Chapitre 4

PDV Brass

Pff... il me saoule l'autre demi-portion à côté. Il me raconte ses histoires de geek, de boss de guilde. J'ai déjà du mal à taper mes rapports sur un ordinateur, ça me prend des plombes alors lui qui blablate dessus comme s'il s'agissait du saint Graal...

Isa, je te déteste ! Pourquoi me l'as-tu foutue dans les pattes ?

– Et vois-tu ? Moi je ne supporte pas les Paloufs. En Pvp ils sont tous tanks. Que veux-tu faire devant un plaqueux avec 95 K de pV ? Non, mais sérieux ? Tu vois ce que je veux dire mon nounours ?

– Putain, mais ferme ta gueule ! Je n'en ai rien, à foutre de ton jeu de merde, tu comprends. On est sur une enquête ! Une gamine est à l'hosto et toi tu me parles de jeux vidéo ! ? Tu es con où tu le fais exprès ?

– Bah ! Quoi ? On va à l'appartement de la petite, on va chercher ce que nous a demandé la chef, ça ne nous empêche pas de discuter.

– On ne discute pas, tu parles tout seul depuis 10 minutes.

– Tu fais peut-être ta timide.

J'ai les mains crispées sur le volant, je donnerais cher pour le remplacer par sa tête de con. Je ne l'écoute plus de toute façon, je ne pipe rien et puis je m'en branle. J'attrape encore une clope, à ce rythme-là j'aurais le cancer avant qu'il ferme sa gueule. Un tour d'horizon rapide, le thème du jour est « comment tuer Keïz en voiture à moindres frais ». Les possibilités sont réduites pour encastrer sa tronche, boîte à gants trop petite. Pare-brise trop cher. Marier ses dents au tableau de bord tentant, mais le risque qu'Isa râle est à prendre en compte, c'est une chef cool, mais, de là à lui chercher des poux très peu pour moi, c'est qu'elle ne manque pas de caractère la p'tite.

– Allô, tu m'écoutes ?

Oh putain ! Il est encore en vie lui !

– Non.

– Bah ! Tu devrais m'écouter, je viens de te dire qu'on a raté la rue, gros tas de muscles !

Je le déteste en temps normal, mais lorsqu'il a raison c'est encore pire. Je fais demi-tour et attrape mon paquet de clopes, vide, fait chier.

PDV de Keïzashi

Pas social, c'est ce qu'ils disent lorsqu'il parle de moi. Oui et alors ! Je les emmerde. Pour ma part, les coups de couteau dans le dos, j'ai eu plus que ma dose. Avoir des potes c'est bien, au début, et après ça te trahit et c'est toujours ceux dont tu t'y attends le moins. C'est le principe de la trahison. Elle vient de quelqu'un de proche, alors, pas de potes, pas de risques.

Isa a dit « Brass et Keïz, vous allez à l'appart » ! Nous, on exécute. Logique, puisque c'est elle la chef, mais elle fait chier, je n'ai rien à foutre sur le terrain ! Moi, mon truc, c'est les PC ! Des fouilles informatiques, mais pas de trouver des indices sur leur terrain à eux, est-ce qu'on demande à Brass de craquer des systèmes de surveillance ? Bah non ! Alors pourquoi moi, je dois aller foutre les mains dans la merde ?

À mon avis, elle n'a pas les idées en face des neurones pour m'envoyer dehors avec lui. Je lui ai dit plus tôt qu'elle avait l'air crevée, elle n'a pas aimé apparemment, mais elle bosse jour et nuit toute la semaine, passe plus de temps à dormir sur le sofa de son bureau que dans son propre pieu. Les autres se foutent de moi lorsque je dis qu'elle n'est pas humaine. Elle est croisée avec un robot, ou je ne sais pas. Mais être accro au taf comme un toxico à sa seringue ce n'est pas vivable. Je plains son mec, si elle en a un, tu me diras un beau cul comme ça, elle doit avoir le choix.

– On y est, c'est au 8e !

Putain qu'est ce que ça put ! On rentre dans le hall qui devait à la base être blanc, mais qui a aujourd'hui la couleur et surtout l'odeur de pisse. Les escaliers sont le refuge de toxico en plein kif. Il y a beaucoup de putes aussi, à en croire le parfum qu'elles dégagent ont déjà bien entamé leur journée. Putain, mais qu'est-ce je fais ici ? Brass rentre en premier dans l'appartement. Eh oui ! Logique, il a une arme. On peut avoir de la visite à tout moment dans ce genre de palace. Moi je n'ai pas besoin d'armes, j'ai Brass, même un mec très con va s'en prendre d'abord à lui, ça me donnera le temps de filer. L'appartement est plutôt petit, mais très entretenu. Deux chambres, un salon avec cuisine et coin douche, le standard new-yorkais. Brass a cependant raison sur un point, il n'est pas toujours con, les flics n'ont pas dû perquisitionner l'appart, c'est trop bien rangé pour ça. Je ne sais même pas ce qu'on cherche, "Vous allez chercher des indices", elle en a de bonnes miss Swan. Deux possibilités, soit on trouve ce qu'elle veut et dans ce cas-là on a les miches au chaud jusqu'à la prochaine fois, ou bien l'on ne trouve rien et dans ce cas-là au retour on a plus de miches du tout avec le saxo qu'on va se prendre, mais qu'est-ce que je fous dans cette galère ?

– Fais les chambres, moi je m'occupe du reste.

Merde, la chambre de la gamine est l'endroit où le viol a eu lieu.

– Heu, Brass ? On pourrait faire le contraire ?

– Pourquoi ?

– Disons que la chambre de Mélanie c'est là que ça s'est passé toi, tu es immunisé, mais le terrain et moi...

Le soupir de mon coéquipier me fait bien comprendre que je ne suis pas pro, mais ils s'attendent à quoi ? Ils ne veulent pas que je leur prépare le café en plus ? Bon OK, c'est moi qui le fais à la brigade, mais c'est juste par instinct de survie. Une fois, j'ai laissé Brass le faire, même Isa n'a pas pu le boire et ce n'est pas rien comme point de comparaison.

– Ouais si tu veux.

– Et l'on cherche quoi exactement ? Une lettre du coupable, des fois qu'il a eu des remords et qu'il est laissé son numéro de téléphone ?

– Tu pistes si tu vois un truc qui ne colle pas avec le reste.

– OK. Et c'est quoi exactement un « truc » ? Non parce que mon « truc », ton « truc » et le « truc » que la chef veut ça peut être des choses bien différentes.

– Ferme là et cherche.

Ça, c'est une vraie formation accélérée ! Je me mets donc à chercher ce « truc ». Commençons par la salle de douches. Après dix bonnes minutes, à vider les meubles, je n'ai rien trouvé, bon mis à part une collection impressionnante de vibromasseurs en tout genre et toutes tailles, formes disponibles. La cuisine peut-être, que j'ai plus de chance ! Mais là aussi, hormis le fait que le contenu du frigo est identique au mien, de la bière, de la mayo, mais toujours rien de plus. Dans les placards d'entretien peut-être. Je pense à ma mère, si elle me voyait fouiller dans un placard à balais, à... ? Putain deux heures du mat' ! !

– Bon, tu as trouvé quelque chose ?

Comment un mec avec l'envergure d'un Boeing pouvait-il être aussi silencieux ? Il m'a foutu la trouille ce con !

– Oui, évidemment ! Une bonne dizaine de preuves différentes. J'étais en train de faire un relevé de sang. Ah ! Et puis pendant que j'y suis, je vais faire les tests et les comparaisons ADN et toi ?

– Rien ! Hormis un stock de capotes à faire pâlir un bataillon de marines. On continue, il y a forcément quelque chose qui nous a échappé.

– Ne sois pas frustré ! Attrape !

Je lui lance un des vibromasseurs que j'ai trouvé.

– Tu pourras toujours élargir le cercle de tes amis avec ce « truc ».

– Putain ! Mais, tu ne peux pas essayer d'être professionnel pour une fois dans ta vie, qui ne sert à rien ni à personne ?

– Écoutes Obélix, je suis IN-FOR-MA-TI-CIEN. Moi, je ne suis pas Colombo.

– Toi tu es flic ! Toi tu cherches ! Sinon moi, je mets ta tête à toi, dans le semi-broyeur ! !

Les mots d'amour du sac de muscles me passent par-dessus le disque dur, mais je lui collerais bien l'aérosol d'air que j'ai trouvé sous l'évier dans les naseaux.

– Fais très attention à ce que tu as l'intention de faire avec ce machin, Isa n'est pas là pour te protéger et je me ferais un plaisir de t'offrir ton baptême de l'air en te passant par la fenêtre.

Il bluffe... c'est sur... enfin, je crois, peut-être pas finalement. Je repose l'aérosol à contrecœur, mais attends une minute. Mais, qu'est-ce que ce genre de produits peut bien foutre ici ?

– Tu as trouvé du matos informatique ?

– Non pourquoi ? Tu es déjà en manque de pixels ?

– Alors, pourquoi une nana qui n'a pas d'ordinateur a-t-elle tout le matériel pour l'entretenir ?

– C'est toi l'expert ! Tu t'en sers pour quoi faire de ce produit ?

– Tout ce qui est clavier, intérieur de tour, imprimante et aussi certaines... Les chambres.

– Les chambres ?

Putain ! ! Comment on est passé à côté de ça !. Les chambres clean comme tout le reste c'est ça qui ne colle pas, tout est trop propre comme dans ces séries de merde que l'on se cogne la nuit.

– Keïzashi tu m'explique. À deux pour chercher ça va plus vite en règle générale.

– Des caméras, cela ne peut être que ça putain, mais où elle les a foutues ?

– OK ! Calme toi la jouvencelle, procède par logique et commence par les endroits où toi tu les aurais planqués.

– Mais je n'en sais rien moi, j'ai la gueule de George Lucas ?

– Non, parce que lui, il doit avoir du talent ! Mais il va nous falloir autre chose que des produits ménagers pour constituer des preuves.

Il n'a pas tort si l'on retourne aux bureaux avec une bombe d'aire liquide, je n'imagine même pas la valse que va nous passer Isa. Bon si j'étais intéressé à filmer mes exploits sexuels je mettrais la caméra où ? En hauteur serait le plus logique.

Je fixe le détecteur de fumée qui n'a évidemment rien à foutre dans un immeuble si délabré. Brass et moi, nous nous comprenons et sommes d'accord, une fois n'est pas coutume. Brass lève à peine le bras pour le démonter, j'ai mal pour le boîtier et c'est sans surprise que nous découvrons la minicaméra planquée dedans.

– Je suis trop fort. Ce n'est pas toi qui aurais compris ça. Hein Musclors ?

– Tu as fait ton boulot, il n'y a pas de quoi appeler un journaliste

– Sauf que mon taf ce n'est pas ça !

– Bien tu as évolué, comme quoi ce n'est pas réservé qu'aux Pokémon !

– Merci.

– De rien. Je vais téléphoner à Isa pour la prévenir de notre découverte. Vois si tu peux trouver les enregistrements.

J'ai l'ego qui fait des triples Axel ! J'ai trouvé une putain de piste pour choper le coupable ! Lorsque Brass revient, il me retrouve en pleine danse de la victoire, il tourne la tête pour dissimuler son sourire. Mais c'est mort, je l'ai grillé. Pourquoi ça me fait plaisir ? Je n'en sais rien parce que là, à l'heure qu'il est, je suis regonflé à bloc et j'aime tout le monde, même Brass, c'est vous dire. Quoi qu'il en soit après cette avancée, j'entends le doux chant de mon lit qui m'appelle.

– Isa nous demande de ramener les bandes avec tout le matériel d'enregistrement et seulement après on ira pioncer.

Isa a une maîtrise parfaite du principe de l'ascenseur émotionnel. Maintenant, j'ai autant d'énergie que les piles du saladier de mon entrée. Elle me fait chier. Bordel !

– Est-elle au courant, que l'on peut en avoir pour des heures ?

– Probablement, oui. Mais vu le quartier, je ne laisse pas les preuves ici.

Pas faux, comme d'habitude la nuit va être courte, mais bon c'est pour la bonne cause et puis dormir ce n'est pas comme si c'était vital... .

– Dis-moi mon gros nounours. Où planques-tu tes DVD de cul ?

– Heu... sous mon lit.

– C'est d'un original ! Mais je pense que notre cliente est plus inventive.

On cherche pendant un bon moment. Mais aucune trace de ces fichus films, et j'en ai plein le cul.

– Elle les a peut-être planqués ailleurs que chez elle, ça fait dix fois que l'on retourne toutes les pièces, il n'y a rien ici.

– Isa a dit de rester sur place, alors on reste.

– Isa est insomniaque, pas moi ! Et je dois t'avouer qu'après une vingtaine d'heures d'enquête je commence à piquer du nez.

– Tu devrais penser à la petite, ça t'aidera.

Il ne le montre pas, mais même Brass désespère, si un ange passe dans le quartier je ne serais pas contre un petit signe. Nous sommes tous les deux assis dans le salon en train de répertorier toutes les planques imaginables, mais les idées s'amenuisent et la fatigue nous gagne, la sonnerie du portable de Brass a le pouvoir de nous faire sursauter. Qui peut avoir le bruit d'une salve d'armes automatiques en sonnerie ? Je bosse avec des psychopathes ! !

– Oui Isa ?

– ...

– Et je peux savoir comment le sais-tu ?

– ..

– Pourquoi le mot "courtoisie" et visite à la mère ne sonne pas juste dans ta phrase ?

– ..

– J'imagine la scène.

– ...

– OK, on va vérifier ça et je te rappelle.

Je le suis dans la chambre de la mère, l'armoire à glace vivante déplace une bibliothèque déjà vide suite à notre perquisition. On trouve le but de notre recherche, un placard dissimulé par le meuble et dedans des dizaines de DVD, avec les enregistreurs et beaucoup d'argent, beaucoup trop pour une pute d'ailleurs. Si Brass était moins incorruptible, on pourrait faire un "cinquante-cinquante". Parce que, les heures supplémentaires sur nos fiches de paie, c'est une légende urbaine. La douce voix de mon collègue me sort de mon fantasme monétaire.

– Il va nous falloir des sacs.

– Dis-moi comment Isa a su où trouver tout ça ?

– Disons qu'elle a rendu une petite visite à la mère, et tu connais notre chef. Elle a des arguments assez convaincants.

– Oui c'est certain si tu pars du principe qu'avoir un Beretta pointé devant ta tronche est un argument, il peut être qualifié d'efficace.

– On a de quoi, avancer l'enquête c'est tout ce qui compte.

J'attrape le premier boîtier devant moi, le titre me dégoûte, je le lâche immédiatement. Brass le ramasse intrigué, mais lorsqu'à son tour il découvre le titre je me rends réellement compte que je ne l'avais jamais vraiment vu en colère. Sur la jaquette d'un blanc immaculée, les mots écrits à l'encre rouge ne laissent aucun doute sur le contenu « Mélanie, trois ans, première formation ».

– Qui est assez déséquilibré pour faire ça ?

La question est évidemment rhétorique, voilà pourquoi je déteste le terrain.

– La vraie question c'est qui va devoir regarder ces horreurs pour l'enquête ?

J'aurais préféré ne rien trouver, c'est affreux de penser ça, mais l'agent qui va devoir faire les reconnaissances faciales de ces enregistrements c'est moi et dans ces moments-là je déteste mon travail. Brass essaie d'être sympa, ce qui a le don de me faire flipper.

– Aller viens, rentrons. On a bien gagné quelques heures de sommeil. On s'y collera demain, là, on n'est plus bon à rien.

Pff... il en a de bonnes, comme si l'on pouvait dormir après ça !

Je suis mon partenaire, mais un silence lourd règne dans la bagnole. Nous avons, une des clés, qui pourraient nous donner l'identité du, ou plutôt, des violeurs, car au vu du paquet de fric que possédait sa mère j'ai peine à croire qu'il y a qu'un seul profiteur, mais exploiter cette piste va avoir un prix que je ne suis pas sur de pouvoir payer.

– Tu vas le faire et tu vas le faire bien !

Brass qui m'encourage ! C'est officiel, j'ai touché le fond.

On arrive à la brigade et c'est une Isa furax qui nous y attend.

– Dites-moi que vous les avez !

Je préfère laisser Brass l'annoncer. Moi, je suis partagé. Devoir aller visionner toute cette merde sur mes écrans pour en finir au plus vite, et, le besoin de dormir, quelques heures.

– Oui ! On a toutes les vidéos. Ce ne sont pas les enregistrements de la mère. On n'a pas regardé tous les titres, mais certains laissent supposer que ça serait la formation de la gamine, on a trouvé aussi huit mille dollars en liquide.

– Ça coïncide avec les résultats médicaux de la victime. Certaines lésions internes datent de plusieurs mois ainsi que des fractures, son dossier médical est catastrophique, les résultats sanguins m'ont été transmis à titre officieux, elle souffre de plusieurs infections et MST. Son transfert dans un hôpital spécialisé est recommandé, le docteur est parti briefer son homologue sur les précautions judiciaires à prendre, Angela va probablement la suivre durant ses soins.

MST..., si j'avais encore un doute sur le contenu des vidéos, je ne l'ai plus.

– Keïz va dormir ! J'ai besoin de toi en forme demain, la journée ne s'annonce pas des plus tendres.

– Je ne sais pas chef. Si je commençais ce soir, on en saurait plus.

– Si tu commences ce soir tu vas me faire de la merde, tu es crevé comme nous tous. Tu vas dormir ! Quand tu auras quelques heures de repos, je te veux le cul en salle informatique, pour mettre un nom sur tous les fils de pute qui ont abusé de cette gosse, c'est un ordre ! Casse-toi ! Et au fait bien joué.