Chapitre 9
PDV EDWARD
J'avais tort, ce que je ressentais avant cette annonce n'était rien, comparé à maintenant. Un voile se forme devant mes yeux, je ne vois qu'elle, nos baisers, notre clairière qui abritait notre amour. Je me souviens, de nos fous rires, Bella fragile et pure. La réalité qui m'entoure n'est plus qu'une cacophonie qui ne m'atteint plus. On me déplace par deux bras puissants, les odeurs fusionnent entre elles, je ne sais plus qui est qui, je reconnais pourtant le freesia, ma chambre. Un bouquet y est toujours disposé pour faire comme si cette senteur pouvait, la faire resurgir, d'un instant à l'autre. On m'assoit sur le canapé sur lequel trône l'un de mes trésors, une peluche. Elle me l'avait gagné, durant l'une de nos sorties à la fête foraine, je la revois mangeant une barbe à papa, le goût de ces baisers si sucré. Ma Bella, qu'as-tu fait ?
Les heures passent. Peut-être bien les jours, je ne sais pas. Je n'ai pas bougé, personne n'avait dû venir, ou peut-être que si, je n'ai rien entendu. Une main froide me caresse la joue. Ce geste maternel ne peut appartenir qu'à Esmé, sa voix douce arrive à se faire un chemin dans les limbes de mon esprit.
– Edward ? S'il te plaît, mon fils, reviens-nous. Je suis désolé, pardon.
Pardon, ma mère me demande pardon pour avoir pris soin de l'un de nous. Oui, Bella faisait bien partie de cette famille, avec ou sans moi. Je l'avais amené dans nos vies, mais elle s'était elle-même créé sa place indélébile, dans le cœur de tous. Moi qui me complais dans ma souffrance je n'ai pas ressenti le mal-être des miens, je suis égoïste, Alice a raison pour tout, je ne suis qu'un lâche.
– Maman.
Ma mère s'assoit auprès de moi et si j'avais encore à ce moment-là un semblant de fierté elle se tue lorsque ma tête tomba sur ses genoux.
De violents sanglots parcourent mon corps et là dans les bras de ma mère je laisse parler ma peine, ma honte, je n'en peux plus. Ses mains me caressent la tête, elle attend que je me calme, ne me juge pas, elle me soutient le plus naturellement du monde, elle me console comme un petit garçon qui a un trop gros chagrin. Je ne sais pas combien de temps j'ai passé à pleurer dans ses bras, mais ses gestes toujours remplis de douceur ont eu raison de mes sanglots. Sans bouger de notre position, je me rends compte que je ne sais rien. Quelques bribes, mais rien de plus. Ma douce, comment va telle ?
– Maman, s'il te plaît raconte-moi.
– Es-tu sûr de vouloir tout savoir ?
– Non. Mais, je sais que j'en ai besoin.
– Très bien, n'imagine pas que nous savons tous les détails concernant sa vie, beaucoup de zones d'ombre restent du fait que nous n'agissons pas directement.
– Dis-moi ce que tu sais alors.
– Suite de notre départ, nous avons tous tenu la promesse que l'on t'avait faite, mais avec le temps l'inquiétude grandissait, sache qu'Alice a tout fait pour filtrer ses visions, mais tu n'es pas ignorant sur son don, les flashs de l'avenir qu'elle voit ne sont pas provoqués et c'est ainsi que nous avions des fragments de nouvelles. Un jour que nous étions en chasse ta sœur a eu une vision des plus violentes. Bella, dans sa chambre à Forks, saccageant entièrement ses affaires. La force de sa colère fut telle, qu'Alice put la ressentir à travers sa vision, le visage d'une enfant revenait souvent, nous avons compris notre erreur. Nous n'avons pas délaissé uniquement Bella, nous avons aussi également abandonné la petite Lola.
Oh mon Dieu ! comment ai-je pu faire abstraction de Lola ? Nous avions mis en place un plan pour cette petite lorsque nous avions découvert la perversité de son père, Emmett était allé le terroriser en lui jurant que s'il arrivait quoi que ce soit à Lola il n'aurait aucune pitié sur son sort. La proximité de la maison de Bella était des plus providentielles pour la surveillance nocturne, nous attendions que la petite parle d'elle-même pour faire agir les autorités. Carlisle avait retenu tout le monde, en nous rappelant que seuls les humains peuvent juger d'autre humain. Mais notre départ avait dû donner libre action à son dégénéré de père, et tout ceci, à cause de moi.
– Alice, qui à ce moment-là passait le plus clair de son temps à essayer de bloquer ses visions, ne la perçut que trop tard. C'est ainsi que nous n'avons rien pu faire au drame qui se déroula. Le « père » de Lola abusé d'elle, un soir son épouse est rentrée plus tôt de son travail trouvant son mari en train de... violer sa fille. D'après ce que l'on a pu savoir, il est entré dans une telle colère qu'il a battu sa femme à mort devant les yeux de la petite. Alice a très clairement vu Bella sur les lieux après l'arrivée des secours en compagnie de Lola et nous savons que cela a déclenché cette colère en elle, mais son cheminement d'esprit elle seule pourrait te l'expliquer. Après cela, Bella a quitté Forks. Nous étions tous très inquiets, son futur était inexistant, toutes les prédictions de ta sœur se sont effacées. Elle ne percevait plus que des ombres, nous avions tous cru que le temps passé à filtrer ses visions en était la cause, mais nous avions encore une fois tort. Le soir de ta dispute avec Rosalie lorsque tu es parti chasser et que tu as tué un humain te dire que nous ne l'avons pas su par la prémonition d'Alice serait te mentir. Mais un phénomène des plus étranges se produisit. Lors de sa vision, Alice ne vit pas un meurtre, mais deux superposés à la même seconde. L'un commis par ton action et l'autre par Bella.
La nouvelle a pour effet de me faire relever de ma position fœtale, comment cela est possible ? L'excuse de la coïncidence ne tient pas la route.
– Alice est-elle sûre de ça ? Je veux dire que ce n'est pas possible, nous aurions commis un meurtre simultanément, cela n'a aucun sens.
– Nous avons une théorie à ce sujet. Ton père sera plus apte que moi, pour te l'expliquer. Quoi qu'il en soit à partir de ce moment-là nous avons eu la certitude que nous devions faire quelque chose. On a bien essayé de te le faire comprendre, tu étais fermé à toutes discussions à son sujet, donc nous avons été contraints de le faire dans l'ombre.
– Pourquoi a-t-elle tué un homme ?
– Nous ne savons pas, mais j'ai une totale confiance en elle. Si cet homme a provoqué une telle réaction chez ma fille c'est que cela devait être mérité, mais cela n'est que mon ressenti personnel.
– Si, Alice n'a pas pu voir réellement ce qui s'est passé, pour que Bella en arrive à une telle violence, Jasper aurait pu aller scanner ses émotions. Cela, vous aurez peut-être, permis de comprendre.
– J'y suis allé.
Jasper vient de rentrer dans ma chambre et je me rends compte, à quel point j'ai été injuste avec lui. Je lui en ai toujours voulu pour une chose, dont il n'a jamais été réellement coupable. Mes remords entraînant le sentiment de culpabilité suffit à mon frère pour comprendre et comme si, rien n'était, il vient s'asseoir auprès de moi, une main sur l'épaule en signe de soutien et de pardon.
– Et comment va telle ?
– J'aimerais pouvoir te le dire, mais malheureusement je n'en sais rien.
– Comment ça ?
– Tu es le premier à savoir que Bella est insensible à ton don, elle est devenue insensible au mien également, je ne ressens plus rien émanant d'elle. C'est comme si son côté émotionnel avait disparu et nous ne sommes pas les deux seules à avoir des soucis à percevoir Bella, Alice a énormément de mal à lire son avenir.
C'est à elle de faire son entré dans ma chambre, mais nul soutien ou pardon dans ses yeux juste une énumération de fait.
– Oui, mais moi, je le sais, le pourquoi.
Je sais que j'ai beaucoup à faire pour espérer un pardon auprès de toute ma famille, mais pour l'heure c'est Bella qui est prioritaire.
– S'il te plaît, Alice dit moi.
– Oh, mais c'est très simple. Je perçois l'avenir en fonction des décisions, des projets que les gens font et Bella elle ne fait rien de tout cela. Elle enchaîne les jours et les nuits sans se soucier de son avenir. Plus rien ne compte, à part son travail. Elle ne vit plus, elle bosse. Elle n'agit que par instinct, ne s'imaginant aucun avenir. J'ai des flashs de ses enquêtes des prises de position dans les affaires, rien de personnel.
– Bella, un agent du FBI ! J'ai le plus grand mal à l'imaginer.
– Et pourtant comme tu as pu le voir elle cartonne la frangine ! Je n'en reviens pas, du plaquage qu'il s'est pris dans la tronche l'autre, et cette magnifique droite hum... je pense que cette vidéo va être la favorite de mon Top-Ten !
– Mais, je t'en prie Emmett, entre et fais comme chez toi.
– Ne t'inquiète pas, c'est ce que je fais.
Rose et Carlisle suivent de près Emmett. Je me sens tout petit ainsi entouré de toute ma famille, et plus que honteux. Moi, qui les ai accusés de n'avoir aucun cœur, pour avoir laissé ma Bella derrière sans remords, j'ai la sensation d'être le dernier des derniers.
– Dites-moi s'il vous plaît, comment va telle, comment vit-elle ? Agent du FBI ! Je ne peux pas me faire à l'idée, c'est tellement à mille lieues de Bella.
– Isa.
– Que dis-tu Rose ?
– Elle serait capable de tuer toutes personnes qui l'appelleraient Bella. Elle est arrivée à New York en se faisant appeler Isa.
– OK ! Va pour Isa, donc Bell... Isa est agente du FBI. Elle se déplace à moto et porte une... enfin une... arme, quoi d'autre ?
Que n'avais-je pas demandé ? Je reçus pendant des heures des centaines d'informations, de descriptions d'anecdotes, par les membres d'une famille que je ne reconnais plus. Eux, si mort depuis des années sont pleins d'entrain, des enfants surexcités la veille de Noël, toutes leurs paroles sont ponctuées d'ah puis tu ne sais pas » « mais faut que l'ont te disent aussi que... » « Faut que l'on te raconte absolument ça... » Esmé m'avait donné la totalité de ses plats, du moins ses pizzas préférées, rose m'avait dessiné ma déesse sur ce qui reste à mes yeux un engin de mort, mais qui est vrai même si cela me fait mal de l'avouer, lui va très bien selon le croquis de ma sœur. Emmett fidèle à lui-même me raconta comment ma princesse mène son équipe, et les altercations régulières avec les autres, je découvris à travers des imitations pas très flatteuses des uns et des autres, son franc-parler. J'eus aussi le déplaisir de savoir à quel point elle manie son arme avec dextérité ainsi que les sports de combat, il m'expliqua dans un détail quasi religieux ses combats avec l'un de ses collègues, qui, aux dirent d'Emmett, est « vachement » plus imposant que lui, mais quand il mima la scène avec pour partenaire rose dans le rôle de ma douce et que je vis cette dernière le priver de tous ses sens et l'envoyer au tapis avec un joli enchaînement, qu'elle me jura être la création de Bella je ne pouvais m'empêcher d'éclater de rire. Ce flot incessant de paroles avaient l'effet de l'alcool sur mon cœur, il me grise, me réchauffe, elle est là près de nous, dans nos esprits, leur quotidien, même si je sais que moi je ne possède pas le moindre souvenir d'elle depuis ces dernières années. Toutes leurs histoires refont naître en moi cette joie du « quand elle était là ». Elle a changé, ça, c'est plus que certain, mais je n'ai qu'une envie la connaître encore plus, mon Dieu elle me manque tellement, mais qu'en est-il d'elle ? Je profite d'une légère pause pour pouvoir poser « la » question.
– Et qu'en est-il de sa vie... Dison amoureuse ?
Le gros rire sonore d'Emmett a pour don de me réchauffer encore de quelques degrés le cœur. Se pourrait-il qu'elle n'ait personne dans sa vie ? Je sais que je ne devrais pas m'en réjouir, mais de là à le souhaiter ça je ne peux pas.
– Soit rassuré frangin. La seule personne qui lui a posé la main dessus, c'est Lucas et crois moi tu n'as rien à craindre de ce côté-là.
– Qui est Lucas ?
C'est rose qui me répond avec un grand sourire, je compris vite pourquoi.
– Son tatoueur, il est plutôt du genre à aimer les grands musclés, hein Emmett.
– Oui bon ça va ! Je voulais savoir ce qu'il avait tatoué sur le dos de ma frangine. Je n'imaginais pas que j'en aurais pour deux heures à me faire allumer BEURK je vais vomir...
– Bella s'est fait tatouer. Elle déteste les aiguilles.
C'est Alice qui pour la première fois participe, en me répondant.
– Un coup de tête, un poème dans son dos, elle en a d'autres, mais ce poème c'est elle qui l'a écrit. Il est d'ailleurs ce qui nous a mis sur la piste de ce meurtre fait simultanément.
Avec toute l'euphorie qui régnait dans ma chambre depuis ces dernières heures je l'avais presque oublié, Carlisle doit probablement avoir une explication à ce phénomène, le regard interrogateur que je lui lance suffit pour que l'ensemble de la pièce se vide, seuls mes parents restent près de moi et c'est mon père qui commence les explications.
