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Disclaimer: GITS appartient à Masamune Shirow.
Petit OS qui n'est basé sur aucun moment particulier du manga/film ou de la série. Et pour une fois ce n'est pas la section 9 qui aura la parole.
Bonne lecture!
Rating: K+
10. Lithium Flower
(Motoko X OC)
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Entre nous, un couloir rempli de cadavres.
Un coin de mur nous sépare. il m'empêche de te voir. Ma main ne tremble pas, mais elle est moite de sueur. Mon doigt repose sur la gâchette. Montre ne serait-ce qu'un millimètre du bout de ton nez et tu vas voir, fillette. Je t'attends.
Putain de section 9. Je ne suis pas un terroriste. Je suis un patriote. La voix du peuple. La voix des pauvres. Il faut bien que quelqu'un parle pour eux, puisque le gouvernement ne les écoute pas. Moi, j'ai un flingue à la main et il va devoir m'entendre.
Tu ne m'empêcheras pas d'avancer, fillette.
Tous ces gens que j'ai tués. Ah ben, ils avaient qu'à pas être là. C'est triste, mais il y a toujours des dommages collatéraux. Et tu sais quoi, fillette ? D'habitude, ce sont toujours les pauvres gens qui souffrent. Les gamins, les paumés, les malheureux, les tout petits, ceux qui n'ont pas de murailles en béton pour s'abriter et qui se prennent le feu de l'ennemi en pleine gueule.
C'est toujours les mêmes qui trinquent. Et ce n'est pas juste. Alors pourquoi ne pas changer de temps en temps ? Ces pauvres gens que j'ai descendus n'ont sans doute jamais connu la faim ni le froid. Ils travaillent dans des bureaux, bossent jusqu'à dix-huit heures puis rentrent chez eux bien en paix. Ils ont de l'argent, une famille, le droit de vote et des soins médicaux remboursés. Certains n'étaient même pas humains. J'ai compté quelques employés androïdes dans le tas.
Alors tu vois, fillette, je n'ai pas de regrets.
Cela fait-il de moi un être inhumain ? Un monstre ? Non. Je suis humain. Et je suis un combattant. Un soldat de l'égalité et de la justice. Et ceux qui ne comprennent pas ça, ce sont eux, les monstres.
Je lève mon arme. Je sais que tu attends de l'autre côté. Je t'imagine concentrée, revolver au poing, cœur battant. As-tu une famille et une maison toi aussi, ou bien est-ce que tu fais partie des 7% de robots affectés aux opérations de terrain ? Est-ce qu'il y a quelqu'un quelque part qui prie pour que tu n'y laisses pas ta peau et que tu reviennes à temps pour le dîner ? Ou bien est-ce que tu vis seule et que tu te fiches des risques parce que personne ne t'attend ?
Moi je n'ai personne qui m'attend.
Est-ce que tu as peur, fillette ? Ou est-ce que je suis ta centième cible de la journée et que tu n'as qu'une envie, m'achever pour te tirer d'ici ? Est-ce que tu as des enfants, des frères et sœurs ? Est-ce que tu as des proches parmi mes victimes ? Est-ce que tu es tiraillée entre professionnalisme et vengeance, en ce moment même ? Est-ce que tu hésites ? Est-ce que tu as les mains en sueur, comme moi, le dos raidi et les doigts arqués ? Est-ce que tu souhaites de toutes tes forces ne pas te trouver là, est-ce que tu penses à des choses bêtes comme les courses que tu n'as pas eu le temps de faire, est-ce que tu vas commettre une erreur juste parce que tu veux que cette interminable attente s'arrête ?
Je me pose des tas de questions sur toi, mais on s'en fout, pas vrai ? L'un de nous va bien finir par sortir ou par commettre une erreur. L'un de nous va se faire buter et l'autre aura gagné.
Cette fois, ma main glisse sur le métal chaud de mon arme.
J'entends un cliquetis.
Je braque. Instinct.
C'est toi. Tu arrives. Pressée d'en finir. Peut-être que tu as peur, peur de moi, de ma réaction, que je tienne un otage...
Nous sortons en même temps, à découvert. Nos regards se croisent.
Le tien, mauve, incandescent, est joueur. Pétillant comme une mûre fraîche, onctueux comme la lie de vin.
Tu te marres.
Je tire et toi aussi. Et bien sûr, ma main glisse. Je suis déséquilibré.
Je te rate.
Tu souris toujours et ta balle atteint pile poil ton objectif.
Je te vois t'élever au-dessus de moi et je comprends qu'en fait, tu n'as pas bougé. C'est moi qui m'effondre.
J'emporte ton sourire amusé dans les ténèbres.
Finalement non, tu n'étais pas humaine.
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