Je suis désolée pour ce délai un peu plus long que d'habitude entre deux chapitres. Celui-ci est un des plus longs, j'espère que vous y trouverez les éléments que vous voulez voir apparaître dans cette fic.

Merci pour vos reviews du précédent chapitre, j'y répondrai dans la soirée ou dans la journée de demain!

Pour la chanson, elle est de Carbon leaf, Changeless découverte via un gif Sherlock sur Tumblr... Comme quoi! ;-)

Bonne lecture!


Call my friends to share some wine/J'ai appelé mes amis pour partager un peu de vin,
To share some laughs, and last goodbyes/Pour partager quelques rires et les derniers au revoir,
My photographs of these years/Mes photographies de ces années
Will make me laugh through the tears/Me feront rire aux larmes

Le dos callé contre son oreiller, Mycroft se réjouissait de goûter à ce café préparé avec tendresse. Assise à ses côtés, Victoria avait entamé une lecture à voix haute d'un quotidien choisi au hasard par ses nombreux abonnements. Il profitait régulièrement des pauses qu'elle ménageait pour critiquer les décisions de l'une ou l'autre nation, railler un chef d'état ou s'émouvoir d'une attaque à l'autre bout du monde.

Victoria ne dissimula finalement que très peu son soulagement lorsqu'elle en eu enfin terminé avec les cahiers politique et économique. A son grand regret, Mycroft se montra moins loquace lors de la lecture des pages faits divers et people.

- Kim Kardashian ? Qui est-ce ?
- Bon sang… Je vais me préparer un œuf ou deux. Si tu en veux aussi, tu ferais mieux de te dépêcher, lui lança-t-elle, amusée.
- Tout de suite.

Mycroft parvint à se redresser avec quelques difficultés. Sa tête lui semblait prise dans un étau – sûrement un tour que lui jouait sa tension – et ces quelques mètres lui parurent dignes du dernier kilomètre d'un marathon.

La récompense était à la hauteur de l'effort nécessaire. Grondée par sa mère, Diane boudait, l'une des mains barbouillée de chocolat. Son impatience et sa gourmandise avait visiblement eu raison du pot de pâte à tartiner qui gisait à quelques centimètres, le papier doré éventré en son milieu.

Dans d'autres circonstances, Mycroft aurait appuyé les reproches de sa compagne d'un regard sévère en direction de la jeune fille. Aujourd'hui ferait figure d'exception, se dit-il en se maudissant d'être si faible. Vérifiant que sa femme lui tournait le dos, il recueillit une larmiche de chocolat sur le rebord du pot et porta son index à la bouche.

- Maman !

Mycroft en était sûr et certain : il allait très rapidement regretter ce petit écart de conduite.

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Assise dans son fauteuil, une tasse de thé à la main, Molly observait avec nervosité son invité inattendu. Sherlock, mal à l'aise, repoussait à intervalles réguliers le Corgi qui venait se frotter à ses jambes.

La jeune femme se décida finalement à prendre la parole.
- De quoi as-tu besoin ?
- Je n'ai besoin de rien.

Molly haussa un sourcil, convaincue jusqu'ici de devoir accéder à une nouvelle requête absurde.
- Et donc- Tu es… Venu ainsi ? Pour dire bonjour ?
- Non.
- Je me disais aussi…

La laborantine poussa un léger soupir de déception. Rappelant le chien à ses pieds, elle lui glissa un biscuit dans la gueule.
- Je suis venu te présenter des excuses.

Les traits contrariés de Molly s'adoucirent brusquement. Incapable d'articuler la moindre phrase, elle se contenta de fixer son invité, stupéfaite.
- J'ai été injuste. Après toute l'aide que j'ai reçu de ta part, les sacrifices et les risques que tu as encourus pour cette histoire… Je crois que j'ai souvent négligé ce que tu ressentais.
- Eh bien… Merci, bredouilla vaguement Molly.
- C'est à mon tour de te remercier.

Un long silence gênant suivit cette conversation inhabituelle. Sherlock choisit de rejoindre la porte d'entrée, en lui promettant de passer d'ici quelques jours à l'hôpital. Molly retint de justesse le chien et, profitant d'avoir la tête baissée, lui confia un ultime conseil.
- Ce n'est pas toujours facile d'être heureux… Mais- Ca en vaut la peine.

Epatante Molly. Il existait définitivement sous cette allure un peu gauche plus de perspicacité que chez le commun des mortels. Ces mots ne le quittèrent pas, se répétant à l'infini durant toute la durée du trajet du retour.

Ca en vaut la peine.

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Sa pièce de bœuf était à présent froide. Lestrade avait littéralement oublié de manger, à la fois choqué et passionné par le récit que lui livrait John depuis dix minutes.
- Eh oui… Neuf ans, la petite…
- Quelque part, je n'en reviens pas… Mais ça ne m'étonne pas tout à fait. Je ne sais pas pourquoi, je m'étais déjà dit que ça devait lui manquer des enfants et que ça lui irait bien.

Incertain de choisir le bon moment pour aborder la question, John l'interrogea sur sa propre progéniture.
- Les garçons passeront les vacances de Noël à Londres. Alex me harcèle déjà pour que je l'emmène voir un match de Chelsea.
- Il joue toujours au foot ?
- Oui, il a arrêté deux tirs lors de son dernier match, appuya Lestrade avec une fierté paternelle qui faisait plaisir à voir. Mon grand est dans son 'trip' skateboard.
- Elle n'a pas trop râlé ?, s'inquiéta John en insistant sur le 'elle'.
- Son mec lui a expliqué en long et en large l'importance d'un père dans la vie d'un enfant. Comme quoi… Je me suis peut-être trouvé un allié.

Lestrade héla un serveur avant de reprendre la conversation sur un tout autre sujet.
- Et toi, avec Sherlock ?

John s'étrangla dans son verre d'eau, se frappant la poitrine pour retrouver un minimum de souffle et de contenance.
- Comment dire…
- Je te fais aller. Tu… continues de voir Mary ?
- Non. Je me suis rendu compte que ce n'était pas ce que je voulais.

Un jeune homme vêtu du polo de l'établissement s'arrêta à leur hauteur, leur proposant un quart de vin rouge. Lestrade déclina aussitôt.
- Un coca light.

John éclata de rire de l'autre côté de la table.
- C'est le coca qui te fait marrer ?
- Non… C'est surtout le « light »

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C'était à la fois amusant et touchant de voir une si petite fille perdue dans les draps du grand lit de la chambre d'ami. Diane ne semblait guère gênée par l'immensité de sa couche et dormait à poings fermés depuis une bonne demi-heure.

Victoria le rejoignit à son tour.
- Tu lui as lu une histoire ?
- Il n'y a rien ici… J'ai essayé de me souvenir d'un conte- Une maison en pain d'épices habitée par des ours s'est égarée quelque part dans ma fable.

Une main se posa sur la sienne tandis qu'il observait les joues roses de sa fille, recroquevillée sous l'édredon mauve.
- J'ai hésité… Parfois. Une autre fille ou un garçon. Un ou deux de plus.

Nul besoin de le connaître pour repérer la tristesse qui se tramait sous cette déclaration.
- Tu sais que cela n'aurait pas été possible.
- Je pensais de toute façon n'en avoir aucun. C'était une surprise… La plus belle des surprises.

L'attirant contre lui, Mycroft l'embrassa sur le front. Prêt à se quitter la chambre, il sentit un des bras de sa compagne l'aider à se relever.
- J'ai beaucoup de regrets. Mais le plus grand, c'est de ne pas avoir passé assez de temps avec vous.
- Mais tu es là, maintenant. Et c'est tout ce qui compte.

Bien que confortablement assis dans son lit, Mycroft se sentait incroyablement nerveux.
- Je n'ai pas eu l'occasion de t'en parler beaucoup mais… Je sais que Sherlock peut paraître étrange. Mais c'est quelqu'un de bien.
- Je me doute. Après tout, certaines de tes manies me paraissaient bizarres lors de notre rencontre…

Vexé, Mycroft rabattit les draps sur lui. Victoria se colla à lui, désireuse de se faire pardonner.
- Ce n'était pas méchant !
- En janvier 2004… Déjà.
- Mon premier et dernier job dans un orchestre. Une soirée très… pompeuse.
- Je me souviens surtout d'une paire d'escarpins en daim et d'un verre de jus d'orange renversé…

Un grand classique mais surtout un petit drame quand il s'était aperçu de sa maladresse.
- Tu m'as proposé trois fois le prix de ces chaussures.
- Ah si seulement je pouvais revenir à cette époque !
- On ne refait pas l'histoire.

On peut en soigner la fin, songea Mycroft, le cœur lourd.

Victoria se reposa davantage contre lui et embrassa sa tempe. Ses pensées sombres s'évanouirent aussitôt.
- Je t'aime.

Elle lui répondit en l'embrassant cette fois sur les lèvres. Il prit son courage à deux mains, réalisant qu'il avait assez repoussé l'échéance.
- Victoria… Je sais qu'il est tard mais j'aimerais vraiment te parler de deux choses essentielles…

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- Inspirez. Expirez. Inspirez-

John rangea finalement le stéthoscope dans son étui. Il griffonna ensuite quelques phrases illisibles sur son carnet et rangea ses effets dans sa mallette.
- Un petit apport en oxygène serait une amélioration considérable. Cela vous aiderait après un effort moyen, comme vous habiller ou après votre douche.

Mycroft grimaça, décidément convaincu qu'accepter le dispositif reviendrait à admettre une faiblesse supplémentaire.

- Pas de perte d'appétit, pas de fièvre ? Aucune lourdeur ou raideur dans les jambes ?
- Il y a un peu de tout cela, oui, marmonna Mycroft.

John le considéra un bref instant – une demie seconde à peine – avec un air qui ne lui inspirait rien de bon. Il fallait s'y attendre, se maudit le malade.

- Mon frère est chez lui ?

John consulta sa montre d'un air blasé.
- A cette heure, il est quelque part dans un parc de Londres à la recherche d'un arbre… Pas n'importe lequel, évidemment.
- C'est bon de savoir que certaines choses ne changeront jamais.

Un bref coup d'œil sur les lieux trahissait la présence d'un enfant entre les murs. Livres cartonnés, crayons, pots de gouache et autres peluches témoignaient de journées bien animées.
- Comment vont-elles ?
- Très bien. Elles sont parties faire quelques courses. La fin des vacances approche, je ne peux pas demander à une petite fille de neuf ans de rester cloîtrée toute la semaine.
- Elles repartent ce lundi ?
- Victoria refuse de retourner à Brighton pour le moment. Sa directrice s'est montrée compréhensive.

John lui tendit quelques prescriptions et lui fit promettre de respecter son traitement. Mycroft acquiesça, l'air déjà absent.

- Votre fille vous ressemble beaucoup.
- Pas tant que ça, non… Heureusement pour elle, elle a surtout pris de sa mère.
- Je ne suis pas le seul à le penser. Sherlock a été le premier à le faire remarquer.

Avant son départ, Mycroft fit de John son messager. Il s'agissait simplement de proposer à Sherlock de venir chez lui le temps de discuter de quelques détails.

- Je lui enverrai un message de toute façon… Mais il pourrait bien avoir égaré son smartphone dans un buisson ou dans la Tamise à cette heure.
- Bien. Je lui transmettrai.
- Merci. Ah, tant que j'y pense ! Ne vous étonnez pas si votre boîte aux lettres ou votre téléphone deviennent tout à coup fou… J'ai averti récemment ma mère de mon état de santé. Elle cherchera sûrement à contacter mon frère. Je n'avais plus le choix…

John lui accorda un rictus amusé et lui souhaita une belle journée. Dehors, le soleil se montrait moins timide que d'ordinaire pour la saison. Un temps correct pour une promenade sur les quais.

Il ressortait systématiquement de chez Mycroft avec le même sentiment : d'être assez chanceux pour ne pas compter ses jours. Il n'en connaissait pas toutes les lignes de cette drôle d'histoire ni toutes les obstacles surmontés par cette famille. De toutes les épreuves, celle-ci était définitivement la plus cruelle qui soit.

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Mrs Hudson sursauta à la vue de l'épouvantail qui gravissait les marches de ses appartements. Des tiges et des feuilles emmêlées dans les cheveux, Sherlock s'efforçait d'épousseter son manteau autrefois noir et impeccable.

- Où es-tu allé te vautrer ?
- Je cherchais un frêne infesté par chalara fraxinea. Un champignon.

Secouée par ses éclats de rire, la vieille dame parvint néanmoins à extirper un minuscule branchage de ses boucles. Prenant subitement un ton confidentiel, elle démontra une nouvelle fois son attention discrète.
- Je vous ai vu, John et toi, l'autre soir devant la porte d'entrée. Je me suis cachée rapidement pour ne pas vous gêner.

Malgré lui, les joues du détective rosirent.
- Sache que je suis heureuse ! Tellement heureuse pour vous deux.

La sonnerie de son téléphone vint à point nommé. Extirpant son smartphone de sa poche, Sherlock ouvrit le message envoyé par Mycroft.

- Je suis désolé, je dois déjà y aller.
- Allez-y, jeune homme. Profitez.

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- Tu devrais t'asseoir.
- J'ai si mauvaise mine ? Il n'y a pourtant que six jours que nous ne nous sommes plus vus.

Face à son malaise, Sherlock ne connaissait qu'un refuge : une réplique mordante et odieuse.
- On dirait que ton régime fonctionne enfin.

A sa plus grande surprise, Mycroft éclata de rire. Conscient de la parade de son frère et des œillades inquiètes qu'il lui adressaient régulièrement, il comprit qu'il ne devait définitivement pas être sur la pente ascendante. Son reflet dans le miroir n'était pas nécessaire pour mesurer l'étendue du mal qui le grignotait petit à petit.

- J'ai averti Mère de mon état de santé. Elle est restée anormalement calme. Je suppose qu'elle ne s'en rend pas vraiment compte.
- Elle aurait été plus affolée d'apprendre que ses divins rosiers étaient atteint de la rouille ou d'une invasion de pucerons. Ta maladie… est un concept abstrait pour elle.
- Et la sienne ne va sûrement pas en s'arrangeant, regretta Mycroft.

Extirpant un caillou des fibres de son manteau, Sherlock évita expressément le regard de son frère.

- Comme tu le sais, j'ai déjà pris mes dispositions chez le notaire. Tu seras contacté en temps voulu. Il ne reste finalement qu'une seule chose à laquelle je tiens particulièrement. Ma fille.

Le détective s'étonna de ce propos, cherchant à anticiper le véritable sens de cette phrase.

- Accepterais-tu d'être le parrain de Diane ? Il s'agit de la dernière requête que je t'adresse. Promis. J'ai besoin d'être certain qu'une personne, en plus de Victoria et sa famille, sera présente pour elle.

Sherlock cru à une mauvaise blague. Lui, exerçant une quelconque responsabilité sur un enfant ? Mycroft perdait la tête.

- Je suis la dernière personne au monde à laquelle tu penserais si tu étais sain d'esprit.
- La première. Tu es un Holmes, mon unique frère. Par ailleurs, perdre son père à cet âge n'est pas facile… Et tu en sais quelque chose, malheureusement. Je te demande ça comme un dernier service.

Je n'en veux pas, pensa Sherlock. Je n'en veux pas, parce que cela n'arrivera pas. Dans son esprit, il subsistait toujours cette voix qui lui assurait que Mycroft déjouerait les diagnostics et s'en remettrait. Que les choses reviendraient à la normale.

- J'ai besoin de toi. J'en ai besoin pour partir en paix.

Partir en paix. Foutaises, quand on part, on le fait avec culpabilité, remord, douleur et tristesse. On part peut-être en guerre avec quelque chose, quelqu'un. Mais on ne part certainement pas en paix.

- Ce n'est pas que je ne veux pas d'elle, c'est que-

Que je te veux à mes côtés aussi. Il fallait qu'il se débarrasse de ce sentiment d'angoisse avant qu'il ne s'exprime.

Mycroft s'était tu jusqu'ici. Lorsqu'il reprit la parole, sa voix n'était plus la même.

- Personne n'y peut rien. J'aimerais pouvoir accuser quelqu'un ou quelque chose, mais c'est ainsi. Ce que je sais, c'est que d'ici peu, elle va souffrir. Et si pour un père, cette idée est déjà intolérable… Ca l'est encore plus de savoir que ce sera de ma faute et que je ne serai pas là pour l'aider.

Sherlock releva les yeux sur son frère. Les Holmes se protègent.

- Et donc, elle devient ma… filleule ?

De mémoire d'homme, il ne se souvint pas avoir vu un jour un sourire aussi sincère sur le visage de son frère.

- Merci, Sherlock. Merci pour elle… mais surtout pour moi.

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Diane et Victoria rentrées, l'appartement prit un tout autre visage. Surprise de la présence de son beau-frère, Victoria avait échangé un regard complice avec Mycroft. Menant sa fille par la main jusqu'au salon, elle les laissa entre Holmes pour terminer de ranger les courses.

- Diane, viens ici… Est-ce que tu sais ce qu'est un parrain, Diane ?
- Quelqu'un de la famille ?
- A peu près. Quelqu'un qui te protège, prend de tes nouvelles, insista Mycroft en s'assurant que l'enfant comprenait l'importance de la conversation. Dorénavant, tu en as un.

La petite fille fronça dans un premier temps les sourcils avant de se retourner pour pointer Sherlock du doigt.
- Lui ?
- Moi ?, bredouilla Sherlock pour ne pas se sentir tout à fait hors-jeu.

Diane acquiesça, soldant l'échange par ce simple geste. Les câlins forcés ou l'avalanche de baisers collants ou baveux à laquelle Sherlock s'attendait n'eut jamais lieu. Pour le bien-être de tout le monde.

- Que diriez-vous de rester dîner ?

Le détective fit un brusque volte-face en direction du coin cuisine d'où provenait la voix de Victoria. Un coup de canne sur le pied lui indiqua qu'il n'avait pas d'autres choix que d'accepter.

- John peut se joindre à nous s'il le désire.
- Il travaille ce soir… Mais merci de vous en inquiéter.

Les couverts en main, Diane l'interpella sèchement :
- Tu n'aides pas ?

Sa mère la réprimanda aussitôt. Mycroft, lui, se montra abasourdi par la réponse de son frère. Debout, Sherlock pliait maladroitement les serviettes dans les verres pour obtenir un montage qui ne ressemblait strictement à rien.
- Ma fille de neuf ans parvient à se faire obéir alors que j'ai toujours été incapable de te contraindre à la moindre corvée durant notre enfance.

Le jeune homme haussa les épaules, ignorant la remarque acerbe de son aîné. L'enfance était définitivement trop lointaine pour qu'il se souvienne d'un épisode semblable.

Au cours du repas, Sherlock multiplia les bouchées, y voyant une façon de ne pas se mêler aux conversations. C'était sans compter sur l'âme charitable de Victoria qui semblait chercher par tous les moyens, mais surtout les mauvais, à mettre son invité à l'aise.

- Vous êtes également médecin ? Je veux dire… Comme John ?
- Non. Détective.
- Je comprends mieux… Vous vivez depuis longtemps à Londres ?
- Depuis mes dix-neuf ans.

Conscient que la technique de sa femme n'était pas des plus efficaces, Mycroft s'efforça de lui venir en aide.
- Sherlock a vécu dans de nombreuses villes pendant sa jeunesse, n'est-ce pas ?
- Quatre. Bruxelles, Berlin, Prague et Stockholm.

Victoria feignit l'admiration.
- Vous n'avez jamais voulu vous implanter dans l'une de ces villes ?
- Aucune n'était assez loin pour échapper à sa surveillance, répondit-il en indiquant son aîné d'un signe de la tête. Autant revenir à Londres.

Sa belle-sœur s'habitua visiblement à son naturel peu loquace et abandonna son forcing inutile. Mycroft se contenant jusqu'ici de déplacer sa nourriture d'un coin à l'autre de l'assiette. La supercherie n'échappa à personne. Victoria la première.
- Tu devrais faire un petit effort.
- Je n'ai pas très faim. Je réchaufferai l'assiette tout à l'heure.

A la surprise de ses hôtes, Sherlock se mêla enfin à la discussion.
- Si John était ici, il te dirait de manger.

La palme de l'à-propos revint à Diane qui, en quatre mots, parvint à distraire l'ensemble de la table.
- John, c'est qui ?

Lâche, songea Sherlock en voyant son frère plonger la tête dans son assiette. Victoria, gênée, jetait des regards alternés entre sa fille et son beau-frère.
- Le médecin de Papa. La personne qui était avec nous dans le train…
- Mais c'est qui ?

Ben oui, tiens. C'est qui ?, souffla Sherlock, las d'être à court de mots pour ces choses là.
- La personne qui partage ma vie, trancha le détective avant de se rendre compte que le concept échappait à l'enfant.

La réponse sembla cependant satisfaire les adultes de la tablée qui reprit son dîner dans un calme et un silence qui ravit Sherlock. Diane, elle, cherchait définitivement à lui mettre des bâtons dans les roues.
- C'est pas un parrain, si ?

Mycroft se décida enfin à clarifier la situation.
- Non, mais il est de la famille en quelque sorte… C'est un oncle.
- Je comprends. Il a l'air gentil.
- Il l'est, reprit Sherlock.

Le mot de la fin revint finalement à son frère. Les deux femmes hors de portée de voix, il se pencha vers lui.
- Je suis heureux et fier pour toi. Un Holmes est un solitaire… Qui n'est pas fait pour être seul. Le destin fait bien de nous forcer un peu la main de temps en temps.

What are the odds, what are the odds?/Quelles sont les chances
This ends and we don't meet again/Que tout ceci s'achève et qu'on ne se revoie jamais,
What are the odds, What are the odds?
Quelles sont les chances
That I will miss your smile/ Que ton sourire finisse par me manquer ?