Disclaimer: Ghost in the shell appartient à Masamune Shirow

Inspiré par "Harmonie du soir", un poème de Charles Baudelaire, qui se trouve dans Les Fleurs du mal. Domaine public, donc.

Rating: K


3. Motoko

« Harmonie du soir »

Musique: 35,7c – GITS OST

.

Quand, à la nuit tombante, je regarde la ville à travers la baie vitrée, j'ai du mal à me souvenir que tant de crimes et de malversations puissent être perpétrées au sein de cette étendue calme.

L'air du soir fraîchit et emporte avec lui la lumière du soleil. L'astre du jour, derrière les cinq tours du centre, est si rouge qu'il en paraît liquide.

« Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige… »

Je peux presque sentir les fumées et les vapeurs de la cité grouillante qui s'étend à mes pieds. Pourtant, résolument, je garde mes yeux fixés sur les hauteurs du ciel.

Les lumières peu à peu s'allument, en mille et mille étoiles terrestres. Elles peignent les tours noires de couleurs chaudes, scintillantes, et nimbent les murs de lueurs fluorescentes. Si je baissais l'insonorisation, on pourrait entendre les échos des voix, le grondement des voitures et les basses jaillissant des clubs et des restaurants.

« Valse mélancolique et langoureux vertige »

Je ferme les yeux et j'appuie mon front contre la vitre froide.

Lorsque je les rouvre, l'instant magique a disparu, remplacé par les flots brumeux de la nuit. Plus de feux orangés, roses et or, chatoyant à l'horizon. La palette colorée s'est évanouie, désormais cachée à mes regards par la nuit sombre. Le ciel d'encre a étendu ses voiles bleuis sur nos toits et plongé la ville dans les ténèbres. Il ne reste plus désormais que ces néons artificiels et piailleurs qui agressent l'œil et nous rassurent par leur vulgarité.

« Le violon frémit comme un cœur qu'on afflige »

A présent la grande vitre ne m'offre plus que les couleurs de mon propre intérieur.

Porte d'un paysage fantastique, le jour, elle se ferme au soir, pour n'être plus qu'un vaste miroir. Aussi chaque nuit je regarde le soleil basculer, et j'attends, jusqu'à ce que le portail magique se ferme à mes yeux. Jusqu'à ce que la paroi ne me renvoie plus que ma propre image. Jusqu'à ce que plus rien n'émerge que le reflet, solitaire et flou, de mon corps nu sur le verre.