Voici un nouveau chapitre de notre histoire! Même si l'histoire est intégralement écrite, je fais toujours quelques retouches au dernier moment... Du coup, je me retrouve à jongler entre cette fiction, Meet the Lestrades et Two Two One. Je suis désolée si les mises-à-jour ne sont pas régulières et que je n'ai pas encore répondu à certaines reviews.

Je vous souhaite de trouver quelques réponses à vos (nombreuses) questions dans ce chapitre... Et surtout, une bonne lecture!

La chanson est d'Imagine Dragons, Nothing left to say.

Ah, je précise au passage que j'ai laissé tomber les lignes pour séparer les parties des chapitres. Je ne sais pas pourquoi, elles m'en font voir de toutes les couleurs récemment (apparaissent en double ou pas du tout, une phrase trop loin...) Je ferai de mon mieux pour remédier à ça!


Who knows how long I've been awake now?/Qui sait depuis combien de temps je suis éveillé ?
The shadows on my wall don't sleep/Les ombres sur mon mur ne dorment jamais
They keep calling me… Beckoning.../Elles continuent de m'appeler … M'adressent des signes
Who knows what's right?/Qui sait ce qui est juste ?
The lines keep getting thinner/ La frontière continue de se réduire
My age has never made me wise/Mon âge ne m'a jamais rendu sage

La main sur la poignée de porte, John se raidit brusquement. Certains jours, il en venait à se sentir malade au moment de passer la porte du 221B. A l'intérieur, il plongeait pieds joints dans une guerre des nerfs qui le minait totalement.

Les choses changent, lui avait-on dit. Rarement en bien, répliquait-il presque systématiquement, plein d'amertume. Autrefois, il avait trouvé en ces murs un foyer. Ce n'était à présent plus qu'un lieu de passage, un dortoir entre deux journées de boulot.

- Greg ? Comment- ?

Visiblement tendu, l'inspecteur de Scotland Yard se tenait appuyé à la table, la tête et le corps dirigés vers le salon. Là où se trouvait Sherlock, recroquevillé dans l'un des fauteuils.

John s'approcha précautionneusement, réalisant que l'idée de traverser un champ de mine lui était plus douce que celle de devoir s'interposer entre ces deux ennemis. John vit sa grotesque pensée confortée par la tension visible sur le visage de l'inspecteur qu'il scrutait, inquiet.

Tandis que Greg s'exprimait finalement, John se rapprocha encore d'un pas.

- Plus rien ne m'étonne. Les cachotteries, c'est un trait familial, n'est-ce pas ?
- Oh, laissa échapper le médecin, loin d'imaginer que Mycroft se voyait également mêlé à ce règlement de comptes.

Enfonçant ses ongles dans le bois de la malheureuse table, Lestrade s'agita de nouveau, le temps de faire part de son opinion.
- Que nous soyons bien d'accord, Sherlock. Je t'offre mon aide. Mais n'espère rien de plus. Pas pour l'instant.

Abasourdi, John dévisagea les deux hommes de ses yeux écarquillés. Qu'avait bien pu mettre Sherlock dans son mail pour débloquer la situation aussi rapidement ?

- Je n'ai de toute façon qu'une chose à te demander : l'adresse de mon frère. Tu la connais, n'est-ce pas ?

Le visage enfoui dans ses mains, Lestrade souffla puis, extirpant un carnet de sa poche, griffonna quelques lignes. Il tendit ensuite le billet à Sherlock.

- Il serait sûrement furax de savoir que je te l'ai donnée. Mais à partir du moment où il ne me tient au courant de rien…

Sherlock considéra d'un œil intrigué le bout de papier qu'il venait de recevoir. Glissant celui-ci dans sa poche frontale, il s'informa de l'heure avant de se redresser d'un bond.

- Allez-y. J'ai un rendez-vous.
- Où ?
- A l'hôtel de ville.

Greg semblait prêt à exploser, John le sentait. D'un geste autoritaire, il referma sa main sur le bras de son ami et l'invita à le suivre tranquillement.
- Viens. On aura l'occasion de parler.

Blasé, Lestrade se laissa faire. Avant de sortir, il adressa tout de même quelques mots à l'égard de Sherlock.
- Tu sais que normalement, je suis en service ? Je n'ai pas le temps d'aller… fliquer ton frère. Mais tu sais pourquoi je le fais ?

Debout au milieu du salon, le détective ne lui fit pas grâce d'une réponse. Appuyé contre la porte, le visage de Lestrade s'assombrit.
- C'est bien ce qu'il me semblait. Je n'ai pas la réponse non plus, en fait.

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L'inspecteur klaxonna à plusieurs reprises, s'engageant dans un virage d'une façon peu respectueuse du code de la route. Insultant copieusement le conducteur qui le précédait, Lestrade accéléra brusquement. Nul doute possible : Greg était très loin de son état normal.

- Je ne savais pas que tu connaissais si bien Mycroft.
- Nous ne sommes pas amis. Mais on a été appelé à se côtoyer souvent il y a quelques années.

Pas étonnant que Lestrade tombe des nues en apprenant l'état de santé de cette vieille connaissance. Tandis qu'ils cherchaient une place de parking, John se permit une nouvelle indiscrétion :
- Je sais que cela ne me regarde pas… Mais je me demande ce qu'a bien pu te dire Sherlock pour que tu rappliques aussi vite.
- Un mot, un seul.

Perplexe, John admit sa surprise. Pour la première fois depuis le début du trajet, Lestrade se laissa aller à sourire.
- Celui que j'attendais depuis bientôt dix ans.

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La vérité se dessinait lentement sous ses yeux, décelable dans l'unique document qu'un officier de l'Etat Civil venait de lui remettre. Elle ne tenait qu'à un détail ou deux, imperceptible pour le commun des mortels, évidente pour lui.

Ces renseignements remettaient en cause à eux seuls les circonstances du décès d'une victime, presque trente ans après la disparition du corps et de toutes ses preuves.

Penché sur l'acte de décès de son père, Sherlock se souvint avec colère de la phrase autrefois retenue pour qualifier le mal auquel le patriarche Holmes avait officiellement succombé à l'âge de quarante-trois ans.

« Défaillance cardiaque, cause inconnue. »

Existait-il seulement une justification plus vague et cruelle que celle-là ?

L'acte officiel n'était pas contresigné par un légiste mais par un cardiologue. Ce n'était ni logique ni illogique : le recours à des professionnels de la médecine légale n'était pas systématique à l'époque. Ce qui lui mit la puce à l'oreille résidait davantage dans le nom du praticien choisi. Dr Sherrinford. Un homme qu'il connaissait bien pour l'avoir vu à plusieurs reprises dans son enfance. Un vieil ami de son père, le parrain de Mycroft.

Cette piste ne le mènerait à rien. Charles Sherrinford était décédé quinze ans après leur père dans un banal accident de la route. Rien de mystérieux là-dessous : les routes escarpées de Suisse n'étaient pas des plus sûres. Sherlock en avait eu vaguement connaissance à l'époque, attribuant sa confusion à l'époque tourmentée qu'il traversait alors, le nez dans la cocaïne.

Eprouvé par les évènements de la journée, Sherlock ressentit le besoin de faire une pause. Un début de migraine s'annonçait, sournoise et vicieuse. Sûrement la fatigue, admit-il en évitant de poser le regard sur le nom inscrit en lettres capitales en haut de l'acte.

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- Lestrade n'est pas avec toi ?

Cette simple phrase sortie de nulle part fit sursauter John, écroulé dans l'un des fauteuils. Il s'était endormi là, sans s'en rendre vraiment compte.

- Non. Il était censé bosser jusque vingt heures. Il m'a raccompagné puis il est illico reparti à Scotland Yard.
- Mon frère était là ?

Retombant dans de vieux automatismes, John lui fit le rapport complet de cette excursion malheureusement infructueuse.
- Absent. Le concierge m'a assuré qu'il était parti jeudi et qu'il ne reviendrait que lundi dans l'après-midi. J'ai regardé à travers la boîte aux lettres, les cachets des dernières enveloppes datent de mercredi, reçues jeudi donc plausible.

Sherlock acquiesça lentement la tête, ponctuant son geste d'un « Je m'en doutais » auquel John ne prêta pas attention. Cette sieste improvisée ne lui réussissait guère et son dos le faisait atrocement souffrir. S'étendant jusqu'à entendre un craquement salvateur au niveau de ses vertèbres, il interrogea Sherlock sur la feuille qu'il tenait entre les mains.

- Un truc en rapport avec Mycroft ?
- Pas avec lui, non.

Ce dialogue, au grand soulagement de Sherlock, fut interrompu par quatre coups brefs sur la porte. Mrs Hudson apparut aussitôt dans le petit vestibule d'entrée, un plateau entre les mains.

- Sandwich au poulet et aux œufs, tarte aux groseilles, annonça-t-elle fièrement en déposant les quatre assiettes entourées de film plastique. Votre journée s'est bien déroulée ?

John la remercia poliment du repas en échangeant quelques banalités, se montrant sincèrement désolé pour ses allergies tenaces. Sherlock, lui, ne lui adressa qu'un mince sourire en sentant sa main frêle et baguée sur son épaule.

- C'est bien l'inspecteur Lestrade que j'ai vu monter tout à l'heure ?
- Oui, c'est lui, confirma John en mordant de bon appétit dans le sandwich.

Joignant ses mains par-dessus le plateau qu'elle tenait contre son ventre, Mrs Hudson les encouragea à ne rien gâcher, insistant lourdement pour que Sherlock honore également sa part de dessert. Elle quitta ensuite l'appartement avec la discrétion qui lui était propre.

S'emparant de leurs assiettes respectives, ils se dirigèrent chacun vers un côté opposé du domicile. John prit place, comme à son habitude, devant la télévision. Sherlock, lui, se réfugia dans sa chambre. Un silence mortel régnait, uniquement troublé par les rires préenregistrés de la série américaine d'une chaîne du satellite.

- Bonne nuit, John.
- Ouais. A d'main, lui répliqua le médecin, les yeux rivés sur l'écran.

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Etendu dans son lit, l'acte de décès plié et déposé sur la table de chevet, Sherlock se surprit à contempler le plafond. Dans ses souvenirs, il comptait quatre-vingts quatre lattes et non quatre-vingts cinq. Il en vint à se moquer de la futilité de sa réflexion, se réorientant vers des pensées plus concrètes qu'une méprise sur l'architecture.

Réponse aussi angoissante qu'improbable, sa mémoire le trahissait peut-être. De ce qu'il se rappelait du Lestrade qu'il avait côtoyé dans son autre vie, il n'avait jamais remarqué des mains aussi tremblantes et des yeux aussi rougis que cet après-midi. L'énervement était une cause envisageable. L'inspecteur était-il devenu le genre d'homme qui fondent en larmes et s'apitoient sur leur sort ? Ou était-ce encore la faute de ses souvenirs trop vagues ?

Sherlock pouffa. Que savait-il vraiment de lui ? Il avait entendu parler du divorce, assez coûteux affectivement et financièrement s'il se fiait aux commérages de Scotland Yard. Son ex-épouse avait emmené les enfants à Cardiff, lieu de résidence de son nouveau compagnon, banquier. Il avait également appris de Tayler, le nouvel incapable du Yard, que l'inspecteur passait la plupart de ses nuits au bureau.

Pauvre et brave Lestrade, dévoué corps et âme à la réhabilitation de son nom et de sa réputation. Un travail long de trois ans qui s'était révélé insuffisant jusqu'à la réapparition miraculeuse de Sherlock Holmes et de son baluchon de preuves accablantes envers le réseau Moriarty.

Tout juste l'inspecteur avait-il réussi à se brouiller avec la moitié de ses collègues et s'attirer les foudres du commissaire divisionnaire. Un gaspillage de temps et d'énergie d'après Sherlock, une gênante habitude de contrarier la hiérarchie selon ses supérieurs.

Des nombreux défauts qu'il lui connaissait, Sherlock regrettait par-dessus tout le manque d'égoïsme de Lestrade. Il en était intimement convaincu, c'était bien cette faiblesse qui le perdrait un jour.

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Les couvertures remontées jusqu'au menton, Mycroft se tournait et se retournait sans parvenir à trouver le sommeil. Là, quelque part dans sa poitrine, se trouvait un organe qui, non content de réduire drastiquement son espérance de vie, l'empêchait de trouver le sommeil.

Cet effet secondaire provenait sûrement de sa nouvelle médication. A moins qu'il ne s'agisse de ses angoisses. Ou peut-être des deux, combinés.

Habitué à considérer les évènements d'un angle positif, il s'avouait au moins chanceux de disposer d'un temps nécessaire pour remettre de l'ordre dans ses affaires personnelles. Tout le monde ne connaissait pas la même chance.

Son épée de Damoclès, sa bombe à retardement, le narguait au creux de cette nuit qu'il aurait aimé reposante. Fatigué d'avance par l'idée de reprendre le train le lendemain, il ruminait sur l'harassante journée de négociations que suivrait son voyage de retour. Un dur retour à la réalité.

Renonçant à ses bonnes résolutions, il encoda une combinaison de quatre caractères pour débloquer son téléphone. Quatre heures et quart du matin. Inutile de chercher à s'endormir : il devait être debout, habillé et douché, pour six heures.

Discrète, située à côté du signal réseau, l'icône de sa messagerie clignotait. Seize nouveaux messages. Quelques publicités de son opérateur, les newsletters de son bureau et, étrangement, un seul texto de Sherlock, daté du début de soirée.

Je sais pour Père. SH

Mycroft demeura neutre face à cette déclaration, incertain d'y lire une bonne ou une mauvaise nouvelle. Résigné, il conclut simplement que le temps des explications était enfin venu.

Below my soul I feel an engine / Sous mon âme je sens une machine
Collapsing as it sees the pain/Qui s'effondre à la vue de la douleur
If I could only shut it out/Si seulement je pouvais l'arrêter
(…)
There's nothing left to say now... /Il n'y a plus rien à dire à présent
I'm giving up, giving up, hey hey, giving up now.../J'abandonne, j'abandonne maintenant