Intermède : La petite fille dans un jardin

« C'est pas Nuton ! »

Le Docteur et Josh sont sortis du TARDIS, une fois celui-ci matérialisé dans la rue d'un village anglais. Le Seigneur du Temps se gratte la nuque et grimace d'un air embarrassé.

« Vous êtes sûr ? questionne-t-il. Ce sont bien les coordonnées de Nuton que j'ai programmé, pourtant.

– C'est pas Nuton, j'vous dis. J'connais Nuton com' ma poche : j'y suis né. »

Tout en devisant, les deux hommes avancent sur un chemin qui serpente entre des jardins.

« C'est peut-être parce qu'il fait nuit et qu'on n'est plus à la même saison, reprend le Docteur. Peut-être même plus la même année, ajoute-t-il tout bas. Alors vous ne reconnaissez pas les lieux.

– J'connais Nuton com' ma poche ! répète le vieil homme en se frappant la poitrine de sa main gantée.

– On va bien trouver quelqu'un qui nous dise où nous sommes. »

Ils passent devant une cabane à outils qui semble avoir subit quelques avanies récemment. Par-dessus la haie, elle-même un peu écornée, ils aperçoivent une fillette assise sur une valise devant une balançoire que le vent fait légèrement bouger.

Elle a couvert sa tête aux longs cheveux roux avec un bonnet rouge et ses mains avec des moufles. Par-dessus sa chemise de nuit, elle porte un caban bleu foncé et des bottes en caoutchouc.

« Bonsoir, lui dit le Docteur avec un grand sourire. Il n'est pas un peu tard pour être dehors à ton âge ?

– J'attends quelqu'un, déclare l'enfant.

– Hum, d'accord. Dis-moi, sommes-nous à Nuton ici ?

– Vous vous êtes perdus ? remarque la fillette sans répondre directement.

– En quelque sorte. Comment s'appelle ce village ?

– Leadworth, laisse-t-elle tomber, avec un mépris visible.

– Vous z'avais dit, ronchonne Josh. J'sais reconnaît' Nuton quand c'est Nuton, hein ! Et quand c'est pas Nuton, ben… c'est pas Nuton.

– Tu devrais rentrer te coucher, intervient à nouveau le Docteur en s'adressant à la petite fille. Tes parents n'aimeraient pas savoir que tu es là. »

Elle hausse les épaules.

« J'les ai plus mes parents. Juste ma tante et elle est même pas là ce soir.

– Comment t'appelles-tu ? poursuit le Docteur.

– Amelia. Amelia Pond.

– Joli nom, Amelia. Dis-moi Amelia, qui attends-tu ainsi ? Prête pour un voyage on dirait, ajoute-t-il en désignant la valise.

– Le docteur débraillé.

– Tu le connais ? C'est un ami de ta famille.

– Il a mangé des bâtonnets de poissons trempés dans la crème anglaise. Il m'a dit qu'il allait revenir me chercher.

– Nous allons attendre un peu avec toi, alors, Amelia, si ça ne te dérange pas. Au cas où cette personne aurait de mauvaises intentions. »

Le Docteur et Josh enjambent la haie. À peine ont-ils franchit quelques pas que quelque chose se met à sonner dans la poche du Seigneur du Temps.

« Mon détecteur d'anomalies temporelles ! » s'exclame-t-il en le sortant.

Le bip s'accélère en se rapprochant de la cabane à outils.

« Que s'est-il passé ? demande-t-il à Amelia, en lui désignant les débris.

– Le docteur débraillé l'a cassé avec sa boîte.

– Un docteur, une boîte ? Peux-tu me décrire cette boîte ?

– Une grande boîte bleue, avec écrit « Police » dessus. Mais c'est pas un policier qui est sorti, c'est le docteur. Il était tout débraillé, avec des vêtements déchirés.

– C'est lui qui t'a dit qu'il était docteur ?

– Il m'a dit qu'il s'appelait le Docteur.

– Docteur qui ? s'enquiert le Seigneur du Temps.

– Juste « Le Docteur », c'est son nom, répond la fillette.

– Mais, intervient Josh, vous z'aussi m'avez dit que vous z'appeliez le Doc…

– Chut ! » le coupe le Seigneur du Temps, en posant une main sur la bouche du vagabond.

Puis il se tourne vers Amelia et lui demande en éclairant son propre visage avec une petite lampe de poche :

« Ton… docteur, est-ce qu'il ne me ressemblait pas un peu ? »

L'enfant le regarde attentivement.

« Pas du tout ! affirme-t-elle finalement. Il était beaucoup plus jeune et plus joli aussi. Avec un grand menton et des grands cheveux qui retombaient sur ses yeux.

– Hum, bon. Eh bien, je crois que nous allons te laisser, finalement. Je pense que ton Docteur est quelqu'un de bien. Mais il vaut mieux que je ne le rencontre pas.

– Au revoir », les hèle Amelia en agitant sa main gantée.

Les deux hommes retournent rapidement vers le TARDIS.

« Vite Josh ! grommelle le Docteur. Il y a danger à créer un paradoxe, si jamais je me croise de trop près. Et vous aviez raison, ce n'est pas Nuton.

– Sûr ! J'sais reconnaît' Nuton quand c'est Nuton, hein ! »