Un cauchemar. Il était assurément en plein cauchemar. Non, c'était pire que ça, il vivait SON cauchemar. Derek le savait mais ne voulait y croire. Ce qu'il avait sous les yeux ne pouvait être la réalité. Rien de tout ça n'était vrai. Il le fallait. Il allait se réveiller d'un instant à l'autre. Cela ne pouvait en être autrement. C'était juste ce même et douloureux tourment devenu plus réel que jamais. Oui, bien sur que c'était ça. Il n'avait qu'à être patient et le réveil le délivrerait bientôt de son supplice, repoussant une fois de plus l'échéance.

Mais alors, pourquoi rien ne se passait ? Pourquoi ne s'éveillait-il pas ? Pourquoi est-ce que le corps meurtri et ensanglanté de Stiles reposait sur ses genoux ? Pourquoi est-ce qu'il entendait sa respiration irrégulière et pénible ? Pourquoi est-ce qu'il entendait très distinctement les battements de son cœur ralentir ? Pourquoi est-ce qu'il sentait au plus profond de lui, lui déchirant les entrailles, que la vie du jeune homme ne tenait plus qu'à un fil ? Pourquoi ?

Une peur irrationnelle s'empara du loup. Un sentiment d'impuissance face à la mort, amplifié par une angoisse palpable et saisissante. Tremblant de tous ses membres, Derek osait à peine toucher l'humain de crainte de le faire souffrir davantage. Et quand il passa un bras dans son dos pour le prendre contre lui, il lui arracha un cri d'agonie qui l'ébranla tout entier.

- P…pourquoi ?

Même sa voix vibrait. Il était tout bonnement incapable de contrôler les soubresauts de son corps.

- Stiles… Pourquoi ?

Derek sentait monter les larmes, ses yeux le piquaient mais c'était surtout son cœur qui lui faisait endurer mille tourments. Il avait la sensation que mille aiguilles le pénétraient tentant de le percer de part en part pour lui arracher de force, une effroyable douleur qui lui déchirait la poitrine. Jamais encore il n'avait ressenti pareille souffrance. C'était cent fois pire que lorsqu'il avait tué Boyd de ses propres mains. Cent fois pire que la mort elle-même.

Il aperçut les lèvres de Stiles s'étirer en mince sourire contrit.

- Tu sais parfaitement pourquoi.

- Tu n'aurais pas dû. Je ne le mérite pas.

Stiles leva la main pour toucher la joue rugueuse du loup. Derek l'a saisit fermant les yeux pour en apprécier la sensation. Qu'avait-il fait ? Comment en étaient-ils arrivés là ?

- Je ne regrette rien…

Parler était ardu et Stiles savait qu'il ne lui restait plus que quelques instants à vivre, mais il n'avait aucun remord. Il venait de sauver l'homme qu'il aimait, il avait enfin accompli quelque chose avant de mourir.

- Chut ! Ne parle pas ! Je vais te sortir de là. Tenta de le conforter Derek.

Mais Stiles n'était pas idiot. Les vaines tentatives de Derek pour le consoler étaient absolument inutiles. Les dès étaient jetés, le sort en était joué. Il n'était pas un loup garou lui et il n'avait pas la capacité de se régénérer. La profonde entaille laissée par les griffes de Peter lui avait touché le cœur et transpercé les poumons. Comment pourrait-il y survivre ? Il passerait les portes de la Mort et abandonnerait Derek à sa solitude même si c'était là son dernier souhait.

- Ca va aller. Souffla l'humain. Tu es en vie. C'est tout ce qui compte.

- En vie ? Répéta le loup désorienté. Mais à quel prix !

Derek serra plus fort l'humain contre lui. Il avait eu la ferme intention de se sacrifier pour que Stiles puisse vivre, mais le destin s'était retourné contre lui jouant en sa défaveur. La vie était sur le point de lui enlever ce qu'il avait de plus cher. Stiles avait subi les conséquences de son erreur, avait pâti de sa faiblesse. Il n'avait pas été à la hauteur, comment pourrait-il un jour se le pardonner ? Comment pourrait-il seulement continuer à vivre ?

A seulement quelques pas, Scott observait la scène qui se jouait sous ses yeux. Il était partagé entre l'envie d'hurler sa douleur de voir son meilleur ami dans cet état, et celui de tuer sur le champ l'auteur de ce crime impardonnable. Mais il ne pouvait pas, il s'y refusait car il savait que Stiles ne l'aurait pas souhaité. Il ne voudrait pas qu'il se salisse les mains et porte sur sa conscience le poids d'un tel fardeau, même s'il s'agissait de la pire crapule que le monde ait porté. Il sortit de sa poche son téléphone et appela sa mère qui était de garde à l'hôpital. Il ne prit pas le temps de lui expliquer la situation et la pressa de faire dépêcher une ambulance au lycée. Stiles était mourant. Melissa comprit l'urgence et lui assura que les secours seraient là dans une dizaine de minutes, mais Scott doutait que le jeune homme tienne jusque là.

L'alpha aurait voulu s'approcher, toucher son ami, lui parler, lui faire sentir qu'il n'était pas seul, qu'il était là, mais choqué par le désespoir et le calvaire de Derek, il choisit de s'abstenir. Il n'aurait su dire pourquoi, mais il comprit que quelque chose s'était passé et qu'un lien, bien plus puissant que celui qui l'avait uni à Allison existait entre le loup et l'humain. Un lien fort et unique qui allait bien au-delà des mots et des non-dits. Il n'y avait qu'à voir la façon dont l'ancien alpha regardait son meilleur ami. Un mélange de culpabilité, de reproche, de douceur, mais surtout d'amour se lisait dans ses prunelles. Il le vit lui caresser le visage et poser un baiser frémissant sur son front. Alors, il comprit. Derek était tombé amoureux de Stiles, tout simplement. Pourquoi n'avait-il rien vu ? Il ne s'était douté de rien. Perdu et en colère contre lui-même, Scott se tassa sur lui-même et se laissa aller au chagrin pleurant toutes les larmes de son corps.

Même s'il ne laissait rien paraître, Derek fulminait de rage. La colère sourdait en lui comme un volcan menaçant d'exploser. Une lave incandescente coulait dans ses veines. Il bouillait littéralement et avait toutes les peines du monde à se contrôler. Peter allait lui payer cette infamie. Il lui ôterait une nouvelle fois la vie quitte à passer le reste de ses jours en enfers. Mais il ne pouvait se résoudre à abandonner Stiles. Son corps refusait de se mouvoir et son âme se mourrait. Ses yeux s'embuèrent et il laissa libre court à sa peine quand il sentit la vie du jeu homme sur le point de quitter son corps.

- Non, Stiles, non ! Je t'en prie, tiens le coup !

Stiles esquissa un maigre sourire. Il ne ressentait plus la douleur, son esprit s'égarant loin de ce monde. Il n'avait même plus la force de prononcer ces trois mots qu'il lui tenait à cœur et qui butait contre ses lèvres. Derek ne saurait jamais à quel point il l'avait aimé mais il ne regrettait rien. Ses actes plus que ses mots le lui avaient hurlé. Lui sauver la vie était la preuve de son amour. Épuisé, vaincu, mais malgré tout heureux, il ferma les yeux. Il avait tellement sommeil. Il savait que lutter ne servait à rien. Il n'avait plus à avoir peur, il était en sécurité dans les bras de son loup. Il pouvait s'en aller.

Les bras de Derek s'enveloppèrent autour de l'humain une main reposant sur sa poitrine tout près de son cœur. Il colla sa joue contre son front et inspira profondément serrant si fort les dents que sa mâchoire trembla. Il savait désormais que Stiles ne survivrait pas, il devait accepter de le laisser partir, loin de lui, loin de ce monde, loin de son cœur. Il ferma les yeux, inspira une nouvelle fois et bloqua sa respiration pendant de longues secondes. Dieu qu'il avait mal. C'était une souffrance indescriptible, une part de lui qui se brisait. Pourquoi n'avait-il pas le pouvoir de remonter le temps ? Que ne donnerait-il pas pour n'avoir jamais croisé le chemin de l'humain. Il n'aurait jamais dû s'attacher à lui, c'était bien trop douloureux. Il ne pensa à respirer que lorsqu'il entendit un murmure presqu'inaudible.

- De…rek !

Derek effleura du bout des doigts la joue de Stiles ses lèvres s'étirant en un sourire piteux, empreint de misère et d'affliction.

- Endors-toi ! Je suis là.

Comme si ce fut là une délivrance, un signal de départ, une récompense, Stiles s'abandonna et son corps se détendit. Une larme s'échappa de ses yeux coulant doucement vers la commissure de ses lèvres, dernière expression de son humanité, puis, son corps eut un dernier sursaut avant que son cœur ne s'arrête de battre à tout jamais. Anéanti et plus misérable que jamais, Derek déposa sur ses lèvres un baiser aussi doux qu'une plume en entendant l'humain rendre son dernier souffle, son dernier soupir.

Meurtri jusqu'au plus profond de sa chair, Derek aurait voulu crier, hurler, mordre, frapper, tuer, mais il était incapable de faire le moindre mouvement. Il n'avait même pas la force de pleurer, sa gorge était sèche et son cœur était mort. Il ne pouvait se résoudre à lâcher le corps de l'humain, admettre qu'il l'avait quitté le laissant plus seul que jamais avec ses remords, ses regrets et son amour inavoué. Il n'oublierait rien. Jamais. Il n'oublierait jamais la couleur de ses yeux, le parfum de sa peau, le son de ses mots, la force de son amour mais il n'avait aucun espoir. Comment survivre ? Comment pardonner ?

Le loup ne reprit réellement conscience que lorsque Scott posa une main sur son épaule l'obligeant à sortir de sa léthargie.

- Derek !

Derek leva les yeux. L'alpha pleurait. Il comprenait. Scott s'agenouilla et lui prit gentiment Stiles des bras.

- Je m'occupe de lui.

Derek acquiesça silencieusement et le laissa faire. Il observa Scott un moment, mais n'y tenant plus il se releva et leur tourna le dos. C'est alors qu'il remarqua Peter qui reprenait peu à peu conscience. A la vue de cette ordure, une vague de fureur déferla en lui, s'infiltrant dans chaque parcelle de son corps. Fronçant front et sourcils comme preuve de son courroux, il s'avança vers lui. Des pulsions meurtrières le secouaient de part en part. Il suintait la colère et l'énervement comme jamais. Il était prit d'une telle frénésie de vengeance qu'il ne ressentait plus la douleur de ses blessures. D'ailleurs, celles-ci guérissaient à une vitesse incroyable mais il n'en prenait pas garde. Plus ses pas le rapprochaient de son oncle, plus la folie le gagnait. Ses yeux se teintèrent tantôt d'azur, tantôt de sang.

- Qu'est-ce que tu fais Derek ? Lui lança Scott de loin.

Le loup ne lui répondit pas.

- Ne fais pas ça Derek ! Stiles ne le voudrait pas.

Mais Derek ne l'écoutait pas. Seul son instinct dictait sa conduite, et son instinct le poussait à tuer. Tuer et seulement tuer. Ce mot tournait en boucle dans son esprit alors que Peter se relevait faisant face à son neveu. Il n'aurait de repos que lorsque qu'il aurait planté ses griffes dans ce cœur pourri par la noirceur. Son oncle jeta un coup d'œil par dessus l'épaule de Derek et leva un sourcil étonné.

- Oups ! Lâcha-t-il en comprenant que Stiles ne faisait plus partit de ce monde.

Peter ne paraissait pas inquiet outre mesure face au regard assassin de Derek. Au contraire, il avait toute confiance en ses capacités. Les effets de l'épinéphrine étaient toujours présents et il se sentait d'attaque pour affronter son adversaire. Bon ok, Scott l'avait mis KO mais ce n'était qu'une erreur de parcours, cela ne se reproduirait pas.

- On dirait que tu n'en as pas eu assez. Je me demande bien comment tu tiens encore debout. Est-ce que par hasard tu en redemanderais ?

- Tu vas payer pour ce que tu as fais.

- C'est ce que nous verrons.

Un sourire vicieux plaqué sur une face de psychopathe, Peter se transforma à nouveau bien déterminé à en finir une bonne fois pour toute. Une fois qu'il se serait débarrassé de lui il s'attaquerait à Scott. Jamais il ne renoncerait au pouvoir. Il en avait besoin, c'était vital.

- C'en est fini de toi ! Grogna Derek sortant les griffes et montrant les crocs.

- On dirait que tu es en colère. Remarqua Peter. Ne me dis pas que c'est parce que j'ai tué ton p'tit copain !

Cette réflexion mal venue eut le don d'irriter Derek qui se laissa emporter par une nouvelle vague de fureur. Son corps frémissait dans l'attente de sang. Il se campa alors sur ses jambes, prêt à l'attaque, son regard s'assombrissant au fur et à mesure que ses yeux changeaient définitivement de couleur. L'azur étincelant cédant sa place à la couleur du rubis.

- Que…comment est-ce possible ? Souffla Peter de surprise.

Mais il se reprit bien vit et se mit à rire bruyamment. Quelle chance ! Un véritable alpha, cela lui en faisait deux pour le prix d'un. Il n'en demandait pas tant. Il choisit d'attaquer avant que Derek ne prenne pleinement conscience de sa condition. Il devait faire vite. Dans un grondement rageur, il se propulsa sur l'alpha dans l'espoir de l'achever. Tout se passa alors très vite. Les griffes pénétrèrent sa gorge dans un geste rapide et précis. Le sang gicla et une odeur de mort imminente flottait dans les airs. Les yeux révulsés, l'étonnement planté sur son visage blafard, il plaqua ses mains sur la plaie reculant de quelques pas. Comment cela avait-il pu arriver ? Il n'avait eu le temps de rien, pas même de lever le bras. Il s'écroula et son corps se crispa dans d'horribles convulsions. Au bout de quelques secondes son cœur s'arrêta et ses yeux se fermèrent à tout jamais. Il n'était plus. Peter venait de périr.

Derek contempla longtemps le corps de son oncle, le fixant d'un air interdit. Stiles était vengé, mais pourquoi se sentait-il plus mal que jamais ? Ôter la vie de Peter aurait dû le soulager, lui apporter une quelconque satisfaction, mais rien. Peut-être aurait-il dû le faire souffrir, lui voler sa vie après quelques tortures, mais il avait eu bien trop hâte de finir.

Ce ne fut que lorsque Scott l'interpella qu'il réalisa pleinement ce qu'il venait de faire. Peter n'était plus de ce monde, il l'avait tué une seconde fois. Désintéressé, il se détourna, et retourna près de Stiles sans même reprendre apparence humaine.

- Derek ! Souffla Scott ébahit. Tes yeux !

Comme l'alpha renaissant de ses cendres, Derek lui adressa un pauvre sourire qui ressemblait davantage à un rictus.

- Je suis de nouveau un alpha. Dit-il simplement en s'agenouillant pour prendre Stiles dans ses bras.

- Comment ?

Était-ce dû au pouvoir de l'amour ? Derek s'était laissé consumer par son chagrin et son besoin de vengeance.

- Qu'est-ce que tu fais ? Demanda Scott en voyant Derek emporter le corps de son ami. L'ambulance ne va pas tarder à venir le chercher.

- J'ai besoin d'être seul avec lui.

- Où comptes-tu aller ?

Scott observa Derek quitter l'enceinte du lycée mais ne l'arrêta pas.

- Derek, réponds-moi !

Pour toute réponse, Derek grogna et partit précipitamment en entendant la sirène de l'ambulance. Il prit la direction des bois, s'enfonçant profondément en son cœur. Ce n'est que lorsqu'il ressentit le besoin de reprendre sa respiration qu'il s'arrêta. Il déposa le corps de Stiles sur un tapis de feuilles et tomba à genoux prêt de lui. Malgré la nuit il voyait très nettement chaque trait de son visage au reflet de la lune assassine.

- Pardonne-moi !

Pour la première fois depuis des années, depuis la mort de Paige en vérité, une larme s'échappa de ses yeux bientôt suivie d'une deuxième puis d'une myriade de gouttelettes salées qui dévalaient sur ses joues.

- Je n'ai pas su te protéger. Quel piètre alpha je fais.

Il posa une main sur la joue de son défunt amant et se baissa pour l'embrasser une dernière fois.

- Mais ne t'en fais pas, tu ne seras plus jamais seul.

Comment pourrait-il vivre alors que Stiles n'était plus de ce monde ? Il était à nouveau un alpha mais à quoi bon ? Par la seule force de sa volonté et de son amour, il était devenu un véritable alpha. Mais ce pouvoir ne lui servait à rien. Plus maintenant qu'il l'avait perdu, lui, l'humain qui était devenu sa seule et unique raison de vivre.

Derek se redressa, leva sa main pour en contempler chaque griffe puis la tourna vers lui. Il susurra une prière connue de lui seul, puis, sans une once d'hésitation il enfonça ses griffes jusqu'au plus profond de son cœur. Il n'aurait plus jamais à souffrir. JAMAIS.


Je ne sais pas pourquoi, mais je pense qu'une troisième personne va également mourir ce soir.

Merci pour vos lectures et vos reviews qui me font chaque fois extrêmement plaisir.

Je n'avais pas prévu de finir ce chapitre ainsi. Un bonus devrait être écrit d'ici peu.