Chapitre 12
PDV Isa
– Quoi ? Comment ça ? Les Cullen sont en ville.
Je ne reconnais déjà plus le son de ma voix devenue profonde et rauque, lorsque je vois Grim faire quelques pas afin de s'éloigner j'ai la confirmation que le contrôle de ces deux dernières années n'est plus qu'une histoire ancienne.
Ma gorge étant obstruée je ne peux plus respirer que par saccades, vu la pression que je ressens dans les mâchoires, il ne tient qu'au miracle, que je ne m'éclate pas les dents. C'est très similaire à une crise d'angoisse, mais je sais que mes peurs ne sont en rien responsables de mon état, non ! Pitiez tout, mais pas ça !
Ma supplique ne suffit pas à arrêter la sensation de pouvoir s'immisçant et grandissant en moi, je ne sens déjà plus mes membres, mais je sais que bientôt mon esprit va perdre connaissance et que je ne maîtriserais plus rien. Grim me parle, je vois ses lèvres bouger pour me souffler j'imagine des paroles apaisantes, mais il est trop tard. Je ne l'entends plus, je n'ai aucune chance de victoire, pas aujourd'hui c'est trop brutal. Lorsque je vois mes mains créer cette aura noire et que je la sens commencer à m'entourer, je choisis de me laisser happer vers l'inconscience. Ne pas voir ce qui va suivre, je connais trop bien ces pertes de maîtrise et surtout, le prix qu'elles me coûtent. Je ne peux me poser plus de questions, les profondeurs m'emportent sans promesse de retour. Je n'ai pas peur de mourir, je ne veux plus avoir peur. Pourquoi t'acharnes-tu sur moi Edward ? Cela fait des années, que je lui voue malgré tout une haine farouche, mais aujourd'hui alors, que je me retrouve une fois de plus aux portes de cette mort, qui n'a que pour réel sadisme de me refuser la chaleur de ses bras, ma dernière pensée sera pour lui. Edward, je...
PDV Démétrie
Être témoin de l'ampleur du phénomène qui se déroule devant nos yeux me force à comprendre pourquoi nos monarques exigent d'en savoir le plus possible, je sais pourquoi ils ont demandé deux gardes d'expérience pour étoffer ce qu'ils ont appelé « le cas Isabella ». Les décennies passées auprès de la famille royale avaient été riches en découvertes de « talents », mais ce qui est devant nous est bien plus que ça. Cette puissance n'est pas une partie de l'humaine, mais bien une force indépendante, autonome, de plus à ce que je peux ressentir des plus maléfiques.
Les yeux de l'humaine deviennent d'une couleur onyx aux reflets bleutés. Des flammes d'ombre naissent autour d'elle, créant une aura sombre, vibrante pareille à un feu, embrassant le corps de son hôte, la possédant entièrement. La noblesse que dégage cette métamorphose est envoûtante. Une fois achevé, je vois la redoutable tentatrice qu'elle est devenue diriger son attention vers Heidi, ma partenaire, qui a fait l'erreur de se rapprocher et je sais instinctivement que c'en est fini pour elle.
Heidi s'étant trop rapprochée de son adversaire, le manteau de feu de cette dernière se projette sur ma complice la recouvrant totalement. Un hurlement terrible en surgit, après un bref instant, ce voile noir brûlant s'en retire pour laisser apparaître des liens, emprisonnant sa victime pied et poing liée. Les yeux écarquillés de la prisonnière, voient les extrémités de ces membres se couper net, par la chaleur intense diffuser par ce fléau incandescent. L'humaine s'avance vers mon allié, en l'immolant à quelques mètres. Les plaintes ont stoppé laissant pleinement place à la violence de la scène et pour la première fois de ma longue vie je reste interdit devant cette démonstration.
– Que faites-vous ici ?
Entièrement concentré sur mon observation, je ne l'ai pas senti approcher, mais en fixant mon adversaire je comprends avec horreur pourquoi. C'est lui ! Le Grimreape ! Vampire, depuis que le monde est monde. Le sujet tabou à Voltera.
– Grim, je peux vous retourner la question.
– Réponds !
Je sais n'avoir aucune chance face à lui, les légendes qui entourent cet être sont nombreuses et bien qu'ils refusent de l'avouer je sais que nos rois le craignent.
– Aro veut l'humaine dans la garde.
– Dégage d'ici, avant d'y laisser ta misérable existence ! Mais dis bien à ton maître de ne plus envoyer de subalternes sur mon territoire, auquel cas je me verrais contraint, de lui rendre la pareille. Je sais qu'Aro est toujours, très retissant lorsqu'il s'agit de s'incliner. Qu'il abandonne ce projet, ce n'est qu'une folie.
Je m'en retourne et laisse mon ancienne partenaire à son sort. Je dois faire mon rapport au roi. Grim a raison dans ses dires, vouloir cette chose dans les rangs Volturi n'est que démence. J'ignore la source de ce pouvoir, mais je doute que l'on ait les moyens d'avoir un quelconque contrôle dessus.
PDV Isa
Après ce qui me parut un effort colossal, mes paupières décident de s'ouvrir. La lumière, bien que tamisée, me brûle instantanément la rétine, anéantissant mon envie de garder mes yeux ouverts. L'ouïe est moins fragilisée. J'entends la douce mélodie d'une cascade d'eau. Un son apaisant, qui crée cette espèce d'ambiance zen. Je reste immergé dans cette torpeur quelques minutes, je ne suis pas encore morte apparemment.
L'affaissement du matelas me fait comprendre que je suis plus seul, je sais que c'est Grim. Nous sommes chez lui, mais pourquoi ? Je ne me souviens de rien.
– Bonjour Isabella, comment te sens-tu ?
Mal ! C'est la réponse, que j'aurais souhaité formuler, si mon corps voulait bien répondre à mes ordres cérébraux. Il me faut plusieurs heures, pour que mon système nerveux redevienne totalement asservi. N'imaginez pas qu'il est indolore, bien au contraire. J'ai la sensation que, chacun de mes muscles ont été contorsionnés. Mes os donnent l'impression d'avoir été émiettés. Je retrouve, comme à chaque fois, un corps au supplice et un esprit soumis à mille afflictions. En gros, ce n'est pas la forme ! Le rapide topo me fait comprendre que j'ai merdé. Il y avait longtemps...
– Détends-toi, tu n'as rien fait de grave, j'ai réussi à placer l'amulette à ton cou rapidement, cela t'a canalisé quasi instantanément.
Me détendre il en a de bonnes lui, si je pouvais parler je lui dirais que... non, je n'ai pas la force.
– Je vais te donner quelque chose à boire, vu l'odeur je ne t'envie pas, mais on m'a assuré que cela te remettrait sur pied.
On ? C'est qui se "on" ? Il m'agace, mais je n'ai pas le temps de rager intérieurement plus longtemps que je le sens soulever ce qui doit être a priori, ma tête. Ce « quelque chose » qui me fait boire m'envoie l'image d'une infâme bouillie d'épinard mariné dans des harengs, le tout saupoudré de jus d'escargot, crever depuis plusieurs années. Si je pouvais, je lui dégueulerais bien dessus.
Grim prend place à mon chevet, et commence à me faire la lecture, manière de passer le temps et surtout d'occuper mon esprit qu'il sait aimer la littérature. Son choix se porte sur « Les Âmes vagabondes » écrites par une auteure qui bien m'étant inconnue réussit à apporter à mon esprit une échappatoire assez conséquente.
Nous en étions au passage ou Vagabonde découvre le toubib en train de tenter d'extraire une âme lorsque je sens que mon corps s'était entièrement apaisé, sa « mixture » accentuée de sa lecture douce et régulière avait eu raison de mes tourments.
– Merci Grim.
Il stoppa sa lecture pour quitter la pièce, je mis les quelques secondes d'intimités qui m'étaient données à profit pour tenter de me lever, grosse connerie, lorsque la position verticale fut imposée à mes jambes ces dernières se dérobèrent, me permettant de voir le sol avec un zoom extrêmement rapiiiiiiide... Pas de douleur ? ? ? Je sens que l'on me porte.
– Et encore merci Grim.
– Tiens, cela va t'aider à te remettre les idées aux clairs
Après m'avoir fait ingurgiter sa dernière mixture, il faut bien comprendre que mon regard sur la tasse qu'il me tendait ne devait pas être des plus avenants.
– J'ai pris la liberté de mettre un peu de sucre sinon cela est beaucoup trop amer.
Je pris la tasse, de toute façon je ne pense pas avoir grand choix et commence l'observation de la texture. Fluide, ça sent plutôt bon, on dirait du...
– Café ?
Son sourire moqueur me répond. Salopard va !
– Ça fait combien de temps que je suis dans les vapes ?
– Deux jours.
– DEUX JOURS !
– Oui, tu devrais téléphoner à ton équipe. Ils sont sur les dents, si tu me passes l'expression.
Tout en me disant cela, il me tend mon portable, qui affiche la cinquantaine d'appels en absence
– Tu n'as pas répondu ?
– Pour dire quoi ? Que tu étais inconsciente et que j'ignorais si tu allais réussir à refaire surface.
La touche rappelle, une sonnerie plus loin j'ai un Brass plus qu'inquiet à l'autre bout du fil.
– Isa ?
– Oui, je vais bien.
– Mais putain, tu étais où ? Ça fait deux jours que l'on te cherche. Pas de nouvelles ? sais-tu à quels points...
– Oui, oui, excuse-moi (vite une excuse) quand je suis sorti, j'ai été boire un verre et puis j'ai dû les enchaîner, brefs, je viens de me réveiller. Je suis chez un... ami. Je vais bien, je serais de retour à la brigade d'ici deux heures, du nouveau ?
– Oui, les résultats complémentaires de l'autopsie du doc.
– Et ?
– Isa, Smith n'est pas mort égorgé, il est mort d'un arrêt cardiaque.
Les événements de mes dernières journées conscientes reviennent par bride, Smith, sa mort, l'enquête qui aboutit à rien.
– Un arrêt provoqué par quoi ?
– Écoute Isa, c'est bizarre. Les experts ont dit qu'il est mort d'un arrêt cardiaque suite à une trop violente douleur.
– Il est mort de douleur. Bon, je fais vite, j'arrive.
– Isa ?
– Oui ?
– Ne me refait plus jamais ça.
– Désolé Brass.
Dans la série « t'as grave merdé », je suis championne toutes catégories.
– Alors, c'est bon. Ils sont rassurés.
Je gobe mon café en espérant remettre tout le merdier qui tournoie dans ma tête dans un semblant d'ordre, mais des zones d'ombre restent bien trop vivaces. Ma main se porte machinalement à mon cou où elle rencontre l'amulette, un bijou sombre, mystique, mais je dois l'admettre efficace.
– Que s'est-il passé Grim ?
Mon ami s'assoit sur sa chaise en face de moi et me demande de lui détailler mes derniers souvenirs. Alors, je me concentre faisant taire ce mal de crâne qui ne devrait pas tarder à m'abandonner.
– Des rues, le Quartier Latin, un homme, du sang, le sien. Je me défoule sur lui, après il y a ton arrivée, tu viens vers moi en me demandant de porter le collier et... plus rien. Je suis désolé, je ne me souviens de rien après ça.
– Isa, reste calme s'il te plaît, tu as perdu ta maîtrise lorsque je t'ai annoncé qu'ils étaient de retour.
Qu'ils sont de retour ! Qui ils ? Pour me faire avoir cette réaction, cela ne pouvait être que... « même si je te dis que les Cullen sont en ville » NON ils sont de retour, eux, les Cullen et lui, il est de retour. Lorsque mon cerveau traite cette information, le calice qui avait servi de récipient à la mixture explose.
– Reste calme Isabella. Respire doucement et dissout ta colère sur l'intégralité de ton corps.
Ces exercices je les connais par cœur. Je m'exécute, avec le goût amer de l'échec. J'avais réussi à ne plus avoir besoin de ça, mais non, il a fallu que tout parte en éclat pour ces quelques mots.
– Dit moi tout, pourquoi ? Combien ?
– En vue des derniers événements, je ne suis pas certain que cela soit une bonne idée.
– Tu n'es pas le premier à m'avoir dit « plus tu connais ton ennemi, plus tu seras prête à le combattre ».
– Si, mais de ce que j'ai pu en voir, les termes ennemis et combattre, ne serait pas le plus adéquat pour ce qui concerne les Cullen.
– Comment peux-tu dire cela ? Je te pensais de mon côté. Ils peuvent te paraître, des « gens bien » si cela te chante. Mais ne me dis jamais que ce ne sont pas des parasites. Pas à cause, de leur statut de vampires non, mais...
– D'accord, d'accord, je me suis mal exprimé. Calme-toi. Je voulais dire, que pour l'instant ils n'ont pas de mauvaise intention ni envers toi, ni personne d'autre.
– Tout ceci n'est peut-être que pur hasard.
– Cela pourrait l'être si...
– Si quoi ?
Je n'ai jamais vu Grim prendre quelques précautions que ce soit pour m'annoncer les choses, mais putain il se passe quoi.
– Tu dois intégrer deux nouveaux agents à ta brigade si j'ai bien compris.
– Non, ne me dit pas ÇA
– De ce que j'en ai vu, il s'agirait de lui et d'une blonde.
– Rosalie.
Emportée par la colère, je m'étais levée. Mais là, sur le coup, je me rassois. Pourquoi, tout part en couille en même temps ? Les Cullen sont physiquement des gosses. Pourquoi Morgane aurait... « Quoique je ne les connaisse que peu, ils m'ont inspiré la plus grande confiance »... PUTAIN JASPER ! après que Grim m'est laissé plusieurs minutes pour encaisser, il me sent suffisamment calme (merci l'amulette) pour aller me resservir un café, même si pour le moment j'aurais opté pour un double whisky. À son retour ma décision est prise.
– Il faut que je retourne bosser, l'enquête sur Smith a du nouveau.
– Isabella, fuir n'arrangera rien.
– Je le sais, mais je ne fuis pas. Je n'ai aucune intention de les laisser refaire parti de ma vie. Je suis désolé des ennuis que je t'apporte, et te remercie pour ton aide, mais eux, c'est mon affaire, et crois moi, je vais la régler.
Je récupère mes affaires, je suis à la porte lorsque Grim m'appelle
– Tu devrais...
– Oui, je sais. Je garde le collier, je te contacte en cas de problème. Ton numéro est en raccourci, si j'ai le moindre débordement je l'enclenche et m'isole le maximum.
– Je disais donc tu devrais appeler un taxi, il pleut.
– Ah... heu OK, merci.
– Mais, le reste est quand même vrai.
Dans le taxi je repense à tout ça. Ce que j'ai dit à Grim est vrai, je ne les laisserais pas revenir dans ma vie, même s'ils s'imposent. Comment osent-ils depuis des années de silence revenir comme cela sans crier gare, ils s'imaginent quoi ? Les rues défilent et je reconnais bientôt celle de ce qui a été mon sanctuaire, mon véritable chez moi depuis mon arrivée dans cette ville et tout ça sera anéanti à partir de lundi. Dans mon bureau étrangement vide, je remarque mon sac de fringues et un café chaud... Brass pour le sac, mais la boisson s'est signé Keïz, j'imagine que mon géant est bien trop furax pour me laisser une telle douceur.
– Deux jours.
Qu'est-ce que je disais ?
– Oui, et je m'en suis excusé. Tu me disais que le légiste t'avait donné une version différente.
– Salut-chef. On a flippé, faut plus nous faire ça hein ! J'ai bien cru que Brass allait retourner toute la ville.
– Salut Keïz, ne vous inquiétez pas, ce n'est pas dans mes projets, donc ce légiste a dit quoi.
– Malaise cardiaque, provoqué par une intense souffrance.
– Mourir de douleur n'est donc pas un mythe. Keïz il dit quoi exactement le rapport.
– En clair, que l'équilibre entre les deux systèmes nerveux a été rompu d'un coup sec, le choc a créé l'arrêt cardiaque.
– Comment peut-on rompre cet équilibre ?
– Je ne suis pas médecin, mais j'ai fait quelques recherches et en fait voilà, nous possédons deux systèmes nerveux bien distincts, le sympathique et le parasympathique et toutes nos fonctions vitales reposent sur l'équilibre des deux, rythme du palpitant, tensions, respiration, érection, etc. une violente peur ou stress peuvent perturber la balance et avoir des conséquences sur ces mécanismes. Le mec qui tombe dans les pommes à cause de la vue du sang est un parfait exemple, le choc émotionnel créait un déséquilibre et c'est la chute.
– Oui, mais là, il en est mort.
– Ce qui nous laisse penser que cela devait être plus une douleur physique. L'ennui c'est qu'il n'avait aucune trace de maltraitance sur lui. Enfin, à par le fait qu'il soit égorgé.
Le reste de la conversation tourne beaucoup autour des hypothétiques douleurs que l'on aurait pu lui faire subir, mais rien de vraiment constructif n'en ressort.
– Zok et Big ?
– L'un est toujours en apnée et l'autre est parti en week-end pour voir les petites. C'est du moins la version officielle, moi je crois plus qu'il a été voir Angela, elle est secouée par la mort du doc, tu devrais l'appeler.
Angela je l'ai oublié, je me chargerais de prendre de ses nouvelles plus tard. On est samedi, il me reste à peine 36 heures. Machinalement, je porte ma main à mon collier, ne me lâche pas, car je n'ai jamais eu autant besoin de toi qu'à l'heure qu'il est. Keïz est retourné dans sa salle informatique me laissant en tête-à-tête avec Brass.
– Je prends la garde pour cette nuit et demain, si quelque chose se passe je t'appelle.
– Isa ? Si t'avais des emmerdes, tu m'en parlerais ?
– Bien évidemment.
Ma voix sonne faux même à mes propres oreilles, je vois Brass attraper le sac de fringues et le poser devant moi.
– Je ferais semblant de te croire à une condition.
– Développe.
– Tu attrapes ce sac, et tu réapparais lundi matin, fraîche et dispos, parce que pour le moment je ne sais pas où tu as passé ces deux derniers jours, mais t'as la tête de quelqu'un qui est passé sous un bus. Lundi, l'on a deux nouveaux qui arrivent, histoire de ne pas les effrayer tu prends ton dimanche et je prends la garde.
Je quitte les lieux sans vraiment avoir posé de grandes difficultés, mais en me retournant je me rends compte que la prochaine fois que je remettrai les pieds ici, lui aussi y sera, mais avant ça un plan commence à naître dans mon esprit.
