Chapitre 18
Edward, l'enfoiré. Je me suis laissé avoir comme une débutante. Mes pensées font échos aux paroles de Grim.
– Non, ce n'est pas possible ! Te rends-tu compte de la situation ? Cette amulette n'a qu'un seul propriétaire, et c'est toi. Je te l'ai confié, imaginant que tu étais assez mûr pour le comprendre, putain Isabella !
– Tu me dis ça comme si je lui avais offert.
– C'est tout comme, comment tu as pu te laisser berner à ce point ? Le prendre pour moi ! Non, je n'arrive même pas à concevoir l'idée.
– Oui, j'étais de dos, il faisait noir, j'ai senti des mains froides et j'en ai déduit que c'était toi, point, fin de l'histoire.
– Dans ton histoire, tu oublies que d'une, tu lui as probablement dit des choses que tu préfères passer sous silence, et de deux qu'il t'a prit ton collier. Alors non, on est plus au stade du « point, fin de l'histoire », mais dans le bonjour les emmerdes. Je te passe le couplet qui parle, qu'apparemment il a changé son mode d'alimentation. Ce qui le rend un poil plus agressif, surtout envers toi. Bordel Isabella, depuis l'arrivée des Cullen tu fais n'importe quoi. C'est quoi le problème ?
– Le problème c'est que je n'en ai rien à foutre de ton putain de collier ! Voilà, c'est dit ! Va à la pêche aux vieilleries si ça t'amuse, mais moi j'ai très bien fait sans pendant deux ans et je continuerais.
– Avec les Cullen dans les pattes tu te sens capable de faire face. Arrête, même toi tu n'y crois pas.
– Moi je vois qu'un vampire tue les miens les uns derrière les autres et que je suis en train de me faire engueuler comme une gosse, alors que lui prend les devants pour sa prochaine attaque, elle est là ma priorité, tout le reste est passé au second plan.
– Pas pour moi. Ma priorité est, et restera toi. Tu crois vraiment que je ne vois pas ce que tu comptes faire ?
C'est à mon tour d'ignorer sa remarque. Il m'emmerde royalement ce soir. Oui, je sais que c'est dangereux, et alors, qu'est ce que ça peut bien foutre après tout que j'y laisse ma peau aujourd'hui ou dans six mois, la finalité reste la même et mourir pour une personne chère me paraît une mort honorable.
– Écoute Isabella. Tu cries vengeance, et c'est logique. Crois-moi, je t'aiderais comme je l'ai toujours fait. Mais si, on doit attaquer, on ne le fait pas à l'aveugle. Il me faut savoir à qui nous avons à faire. Du temps, c'est tout ce que je te demande.
– Et c'est la seule chose que je n'ai pas Grim, je ne veux pas partir sans les avoir vengés.
Ma phrase se termine sur un sanglot, trop de choses se sont passées dans cette putain de journée, Grim me prend une fois de plus dans ses bras et m'emporte, vers le canapé. Mes larmes coulent encore lorsque je me relève.
– Je ne sais pas ce qui m'arrive, je suis désolé.
– On a tous nos limites, il fallait bien que tu trouves les tiennes.
– Je devrais être pourtant blindé, hormis l'identité des cadavres j'ai déjà traité des affaires similaires sans en faire tout un drame.
– Ce n'était que des numéros pour toi. Là, ce sont tes proches. Ce n'est pas rien comme différence.
– Je me déteste de ne pas savoir faire la part des choses. Ça me rend faible et pleurnicharde, regarde-moi.
– Cela te rend tout sauf faible. Tu es humaine Isabella, et la plus forte que je n'ai jamais connut. Alors, cesse de te détester et tu verras que les choses iront mieux.
– Mieux ? Je ne vois pas comment.
Je ravale mes larmes. Ce n'est pas moi, ou je devrais dire, ce n'est plus moi. Je suis plus forte que tout ça. Laisser ce vampire avoir ce pouvoir sur moi, équivaux à lui offrir ce qu'il veut et ça, pas question. La somnolence me gagne petit à petit, je ne suis pas certaine que le monde que construit mon subconscient durant la nuit me soit salutaire, mais si je veux être physiquement prête pour ce qui m'attend je dois laisser à mon corps un minimum de repos.
– Repose-toi. Moi, je vais passer à la brigade pour fouiner un peu, et j'irais faire un tour sur les lieux de votre scène de crime, voir ce que je peux y trouver.
Ma réponse doit ressembler plus à un grognement qu'autre chose, mais il en saisit l'idée majeure. Il me couvre et sort. J'ai une vague pensée pour ma porte, pour une fois qu'il l'utilisait. Le bruit, des sirènes au loin, et le tumulte qui règne dans ma rue me bercent, enfin pas longtemps.
– J'ai cru qu'il ne partirait jamais !
Le son de sa voix a l'effet d'un seau d'eau glacé. Adieu, sommeil et bonjour, maîtrise. Cette journée ne finira donc jamais.
– Cullen, qu'est ce que tu fous ici ? Rends-moi mon amulette !
– Quel accueil ! Moi qui voulais te tenir compagnie.
– S'il y a bien une compagnie dont je me passe, c'est bien de la tienne.
Il s'accoude tranquillement au bar, tout en me fixant. Il attend, j'en suis certaine.
– Tu attends quoi là ? Que je te supplie de me le rendre ?
Son rire, froid, sans joie, ne ressemble tellement pas, à celui que je lui connaissais autrefois. Jamais je n'aurais pensé qu'il peut en être l'auteur.
– Que tu me supplies ? Ce train est passé, il me semble. À vrai dire, j'attends un peu de spectacles. Tu n'as plus ton précieux collier, donc tu peux te faire plaisir, je me trompe ?
– Je ne vois pas de quoi tu parles.
– Vraiment ?
Il est loin d'être dupe, il a fait le rapprochement entre le bijou et mon comportement, fait chier !
– C'était très émouvant, votre petite scène. Je ne peux pas t'enlever la qualité que tu me feras toujours rire, tu n'as pas tant changé que ça finalement tu es tout aussi pathétique qu'avant.
OK, il cherche à me faire craquer, pourquoi ? Je ne me laisserais pas avoir à ce jeu puéril, qui n'est en passant pas digne de lui, mais bon je décide de rentrer dans son manège, après tout je n'ai pas grand-chose à perdre à part mon calme évidemment.
– Tu dois certainement avoir raison. Mais, dis-moi le but de ta visite ? Hormis bien sûr de me montrer que tu as changé de régime alimentaire, tu t'imaginais peut-être que cela m'impressionnerait.
– Alors comme ça tu as un « mystérieux vampire » sur le dos ?
Il est hors de question qu'il foute son nez dans mes histoires !
– Broutilles, d'ici la fin de la semaine ça sera de l'histoire ancienne.
– C'est peut-être, ton cher et tendre. Avoue que les similitudes sont troublantes. Il connaît la totalité de tes proches, il était à Seattle et trois Volturi ont été tués, ça lui ressemble assez.
– Je lui fais confiance.
– Nous sommes la preuve vivante que tu fais bien confiance à n'importe qui.
– Je suis beaucoup moins conne qu'avant et Grim n'a aucun intérêt à me faire ça.
– Peut-être ou alors, il t'a si profondément embobiné que tu ne vois rien clairement. Te manipuler ce n'est pas dur. Même moi, le « bébé vampire », j'ai réussi, plus d'une fois. Mais, quel intérêt a-t-il de te garder constamment sous contrôle si ce n'est pour t'utiliser plus tard ?
– Tu ne sais rien du tout. Alors, tu es ici pour me rendre ce que tu m'as volé, ou tu peux te casser.
– J'en ai entendu suffisamment pour savoir que tu es convoité par Aro et ça, ce n'est pas rien, mais évidemment ton Grim, un vampire totalement altruiste et bienveillant ne veut que ta protection et ton bien-être et ça ne te choque pas ?
La patiente a des limites et les miennes sont déjà dépassées depuis longtemps.
– Qui me dit que ce n'est pas toi, ou l'un des tiens. Parce que si l'on y réfléchit bien mes emmerdes ont commencé à partir du moment où vous êtes revenus.
– C'est le seul argument que tu as pour le défendre ? Douter de nous ? Pas brillant, c'est très décevant.
Il dit ceci en se rapprochant de moi. Sa proximité me gêne, mais pas par peur, mais cet air malsain qu'il dégage me déstabilise. Je joue la carte de la nonchalance en reculant, du moins j'essaie, bien que je pense qu'il ne tombera pas dans le panneau.
– Il n'a besoin de personne pour le défendre comme je te l'ai dit, il a toute ma confiance.
Pourquoi la dernière partie de la phrase me paraît plus difficile à prononcer que tout à l'heure ? Je continue sur ma lancée espérant qu'il n'ait rien décelé.
– Vous êtes bien le deuxième clan le plus puissant après les rois, tuer trois gardes n'a dû être qu'une formalité pour Jasper ou même Emmett.
– Admettons. Jasper et Emmett pour les gardes, allons même jusqu'à l'armée si tu veux. En vue du don de Jasper, cela aurait été facile.
À force de reculer je me retrouve coincé contre un mur et Edward continue à se rapprocher, mais ce qui me perturbe le plus c'est que plus il se rapproche, moins je me sens déstabilise. C'est comme si je ne courrais aucun danger, c'était bien le moment qu'il me plante lui aussi. Edward pose ses mains sur le mur derrière moi encadrant mon visage en plongeant ses yeux dans les miens, je ne me suis jamais sentie aussi petite, j'aimerais le repousser, non, plus exactement l'envoyer valser par la fenêtre, mais mon corps ne veut rien savoir.
– Ton idée pourrait tenir la route, pour la première partie du plan. Mais dis-moi, qui de nous aurait tué la gosse ? Jasper et Emmett à Seattle tu peux les éliminer. Il te reste, Carlisle, Esmé, Rosalie, Alice et moi-même.
Il me laisse quelques secondes de réflexion et devant mon silence il reprend.
– Les quatre premiers sont hors course. Alors, maintenant regarde-moi bien dans les yeux et dis-moi si tu me crois capable d'avoir tué Mélanie.
Je peux l'accuser de beaucoup des choses, mais malgré la couleur de ses yeux, son comportement de la journée, ses paroles, je suis forcé d'admettre que je ne le vois pas tuer une enfant.
– Va te faire foutre.
Son expression est victorieuse, je me déteste d'être aussi faible.
– C'est tout ce que je voulais savoir.
Dans un mouvement d'air, il disparaît par la fenêtre laissant derrière lui mon collier accroché à la poignée.
Je récupère mon bijou. La scène qui vient de se dérouler prouve bien que je me contrôle suffisamment pour ne pas en avoir besoin, pourquoi me forcer à le mettre alors ? « Te garder constamment sous contrôle », mais pourquoi ?
Appuyé contre ma fenêtre, je laisse mon regard se perdre sur la ville éclairée. J'essaye d'assembler tous les éléments dont je dispose dans un schéma empreint de logique, remontant loin dans les événements qui ont marqué tout ce qui a fait de moi ce que je suis. Mais, plus j'y pense et plus je relève des discordances et elles ont toutes pour point commun Grim. Il est entré dans ma vie du jour au lendemain. J'étais tellement perdu devant ce qui m'arrivait que j'ai donné crédit à toutes ses paroles, et sans jamais opposé le moindre doute, et si Edward avait vu juste ? Si moi-même, j'avais été manipulé, mais, par qui ? Grim ou Edward ? Peut-être même les deux.
Je me suis perdu dans mes réflexions beaucoup plus longtemps que je ne le pensais à en croire le jour qui commence à éclairer les immeubles, cela sera encore une nuit sans repos, espérons que ma journée soit moins violente que la veille, mais là aussi j'en doute.
Il existe des lois fondamentales qui gèrent ma vie. Par exemple, les seuls moments où je me glisse dans un bain mon téléphone se met à sonner et évidemment le « ça pourrait être important » l'importe toujours sur le « qu'ils rappellent » aujourd'hui ne déroge pas à la règle, remplacer le bain par la douche et le téléphone par mon interphone et vous comprendriez pourquoi je suis au milieu de mon salon en serviette devant Zok assez gêné il faut l'avouer.
– Chef, on t'a appelé, mais…
Mes yeux bifurquent sur les restants de mon répondeur et dans l'élan que je lui avais donné le téléphone n'était pas en fort meilleur état.
– Du nouveau ?
J'en doute fort. Si le protagoniste de tout ceci est bien un vampire, il ne se laissera pas avoir par des agents du FBI, aussi forts soient-ils.
– C'est le bordel au QG, mais je suis venue te chercher parce que quelqu'un veut te voir, et elle ne veut voir que toi.
– Si c'est encore une histoire de paperasse, ils attendront, j'ai d'autres projets pour aujourd'hui que de faire des ronds de jambe.
– C'est un peu plus compliqué que ça, Brass s'en occupe, mais il n'est pas vraiment à l'aise. Il attend Rosalie pour prendre le relais.
– Brass pas à l'aise ? C'est quoi encore cette merde ?
– Tu devrais venir. Les services de sécurité nationale on mit la main sur tout le matos de Keïz et veulent nous forcer à accepter le plan de protection des témoins. Brass est contre et le fait savoir, Big lui a l'air de s'en foutre enfin c'est la merde Isa.
– Laisse-moi cinq minutes et je me mets en route.
Mon agent ne se fait pas prier pour partir, je m'habille à la va-vite, et lorsque mon collier glisse de mon lit au sol je prends un instant de réflexion pour au final le ramasser et le mettre dans ma poche de Jean, utile ou pas l'avoir sous la main n'est peut-être pas une mauvaise idée.
Quand Zok disait le bordel, il pesait ses mots.
Mes locaux sont envahis d'un nombre incalculable d'agents tous habiller de costard noir qui donne plus l'impression de mer humaine qu'autre chose, j'entends Keïz jurer sur le mec qui touche à sa centrale, Big assis à l'une des tables en train de répondre à une série de questions tout comme Zok, mais où est Brass ?
Je me fais un chemin pour atteindre mon bureau et dans le couloir j'ai trouvé Brass. Il est dans l'encadrement de la porte de mon bureau autant dire qu'on ne voit pas cette dernière, bras croisé avec un air décider sur le visage. En m'approchant je vois trois petits bonshommes devant lui, bon ils doivent tous me dépasser d'une bonne tête, mais n'arrive même pas à l'épaule de mon ami et l'un d'entre eux s'égosille devant mon agent qui n'a pas l'air de vouloir coopérer.
– Ce mandat m'autorise à perquisitionner la totalité de vos locaux y compris le bureau de votre chef alors je vous ordonne de vous écarter !
– Non.
– Écoutez, si vous ne me laissez pas entrer je suis en droit de vous faire arrêter pour obstruction à la justice ! Ne me forcez pas à employer les grands moyens.
– Sortez-les. Parce que, moi vivant vous ne rentrerez pas dans ce bureau !
– Vous pouvez nous faire confiance. On souhaite uniquement récupérer les dossiers administratifs qui sont propriétés de l'État, je vous rappelle.
– J'ai confiance en deux personnes dans ce monde, la première c'est moi et la seconde ce n'est pas toi.
Je sens que la patience de mon géant est mise à mal autant intervenir avant qu'il finisse par les encastrer dans l'un des murs.
– Messieurs.
– Ah chef Swan ! Dites à votre agent de nous laisser faire notre travail.
– Et si vous alliez porter mains fortes à vos collègues le temps que je m'entretienne avec mon agent.
Les trois têtes de fouine suivent mon conseil, probablement trop heureux de ne pas à avoir « employé les grands moyens ».
– Je ne peux pas les blairer. Regarde-les, on dirait des huissiers !
– Qu'est qui se passe dans mon bureau pour que tu défendes son entrée à ce point ?
– Rosalie est dedans avec quelqu'un qui ne veut voir que toi et je n'avais pas envie que ces cons les fassent chier.
Je rentre dans mon bureau. À l'instant même où je la vois, je me fige, et pourtant le doute n'est pas permis, c'est bien elle. Brass me pousse pour pouvoir entrer à son tour et bloquer la porte.
– Elle n'a rien voulu nous dire, à part qu'elle ne voulait voir que toi on ne sait même pas qui c'est. Isa, ça va ? T'es toute blanche.
L'inconnue de Brass s'approche de moi et une fois à quelques centimètres de moi elle relève la tête tout en me tendant une enveloppe.
Je la prends et découvre avec horreur le message qu'elle contient, « Quatrième avertissement tic-tac ». Le message glisse de mes mains pour échouer aux pieds de Brass qui le lit. Mes mains se posent sur les épaules de la messagère et instinctivement je la ramène vers moi, elle me répond en encerclant ses bras autour de ma taille comme si j'étais une bouée de sauvetage.
– Isa ? C'est qui ?
– C'est Lola.
