Mes mises à jour sont un peu irrégulières, j'en suis désolée. A l'approche de la fin de cette histoire, je vous remercie pour vos commentaires et encouragements, c'est un véritable plaisir à lire !

Passons aux choses sérieuses : l'avant-dernier chapitre de cette histoire. J'espère que le dénouement vous plaira autant que le début.

La chanson est d'Andrew Belle, In my veins.

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Nothing goes as planned/ Rien ne se passe comme prévu
Everything will break/Tout se brisera
People say goodbye/Les gens disent au revoir
In their own special way/A leur façon

Molly – 13 :27
« Tu as oublié ton écharpe hier. »

Sherlock composa une première réponse – « Je sais. » - avant de l'effacer.

Sherlock – 13:28
« Merci. Je passerai la reprendre. »

Devant lui, John poursuivit la lecture de son quotidien.

- Des nouvelles de Mycroft ?
- Non, Molly. Rien d'important.

Décrivant des cercles avec sa cuillère pour tromper son ennui, Sherlock attendait vainement qu'une affaire ne le tire enfin de sa torpeur. Lestrade semblait trop facilement se passer de ses talents dernièrement. Le vieil inspecteur était peut-être plus compétent et inventif qu'il n'en avait l'air.

- Si Victoria a besoin d'un certificat pour elle ou pour Diane, qu'elle n'hésite pas. Je m'en occuperai.

N'obtenant aucune réponse, John délaissa les résultats du football du week-end pour poser un regard inquiet sur son colocataire.
- Je suis là si tu as besoin. Tu n'as pas à affronter ça tout seul.
- Il n'y a rien que l'on puisse faire ? Même pour… Prolonger ?

Les yeux de Sherlock avaient une lueur rare qui creva le cœur de son partenaire.

- On a fait le maximum.

Incapable de le laisser plus longtemps dans cet état d'esprit, John fit son maximum pour l'attirer sur un autre sujet. Le boulot était une solution sûre et efficace.
- Et cette histoire de pollen ? Tu ne m'en as plus reparlé.
- J'ai transmis les informations à Lestrade.

Déridé, John lui fit part d'une remarque qui lui trottait dans la tête depuis quelques semaines.
- Tu ne l'appelleras jamais par son prénom ?
- J'ai essayé, une fois. Il me l'avait demandé. On a reconnu d'un commun accord que ça sonnait faux. Ca restera toujours Lestrade, je crois.

Sherlock esquissa un léger sourire durant son anecdote.
- John ? Ca te dérange si je joue un peu de violon ?

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La rencontre tant redoutée par Anthea s'était produite dès la porte d'entrée. Victoria s'était rapidement effacée en apprenant son identité et sa fonction. Malgré tout, l'assistance en avait retiré un sentiment confus. Une sorte de honte ou d'embarras, la sensation d'avoir outrepassé ses droits et d'avoir mis les pieds dans un monde qui lui était défendu.

Le sentiment ne fit que se renforcer à la vue de Mycroft, décidément maigre dans son fauteuil gris. Au-delà du teint cireux, le détail qui l'impressionna le plus était certainement la canule implantée dans ses narines.
- Je suis enchanté de vous voir !

Réservée, elle s'installa face à lui, les jambes croisées et les mains sagement posées sur les genoux.
- Comment allez-vous ?
- Le bureau est vide. J'ai beau crouler sous le travail… Ce n'est pas vraiment la même chose. Et vous, quelles sont les nouvelles ?
- Je fais aller, rien de brillant. Soyez positive. Mon absence a au moins le mérite de faire disparaître quelques dossiers de votre bureau.

La tête inclinée, le regard fixé sur l'épais tapis Persan, Anthea s'essaya à un peu d'humour.
- Peut-être… Mais il n'y a personne avec qui partager un espresso à quatre heures du matin.

Loin de la gronder, Mycroft regretta que les vieilles habitudes soient si ardues à abandonner.
- Promettez-moi d'adopter un style de vie plus sain… Et de penser à vous. C'est le plus grand plaisir que vous pourriez me faire.

Puisant son courage elle ne savait où, Anthea parvint enfin à soutenir son regard.
- Je vous remercie pour ces années à vos côtés. J'ai appris énormément.
- C'est moi qui vous remercie. Il est bon de savoir qu'il existe des gens sur lesquels on peut compter en toutes circonstances.

Cette boule, coincée dans sa gorge, ne plaisait guère à Anthea. Elle la sentait croître au fur et à mesure de leur entrevue. Elle s'encouragea mentalement à retrouver le flegme qui la distinguait en autre temps. Malgré ses efforts, sa voix se fit plus faible :
- Je doute de retrouver un jour quelqu'un comme vous.
- Je vous souhaite plutôt de trouver quelqu'un de votre trempe.

Ces flatteries exerçaient l'effet inverse. Chacune de ses paroles lui donnait l'impression d'être dépossédée d'une chose à laquelle elle tenait plus que tout.
- Votre épouse est magnifique.

Nul besoin d'être un fin psychologue pour comprendre les confidences qui se bousculait dans l'esprit d'Anthea. Mycroft se sentit plus coupable que jamais devant ces grands yeux humides.
- Je sais que je n'ai pas toujours été honnête avec vous. Sur certains sujets, en tout cas.

Fière de son effet, convaincue qu'il lui suffirait à sauver les apparences, elle le reprit.
- Vous n'avez rien à vous reprocher. Je le savais depuis plusieurs années. Cela n'a malheureusement pas suffit à me dissuader…
- Et vous n'avez rien dit, s'étonna Mycroft, touché.

Un léger rire s'échappa d'Anthea, résignée mais toujours aussi malicieuse.
- Je suis incapable de vous causer le moindre tord. J'ai gardé ce secret précieusement… C'était ma preuve d'a- d'affection.
- Vous êtes une belle personne, Anastasia.

Le contact de sa main sur la sienne, son regard empli d'un sentiment inqualifiable et cette intonation douce qui avait empreint son nom. Tout aurait été parfait. Dans une autre vie, une autre réalité.

Il était temps de s'en aller, elle le sentit. Il ne lui restait qu'un détail à régler.

Elle lui tendit une épaisse enveloppe brune, scellée par un autocollant orange barré de jaune à l'arrière. La méthode conventionnelle pour signaler un dossier hautement important ou particulièrement sensible.

- A lire rapidement et à détruite ensuite.
- Je ne sais que dire… A part merci.

Anthea inclina humblement la tête.
- Bonne soirée, Monsieur.
- Au revoir, Anthea.

A l'instant exact où il entendit la porte se refermer, Mycroft baissa les yeux sur l'enveloppe. Il la décacheta en quelques secondes et entreprit de découvrir son contenu.

Un protocole entier de surveillance ciblé sur les trois personnes qui lui étaient les plus proches. Savamment organisé et bien rôdé. Un travail digne de personne d'autre sinon d'Anthea.

Victoria apparut dans la pièce, suspicieuse à l'égard de cette correspondance.

- Rassure-moi, ce n'est quand même pas du travail ?
- Non… Simplement un courrier qui détaille la succession de mes affaires personnelles.

Les quatre feuilles de papier glacé volèrent dans la cheminée, se consumant en quelques secondes à peine. Un dernier poids semblait s'être envolé de ses épaules.

Invitant Victoria à le rejoindre, il passa ses bras autour d'elle. Le nez enfoui contre son pull en laine, il huma profondément l'odeur qui s'en dégageait. Sans s'en décoller, il lui demanda à quelle activité se livrait sa fille.
- Elle a récupéré une coccinelle dans le parc ce matin. Aux dernières nouvelles, elle veillait à ce qu'elle ne manque de rien dans sa nouvelle maison en Lego.
- Parfait.

Victoria l'embrassa avant de reculer d'un pas. Mycroft lui adressa un sourire rassurant.
- Je crois que je vais me reposer un peu.
- Bonne idée. Je serai dans la chambre de Diane si tu as besoin de quoique ce soit.

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John balança presque les deux cartons de provision sur la table. Extirpant une bouteille blanche, il s'adressa directement à Sherlock, étendu dans le salon.
- Je l'ai ton fichu lait !

Il n'y avait rien d'étonnant dans le fait de n'obtenir aucune réponse. John avait cependant appris à ses dépends qu'il existait plusieurs types de silence. Celui-ci était du genre préoccupant.

- Sherlock ? Tu veux quelque chose à grignoter ?
- Non, merci.

Affalé dans l'un des fauteuils, John frissonna des pieds à la tête.
- J'ai bien cru qu'une averse allait me tomber dessus. On se croirait à la tombée de la nuit… à seulement trois heures et demie.

A travers la fenêtre, un filet de nuages gris appuyait les propos du médecin. Le vent s'était également décidé à souffler en belles bourrasques.
- Il y a quelque chose qui se prépare, en effet.

John reprit la conversation au terme d'un bâillement interminable.
- Mrs Hudson m'a prévenu qu'elle sortait ce soir. J'ai pris deux pizzas à réchauffer pour le dîner.
- Sans poivrons ?
- Evidemment.

Quelques mots sur la météo, d'autres sur le repas du soir. John chérissait cette routine. Il se réjouissait de cette relation qui s'épanouissait, lui offrant l'occasion d'apprendre les milles nuances du détective. Même les plus sombres.

- J'ai croisé Angelo, il te remet le bonjour. On pourrait aller manger au restaurant ce week-end, non ?

La tête de Sherlock se suréleva de quelques centimètres au-dessus du coussin. Un geste anodin qui signifiait qu'il n'avait rien écouté de la conversation. John fit la moue.
- Tu as l'air anxieux.
- Non… Juste pensif.

La sonnerie du téléphone creva le silence reposant de l'appartement. Sherlock n'eu pas besoin de vérifier l'écran pour en identifier l'auteur. John capta son regard, partageant sa détresse l'espace de quelques secondes.
- Quelque chose se préparait…, souffla Sherlock d'une voix lointaine.

Lorsqu'il décrocha enfin, John ressentit le besoin de s'éloigner de quelques pas. Face à la fenêtre, il attendit la fin de la communication.
- Nous arrivons tout de suite.

Dehors, le ciel s'était une nouvelle fois opacifié. Londres se noyait à présent sous une pluie torrentielle.

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La situation était telle que John l'avait imaginée sur le chemin de l'aller. Victoria, paniquée, attendait en vain quelques informations depuis leur arrivée aux urgences, deux heures plus tôt.

Silencieuse, Diane ne s'agitait que pour se jeter dans les jambes de sa mère lorsque celle-ci se déplaçait dans la salle d'attente.

- Il se plaignait de respirer difficilement après sa sieste, de ressentir des douleurs dans le torse, énuméra Victoria à Sherlock tout chipotant à ses nombreuses bracelets.

John réapparut enfin, passant les doubles portes avec un air grave que Sherlock n'apprécia nullement. Veillant à ce que Diane ne l'entende pas, il livra le diagnostic glané auprès de son collègue.
- Mycroft a fait un nouveau malaise cardiaque… Mais c'est surtout l'anévrisme sur l'artère pulmonaire qui s'est rompu. Personne ne pouvait rien faire ni prévoir-

Victoria laissa échapper un cri étranglé.
- On ne peut plus rien faire. Simplement attendre. Son organisme est trop faible, un autre accident se produira certainement dans la nuit ou la journée de demain. Ils s'assurent qu'il ne souffre pas.

De grosses larmes tracèrent des sillons sur les joues à peine maquillées. A quelques mètres de là, une frêle silhouette venait de relever la tête. Sautant à pieds joints de sa chaise, elle s'approcha du groupe d'adultes.

- Peut-on le voir ?, implora Victoria, collant sa fille contre sa jambe.
- Oui, ils l'installent dans une chambre. Il est inconscient. Ceci dit, cela risque d'être un peu impressionnant pour la petite…

Sherlock n'avait pas articulé un seul mot depuis son arrivée à l'hôpital. La tête baissée, il parvint à surprendre le regard de Diane dans sa direction.
- Papa est encore plus malade ?

Victoria s'était accroupie pour plaquer sa fille contre elle. Le menton posé sur l'épaule de sa mère, la petite ne parvenait pas à pleurer, apeurée par le cadre impressionnant et l'agitation environnante.
- Je reste avec toi, Diane. On va aller le voir- Mais tu dois être courageuse.
- Je suis courageuse, se défendit l'enfant, vexée.
- Encore plus que d'habitude.

Main dans la main, les deux femmes suivirent John et disparurent au-delà des doubles portes en bois. Lorsque John revint, quelques minutes après, Sherlock n'avait pas bougé d'un seul centimètre. Passant ses bras autour de lui, il s'étonna de le voir reculer subitement et sortir son téléphone.

- Tu essaies de joindre qui ? Ta mère ?
- Elle ne- Cela n'arrangera rien à son état, ni à celui de Mycroft, marmonna Sherlock, faisant référence à des faits uniquement connus par lui. Lestrade et son assistante… Ils ont le droit de savoir.

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Réfugiée dans son studio, perché au sommet de Soho, Anthea souffla longuement. Elle s'empara de son téléphone et parcourut rapidement le message avec une émotion évidente.

- Les heures sont comptées.

Elle sourit tristement, les yeux plus humides qu'elle ne l'aurait voulu. Elle le savait depuis cet après-midi. Nul besoin de pouvoir divinatoire : elle l'avait senti dans le regard de Mycroft. Comme si, quelque part, les nouvelles qu'elle lui avait apportées avaient contribués à sa sérénité. Cette pensée lui paraissait un peu prétentieuse, elle espérait néanmoins ne pas se tromper.

A – 19:45
« Nous nous sommes déjà dit adieu. Ces dernières heures sont précieuses. Courage à vous et à sa famille. »

Pour la première fois en dix ans, elle éteignit son téléphone. Les bras croisés sur sa poitrine, emmitouflée dans un plaid, elle s'approcha de l'unique fenêtre du studio. La pluie s'y fracassait avant de descendre en sillons jusqu'à disparaître.

Tout en halo de lumières jaunes, rouges et blanches, Londres était belle. Anormalement belle pour une aussi laide soirée.

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- Sherlock ?

Le détective releva la tête, les yeux agressés par les néons de la salle. Lestrade avait pratiquement couru jusqu'à lui, trempé jusqu'aux os.
- J'ai quitté le bureau dès la réception de ton message- Ca ne peut pas- Pas déjà, si ?
- Sûr et certain, lui répliqua Sherlock, légèrement engourdi.
- Et sa femme ? Et la petite ?
- Avec lui.

Lorsqu'elles réapparurent enfin, Lestrade se sentit brusquement mal à l'aise. Il n'avait, après tout, aucun lien de parenté quelconque. Penaud, il se présenta à elle.
- Je suis un ami de votre mari. Je suis vraiment désolé-
- Gregory ? Mycroft m'a parfois parlé de vous.

Cette simple confidence le rendit plus léger.
- Si vous avez besoin de quoique ce soit- Je serai là.

L'éternel saint-bernard, songea Sherlock, réconforté par sa simple présence. Victoria le remercia à son tour par quelques mots davantage soufflés qu'articulés.

- Puis-je… Je sais que je vous demande beaucoup mais- Pourrais-je le voir, juste une minute ?

Elle acquiesça brièvement de la tête en lui désignant le chemin. Le pas lent, Lestrade pénétra dans la chambre atrocement silencieuse. Hésitant, il accomplit finalement les quelques pas qui le séparait du lit.

Ce n'était ni la première ni la dernière fois qu'il apercevait une connaissance, un ami ou un collègue dans une telle situation. Il ne s'y habituerait de toute façon jamais.

- Je- Je vous avais promis de repasser. Hors de question de manquer ma promesse. Je ne l'ai jamais fait… Je ne vais pas commencer maintenant.

Le temps de pause qui suivit sa phrase fut comblé par le bruit ronflant des machines et un geignement à peine audible. Suffisamment pour le convaincre de ne plus se taire.

Il ne discernait aucun signe d'attention de la part de Mycroft. Peu importait : certaines choses méritaient d'être dites.

- Quand il y a quinze ans, nous nous sommes retrouvés dans une autre chambre de cet hôpital… Quand j'ai accepté de prendre la tutelle d'un gamin aussi pâle que les draps de son lit… Je ne savais pas à quoi m'attendre. Vous m'avez convaincu- J'ai pris cette cause plus à cœur que je n'aurais pu l'imaginer.

Il serra les dents, conscient de perdre le témoin privilégié d'une précieuse période de sa vie. Un point de départ pour beaucoup d'autres choses.
- Qui aurait cru qu'il viendrait à son tour à mon aide… Je sais que vous n'êtes pas devin, mais j'aime bien croire aux coïncidences. Surtout quand elles sont heureuses.

Le temps filait. Il se sentit le devoir de clôturer ces adieux, de le restituer à sa famille.
- Sachez simplement que j'appréciais votre compagnie. Je continuerai à veiller sur lui, je le promets. Et sur vos deux bouts de femme, aussi.

La main sur la poignée de porte, il jeta un dernier regard en direction du lit.
- A défaut de mieux… A une prochaine fois, Mycroft.

Il s'attendait à croiser Sherlock, en chemin pour rendre une dernière visite à son frère. Regagnant la salle d'attente, il était forcé de constater que celui-ci restait immobile, crispé sur sa chaise en plastique.

De l'autre côté de la pièce, Victoria caressait les cheveux de la petite. Elle jetait, de temps en temps, des regards parfois sombres, parfois perplexes à son beau-frère. Sherlock, lui, sentit bientôt une main se recroqueviller sur son épaule, froisser le tissu de sa chemise et le tirer à l'extérieur.

Il entendit un vague « Viens avec moi, deux minutes » en guise de simple explication. Il se laissa happer, ballotté au bout du bras de Lestrade.

Réfugiés sous la verrière des urgences, plusieurs fumeurs trompaient leur inquiétude ou leur ennui en grillant cigarette sur cigarette. Intoxiqué par la fumée et les deux épaules broyées par des mains pataudes, Sherlock grimaça.

- Si tu lui demandes, il le fera. Il luttera. Et ses souffrances n'iront qu'en grandissant. Mais il le fera, parce que c'est Mycroft et qu'il tient à toi.

Sherlock eu un rire qui sonnait faux.
- Tu me crois si peu de cœur pour demander à un condamné de se battre pour rien ?

Lestrade le reprit, conscient du dilemme auquel Sherlock était livré.
- Tu as du cœur. C'est justement toute la difficulté.

Le détective renifla, les yeux toujours aussi secs qu'à son arrivée. Lestrade relâcha sa poigne, la transformant en une caresse amitieuse et encourageante.
- Ne le prive pas de ta présence sous prétexte que c'est difficile. Ne t'empêche pas de lui dire ce que tu penses parce que cela n'a jamais été dans vos habitudes. Ne t'accuse pas d'être insensible parce que tu ressens les choses différemment des autres.

Les mains de Sherlock se crispèrent, plantant leurs ongles au creux des paumes. Lestrade entreprit de le détendre du moins qu'il pouvait.
- Et ne te retiens pas de m'en coller une pour te soulager parce que je suis plus fort que toi.

Son poing malingre frappa mollement le ventre de Lestrade. Celui-ci esquissa un sourire triste avant de le pousser vers la porte de la salle d'attente.
- Tu es brave comme un Holmes, Sherlock. Montre à ton frère que la relève est là.

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L'air sec de la chambre et l'odeur de l'éther lui donnaient presque mal à la tête. Les doigts recroquevillés sur le rail métallique et froid, Sherlock bascula subitement la tête en arrière.

- Mère ne le sait pas. Je l'appellerai… Non, j'irai sur place. Plus tard. Je ne suis pas sûr qu'elle comprenne. Et tu ne l'aurais pas voulue ici, dans ces conditions.

Le monitoring traçait un rythme cardiaque en-deçà de la moyenne. Sherlock suivit chacun les pics et les plongeons lumineux.
- Il y a de quoi en vouloir au monde entier.

Sherlock réalisait qu'il s'agissait probablement de leur dernier face-à-face. Les pensées se bousculaient, cherchaient à se matérialiser en mots.
- J'ai parfois été injuste, je le reconnais. Je me suis nuis à moi-même sans prêter attention à toi ou Mère. J'ai parfois été-

Sherlock s'arrêta, réalisant qu'aucun adjectif ne collait vraiment au comportement qu'il avait parfois adopté.
- J'ai parfois été cruel… dans mes paroles. La seule chose que je voudrais que tu retiennes, c'est que tu comptes. Tu as toujours compté.

Il tapota maladroitement sa main sur le poing fermé de son frère.

- Je serai là pour elles.

La porte s'ouvrit délicatement derrière lui. Victoria.

- J'espérais vous trouver ici.

Elle referma la porte, jetant un bref coup d'œil à son interlocuteur.
- J'aimerais lui adresser quelques mots… seule. Diane est restée là-bas. Je peux vous demander… ?

Sherlock acquiesça avant qu'elle n'achève sa requête.

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Assis sur les infâmes chaises en plastique, Diane et Sherlock se tenaient côte à côte. Ni la jeune fille ni lui ne semblait enclin à parler. Il n'avait de toute façon aucune idée des mots à employer dans une telle situation. Si le silence agissait comme un refuge, Sherlock se fit violence :
- Diane ?

L'enfant leva ses yeux rougis et fatigués.
- Tu as faim ?

Elle ne lui répondit pas et repartit dans la contemplation de ses minuscules Converse délacées.

Fouillant les nombreuses poches de son manteau, Sherlock partit en direction des distributeurs automatiques. En quelques manœuvres, il échangea l'équivalent de dix livres en barres de chocolat, dragées sucrées et autres chewing-gum. Il rapporta son butin et la disposa sur la chaise laissée vide entre eux.

- Je ne peux pas manger ces trucs-là, regretta la petite en pointant les friandises.
- Aujourd'hui, tu peux.

La petite haussa les épaules et déballa l'une barre des barres de céréales. Sherlock céda à son tour, jetant son dévolu sur un emballage de M&Ms. Au-dessus d'eux, l'horloge de la salle d'attente indiquait seulement onze heures.

La nuit se poursuivit, entrecoupée de siestes et de collations. Lorsque le soleil se leva, vers huit heures, Londres ne comptait plus que deux Holmes.

Everything is dark/Tout est sombre
It's more than you can take/C'est plus que tu peux supporter
But you catch a glimpse of sun light/Mais tu entrevois un rayon de soleil
Shining, shining down on your face/Briller sur ton visage
Oh, you're in my veins/Oh, tu coules dans mes veines
And I cannot get you out/Et je ne peux pas t'en faire sortir