Voici (enfin) le nouveau chapitre ! Je suis désolée, le laps de temps entre deux chapitres était plus long que d'habitude. J'ai donné un peu de mon temps à Two Two One et surtout à l'OS Once upon a Mail... Du coup, j'avais un peu oublié cette fiction-ci.
Je vous souhaite une bonne lecture et j'espère que l'histoire vous plaira toujours autant !
En chanson, Mumford&Sons - Awake my soul.
Lend me your hand and we'll conquer them all/Prête-moi ta main et nous les conquerrons tous
But lend me your heart and I'll just let you fall/Mais prête-moi ton cœur et je ne ferai que te décevoir
Lend me your eyes I can change what you see /Prête-moi tes yeux, je changerai ta vision du monde
But your soul you must keep, totally free/Mais ton âme, tu dois la préserver, la garder totalement libre
Lorsque la voiture s'était arrêtée à sa hauteur en ville, Sherlock sentit qu'il ne s'agissait nullement d'une volonté de son frère. Lorsque la portière s'ouvrit enfin, son pressentiment se confirma. D'un ton blasé, il s'adressa à Anthea.
- Vous devenez possessive, non ?
- Votre frère ne me laisse pas le choix. Je comprends qu'il ne souhaite pas m'inquiéter, mais j'ai peur que sa version soit plus édulcorée que la réalité.
- En effet, les pronostics sont plus sombres que ce qu'il prétendait.
Anthea prit le temps de digérer l'information, reportant son attention sur son téléphone portable. Sherlock, par devoir d'honnêteté, lui apporta une autre information :
- Il souhaite sortir demain. Il serait préférable qu'il change d'avis.
L'assistante personnelle de son frère lui adressa un sourire résigné.
- Vous savez comme moi qu'il n'y a pas plus têtu que lui.
- Essayez, au moins. Une visite l'occupera quelques minutes.
Sherlock sentit qu'Anthea attendait – ou espérait – la permission de se rendre à son chevet. Elle n'aurait jamais pris l'initiative de s'y rendre d'elle-même.
- Les visites ne se bousculent pas à sa porte. Il nous reste peu de famille.
Anthea embraya directement, réconfortée par l'idée de rendre bientôt visite à son supérieur.
- Je ne l'ai entendu parler que de vous, forcément. Et de votre Mère. Faut-il organiser son déplacement depuis Brighton ?
Sherlock haussa un sourcil, surpris de cette intervention.
- Elle ne le sait pas encore. Je ne sais pas ce que Mycroft attend.
- Je vous prie de m'excuser… Cela ne me regarde pas.
- Ne vous en faites pas. Il se rendait régulièrement chez elle, n'est-ce pas ?
Si secrète d'ordinaire, Anthea lui répondit calmement.
- Oui, une à deux fois par mois. Parfois un peu moins ou un peu plus en fonction des missions qui étaient programmées. Je l'encourageais toujours à s'y rendre. Il en revenait toujours plus apaisé. L'air de la mer, peut-être.
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De retour au 221B, Sherlock accueillit avec lassitude la pile d'enveloppes que lui tendait John.
- Je me suis permis d'en ouvrir quelques unes. Il y a un type de Cardiff qui souhaite que tu l'aides à retrouver son Ipod Touch égaré en vacances au Portugal. Une histoire de photos compromettantes. Priorité plus ou moins élevée que l'Italienne qui demande ton assistance pour prouver l'infidélité de son banquier de mari ?
Sherlock leva les yeux au plafond, repérant dans le même geste une tâche sombre au-dessus de la fenêtre.
- La gouttière est de nouveau bouchée. Les orages n'ont rien arrangés, commenta John d'un ton badin. Alors… Quelles sont les nouvelles ?
- Lestrade m'a prévenu que le directeur de la National Gallery sortirait vendredi. Il filera aussitôt au cachot en l'attente de son procès.
John se mordit les lèvres avant de réorienter la conversation.
- Je parle de la voiture noire qui s'est arrêtée en bas de chez nous.
- Oh. J'ai appris deux choses. Premièrement que l'assistante de mon frère est de toute évidence sous son charme. Et, au choix, que Mère a déménagé depuis plusieurs années sans m'en avertir… Ou que mon frère me cache un secret de plus.
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Lestrade concédait volontiers que le cadet de la fratrie Holmes avait toujours eu raison sur un point. L'amitié nouée entre lui et Mycroft était pour le moins inattendue. Sans Sherlock comme dénominateur commun, les deux hommes ne se seraient même certainement jamais croisés ou adressés la parole.
- Comment allez-vous ?, s'enquit Lestrade, soulagé de le voir à des années lumières de la représentation déprimante qu'il s'en était fait.
- Je me fatigue plus vite que je ne l'espérais. J'ai quelques allers-retours dans le couloir… Juste assez pour me convaincre de signer leur fichue décharge demain.
Il y avait un élément que Lestrade avait longtemps intégré : il ne servait à rien de s'opposer à un Holmes. Il choisit naturellement de continuer d'adopter cette philosophie et se contenta de lui proposer son aide.
- Pour quoique ce soit, n'hésitez pas. Même si je me doute que vous avez d'or et déjà tout organisé de A à Z.
- J'ai appris de source sûre que vous étiez encore venu à la rescousse de Sherlock, hier. Je vous remercie de votre patience.
- Un seul blessé, mais heureusement pour nous, il ne s'agissait pas de votre frère. Je réglais justement quelques histoires à l'étage quand je me suis dit... Que ce serait l'occasion de bavarder un peu.
Mycroft le félicita de cette ravissante attention, lui confiant que les rediffusions de Coronation Street et de Midsomer Murders n'allaient pas tarder à venir à bout de lui.
- Et cela ne fait que deux jours que je suis ici.
- Je suis désolé… Mais je ne vais pas pouvoir m'attarder. Il me reste une tonne de paperasse sur l'affaire d'hier à relire et annoter… Et ce genre de travail de bureau n'intéresse étrangement pas votre frère.
- Allez-y. Je vous remercie encore de votre intervention hier.
Lestrade se dirigea vers la porte de la chambre, l'entrouvrit avant de revenir sur ses pas.
- Votre prochaine visite s'annonce beaucoup plus charmante que moi… Allez, je file. A la prochaine fois.
Une silhouette élancée à la chevelure brune apparut dans le sillon de l'inspecteur. Timide, elle lui tendit une boîte rectangulaire. Mycroft y découvrit son péché mignon et lui offrit en échange un sourire béat.
- Du nougat ! Voilà qui flattera davantage mes papilles que l'infâme purée de légumes de ce midi…
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Un sac soigneusement plié, une bouteille de champagne. Une « nouvelle à fêter ». Sherlock avait articulé toutes ses pensées de l'après-midi autour de ces trois éléments. Même si la réponse lui paraissait évidente, un pressentiment continuait de le tourmenter.
Le détective fut extrait de sa torpeur par le lointain bruit de la voix de son colocataire. L'observant de ses yeux éberlués, Sherlock lui transmit sa conclusion :
- Je pense que mon frère comptait séduire Anthea. Il n'y a que cette explication qui justifierait que Mycroft soit allé lui-même faire ses courses. L'annonce de sa maladie a certainement mis à mal ses intentions.
John l'observa avec lassitude, habitué à cet éternel cirque.
- Je ne te demandais pas ce à quoi tu pensais. Je voulais simplement que tu te lèves. Histoire que je puisse passer l'aspirateur derrière le sofa.
- Oh. Tout de suite.
Délogé de son confortable écrin, Sherlock rejoignit un coin de la pièce et observa les coquillages répertoriés dans l'une des vitrines. Brighton. Pourquoi Brighton ?
- John ? Pourrais-tu me rendre un petit service ?
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Plus volontaire qu'autrefois, John était parvenu à se procurer les informations demandées en un temps record. Sherlock le remercia brièvement, ignorant au passage le discours culpabilisant et les cas de conscience de son colocataire. La fin en justifiait les moyens, Sherlock en était certain.
A partir de la facture de téléphone de l'hôpital, Sherlock avait identifié deux numéros : celui de la ligne directe de son bureau et un numéro inconnu, dont le préfixe était celui de la région de Brighton.
« Tu baisses ta garde, Mycroft », songea Sherlock en subtilisant l'ordinateur de John tout en composant le numéro sur son propre téléphone. Aucune réponse. Au terme de quelques recherches, il dénicha une adresse pour ce numéro mystère. Google Map ne lui fut d'aucune utilité : les images dataient de l'année 2009 et ne montrait qu'un très vieux et vaste entrepôt.
Il ouvrit finalement une nouvelle fenêtre, pianota quelques lignes de textes avant de s'emparer de son portefeuille. Une fois les opérations terminées, il rejoignit John dans sa chambre.
- John ? Prépare ton sac. Nous partons pour Brighton à vingt heures.
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Leur sac à la main, John et Sherlock se traînèrent de la gare au centre ville. Le médecin jeta un bref coup d'œil à sa montre pour s'apercevoir que le cap des vingt-deux heures était franchi depuis longtemps. Epuisé, il implora Sherlock de les laisser rejoindre l'hôtel et de reporter son enquête au lendemain.
Contre toute attente, le détective s'était plié à sa demande. Ils avaient finalement jeté leur dévolu sur un vieil hôtel familial, le seul à ne pas être complet. La tenancière leur avait proposé leur dernière chambre disponible qui, comble de la situation, ne contenait qu'un lit double. Sherlock n'avait vu aucun inconvénient à accepter l'unique chambre disponible de l'établissement. John avait éprouvé un profond sentiment de malaise lorsqu'il avait surpris le regard suspicieux de la gérante.
Depuis leur arrivée, Sherlock paressait dans un fauteuil élimé, dos à la fenêtre, et ne lui avait pas encore adressé un seul mot.
- Tout va bien ?, s'enquit le médecin.
- Oui. Je réfléchissais.
John vint lui saisir les épaules et lui adressa un sourire affectueux. L'attirant doucement sur le lit, ils s'étendirent sur le vieux matelas épais.
- Quoique tu apprennes sur ton frère, tu ne dois pas oublier qu'il a besoin de toi. Ce serait injuste de le priver de ta présence maintenant.
Sherlock ne poursuivit pas l'échange, appréciant le silence qui s'installa naturellement entre eux. Les pensées se bousculèrent sans qu'il ne parvienne à en formuler une seule à voix haute.
Sans vraiment s'en rendre compte, Sherlock avait presque tout perdu à son retour. Quelques semaines plus tôt, John ne lui parlait plus, Lestrade s'enfonçait dans ses travers sans qu'il n'en sache rien. Même Molly accumulait une rancœur qu'il niait par soucis de facilité.
S'il avait cru un instant retrouvé le même quotidien que celui qui était le sien avant sa disparition, Sherlock s'était trompé sur toute la ligne. Heureusement, les liens commençaient enfin à se renouer. Il n'y avait finalement qu'une seule personne qu'il était condamné à perdre en dépit de tous les efforts qu'il pouvait fournir. Mycroft.
La lumière s'était éteinte depuis plusieurs minutes. Sherlock restait volontairement sur bord du lit, ressentant une tension qu'il ne s'expliquait pas. John s'approcha finalement de lui, lui apportant un réconfort qu'il n'attendait plus.
- Que sommes-nous, Sherlock ?
Il n'obtint aucune réponse de son acolyte, en profitant pour railler ses compétences.
- Aurais-je finalement trouvé un mystère insolvable pour le grand Holmes ?
Piqué au vif, Sherlock se sentit le devoir de répondre.
- Ce que tu es s'explique difficilement... Même pour moi. Surtout pour moi.
Dans l'obscurité, le détective discernait à peine la silhouette de son comparse. Il égrena la liste des sentiments qu'il connaissait : aucun ne collait tout à fait à leur relation. Une seule vérité s'imposait : John était exceptionnel. En tous points.
- Parfois, les mots sont nécessaires. Parfois, les mots apaisent les doutes… et aident à faire des choix.
Délicate manière d'évoquer Mary, songea Sherlock en ressentant une pointe de jalousie. Il ne perdrait pas John. Celui-ci avait cependant abandonné l'affaire, se retournant sur son flanc pour s'endormir en quelques secondes à peine.
Ils n'étaient pas encore ensemble qu'ils se comportaient déjà comme de vieux mariés rôdés aux disputes et aux petites contrariétés.
« A moins que- Est-on en couple ? Qu'est-ce que cela signifie ? Quand le sait-on ? »
Ces questions se bousculèrent plusieurs heures dans son esprit. Le sommeil ne viendrait pas de si tôt.
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Leur surprise fut de taille lorsqu'ils parvinrent face au bâtiment qui n'était autrefois qu'un vieil entrepôt. Les grands murs bétonnés avaient dû être abattus. En effet, l'usine désaffectée avait laissé sa place à une école primaire articulée autour d'une cour en carré.
Sherlock se faufila dans l'institution avec une habilité et des astuces propres à ses habitudes. La carte de l'inspecteur Lestrade, subtilisée dans la semaine, avait suffi pour obtenir l'autorisation de parcourir les dossiers du personnel et des élèves.
Le secrétaire et la directrice ne l'observaient que d'un œil distant. Leurs traits tendus trahissaient leur inquiétude. Sherlock, lui, faisait défiler les dossiers sur l'écran d'un ordinateur archaïque. Il traversa finalement la pièce, arpentant les étagères remplies de classeurs de couleurs variées.
- Pourrais-je obtenir les coordonnées des parents de cet élève ?
John fronça les sourcils, trop loin pour discerner le nom sur la couverture plastifiée. La directrice les rejoignit, lui répondant d'un ton prudent :
- La mère est institutrice chez nous.
Précédée par le secrétaire, une femme d'une trentaine d'année fit son entrée dans le bureau. Une longue chevelure brune et terne, des yeux marron quelconques, l'inconnue dégageait selon John une certaine sympathie en dépit des lunettes sévères qui barrait son regard.
Sur la défensive, la dame s'approcha et présenta sa main maigre et élancée au médecin :
- Victoria Headley.
John lui serra la main tout en lui indiquant d'un geste de la tête Sherlock, raide comme une planche à l'autre bout de la pièce. Elle le considéra d'un œil encore plus méfiant :
- Vous désiriez me voir ? C'est à quel sujet ?
Le détective inspira profondément, la gorge nouée par ce qu'impliquait sa réponse imminente.
- Vous êtes bien la mère de Diane Holmes, née le vingt juillet 2005 ?
And now my heart stumbles on things I don't know/Et maintenant mon cœur trébuche sur des choses que je ne connais pas
My weakness I feel I must finally show/Ma faiblesse, je le sens, je dois enfin l'assumer
(…) In these bodies we will live, in these bodies we will die/Dans ces corps, nous vivrons, dans ces corps, nous mourons
And where you invest your love, you invest your life/Et là où tu investis ton amour, tu investis ta vie
