Chapitre 16

Cinq heures, douché et prête pour ma journée, du moins je fais tout pour m'en convaincre.

J'attrape veste, plaque, flingue et je me dirige vers ma bécane, fidèle amie qui m'offrira le temps du voyage jusqu'aux bureaux l'adrénaline qui complétera à merveille la surdose de caféine que j'ai dans le sang.

Les locaux qui devraient à cette heure-ci être assez calmes sont en pleine effervescence.

– Il faut qu'il me débloque ces putains de fonds sans ça, je suis coincé. Bouge-toi gros !

– Oui, bah si tu t'imagines qu'avoir Morgan au téléphone, à même pas six heures du matin c'est facile ne te gêne pas gros con ! Non, non, madame ce n'est pas à vous que je parle. Oui je sais que seul le chef Swan est autorisé à… écouter ! Je ne vous parle pas du bal de la police là ! La vie d'une gosse est en jeu bordel, alors tu vas bouger ton gros cul sinon...

Houla, on va intervenir là, je saisis le combiné sous les yeux soulagés de Brass.

– Chef Swan à l'appareil, j'exige de parler au directeur Morgan de toute urgence.

– Madame, le directeur a clairement spécifié que…

– Deux solutions. Sois, vous me le passez dans les plus brefs délais ou bien je me déplace et vous refais entièrement la décoration de votre petit bureau de secrétaire, en version Bagdad, est-ce clair ?

Ça bouge de l'autre côté de la ligne j'en déduis qu'elle n'a pas envie de me voir de bon matin. Brass me fait passer ladite urgence dont je ne sais encore rien. Je lis en diagonale et y trouve les mots importants, ventes, enfants intactes et timings de vente quarante-cinq minutes.

– Morgan, j'écoute !

– Débloquez-moi le compte des ventes internet. J'ai une intacte en fin de vente.

– Combien ?

Merde, j'ai zappé ça, mais lorsque je vois le chiffre mon interlocuteur s'inquiète du silence.

– Swan ?

– Heu… quatre-vingt-cinq mille.

– Dollars !

– Non en roubles, évidemment en dollars, mais, je vous assure de vous récupérer les fonds.

– J'y compte bien ! Les grands chefs vous ont à l'œil Swan pas d'impers. Ça y est l'ordre, est passé. Pour une heure, vous avez carte blanche.

Autorisation en poche, je fais signe à Keïz de se remettre dans la file des acheteurs.

– Ton dimanche ?

– Joker.

La première heure se conclut par notre victoire sur les enchères de l'enfant, le rendez-vous avec les vendeurs passés, toujours par le biais d'internet, ils seront dans la périphérie de la ville dans deux heures, j'envoie Zok à qui je n'ai pas pris le temps de lui demander ce qu'il foutait ici et Big qui tourne comme un lion en cage depuis qu'il a vu les yeux de la petite sur l'écran. De mon côté, j'avertis l'hôpital (merde je ne me suis pas occupé de remplacer le doc) qu'ils vont accueillir une enfant dans la matinée, plus une équipe de secours à proximité du lieu d'échanges.

– Chef, les deux bleus sont arrivés. Ils attendent dans votre bureau.

Lorsque je dis que le travail est mon salut, je les avais oubliés, mais eux pas apparemment.

– Merde, on n'a pas le temps.

– On peut peut-être se rendre utile ?

Ils viennent de débarquer comme un cheveu sur la soupe, dos au mur et chrono en main je me formaliserais plus tard et réponds à Rosalie.

– On a une vente timing sur le point de se conclure. Deux agents sur le terrain pour la transaction, je débite toutes les informations susceptibles de leur être utiles tout en dévalant les escaliers qui mènent au sous-sol pour nous équiper des gilets par balle.

– C'est quoi une vente timing ?

Là, une grande vérité s'impose à moi. Je n'ai pas récupéré deux agents, je viens de m'handicaper de deux incompétents.

– OK que les choses soient claires…

– Chef !

– Oui Keïz ?

– J'ai préparé leur kit. Voila, cadeau de la maison.

Il dit ceci tout en tendant à Rosalie et à son frère leur oreillette et leur nouvelle plaque à l'effigie de la brigade.

– Tu vois cette plaque Rosalie ? Ça dit que tu es une professionnelle et toi tu te pointes sans même connaître la base du métier !

– Isa, c'est quoi cette embrouille ?

Brass est tout sauf con, je suis sûr que l'âge de Rosalie l'emmerde et il vient de comprendre en plus qu'elle n'est pas formée pour le poste, il m'interroge tout en s'équipant, les Cullen font pareil.

– Je t'expliquerais plus tard, mais on ne peut pas les laisser ensemble.

– Je la sens de moins en moins cette histoire de recrutement de Morgane.

– Si tu savais.

– Raconte en gros.

– Je t'ai raconté l'histoire de la petite Lola, tu as devant toi ceux qui savaient tout et se sont barrés comme des putes.

Le regard de mon collègue se braque sur Edward, qui ni prête aucune attention.

– Et on est censé bosser avec ça !

À l'instant même où Edward se retourne pour parler je sais que je ne vais pas aimer. Comment ? je ne sais le dire, sensation de picotement qui remonte le long de mon dos, l'instinct peut être, mais c'est droit dans mes yeux, qu'il répond à Brass d'un ton calme et froid.

– Ça fait bien cinq ans, que vous travaillez avec elle. Ça ne vous changera pas trop, une pute pour pute vous vous y retrouverez ! Parce que si pour nous la situation nous a obligés à partir toi t'as fait quoi pour cette gamine ? Rien. Alors, ne fais pas chier !

Ses paroles vont droit là où ça fait mal.

– Dégage grosse merde ! Sort de ma vue !

Il reste nonchalamment appuyer contre le mur tout sourire dehors, il sait qu'il a tapé juste, enfoiré je m'étais pas préparé au coup bas, pourtant qu'attendais-je d'autre de la part des Cullen. La douleur des souvenirs se transforme en colère contre lui évidemment, mais surtout contre moi-même, quelle conne j'aurais dû anticiper. Rosalie attrape son frère par le bras pour le faire sortir et lui dit quelque chose si bas que nous sommes exclus de l'échange, mais je n'en ai rien à foutre.

– ça va aller Isa ?

– Mais oui, c'est un connard, laisse tomber ! Ils sont là pour quinze jours après ils dégagent et tout redeviendra normal, viens on a une inter sur le feu je te rappelle.

– Heu… Isa, la blonde c'est sa première intervention officielle n'est-ce pas ?

– Oui.

En formulant ma réponse, je comprends dans quelle merde je suis.

– De nous deux tu es le seul à avoir l'autorisation de former un nouveau sur le terrain, putain de stage de merde !

– On n'a qu'à faire l'impasse, tant pis.

– Non. Morgan a été très clair, on a trop de monde sur le dos pour se permettre un vice de procédure et bien que cela me fasse mal de le dire si on veut conserver l'enquête qui touche le doc il va falloir arrondir les angles sur ce coup.

– On est si mal que ça ?

– Ils veulent me voir tomber, mais tant que je n'aurais pas coincé le meurtrier de Smith je ne leur offrirais pas ce plaisir. On doit absolument être dans les clous, prend Rosalie avec toi.

– ça va aller avec Cullen ?

– Non, mais je ferais tout comme. La priorité c'est la gosse, lui ça sera pour plus tard.

On rejoint Rosalie et l'autre dans le parking.

– Rosalie, tu feras équipe avec Brass et Cullen avec moi. Tu écoutes bien ton partenaire, il connaît le terrain et nos méthodes.

Vu l'heure, la circulation sera un enfer et pas question de perdre plus de temps, je tends mon second casque à Edward qui le prend sans aucun commentaire, j'en déduis que le message a dû être correctement interprété.

Moi qui ne prends jamais de passager, si on m'avait dit, il y a une semaine que je dérogerais à cette règle avec lui j'en aurais bien ri.

Je monte. Mets le moteur en route. Il prend place, les mains bien sur la poignée arrière, lui qui voulait me faire croire, il y a peine deux jours que son souhait le plus cher était de me prendre dans ses bras il a apparemment changé d'idée, une fois de plus.

– Dis donc Cullen, ça, c'est de l'entrée. Tu sais que tu es le premier que je vois monter avec notre chef sur son bébé. Fais gaffe, n'approche pas trop, elle mord vite.

Nous sommes équipés de nos oreillettes et les casques de micros, ce qui me permet de couper court au délire de Keïz.

– C'est bon Keïz ! On a compris l'idée.

Je m'engage dans la circulation et commence à slalomer à travers le trafic de ce lundi matin, nous arrivons avec un temps record au lieu de l'échange, une fois en planque nous prenons nos repères.

– Keïz ? Tu as le visuel ?

– Non, je n'ai rien du tout. L'entrepôt est trop vieux et ne possède aucun système de surveillance.

– Passe sur les caméras embarquées.

– Je vous ai en vue mes lapins.

– Brass et Rosalie vous êtes en charge de mettre la gosse à l'abri.

Voilà le plus douloureux du travail, l'attente, toute mon équipe est sous-tension, nous faisons ça depuis des années, mais chaque affaire est unique comme la victime.

Mon nouveau coéquipier donne le change à merveille, dire que je n'aurais pas préféré qu'il se plante serait faux, mais dans le cas présent s'il peut être un brin efficace c'est toujours ça en plus pour la gosse. L'autre facteur qui nous rend l'attente infernale s'appelle Keïz.

– Dis-moi chef, ton dimanche, raconte. Une journée de repos, après deux jours de disparition, tu dois avoir beaucoup de trucs à confesser.

Mon silence n'arrête pas Keïz, il est nerveux comme nous tous, mais en plus il est aveugle à cause du manque de caméra et ça mélangé à l'adrénaline lui donne la sale manie d'être beaucoup trop bavard pour sa propre survie.

– Moi je suis sûr qu'il y a un homme là-dessous, ou peut être bien une femme.

Le monologue de mon abruti d'informaticien tourne à un échange de doux mot d'amour entre lui et Brass et si mon baraqué s'énerve ce n'est pas cause de Keïz contrairement à ce que l'on peut entendre, mais parce que les vendeurs ont trente minutes de retard et ça ce n'est pas normal.

– On fait quoi Isa ?

– Big et Zok, inspecter les lieux, les autres on ne bouge pas.

Les minutes d'attente se succèdent, jusqu'au moment où la voix de Big se fait entendre.

– Isa, on a trouvé quelque chose. Tu devrais venir.

L'équipe dans son ensemble, arme au point se rejoint au centre de l'entrepôt.

– C'est là.

Un container parmi tant d'autres, mais à sa porte une marque distinctive, une blouse blanche. Une fois le vêtement en main je reconnais le badge de notre docteur.

– On ouvre.

– Non Brass ! Container veut dire, propriété privée. Il nous faut un mandat.

Je me retourne pour buter contre mon nouveau coéquipier putain il me gonfle déjà à être constamment dans mes basques. Il faut que je voie Rosalie, ils ont été engagés pour leurs capacités après tout.

– Tiens Cullen prend mon portable téléphone à Morgane pour le mandat.

Grâce à Jasper mon chef les voit marcher sur l'eau il va bien lui accorder le mandat et moi je vais voir sa sœur et lui chuchote ma demande.

– Dis-moi s'il y a quelqu'un dans le contai...

– Rappelle-moi ce que nous sommes sensés trouver ici ?

– La gosse

– Je n'espère pas, le container empeste le sang.

Son frère me tend le portable que je ne prends pas le temps de récupérer, pour foncer vers le container.

Rosalie retient ma main qui s'apprêter à actionner le mécanisme d'ouverture.

– Ça peut être un piège, on nous a volontairement entraînés ici, imagine que la porte soit piégée et que la gamine soit vivante !

– La gamine ne survivra probablement pas jusqu'à l'arrivée des démineurs ! sortez tous ! J'ouvre j'en prends la responsabilité.

– Isa…

– C'est un ordre ! !

Tout le monde s'exécute sauf Edward.

– Tu as un problème avec l'autorité Cullen .

– Tu m'as désigné ton partenaire, j'obéis et puis ce n'est pas comme si je risquais quelque chose, si ça explose !

Sa phrase se termine sur le cliquetis du mécanisme de la porte, je l'ouvre, pas de bombe, mais à la vision du contenu j'aurais préféré.

– Isa ?

– Chef ça va ?

– Isa, Cullen RÉPONDEZ MERDE !

Je suis en quelques secondes entourer de la totalité de l'équipe, qui ont tous la même réaction qu'Edward et moi, le silence bien que ce dernier se démarque pour avoir les yeux braquer non sur la scène, mais sur moi.

La mise en scène est macabre, des chaînes ont été soudées sur les deux parois opposées, toutes deux tressées de fil barbelé qui finit par s'entremêler autour d'un corps nu qui relit l'ensemble en son centre.

Un corps plus petit est à genoux attaché par le même procéder aux jambes que le premier, les visages ont été brûlés, mais un élément flagrant est offert à nos yeux, un jouet enchevêtrer contre le petit corps, un ours en peluche.

Je n'ai jamais autant souhaité que mon cerveau cesse d'analyser, mais cette peluche je la connais, ce petit corps c'est Mélanie et lorsque mes yeux remontent sur le corps de l'adulte je comprends avec horreur qu'il s'agit d'Angela.

Big reconnaît à son tour notre amie et devant le flot de sentiments qu'il doit ressentir il tombe à son tour à genoux. Je ne peux pas, je suis une professionnelle je n'ai pas le droit de toucher à la scène avant l'arrivée des légistes, mais je ne veux pas laisser ma seule amie que je n'ai jamais eue comme ça.

Une main se pose sur mon épaule comme pour m'empêcher d'avancer, Brass, il a raison, mais je ne suis pas son conseil.

Je voudrais pouvoir ressentir quelque chose, mais rien ne vient, j'ai froid, je suis profondément gelé et je sais que ce n'est pas mon corps qui tremble, mais bien les restants d'une âme déjà en triste état.

Je commence à détacher l'enfant, Mélanie, moi qui m'étais juré de te mettre en sécurité, j'ai signé ton exécution. Je suis bientôt aidé par une main blanche et que je sais aussi froid que le petit corps que l'on manipule aussi délicatement que s'il avait s'agit du dernier câlin d'une mère à sa fille.

Une fois le premier corps libéré Rosalie et moi recommençons avec celui d'Angela, à chaque lien que j'enlève les souvenirs resurgissent, ses sourires, son espoir, son courage pour tous ces enfants dont elle avait la charge, mais aussi son soutient dans les moments les plus durs de ma vie, elle a toujours été là, mais où étais-je lorsqu'elle a eu besoin de moi ? Edward choisit ce moment pour donner son opinion.

– Je suppose que la gosse était sous votre protection ?

– Chef Swan ?

Les légistes, secours et autres équipes sont arrivés sur les lieux, les questions se succèdent, comme mes réponses automatiques, les promesses de rapidité pour les diverses analyses me sont faites, mes remerciements d'usage pour ce genre d'attention leur répondent. J'ai la sensation de ne pas être l'actrice, mais la spectatrice, mon corps connaît la procédure et la pratique, mon esprit lui reste bloqué.

Je rentre à la brigade, seul endroit où je me sens encore à ma place. Mon équipe a compris et a pris le relais, Big quant à lui, il est anéanti je devrais aller le soutenir, mais pour lui dire quoi ?

À l'abri dans mon bureau j'appelle la seule personne que je souhaite voir.

– Grim ? C'est moi, j'ai besoin de toi.

– Je suis navré Isabella j'ai dû quitter New York pour quelques jours, je suis en route pour Seattle, je serais de retour mercredi matin probablement, un souci ?

– Non, à mercredi.

Je mets fin à la communication, lui parler est une chose, mais pas par téléphone.

Brass entre, à sa suite Zok et Keïz sans oublier le duo Cullen.

– On les retrouvera chef.

– Je sais.

Mais combien d'entre eux le paieront de leur vie avant ?

– Il y avait ça sur les lieux.

Rosalie me tend le papier où je peux lire à voix haute « troisième avertissement Swan ».