Chapitre 6
– Je suis l'agent Swan.
– Vous allez me dire ce que je fous ici .
L'homme est attaché à sa chaise en face de moi. Il est assez grand et c'est évident, qu'il entretient son physique. Il est brun, les cheveux gominés, d'un regard dur et c'est la mâchoire serrée qu'il essaie de se contenir. Il a le look du parfait petit mafieux, un trois-pièces qui devait être, à une certaine heure, impeccable. Je comprends aisément qu'il en impressionne certaines. Ce genre d'individu est mon péché mignon, j'adore par-dessus tout jouer au chat et à la souris. Je ne me gêne pas pour le détailler et il ne manque pas de le remarquer.
– Ce que vous voyez vous plaît-il ?
Je lui sers un sourire timide et baisse le regard. Je le vois se trémousser sur sa chaise, dommage, parce que j'espérais un adverse plus coriace. Le coup de la « fliquette » soumise marche du feu de Dieu, pauvre type. Je m'assois en face de lui, les jambes croisées, j'allume ma cigarette, feuilletant son dossier. Ses yeux n'ont manqué aucun de mes gestes. Nul besoin d'être, Lady Marmalade, pour savoir qu'il est serré dans son pantalon.
– Votre palmarès est impressionnant.
– Lequel ?
Armé de mon visage angélique, je soutiens son regard lui faisant bien comprendre par un léger rire que le sous-entendu est passé. Il est en totale confiance, s'imaginant avoir affaire à une débutante impressionnable, Swan, 1 Newton, 0.
– Celui que j'ai actuellement dans les mains est très dur à égaler. Vous êtes un touche-à-tout.
Son corps parle pour lui, sa respiration n'est pas des plus régulières et c'est d'une voix rauque qu'il me répond.
– Oui en effet j'aime avoir plusieurs cordes à mon arc. Mais auriez-vous la gentillesse, Mademoiselle Swan ? En m'expliquant peut-être, la raison de ma présence, dans vos locaux ?
Mademoiselle, cela me fait toujours rire intérieurement. Cela fait bien longtemps, que je l'ai brûlé mes ailles.
– Nous pourrions parler de vos activités nocturnes par exemple.
– Vous en savez déjà beaucoup j'imagine alors pourquoi mentir, j'assure la protection de certaines prostituées et disons que je tire certains avantages de ma position.
Je me penche, vers lui dans un semblant de confidence je lui chuchote.
– C'est totalement illégal. En avez-vous conscience ?
– Le proxénétisme l'est, mais moi je ne suis que leur protecteur, c'est très différent.
Son petit air supérieur me fait monter une bile acide, les protecteurs de cette effigie sont bien une race à éradiquer, et si je m'écoutais je lui montrerais bien qui a le plus besoin de protection dans cette pièce, mais par chance pour ce cafard j'ai besoin de lui en vie, du moins pour l'instant.
– En effet et pour l'arme ? Savez-vous que dans notre état, pour posséder ce genre de matériel un permis est obligatoire ?
– Je n'en vois pas l'utilité, vu qu'elle n'est que dissuasive. L'ai-je utilisée sur votre inspecteur ? Non, donc vous voyez bien, sinon il serait mort à l'heure qu'il est.
– C'est certain.
En effet, c'est certain que ce mec est un abruti. Il vient juste d'avouer, à un flic, qu'il porte une arme sans permis.
– Mais cela est votre version. Si j'allais demander celle de vos « protégées », que me diraient-elles à votre avis ?
Le jeu de séduction touche à sa fin et il a bien compris qu'il venait d'avouer travailler avec les prostituées et qu'en plus il possède une arme. En gros, qu'il est baisé ! L'arrestation n'ayant pas vraiment été faite dans les règles de l'art (merci Zok) ses aveux, couvriront la faute de mon agent. En attendant le parasite en face de moi, commence à perdre son calme.
– Rien. Cela est plus que certain petit agent Swan. Vous n'imaginez tout de même pas que mes filles parlent aux flics.
Le piège se referme. Il l'a bien senti dommage, parce que j'aimais bien les, « Mademoiselle ».
– Oui, elles savent qu'il en va de leur sécurité.
– Elles seraient toutes perdues sans moi pour les gérer.
Tiens, apparemment on est plus dans le domaine de protection d'un seul coup, je ne peux cacher mon sourire préféré nommé « je t'ai baisé connard »
_ Et si je vous confie que l'une d'entre elles a parlé et beaucoup qui plus est.
Je contourne la table pour me planter à côté du proxénète, les bras croisés, je me régale du doute grandi en lui.
– Qui ?
– Vous êtes tendu, enfin plus que tout à l'heure. Auriez-vous des choses à confesser ?
Mon interlocuteur commence à tirer ses derniers atouts.
– C'est du bluff ! Vous n'avez que dal. J'exige la présence de mon avocat.
Là, c'est moi qui éclate de rire. Ils sont marrants, je ne m'en lasse jamais.
– Si vous êtes si certain que nous n'avons rien pourquoi demander l'assistance d'un avocat ?
– J'ai des droits. Donc celui de garder le silence et d'être représenté.
– Des droits ? Avez-vous entendu mon collègue vous les réciter ? Avez-vous croisé le moindre formulaire administratif certifiant votre heure d'arrivée dans nos locaux ? Et, pour ce qui est, de garder le silence, il aurait fallu y penser cinq minutes plus tôt Newton.
– Vous n'avez pas le droit.
– Ah ! c'est magnifique de pouvoir jouir pleinement de tout ça. Sauf que, voyez-vous, nous sommes ici dans un endroit très particulier, où les droits s'accompagnent de devoirs.
– Vous n'avez rien contre moi.
Oui, ça moi je le sais. Hormis le port d'arme illégal, un peu de drogue et proxénétisme, même avec son dossier il n'y a pas de quoi prendre perpétuité, des macs comme lui, remplissent les tribunaux.
– Il est vrai que moi personnellement je n'ai rien contre vous, mais ce n'est pas le cas de tout le monde, une en particulier d'ailleurs, enfin il faut dire que j'arrive à la comprendre, mais ce que je n'arrive pas à saisir c'est comment devient-on un violeur d'enfants.
Mon cafard fait la carpe, il ouvre la bouche, mais aucun son ne sort, putain lâche moi un truc, une info, un nom, n'importe quoi...
Je tourne autour de lui et me poste juste derrière, j'attends que l'info monte à son cerveau, qu'il comprend bien dans quelle merde il est.
– De quoi parlez-vous ? Je ne touche pas les gosses. Moi, mon truc, c'est les filles.
La porte s'ouvre brutalement, Brass entre sans un regard sur notre invité, mon collègue s'adresse directement à moi.
– Tiens, ça va lui rafraîchir la mémoire.
Sur ce, il m'envoie l'un des DVD et va prendre place sur l'autre table de la pièce. Je le vois sortir son Beretha, les yeux solidement ancrés dans ceux de Newton il commence l'entretien de son arme.
– Vous l'a joué au duo de flics. Genre un sympa et l'autre violent. C'est très cliché de film.
L'insecte se trouve probablement malin de faire de l'esprit, mais la réponse de mon partenaire le calme très rapidement.
– Où vois-tu un flic sympa ? Je reste pour une seule raison, rappeler à l'agent Swan qu'il serait préférable de te garder en vie, bien que nous serions plus à un cadavre près.
J'en profite pour insérer le DVD dans le lecteur prévu à cet effet. Un postit a été glissé dans le boîtier « rien d'identifiable ».
Brass regarde furtivement l'écran, lui aussi, son langage corporel est sans équivoque. Pupilles sombrent, mâchoires serrées, les gestes d'entretien de son arme sont brusques, le cliquetis des balles entrant dans le chargeur est très explicite sur ses idées. Newton l'observe prudemment, en se demandant probablement à quelle sauce il va être mangé.
Je lance le film. Sur l'écran nous découvrons Mélanie assise sur son lit. La tête baissée, les mains fermement cramponnées à sa couette, elle pleure. Une voix masculine se fait entendre « aller Mélanie, arrête de faire ton bébé ! Tu vas être une gentille petite fille, sinon tu sais que ta maman ne va pas être contente », la petite secoue imperceptiblement la tête de haut en bas, « c'est bien. Montre-moi ce que tu as appris cette semaine », l'homme s'avance pour positionner son sexe devant la bouche de la gamine, cette dernière ouvre docilement la bouche et commence à sucer son bourreau en pleurant. J'attrape la télécommande pour augmenter le son et bientôt les râles de plaisir du pédophile remplissent la pièce. Newton détourne les yeux. Non mon petit-père, c'est trop facile ça. Je suis derrière lui et d'une main ferme je lui agrippe la tignasse pour le forcer à regarder l'écran.
– On n'est pas fière de sa prestation Newton .
– Ce n'est pas moi ! Je n'ai jamais touché Mélanie ! Je n'en ai rien à foutre moi de cette gosse, j'y suis pour rien.
C'est le mot de trop, de ma main toujours attachée à ses cheveux je lui tire violemment la tête en arrière tout en mettant en coup de pied dans sa chaise, le voilà par terre.
– Tu n'es qu'une petite garce, tu ne sais pas à qui tu t'attaques.
– Grosse merde, des bouffons comme toi j'en bouffe à la pelle tous les jours, tu vas tomber pour viol sur jeune mineur, Mélanie t'a reconnu sur une photo, elle nous a dit que c'était toi.
– Elle ment comme sa mère. Toutes des salopes !
Un choc se fait entendre, en me retournant je me rends compte que Brass a encore éjecté une table contre le mur, signe de l'explosion de sa colère, je profite de ce court délai pour envoyer un coup de pied dans l'estomac de l'accusé avant que Brass et ses douces mains ne réinventent la manière de faire un Tartare.
Les supplications de Mélanie en fond sonore décuplent notre colère et la puissance de l'impact du corps de Brass sur Newton est sans équivoque sur les intentions de mon coéquipier, mais si d'un côté seules des radiations de fureur se font ressentir de l'autre c'est la terreur qui prend place. Newton s'est vu soulever d'une main et propulser de l'autre côté de la pièce, il n'a pas eu le temps de réaliser ce qui lui arrive que déjà Brass le maintien contre un mur à dix bons centimètres du sol. J'adore lorsqu'il prend les choses, en mains voyons, la tournure que prend le spectacle.
– Ça t'amuse de jouer avec des gosses ? C'est à mon tour de jouer !
L'auteur souhaite que je vous décrive la scène, alors pour être explicite cela se rapproche de l'origami, vous savez l'art du pliage. Brass lui, préfère le faire avec nos suspects. Sa main se referme lentement, mais puissamment sur un poignet. Le bruit significatif des os qui craquent se fait entendre, suivi de hurlements violents. Le tortionnaire prend le temps de savourer la douleur naissante et grandissante dans les yeux de sa victime. Une pression sur les fractures suffit pour conserver cet apogée de souffrance. Très vite, il le relâche, remontant sa main vers l'avant-bras l'empoigne et d'un coup sec tir vers l'arrière, un nouveau bruit beaucoup plus sourd que le précèdent, mais ô combien reconnaissable de l'épaule qui se déboîte. De légères rotations contentent le sadisme de mon ami, cet acte pourrait être jugé cruel, mais pour l'individu qui le subit je trouve cette scène des plus distrayantes.
– Vous n'êtes qu'une bande de tarés !
Tout de suite les grands mots. On n'est pas tarés, désaxés dans certaines circonstances, mais rien de plus.
La porte s'ouvre de nouveau sur un homme en costume cravate. Il s'avance sûr de lui et ose s'interposer entre Brass et notre nouveau manchot.
– Chef Swan ! Ordonner à votre équipier de relâcher mon client immédiatement.
Newton retrouve la terre ferme et ne tarde pas à se réfugier auprès de son sauveur.
– Votre arrestation n'est pas légale. Rien de ce qui a été dit durant cet entretien peut-être utilisé dans un tribunal.
– Vous avez bien dit que rien de ce que je dirais ne peut être retenus contre moi, n'est-ce pas maître ?
– En effet, ils sont dans l'illégalité la plus flagrante.
Notre ex-prisonnier me toise assez difficilement suite à notre entretien, mais réussit toutefois à me renvoyer le rictus « je t'ai baisé »
– Je n'ai pas menti, je n'ai jamais touché Mélanie, lorsque sa mère l'a mise sur le marché elle était déjà trop vieille, je les aime beaucoup plus jeunes.
Ce geste je l'ai répété de nombreuses fois, mais il reste toujours aussi jouissif. Je dégaine mon arme et tire. L'odeur du sang se répand dans la pièce, ce parfum, t'en redouter autrefois ne me dérange plus bien au contraire, il a le don de développer mes sens. Brass s'approche du blessé, et lui envoie un bon coup de boule qui a le désavantage de faire taire les hurlements, dommage j'aime bien cette mélodie.
– Tu fais chier Isa, j'ai du sang partout !
– Va te changer Big. La panoplie de l'avocat ne te va pas vraiment.
– Oui je sais, mais Zok l'a arrêté, il ne pouvait pas se faire passer pour l'avocat ce coup-ci. Bon aller, je vous laisse vous débarrasser de ça.
– Dis-moi Big avant de partir, qu'est-ce que tu fous là ?
– On sait pourquoi l'éducateur est fantomatique, c'est un flic. Nos amis les mœurs, d'ailleurs leur chef est en route et il est furax.
– Ouais, ouais, comme d'habitude tu le retiens. Nous on s'occupe de sortir les ordures.
– Pas de soucis.
Mon agent sort de la pièce me laissant seul avec Brass et le reste de Newton qui recommence à geindre, preuve qu'il se réveille. Brass renouvelle le calmant, avec lui l'anesthésie n'est jamais locale, mais toujours générale. Nous devrions être tranquilles pour un moment.
– Bon, ce n'est pas tout ça chef, mais on en fait quoi ? Je n'ai rien contre l'idée de l'assommer après chaque réveil, mais tu vas me dire que j'ai autre chose à foutre.
– Exact ! Sors-le par-derrière, dans la benne à ordures, il y retrouvera son univers, de mon côté j'appelle un éboueur.
Si l'éboueur en question m'entendait, je ne pense pas qu'il apprécierait, mais bon, on ne se refait pas.
– OK, un jour il va falloir que tu m'expliques, tu sais .
– Crois-moi, il y a des choses que tu ne souhaites en rien connaître.
Brass attrape le corps inconscient, et charge le tout sur l'épaule avec une facilité à faire pâlir une grue. Une fois sorti de la pièce, j'attrape mon portable et appelle ledit « éboueur ».
– Isabella, je t'écoute.
– Derrière les locaux, il y a un client pour toi.
– Un signe distinctif ?
– Une balle dans les couilles.
– Efficace. Je m'en occupe.
– Merci Grim.
– Avec plaisirs.
Bon, ça s'est fait. Maintenant, les collègues des mœurs. Je sens qu'ils vont me gâcher ma journée eux, ils sont toujours en train de pleurer que l'on débarque dans leurs affaires, d'accord c'est souvent vrai, mais je n'y peux rien moi, si leur service est peuplé de glandeurs qui mettent des semaines à faire un travail nécessitant une journée tout au plus ? Putain de merde, fait chier ! Bande d'emmerdeurs, s'ils savent quoi que ce soit et qu'ils n'ont pas jugé bon de nous le faire savoir, croyez-moi, que ça va chier. Tout en ruminant, je suis arrivé devant la porte de mon bureau, je rentre en ignorant mon confrère, qui lui vient d'arrivée et préfère m'adresser à Big.
– Appel Morgan. Dis-lui que je souhaite un rendez-vous, pour mettre en place une enquête interne dans l'équipe des mœurs.
J'arque un sourcil en direction du chef de ladite brigade, il n'a pas vraiment l'air réjoui.
– Que me vaut le déplaisir de votre visite ?
– Six mois Swan, cela fait six mois que mon agent est infiltré dans le réseau et vous faites tout foirer à cause de votre intervention, nous étions à deux doigts de démanteler tout le trafic de prostitution, mais non ! ! La super brigade est venue foutre sa merde ! Vous imaginez pouvoir interagir dans nos dossiers comme bon vous semble, vous vous plantez, j'en ferais rapport à votre supérieur.
Il se tait, enfin ! Ce discours, je le connais que trop bien, il change rarement. Le nombre de rapports qu'il y a sur notre brigade est assez conséquent, c'est un fait, mais on n'a rien sans rien.
– C'est bon, le sketch est fini ? Lorsque vous parlez de réseaux ? Vous parlez d'enfants ?
– Non, nous n'étions pas au courant pour les gosses.
Là, il a le don de m'épater.
– Six mois d'enquête et vous n'étiez pas au courant . L'incompétence est requise dans votre recrutement ou quoi .
– Vous allez demander une enquête interne, cela est d'un ridicule sans nom.
– Ridicule, pensez-vous ?
– Sur quelle preuve vous allez vous baser .
– Six mois d'enquête, un agent commit par vos soins en tant qu'éducateur depuis le début de vos recherches et il n'a pas jugé utile de mettre l'enfant en sécurité. Peut-être est-il consommateur, allez savoir.
– Vous allez trop loin, je vous interdis de soupçonner l'intégrité de mon agent.
– Interdit ? Je ne pense pas que vous ayez quoi que ce soit à interdire en vue de votre prestation, votre agent est soit impliqué, soit incompétent, et dans les deux cas il doit être mis hors service.
– J'en ai plein le cul de votre équipe de mercenaires. Un jour, vous tomberez et je serais là pour voir votre chute.
– Des promesses, toujours des promesses. Vu votre manque d'efficacité sur le terrain, je ne pense pas avoir grand besoin de prendre des précautions avec vous et en ce qui concerne mon équipe, je souhaite pour vous que vous n'ayez jamais besoin de nous pour un de vos proches. À ce propos comment va votre fille ?
Notre joute verbale prend fin au moment même de l'entrée fracassante de Brass dans mon bureau.
– Le doc a fait passer les résultats ADN retrouvés sur la petite, un récidiviste on le tient, on a son adresse.
Il ne m'en faut pas plus pour planter mon ancien interlocuteur. Exit la nuit sans sommeil bonjour adrénaline, les interpellations avec Brass sont des moments de purs bonheurs, mais jamais je n'aurais pensé que cette arrestation changerait à tout jamais le cours de ma vie.
