêné. Ce brusque changement d'attitude le perturbait. Un geste doux remplaçait soudain les paroles tendancieuses.

Il avait souvent eu affaire à des gens qui tentaient de le séduire, parce qu'il était le fils même illégitime du roi. Et il avait souvent été déçu. Il se doutait qu'on voulait profiter des avantages de sa position. Les gens sincères se comptaient sur les doigts de la mains. Cet homme avait-il des intérêts dans le fait de le séduire ou c'était simplement parce qu'il lui plaisait.

«Pourquoi vous faites ça? Qu'espérez-vous au juste? Vous avez renversé la royauté de mon royaume. Je n'ai plus aucune influence. Vous n'avez aucun intérêt là-dedans.» il était fatigué de lutter, il voulait juste savoir ce que l'autre voulait.

Arthur ouvrit de grands yeux surpris et fit «Tu n'as jamais été désiré?

- J'étais le fils illégitime du roi. Ma position offrait des avantages. Personne n'est jamais sincère à la cour. Je n'ai jamais su s'ils étaient réellement intéressé par moi ou ce que je représentais.

- Oui, j'en sais quelque chose...mon frère est l'amant du bâtard du roi. Il me rapporte beaucoup de choses dans ses lettres.» Il fut pensif quelque instants. Il comprenait mieux la méfiance de son prisonnier. Il avait du être trop souvent déçu. Il se sentit proche de lui. Lui aussi se méfiait tout de temps. Il avait de l'argent, une position et des relations. C'était une des raisons pour lesquelles il ne s'attachait pas. «Mais te concernant, la réponse me paraît évidente. Tu es beau, vraiment beau...» il leva une main et caressa la joue, écartant une mèche d'or avec douceur. «Ta voix est douce et agréable à entendre. J'aime ton insolence et ta façon de me tenir tête. Je suis certain que j'aurais des discussions intéressantes avec toi. Tu sembles avoir les mêmes goûts que moi en matières de livres. Et je ne te connais pas encore très bien.»

Francis plissa les yeux. Ces mots lui semblaient sincères. Mais il se savait pas s'il devait le croire ou pas. Il se mordit la lèvre. Comment dire? Ce Kirkland semblait ronchon. Il avait toujours l'air grognon. Mais ces sourcils avaient un certain charme. Cet homme avait une certaine beauté qui se dégageait de lui. «Je...

- Tu peux avoir confiance en moi. Que tu me cède ou pas, je ne changerais pas d'attitude envers toi. Je te protégerais et te donnerais un abri, une éducation pour ton fils.

- Je...J'ai confiance en vous...» murmura Francis, du bout des lèvres, terriblement gêné par cet aveu à un homme qui le retenait captif. Mais il se rendait compte que c'était vrai. Il lui faisait confiance et était prêt à se détendre en sa présence.

Le sourire de Kirkland le rendait étrangement beau. Mais Francis était bien décidé à ne pas céder si facilement. Il en avait assez des coucheries sans lendemain. Il ne voulait pas juste être un fantasme de passage.

«Si tu veux, tu peux me tutoyer...» Peut-être que cela le détendrait un peu? Enfin il espérait. Il remarqua alors les papiers dans l'autre main de son serviteur «Qu'est-ce que c'est?

- C'est pour la fête, je cherchais surtout une excuse pour pouvoir te parler.

- Ha...» Arthur retourna à son bureau et s'assit sur le fauteuil, fixant avec amusement Francis et dit, tranquillement «Je t'écoutes...»


A Suivre