chapitre 2
New York et sa circulation seraient un enfer sans mon bijou ; mon ducat.
Sûre, mais surtout très rapide. Elle et moi, c'est une grande histoire, dire qu'à une époque la vitesse me tétanisait ! Tout cela fait bel et bien partie du passé.
Douloureux, il n'avait été que révélateur sur la vie réelle. Depuis j'avais réussi à mettre mon côté « Bella » en quarantaine, mais je vois bien que vous vous imaginez tous, que son départ à lui, Edward, a été le déclencheur. Permettez-moi de vous dire que vous faites fausse route. Le chagrin de son abandon avait été insignifiant comparativement à la découverte de la véritable définition du mot souffrance.
Flash-back
Des mois qu'il était parti. Isolée dans mon antre, je ressassais mes idées morbides. Évidemment, je pourrais décrire pendant de longues heures ma détresse, mais cela ne changerait absolument rien, et puis je n'en aurai aucune envie, j'avais seulement envie que l'on me laisse pleurer. Au début, mes « proches » avaient tenté de me réconforter, mais après de nombreuses disputes agrémentées de propos plus cinglants les uns que les autres, ils avaient enfin tous décidé d'accéder à ma requête qui était de me laisser seule. Jacob était toutefois sorti du lot, il avait réussi à me redonner un semblant de vie sociale, mais cela n'avait pas duré non plus, car bien évidemment lui aussi faisait partie d'un monde où je n'avais aucunement ma place. J'ignorais la gravité de mes fautes commises lors de mes vies antérieures, mais pour devenir l'âme soeur d'un vampire et simultanément la meilleure amie d'un loup-garou je ne pense pas avoir un karma fort jalousé.
On était vendredi soir. Oh ! Grand bonheur, le début du week-end ! Deux longs jours et deux interminables nuits rien que pour moi et mes souvenirs, que demander de plus à cette merveille qu'est la vie ?
Cela devait faire un long moment que j'étais léthargique sur mon lit à en croire les courbatures naissantes et puis le silence commençait à devenir pesant. Réunissant tout mon courage que je me dirigeais vers ma chaîne hi-fi, une ambiance musicale devrait pouvoir combattre cette atmosphère.
Les premières notes de « my immortal », chanté par Évanescence raisonnent dans la pièce, nul besoin de vous dire, que cette chanson était tabou dans ma play list, à bien y réfléchir le silence était de meilleure compagnie. Ma tentative qui avait pour but d'alléger mon mal-être ayant échoué, je décidais d'aller dormir. Je ne me faisais aucune illusion, mon sommeil était peuplé de cauchemars, mais dans ces derniers j'avais au moins la chance de l'apercevoir.
Bien au chaud au fond de mon lit, j'attendais que mes démons nocturnes décident de faire leur apparition, mais c'était sans compter sur ma légendaire chance. Ma chambre venait entièrement de s'éclairer d'une lumière bleu criard au combien reconnaissable des gyrophares ! Pourquoi mon père rentrait-il avec ? Ce n'était pourtant pas son genre de les oublier. Il devait avoir probablement l'esprit accaparé pour négliger ce détail, c'est en ronchonnant que j'attrapais mon traversin pour protéger mes yeux de cette agression. Ma tranquillité avait été cependant de très courte durée, les gyrophares n'ayant pas suffi, des hurlements de sirènes retentirent à proximité de la maison. Nous étions à Forks ! Que pouvait-il bien se passer dans une bourgade à peine connue des cartes routières, pour ne pas pouvoir profiter du calme ? La rareté de cet événement avait eu le pouvoir de raviver en moi un semblant de curiosité pour le monde extérieur, je décidais d'aller voir par moi-même. En sortant de la maison, je pris conscience de l'ampleur des forces qui étaient déployées. Plusieurs voitures de patrouille étaient stationnées dans la rue ainsi que de nombreux véhicules de secours. La résidence de nos voisins semblait être le centre de toute l'intervention. En m'approchant de la voiture de police que je reconnaissais comme celle de mon père, je vis qu'un homme y était installé sur la banquette arrière. Monsieur Gilberts, mon voisin, mais, que faisait-il menotté ?
Continuant mon chemin j'aperçus mon père en grandes discussions avec ses hommes. Pas besoin d'être grande observatrice pour voir qu'il était d'une humeur massacrante, je décidais donc d'éviter de lui signaler ma présence. Une ambulance était restée ouverte, permettait d'entrevoir un corps inerte qui reposait sur un brancard. J'avais l'impression de me retrouver sur une scène de tournage. Rien ne me paraissait réel. Soyons raisonnables, nos voisins ne pouvaient pas avoir de problèmes d'une telle gravité ! Où est l'épouse de mon voisin et leur petite fille ? Perdu, devant la scène qui s'offrait à moi je percutais l'un des agents de Charly, il me connaissait depuis toute petite et c'est sur un ton paternaliste qu'il prit la parole.
– Tu devrais rentrer Bella, il n'y a rien de bien joli à voir ici.
Qu'ils étaient tous agaçants à me dicter mes actes, je décidais donc de ne pas tenir compte de son conseil, mais au contraire d'en savoir plus.
– Où est madame Gilberts ?
Je n'eus aucune réponse à ma question, mais le regard du brigadier se dirigeant vers le brancard que j'avais vu plus tôt me suffit à comprendre. C'était bien elle qui gisait sans vie à l'intérieur de cette camionnette. Le choc de cette révélation fit place à l'inquiétude.
– Et la petite ne me dit pas, qu'elle aussi elle est...
Je n'arrivais même pas à finir cette phrase comme si le fait de le dire à voix haute matérialiserait ma peur.
– Non rassure toi. Elle a été prise en charge par les secours.
Sans m'en rendre réellement compte, j'avais retenu mon souffle en attendant d'en savoir plus. Je me sentais soulagé de savoir la petite saine et sauve.
– Je peux la voir ?
– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, elle est vraiment choquée.
– Un peu de réconfort ne peut faire de mal à personne.
Ce dernier argument avait l'air de le faire céder et après quelques secondes d'hésitation il m'indiquait le camion dans lequel je la trouverais. Elle était bien là où l'on me l'avait dit, chaudement emmitouflée dans une couverture. Des secouristes lui parlaient, mais la petite restait silencieuse devant ces hommes. Je m'avançais un peu plus pour pouvoir rentrer dans son champ de vision, espérant provoquer une réaction dans ce petit corps statufié. Elle ne bougeait pas et l'infirmier me regardait avec les yeux remplis d'impuissance, un signe de tête de sa part me fit comprendre qu'il me laissait le relais, ce que j'avais fait un peu maladroitement pour n'avoir que très peu d'expérience avec les jeunes enfants. C'est avec une voix des plus douces que je commençais à essayer de prendre contact.
– Bonjour Lola, c'est Bella ta voisine.
Que dire dans ces moments-là ? Le « ça va ? » ou encore « comment vas-tu ? » n'avait pas leurs places ici, mais le comportement de la petite restait identique. Elle me paraissait tellement fragile au milieu de toute cette agitation, que j'avais voulu l'enlacer pour lui montrer mon soutien. Lola sursauta à mon contact, elle ouvrit les yeux jusque-là clos et se dégagea de mon étreinte pour reprendre une position fixe quelques centimètres plus loin. Son comportement montrait son malaise, mais ce qu'il m'avait déchirée, c'était ses yeux, ce regard vitreux sans aucune lueur de vie m'avait fait comprendre la gravité de la situation. Cette petite fille innocente avait vu et vécu l'enfer.
Anéanti par la vision que j'avais devant moi, je n'entendis pas mon père arriver. D'une voix ferme, il m'avait ramené à la réalité.
– Je peux savoir ce que tu fais ici Bella. Tu n'as rien à y faire, tu rentres immédiatement, me dit-il tout en me raccompagnant rapidement à l'entrée de notre maison
Les heures qui suivirent n'avaient pas effacé de mon esprit l'image de la petite Lola tétanisée de peur.
Lorsque la porte de l'entrée s'était ouverte, mon père avait le visage marqué de fatigue, il m'avait trouvé dans la cuisine et c'est d'un ton plus doux que la veille qu'il s'adressait à moi.
– Tu n'avais rien à faire là-bas. Je n'aurais pas dû te parler comme cela, excuse-moi, mais ma fille n'a rien à faire sur les lieux d'un meurtre.
– D'un meurtre ?
– Oui, la totalité de la ville sera au courant avant midi ,alors à quoi bon te le cache ?.
– Que s'est-il passé au juste et comment va Lola ?
– Je vais te dire ce qui s'est passé, je préfère encore que tu l'apprennes de moi que de tous les commérages qui vont circuler, mais je préférerais que tu te contentes des grandes lignes, pour certains détails je les garde pour moi.
J'avais rassuré mon père, les détails de cette affreuse histoire ne m'intéressaient aucunement, mais lorsque le récit avait commencé je ne m'attendais pas à avoir en face de moi un agent récitant son rapport, c'est donc le regard vide que mon père me raconta.
– C'est Lola qui a appelé le service d'urgence en disant que son papa faisait mal à sa maman et qu'elle avait du sang partout, l'agent en poste de réception des appels de détresse à envoyer une patrouille au domicile. Une fois arrivés sur les lieux, des bruits étouffés provenant du garage ont été repérés. Ils ne s'attendaient pas à trouver la petite entièrement nue, le pied entravé pleurant et suppliant de l'aide, les accessoires éparpillés autour d'elle n'ont laissé aucune place aux doutes des sévices que subissait Lola. Au moment où ils l'ont libérée, elle s'est précipitée dans la maison pour retrouver sa mère, cette dernière a été battue à mort, ses derniers mots ont été pour sa fille « je t'aime ».
Il avait autant de difficultés à prononcer ces mots que moi à les entendre, ou même à les comprendre, non pas que le sens m'échappait, mais cette terrible véracité m'avait laissé la bouche sèche et la gorge serrée, deux bras m'avaient enlacée, sans m'en rendre compte mes yeux m'avaient trahi. Beaucoup trop d'émotions se défier en moi en repensant aux différents protagonistes de cette affaire.
– Monte ma fille, va te reposer, nous aurons des nouvelles de la petite demain. Ne te fais pas de soucis, elle est en sécurité maintenant, va dormir Bella.
Je ne m'étais jamais sentie aussi petite face à mon père et ses paroles de réconfort. Ma chambre m'accueillit le cœur lourd, c'est dos contre ma porte que je me laisse glisser sur le sol, mes jambes refusant de me porter plus loin.
Protégée de mes bras, me berçant, la fatigue avait pris le dessus. Fermer les yeux et dormir n'est qu'une preuve de lâcheté, mais comment faire face à toute cette horreur ?
Seule, au milieu de nulle part, entourée d'un épais brouillard, j'avançais pousser par l'envie de partir cet endroit inhospitalier.
– Bonjour mon ange. Comment vas-tu ?
Cet appel plein de douceur ne pouvait n'appartenir qu'à un seul être.
– Edward ! Où es-tu ? Je ne te vois pas.
– Mais je suis tout près de toi mon cœur.
Sans y porter attention je courrais dans la direction d'où m'arriver ce ténor. Une percée dans la brume m'avait offert la plus belle des visions.
Il était là, toujours aussi beau. Il me souriait avec cette mimique que j'aimais tant. Lorsque nos regards s'étaient croisés, il avait tendu les bras vers moi comme une invitation silencieuse, salvatrice. Il était revenu, en respirant son parfum, mes bras encrés autour de sa taille, j'étais pour la première fois depuis des mois, heureuse.
– Je t'aime tellement ma Bella, tu es toute ma vie.
Cette phrase si belle, ses mots réconfortants transportent mon cœur. Des vagues de bien-être me submergent. Mais l'abri de ses bras ne protège pas de tout, les yeux pleins de souffrance d'une petite fille me reviennent brutalement en mémoire. Mon corps se contracte face à ce souvenir, ce qui évidemment ne passe pas inaperçu à mon apollon.
– Calme-toi, ce n'est rien.
Il ressert son emprise autour de moi pour me rassurer, comme s'il connaissait mes pensées.
– Edward ? Comment peux-tu dire que ce n'est rien ? Une petite fille a été victime d'actes épouvantables.
– Je sais tout ça, mais que veux-tu faire ? Ne m'as-tu pas dit toi-même que la vie n'était pas juste ?
– C'est une enfant et tu prétends ne pas être concerné !
– La seule chose qui m'importe c'est toi, ma douce et fragile humaine.
Il passe sa main dans mes cheveux pour jouer avec mes mèches et je suis abasourdi par son attitude.
– Je ne suis pas la victime, la petite Lola souffre et cela depuis je ne sais pas depuis, combien de temps.
– Mais depuis toujours ma douce, cette enfant a toujours été maltraitée sous les yeux de tous, même des tiens.
– Tu le savais. Pourquoi n'avoir rien fait ?
– Les humains ont leurs lois et nous les nôtres. Mais pourquoi te préoccupes-tu d'elle ? Tu souffres déjà tellement. Elle n'est rien pour toi, oublie-la.
– Ton absence est douloureuse, mais comment tenir la comparaison face à l'enfer de cette fillette ?
– Mais voyons ma Bella, ton agonie est bien pire. Tu le dis toi-même, ta vie n'est plus que survie, tu attends ton dernier souffle pour que cet enfer cesse, enfin, pourquoi te préoccuper du mal-être des autres alors que ce que tu ressens est tellement plus important.
Comment peut-il me dire des choses pareilles ? Me jugez lui qui n'a rien fait alors qu'il possède toutes les armes pour le faire.
– Tu n'as pas le droit de me dire ça. Ma voix que j'aurais voulue forte et claire n'était qu'un chuchotis, mes larmes coulaient le long de mes joues, mais je ne m'en souciais guère. J'aimerais pouvoir lui dire à quel point son jugement est injuste, mais les mots me manquaient. Il me regarda le plus sérieusement du monde avant de me dire :
– Écoute mes conseils, oublie cette journée, détourne les yeux de cette enfant, tu ne lui apporterais rien de bon à elle non plus.
Ce n'est pas possible ! Jamais mon petit ami ne se comporterait avec une telle nonchalance devant la douleur d'une innocente. Forte de cette vérité, je m'étais dégagée de l'emprise de ses bras, en soutenant son regard devenu amusé.
– Tu n'es pas mon Edward, jamais il n'aurait un comportement pareil.
Son rire résonne, mais après quelques secondes il reprit sa tirade
– Regarde les choses en face. Tu ne peux rien faire ma petite humaine. Alors, écoute ton papa et continue de pleurer sur ta petite personne, car si l'on y réfléchit bien c'est tout ce que tu sais faire. Je me trompe ?
Sous mes yeux, l'individu que je prenais pour Edward m'avait tourné le dos et disparut en un battement de cils. Je me retrouvais donc seule et plus déboussoler que jamais, une autre silhouette s'était avancée vers moi, c'était Lola qui tête baissée venait à ma rencontre. Que faisait-elle ici seule ? Une fois à sa hauteur je lui avais tendu la main, mais en relevant brusquement sa tête ses yeux m'avaient de nouveau transpercé le cœur. Sa bouche s'était lentement ouverte, un hurlement inhumain retentit, la panique s'était emparée de moi et je m'étais senti tombé dans un gouffre sans fond.
Il m'avait fallu plusieurs secondes pour réaliser que le hurlement que j'entendais dans ma chambre était le mien. C'est en tremblant de tous mes membres que je me reconnectais avec la réalité, rien de tout cela n'était réel. Mes yeux s'étaient portés immédiatement sur la fenêtre, je n'avais jamais souhaité aussi farouchement sa présence, qu'il me prenne dans ses bras pour me réconforter, j'avais tellement besoin de lui à cet instant.
Le rocking-chair était évidemment vide, lui qui y avait pour habitude de s'y installer pour me regarder dormir. Me protéger de tous les dangers, mais aussi de la réalité.
Tout n'était pas un rêve ! Les Gilbert, l'arrestation et la douleur de Lola étaient réels ! Elle était là ! Juste à côté de nous !
Une vague de dégoût me monte à la gorge. Il était là ! Rêve ou pas rêve. Edward était à quelques mètres, et il n'a rien fait. Il devait le savoir. Lui, puissant télépathe, pour qui l'esprit humain n'avait plus de secret il aurait dû protéger Lola. Mais non ! Il préférait passer ses nuits auprès de moi alors qu'une enfant se faisait torturer ! La colère remplace l'écœurement. Il était là ! Ainsi que toute sa famille, et personne n'a rien fait !
Mon radio-réveil avait volé violemment dans la direction du fauteuil vide, dans sa direction à « lui », les livres ont subi le même sort et bientôt je ne contrôlais plus rien, j'avais extériorisé les sentiments qui faisaient rage en moi depuis bien trop longtemps. Pourquoi m'avoir protégé moi alors que c'était Lola la « vraie » victime ? Elle était innocente, pourquoi personne n'a rien fait pour la sauver ? Pourquoi avoir préféré me protéger moi ? Si j'avais pu... si j'avais eu le pouvoir de faire quelque chose sans nul doute que j'aurais agi pour sauver cet enfant.
Ma chambre n'est plus qu'un champ de ruines, mais dans ce chaos les phrases de l'individu de mon cauchemar m'étaient revenues en mémoire « cette enfant a toujours été maltraitée sous les yeux de tous, même des tiens. », « pourquoi te préoccuper du mal-être des autres alors que ce que tu ressens est tellement plus important. », « Continue de pleurer sur ta petite personne, car si l'on réfléchit bien c'est tout ce que tu sais faire, je me trompe. »
Non, il ne s'était pas trompé, l'exactitude de ses mots est effrayante. Lola a toujours été là, devant mes yeux et je n'ai rien vu, trop centré sur mon propre bonheur. Eh oui, je pensais vivre un enfer permanent suite à son départ. Je n'ai toujours pensé qu'à moi, mon bonheur, ma douleur.
Moi, pleurant dans cette chambre un amour perdu, m'imaginais mener un combat pour ma survie alors que Lola se battait tous les jours pour vivre.
L'écœurement est trop fort pour que mon corps ne le manifeste pas et la tête dans les toilettes la répulsion de moi-même est totale.
Moi, ma pseudo dépression, à hurler mon petit malheur, cette douleur que j'imaginais insurmontable, égoïste que je suis à vouloir en mourir, tout ça pour lui, qui était parti sans un regard.
En me rafraîchissant après ce que j'avais pris pour des heures et des heures de nausée, j'avais croisé mon reflet avec la sensation que quelque chose avait changée au sein même des fondations de mon être.
Edward et Jacob m'avaient parlé des évolutions qui s'opéraient lors de leur transformation, mais rien ne m'avait préparé à ce qui était en train de se dérouler en moi.
Mes larmes que je pensais éternelles avaient fini par s'assécher et mes yeux s'étaient assombris. Le réalisme avait cautérisé les saignements de mon cœur, qui lui devant cette abdication avait dû se forger une armure de granite, prison où mes sentiments seront pour toujours enfermés. Ce cœur avait été le maître de ma vie pendant bien trop longtemps et il avait eu l'obligation de prêter allégeance à mon esprit. Le trou béant qui avait élu domicile dans ma poitrine était comblé par une puissance que je pensais ne plus pouvoir développer, mais là où autrefois l'amour et la gentillesse dirigeaient, seule haine et l'amertume règne.
Devant cette glace, je vis pour la première fois une partie de moi-même que je ne pouvais soupçonner.
Bella douce et gentille, fille sage, timide, a fait place à un côté beaucoup moins sage, Isa.
Fin du flash-back
Amen !
J'ai cru que la narration de cet épisode ne se terminerait jamais ! Je vous rassure j'éviterais au maximum de laisser l'auteur faire elle-même mes flash-back, car qui mieux que moi pourrais le faire ! Puis soyons honnêtes les retours en arrière pour, vous raconter mon passé ne sont apprécier que par les insomniaques qui adorent le côté soporifique de ce genre de choses. À l'heure qu'il est, je suis enfin arrivé à destination, qui est les locaux de ma brigade. Ils pourraient passer pour ma résidence principale au vu du temps que j'y consacre. L'oisiveté est l'une des nombreuses choses qui n'ont plus sa place dans ma vie, les rares moments où je suis contraint de ne pas bosser se transforme souvent en période d'introspection et le bilan est toujours identique, le besoin de travail immédiat.
En poussant la porte des bureaux je sais qu'ils sont déjà là, mes gars, d'horizons divers et variés, on ne peut pas donné à cette équipe le qualificatif de conventionnelle ce qui nous convient à tous très bien, vu que l'objectif premier est d'être efficace.
Comme prévu, mes agents se lèvent tous à mon arrivée, preuve de respect pour leur cheftaine ou espoir d'un début d'action, peu m'importe. La colère qui règne toujours à la découverte des victimes est palpable. L'image la plus parlante pour définir les hommes qui se tiennent devant moi serait une horde assoiffée n'attendant qu'une seule chose, l'identité de leur proie. Que la traque commence.
