Voici l'épilogue, la "fin finale" du Dernier des Holmes. Je n'ai pas encore eu le temps de répondre aux reviews précédentes, j'en suis désolée. Je dispose de beaucoup moins de temps libre depuis quelques semaines...
Merci encore, et bonne lecture !
La chanson est de Smith&Burrows, When the Thames froze.
And even though I hate the cold/Et bien que je déteste le froid
A constant reminder that I'm getting old/Un rappel constant que je vieillis
Another year draws to its close, entire London slows/Une autre année touché à sa fin, tout Londres ralentit
When I dream tonight, I'll dream of you/Quand je rêverai ce soir, je rêverai de toi
When the Thames froze/Quand la Tamise gèle
Contrarié, Sherlock secoua vivement ses boucles. Les paillettes des décorations du sapin s'étaient infiltrées jusque dans les recoins les plus inattendus de la maison et de ses habitants. Exposé sous le lustre de la salle à manger, John brillait tout autant.
Juché par-dessus sa table de fête, l'hôte inspectait chacune des serviettes posées sur l'impeccable nappe. Sherlock, lui, retouchait son col et sa coiffure devant le miroir tout proche. Une étoffe en soie rouge à la main, il inspira profondément et bomba le torse.
- Tu en penses quoi ? Je l'enlève ?
John haussa un sourcil, surpris de la présence d'une cravate autour du cou du détective. Complice, le médecin retoucha légèrement le nœud :
- C'est parfait.
- Merci.
Suspicieux, Sherlock détourna le regard, son attention focalisée sur un léger détail :
- Tu as des cheveux d'ange-
Troublé, John fut pris d'un rire nerveux. Sherlock mit rapidement fin au quiproquo en dégageant quelques filaments dorés jusque là suspendus à l'oreille du médecin, hilare.
- Ah- Oui. Je vois.
Des bruits de pas et des chuchotements se firent entendre derrière la porte de l'appartement. Sherlock décocha un mince sourire, convaincu de l'identité de l'invité qui se trouvait derrière :
- Je crois qu'ils sont là.
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Une autre année, un autre réveillon. Les années filaient, tel était le constat peu rassurant que partageaient les gens en cette saison.
Heureusement, certaines choses ne changeraient cependant jamais.
- C'est bien du lait de poule ?, s'informa Lestrade auprès de Mrs Hudson.
- Sans rhum. Le même que chaque année, grimaça John en repoussant discrètement son bol.
- Je suis allergique au lait, regretta Molly, peinée de snober l'offre de la vieille dame.
- Des œufs, de la crème et du sucre, délicieux ! Mais je comprends que vous vous inquiétez de perdre votre poids de forme, railla Sherlock en visant Lestrade et John.
La table, elle, s'était vue allongée pour accueillir quatre nouveaux convives. Trois enfants avaient colonisés le sofa, une console portable à la main pour Tom, l'aîné de la bande. Diane et Alex, du même âge, papotaient de sujets indéfinis. De temps en temps, ils éclataient de rire sans que les adultes n'y comprennent rien.
Assise à quelques mètres de là, Victoria les observait avec un sourire béat.
- Elle est beaucoup plus réservée d'habitude. Et Tom, quel âge a-t-il ?
- Treize. L'âge ingrat si vous voulez mon avis, souffla à voix basse Lestrade.
Sherlock, taiseux jusqu'ici, tressaillit lorsqu'une main se posa sur sa cuisse. John s'inquiéta de le voir aussi calme et silencieux.
- Tu ne te sens pas bien ?
- Je profite, répondit-il simplement.
Coquette maîtresse de maison, Mrs Hudson, suggéra de passer à la bûche. Les enfants se décollèrent immédiatement du divan et se ruèrent sur les places vides, la cuillère en main. Lestrade passa un bras autour des épaules de son cadet, ne réalisant décidemment pas qu'il passait enfin un réveillon en leur compagnie.
- Alors, tu t'amuses bien avec Diane ?
Les deux gamins éclatèrent de rire, complice comme seuls des enfants pouvaient l'être.
Mrs Hudson renonça à se lever, toujours plus inquiète pour l'état de sa hanche. Pris dans une intéressante conversation avec Molly, John pria Sherlock de faire le service. Victoria, volontaire, lui proposa immédiatement son aide.
La cuisine semblait bien petite, envahie de la vaisselle et des restes de la demi-douzaine de plats concoctés par la maîtresse de maison. Habile, Victoria découpa la bûche en neufs morceaux parfaitement identiques. Sherlock lui tendit les assiettes.
- Magnifique maîtrise.
- Un quart de tartes plus une demi-tarte est égal à… J'en parle suffisamment toute l'année, s'amusa Victoria en déposant la première part.
D'une voix plus réservée, la jeune femme embraya sur un tout autre sujet.
- Je vous remercie encore de l'invitation.
- C'était la moindre des choses. Vous êtes arrivées à Londres cet après-midi ?
- Ce matin. J'en ai profité pour- Passer.
Nul besoin de lui demander de préciser l'endroit : Sherlock comprit aisément à quel endroit elle faisait référence. Il ne le nommait jamais non plus. Il se contentait, lorsqu'il lui rendait visite, d'avertir John qu'il serait « là-bas » pour une heure ou deux.
- Je lui ai apporté un bouquet de roses de Noël. Il les adorait.
Le visage de Sherlock, subitement, se ternit. Victoria en eut conscience et releva un instant la tête du dessert :
- Je suis désolée de remettre cette histoire sur le tapis…
- Cela n'a rien à voir. Je suis heureux de parler de lui, je- C'est simplement que je regrette de ne rien lui avoir déposé cette semaine. Je n'y ai pas pensé.
Victoria lui répondit par un sourire sincère avant de détourner le visage, reportant son attention sur l'une ou l'autre décoration en massepain et en fruits.
- Vous lui offert le plus beau des cadeaux tant qu'il était encore temps.
Sherlock la considéra longuement, curieux et méfiant d'apprendre le dénouement de cette énigmatique remarque. Leurs regards se croisèrent finalement :
- Vous lui avez fait une place dans votre vie. Et, surtout, vous avez enfin accepté de prendre celle qu'il vous réservait. C'est tout ce qui compte, au final.
Le service prendrait encore sûrement quelques minutes. Sherlock prit l'initiative de changer de conversation. Guère rôdé à ce style d'exercice, il espéra secrètement que sa tentative ne tomberait pas à l'eau.
- Diane a l'air de bien s'amuser avec… Tom.
- Alex, le corrigea Victoria. La méprise est facile, ce sont deux portraits crachés de leur père.
- Les cheveux blancs en moins.
Lorsque le silence reprit, ils n'en étaient qu'à la quatrième assiette. Inquiète, Victoria s'ouvrit finalement à lui.
- Tout le monde m'encourage à… rencontrer quelqu'un. Je n'en suis pas encore prête. Ce serait sûrement une bonne chose pour Diane mais-
- Vous le ferez en temps voulu.
Elle adressa un sourire bienveillant à son beau-frère. Si les débuts n'avaient pas été des plus sereins, une certaine confiance commençait à naître.
- Vous pourriez même donner une sœur ou un frère à Diane.
Sherlock s'étrangla, conscient qu'il avait probablement commis une bourde. Victoria lui adressa un sourire reconnaissant et déposa la dernière part de bûche glacée.
Elle débarrassa la table avant de poser ses poings sur ses hanches. Muette, elle observa brièvement le visage de son beau-frère avant d'éclater de rire :
- J'aime beaucoup discuter avec vous. Et je le dis sincèrement ! J'ai l'impression que rien n'est vraiment grave.
- Je le sais. D'après mon frère, c'est même mon meilleur défaut.
Retrouvant son sérieux, elle se laissa aller à quelques confidences supplémentaires.
- Cela me plairait beaucoup. Mycroft me l'a fait promettre, exposa Victoria avec un sourire confidentiel. Nous verrons bien. Je m'inquiète constamment pour elle. Je refuse que… cette disparition lui gâche totalement son enfance.
- Je sais ce que c'est. Certains jours sont plus difficiles que d'autres mais-
Malgré lui, Sherlock perdit le fil de la conversation à mesure que des images défilèrent devant ses yeux. Un fort bâti en coussins et couvertures, des abordages de bateaux pirates, des genoux écorchés dans d'improbables cascades en patins-
Il revint brusquement à lui, une curieuse sensation au creux de l'estomac. Quelque chose de plus réconfortant que n'importe quel cocktail de Noël. Une douce nostalgie.
- J'ai eu une enfance heureuse.
- Vraiment ?
Sherlock s'empara de quelques assiettes dépareillées et fit volte-face en direction du salon, là où l'attendaient les membres affamés d'une famille recomposée.
- Très heureuse.
So tell everyone that there's hope in your heart /Alors dis à tout le monde que tu gardes espoir
Tell everyone or it will tear you apart/Dis le à tout le monde ou cela t'anéantira
The end of Christmas day, when there's nothing left to say/A la fin du jour de Noël, quand les mots sont superflus
The years go by so fast, let's hope the next beats the last/Les années passent si vite, espérons que la prochaine soit meilleure que la dernière
