Chapitre 19

La situation demande une vivacité que je suis incapable de fournir. Dans mon esprit, seuls raisonnent les mots, « Tout, mais pas Lola ». J'endurerais tout, traque, souffrance, torture, mais je ne supporterais jamais que l'on touche un cheveu de Lola.

– Isa, faut la sortir, ici il y a trop de monde.

– Rosalie, je te la confis. Allez à ta voiture, je vous rejoins.

Je ne dois pas avoir confiance en Rosalie. C'est une Cullen, mais elle reste avant tout un vampire capable de défendre Lola, et malgré mes doutes je sais qu'elle le fera.

– Viens ma puce. Bella doit parler aux gens derrière cette porte, elle nous rejoint vite.

La petite relève sa tête, et je vois dans ses yeux le doute qui y réside.

– Je ne serais pas longue. Tu peux lui faire confiance. Allez à la voiture, j'arrive dès que je le peux, je te le promets.

J'ai dû prononcer les paroles qu'elle attendait, puisque je la sens desserrer son emprise pour prendre timidement la main de Rosalie. Cette dernière me regarde intensément.

– Merci, je ne te décevrais pas.

– Reste en alerte constante. On ne sait pas à quoi, l'on pourrait avoir a faire.

Il y a des comportements qui ne trompent pas. Le sous-entendu a été correctement interprété par Rosalie, qui prend la petite dans ses bras comme pour en faire un rempart inébranlable, tout comme la volonté qui vient de remplir ses yeux. Je viens de lui confier la protection de Lola, et aussi illogique que cela puisse paraître, je me sens soulager, de peut-être pouvoir compter sur Rosalie comme allié pour ce combat. Lola est épuisée, et se laisse faire sans protester, elle va même jusqu'à déposer sa tête sur l'épaule de sa nouvelle protectrice.

– On t'attend.

Elles disparaissent de mon champ de vision, et j'ai le besoin d'être près de Lola qui se fait ressentir. Je sais qu'elle est en sécurité, pourtant j'aurais toutes les raisons d'en douter, mais non.

– Tu peux prendre deux minutes, pour m'expliquer.

– Plus tard.

Brass va pour protester, mais notre directeur entre dans mon bureau.

– Bonjour chef Swan. J'aurais aimé être là plus tôt, mais des obligations m'ont retenu.

– Je n'ai pas vraiment le temps, pour les politesses.

Morgan cherche ses mots, pour finalement aller droit au but.

– Ils ont obtenu votre suspension. C'est provisoire, je vous rassure. Les événements vous touchent directement et en vue de votre caractère, disons explosif, ils craignent une vendetta, mais je vous assure que l'affaire sera confiée aux meilleurs agents que j'ai. La suspension prend effet dès maintenant jusqu'à la résolution de l'enquête. Croyez-moi j'en suis désolé Isabella sincèrement.

Voilà, c'est officiel, je n'ai plus de travail. La nouvelle m'aurait anéantie, il y a encore quelques heures, mais là je n'ai qu'une envie, c'est d'aller rejoindre Lola, le reste me passe loin au-dessus de la tête.

– Je démissionne, vous aurez ma lettre demain à la première heure.

– Je la refuserais. Je comprends votre colère, mais…

– Mais quoi ? Vous êtes désolé ? Moi aussi. Mais il est temps que je passe à autre chose. Ma décision est prise.

Pour accentuer ce que je viens de dire, je prends flingue et plaque pour les mettre dans les mains de Morgan.

– Ne faites pas ça Isabella. Vous êtes de loin le meilleur agent que j'ai. Pensez à tous ces enfants que vous avez sauvés et vous pourrez en sauver bien d'autres, vous êtes faites pour ce travail.

– Brass sera un parfait chef.

– Non si tu pars, je pars !

À l'identique de mes gestes, Brass dépose sa plaque sur le bureau.

Morgane tente de persuader Brass de ne pas faire ça à son tour, mais je suis déjà trop loin pour entendre l'argumentation de mon ancien équipier. J'ai un dernier regard pour Zok et Big qui se tenant dans le couloir, ils ont tout entendu. Il y a des situations où les grandes phrases n'ont pas leurs places, mon adieu fait partie de ces moments et ils me connaissent trop bien pour savoir que de simples mots ne changeront en rien ma volonté de les quitter, mais je ne peux m'éviter d'avoir un pincement au cœur devant la simple phrase de Zok.

– Merci pour tout chef.

Big n'est pas en reste non plus.

– On restera tes gars et toi notre cheftaine, peu importe ce qu'ils disent.

Keïz vient d'arriver et comprend la situation.

– Tu nous quittes ?

– Oui.

– M'en fou je t'aimais pas.

Keïz et sa mauvaise foi vont me manquer.

– Ne t'inquiète pas moi non plus.

Je quitte les locaux. En me rendant sur le parking, je ne peux pas n'empêcher de revoir Brass qui court après Keïz à travers toutes les pièces pour le forcer à lui rendre sa pizza ou sa bière, nos enquêtes, nos victoires, leur détermination, notre unité elle était là notre plus grande force, mais le combat qui se prépare n'est pas pour eux. Je refuse de les mettre face à un danger, où ils n'auront aucune chance de survie.

La porte du parking souterrain claque derrière moi. C'est une page qui se tourne, mais au moment où je cherche des yeux la voiture de Rosalie je croise le regard de Lola, la peine que je ressentais il y a quelques instants pour la perte de mon équipe est balayée par la détermination de protéger cette enfant, si cela doit être la dernière chose que je dois faire en ce monde j'y mettrais toutes mes tripes.

Rosalie stoppe sa voiture devant moi.

– Tu nous suis à moto ?

Lola ne me quitte pas des yeux, je n'ai qu'une envie c'est de la prendre dans mes bras pour tenter d'arracher cette peur qui envahit son visage d'enfant.

– Non, je monte avec vous.

Je joins le geste à la parole, je monte derrière au côté de la petite qui affiche une pauvre esquisse de sourire, je croise le regard de Rosalie dans le rétroviseur.

– Elle avait peur que tu ne reviennes pas.

J'ouvre les bras à Lola qui s'y précipite. La voiture commence à rouler, et entre mes paroles rassurantes et la route qui la berce le petit corps qui se tient solidement à moi se détend peu à peu et finit par s'alourdir devant le sommeil qui l'envahit.

– Elle t'a dit quelque chose ?

– Non, elle a peur.

– Rien de plus normal.

– On l'emmène où ?

– Chez moi.

– Je ne pense pas que cela soit le plus sûr, s'ils savent pour Lola ils doivent connaître ton adresse.

– Tu as probablement raison. Trouve nous un hôtel, elle a besoin de se reposer et de manger.

– Toi aussi, tu verrais la tête que tu as ! Si tu veux prendre soin de Lola il ne faut pas que toi-même tu t'effondres de fatigue, et un hôtel ne reste pas l'endroit le plus sécurisé du monde.

– Au vu de ce qui la menace, aucun endroit n'est sûr.

– Lorsque Grim t'a appelé hier il t'a dit d'aller chez lui, c'est peut-être le moment de l'écouter.

Oui, la villa de Grim est un endroit sûr pour moi, mais pas pour une enfant de plus la maison est totalement isolée, sans compter qu'il m'a prévenu que les Volturi font de nombreuses intrusions dans le secteur rien ne me permet d'être sûr qu'ils ne connaissent pas son adresse, avoir affaire à des vampires et les combattre ce n'est pas le problème, mais pas devant Lola.

– Non, on reste sur l'idée de la chambre d'hôtel du moins pour le moment.

Je laisse Rosalie choisir dans quelle partie de la ville nous conduire. J'observe le visage de Lola qui a glissé sur mes genoux. Même durant son sommeil ses traits sont tendus. Ses yeux ne cessent de rouler sous ses paupières closes, signe de l'agitation qui règne dans son esprit, je reprends mes caresses sur ses cheveux et lui fredonne la première mélodie qui me vient en tête, la combinaison des deux a l'air de faire son effet puisque son sommeil se calme.

Le silence qui a envahi l'habitacle a son propre effet sur moi aussi, j'essaye d'analyser la situation et surtout de trouver un moyen d'assurer au mieux l'avenir de l'ange qui dort dans mes bras. J'ai toujours agi en accord avec les règles que je me suis imposées. Surtout ne pas s'attacher, est celle dont découlent toutes les autres, mais je sais que c'est déjà trop tard. Plus rien ne colle, je suis tiraillé entre deux feux, je devrais quitter Lola sur-le-champ, car le véritable danger pour elle c'est moi, mais me séparer d'elle est au-dessus de mes forces. Le vampire qui nous traque doit attendre le premier de mes faux pas pour passer à l'action, mais je ne sais pas quelle direction prendre, si je pars à sa recherche je dois laisser Lola, et si je reste près d'elle je prends le risque qu'il attaque en sa présence.

– Bella, ne pars pas.

Je ne peux m'empêcher de sourire lorsque je me rends compte que c'est dans son sommeil qu'elle me demande de rester. Un sourire qui s'efface bien vite lorsque je prends conscience que malgré toute la volonté qui m'a envahi, qu'en admettant que j'arrive à me débarrasser de la menace qui pèse sur elle je suis condamné à la quitter un jour ou l'autre, je n'ai aucun futur.

Une larme solitaire me sillonne la joue aussi acide que du venin, pourquoi me montrer ce qu'aurait pu être mon avenir au crépuscule de ma vie. Le destin est cruel et laisser Lola s'accrocher à l'espoir que je serais toujours là l'est tout autant, mais comment lui refuser ?

– On est arrivé.

En regardant par la fenêtre, je n'arrive même pas à croire ce que j'y vois.

– Non, mais tu as perdu l'esprit !

Bien que chuchoter mon ton est sans équivoque, Rosalie se retourne afin de bien me regarder dans les yeux avant de commencer à m'exposer sa vision des choses.

– Vois-tu un endroit plus sûr pour elle ? Tu ne pourras pas être au front et au berceau et je sais que tu veux t'occuper personnellement du sort de l'enflure qui s'en est pris aux tiens, alors je te propose quelque chose. Je suis entièrement responsable de Lola et de sa sécurité quand tu n'es pas présente, mais si nous avons affaire comme tu me l'as fait sous-entendre à autre chose qu'à des humains on doit optimiser un maximum sa sécurité et bien que je sois une farouche guerrière je suis loin d'être aussi forte qu'Emmett ou encore autant tacticienne que Jasper. Je sais que tu ne leur fais pas confiance, mais tu sais très bien qu'ils ne me laisseront pas face à un combat sans combattre eux-mêmes. Nous ignorons ce qu'elle a vécu ces dernières heures ou peut-être jours, il serait plus prudent que Carlisle l'examine aussi.

– Donc pour résumé ton plan tu protèges Lola lors de mes absences et eux te protège toi et donc par définition elle aussi.

– Si tu as une meilleure idée, je t'écoute.

J'aimerais pouvoir trouver quelque chose qui surpasserait l'idée de Rosalie, mais là rien ne me vient.

– S'il lui arrive quoique se soit Rosalie crois-moi que tu le regretteras amèrement.

– J'ai bien conscience de ça, mais le contrat a une clause qui n'est pas discutable.

– Laquelle ?

– Tu dois le demander toi-même à Esmé.

Alors ça pas question, je ne me rabaisserais pas à ça ! Mes pensées doivent transpirer par mon regard, car Rosalie comprend bien ce que j'ai en tête, mais d'un mouvement de menton elle me désigne le petit corps qui commence à s'agiter dans mes bras. En baissant les yeux je vois que Lola est réveillée et la peur a repris sa place dans ses yeux, son estomac aussi se fait comprendre par des gargouillis, elle a faim, elle a besoin d'un lit pour récupérer et surtout d'attention permanente, chose que je ne peux pas lui fournir et c'est vrai que niveau sécurité pour elle cela n'est pas parfait, mais avec Rosalie où moi constamment à ses côtés cela reste raisonnable.

– D'accord.

Nous descendons de la voiture Lola et moi main dans la main, mais les inquiétudes de la petite refont surface.

– Où est-on ?

Je sais qu'elle a peur et de ce fait je dois être le plus convaincante possible.

– Nous sommes chez des amis à moi, mais tu les connais aussi quand tu étais plus petite tu as déjà vu le docteur Cullen tu te souviens ?

– Oui il était très gentil avec moi et c'était le père d'Edward.

– Tu te souviens de lui aussi ?

– Oui, mais je veux pas le voir.

– Ne t'inquiète pas mon frère n'est pas là.

J'ignore pourquoi Lola a été si ferme au sujet d'Edward, peut-être ne l'aimait-elle pas plus petite. La porte sous le perron s'ouvre sur une Alice qui affiche un grand sourire en guise d'accueil.

– Bonjour vous trois.

Les deux sœurs nous font entrer et je ne suis même pas surprise de découvrir que le salon est impeccable, jamais on ne pourrait imaginer qu'une bagarre y avait éclaté trois jours plus tôt.

– Bonjour les filles.

Esmé vient à son tour nous accueillir. Je me sens mal à l'aise, pas à ma place et en vue du comportement de notre hôte je ne suis pas la seule, comment j'ai pu imaginer qu'ils accepteraient.

– Tu nous présentes cette jolie petite fille qui se cache derrière toi ?

– Je… oui bien sûr c'est Lola. Je ne sais pas si vous vous souvenez d'elle, nous étions voisines à Forks.

Donner le change, en vue de ce qui s'est passé est beaucoup plus dur que je l'imaginé. Ma voix est loin d'afficher l'aplomb qu'il me faudrait avoir pour mettre en confiance la petite, mais Esmé joue son rôle à merveille.

– Mais bien évidemment que je me souviens de cette adorable petite fille. Tu es devenu une bien belle demoiselle. Carlisle sera ravi de te revoir, tu te souviens de lui ?

– Oui madame.

– Appelle-moi Esmé. Les mesdames, c'est pour les personnes âgées.

– Oui madame... heu Esmé.

– À la bonne heure, dites-moi les filles plutôt que de glousser comme des dindes si vous alliez nourrir l'estomac de notre petite Lola, je suis sûr que la mousse au chocolat qui se trouve dans le frigo n'attend que toi, tu aimes ça ?

La petite tête brune acquiesce avec vigueur et elle ne se fait pas prier pour suivre Alice dans la cuisine me laissant seul dans le salon avec Esmé.

– Et si nous allions nous asseoir, il paraît que tu dois me parler.

Je la suis, ne sachant pas du tout ce que je vais lui dire. Pour l'instant, je me sens comme celle qui a tenté de les tuer il y a trois jours, ravager leur salon sans oublier tout ce que je leur ai dit, bref, comment leur demander de l'aide maintenant. Putain Rosalie, je te retiens sur ce coup-là.

– Je t'écoute.

– C'est assez compliqué.

– Et probablement assez, grave pour que tu décides subitement de venir ici.

– En fait, c'est plus l'idée de Rosalie.

– Et nous savons toi et moi que, tu es une personne manipulable et forte impressionnable surtout par Rosalie.

– Tu as raison, j'ai décidé, d'accepter l'offre que Rosalie m'a faite, elle ne m'a pas forcé.

– Bella, dis-moi ce qui se passe.

Je suis dos au mur et comme pour me donner le courage de me lancer j'entends dans la pièce voisine un petit rire qui ne peut appartenir qu'à Lola.

– Elle est en danger, le genre de danger où la police ne peut rien faire.

– Comment ça ?

– Le détraqué qui en a après moi et qui tue les personnes qui sont chères à mes yeux est un vampire. Il a commencé par le médecin qui s'occuper des enfants à l'hôpital, ensuite il y a eu Angela, Mélanie et mon père.

– Attends une minute depuis quand tout ceci a commencé ?

– La semaine dernière, on nous a délivré le corps du docteur, hier matin nous avons découvert les corps d'Angela et Mélanie et en rentrant à la brigade on m'a annoncé pour mon père.

– Mais tu vis un cauchemar !

– Je ne suis pas ici pour me faire plaindre. Ce n'est pas moi la victime, chaque meurtre a été accompagné d'un message qui m'était personnellement destiné et ce matin Lola était dans mon bureau avec une enveloppe contenant l'un d'entre eux, c'est sa prochaine cible et il tient à ce que je le sache. Si je suis ici ce n'est pas pour m'excuser ou autre chose, parce que dire que je regrette serait faux, mais Lola est en danger à cause d'un vampire et bien que je puisse me défendre je ne suis pas certaine d'assurer sa sécurité, alors je vous demande pour elle de bien vouloir l'accueillir quelques jours le temps que je mette la main sur ce vampire.

Esmé prend quelques minutes de réflexion avant de me donner sa décision.

– Ma réponse est non.

Je savais que j'allais au carton. Pourquoi je me suis laissé convaincre, la fatigue probablement, mais si je le savais pourquoi suis-je aussi déçu. Ils l'ont laissé tomber il y a cinq ans, comment j'ai pu un instant imaginé…

– Rassis toi Bella !

– Vous avez été clair, je récupère Lola et je m'en vais.

– Tu ne vas nul par, tant que tu ne m'auras pas écouté et surtout répondu à mes questions.

Ce n'est pas une demande c'est un ordre. Je suis bien trop crevé pour avoir de la répartie et puis la petite à côté je n'ai aucunement envie qu'elle soit témoin d'un esclandre qui pourrait très mal tourné alors je me rassois.

– Ton plan si je peux le formuler ainsi est que nous prenons soin de Lola pendant que tu vas faire la peau ce vampire, je suis navré de te dire que je ne serais jamais d'accord avec une telle folie.

– Mais…

– Tu te tais et tu m'écoutes, ne t'inquiète pas ton temps de parole viendra.

– Je t'écoute.

– Donc, je te disais que je ne donnerais jamais mon accord pour t'envoyer dans un combat et surtout seul, bien que tu sois devenue extrêmement forte personne n'est invulnérable alors si tu souhaites que nous prenions Lola sous notre protection, il te faudra accepter notre aide pour éliminer cette menace.

– Et pourquoi j'accepterais ?

– Premièrement parce que je ne t'en laisse pas le choix puisque pour cette petite tu serais prête à tout, ne dis pas le contraire, tu es actuellement en face de moi pour avoir notre aide. Deuxièmement, parce que bien que tu ne me croies pas tu es et restera l'une de mes filles. Te savoir seul face à ce monstre est tout simplement hors de question.

– Je pensais avoir été clair sur ce sujet.

– Je te rassure, tes paroles ont été limpides. Laisse-moi te les remémorer telle que je les ai comprises « Esmé toi qui a été la mère que je n'ai jamais eu tu m'as tourné le dos tout comme ma mère humaine s'est détournée de moi, reste loin de moi plutôt que de me laisser espérer que je compte encore pour quelqu'un, cinq ans que je souffre en silence et toi tu débarques en m'ouvrant les bras pour me refaire croire à cet amour que je fuis, partez avant que je vous fasse du mal ».

Pourquoi cette phrase est si douloureuse à entendre, pourquoi ma gorge se compresse alors que je voudrais nier, pourquoi mes larmes coulent alors que je voudrais fuir ce regard plein de tendresse que m'envoie Esmé, la seule chose que j'arrive encore à faire est de secouer la tête en signe de refus, je refuse que tout ceci soit vrai.

– Ce n'est pas ce que tu nous as dit ? Alors, explique-moi certaines choses. Pourquoi t'être servis de Lola samedi soir pour nous faire du mal si tu étais si sûr que son histoire ne nous touchait pas ? Tu vois, ça n'a rien de logique, la seule chose que tu souhaitais était de nous voir partir loin de ta vie, mais surtout loin de toi. Tu peux, changer de nom, de ville, de vie, mais tu ne changeras jamais ce que tu es à l'intérieur. Tu ne me feras pas changer d'avis lorsque je t'assure que ce n'est pas par haine envers nous que tu veux nous voir partir loin de toi. Maintenant, ose me dire, droit dans les yeux, que j'ai tort.

Elle ne peut pas avoir raison. Ce n'est pas vrai. Je les déteste, ils sont partis. Mais j'ai beau me répéter ces mots en boucle, cela ne change rien au sentiment qui s'infiltre en moi, des années qu'il n'a pas émis la moindre résistance à mon esprit, mais je sens bien que mon cœur me hurle que les paroles d'Esmé ne sont que vérité. Cinq ans de silence de ma conscience et là, tout me revient en pleine gueule. Moi qui me crois forte je ne suis qu'une lâche qui n'a fait que fuir la réalité et surtout la vérité je ne me bat pas contre des assassins ou des pédophiles, je suis qu'une petite fille abandonnée et en colère qui déverse sa haine pour cacher sa peine.