Chapitre 20
Je sens deux mains froides sur moi. Elles m'attirent, et me bercent. Mes yeux se ferment. Je n'arrive plus à faire face à tout ça, la mort des miens, le retour des Cullen dans ma vie, Lola qui compte sur moi et maintenant Esmé qui avec une simple phrase balaye toutes mes certitudes. Je l'ai insulté, mis plus bas que terre. Je lui ai fait volontairement mal et elle n'y a vu que la détresse, que moi-même, je refuse d'assumer, je suis fatigué de tout, mais surtout de moi-même.
– Tu es épuisé toi aussi, la petite a mangé, nous avons une chambre où vous trouverez un lit ainsi que tout le confort. Laisse nous prendre le relais pendant quelques heures Bella, si tu ne le fais pas pour toi tu dois le faire pour elle. Lola compte beaucoup sur toi et les épreuves que tu traverses et celles qui t'attendent ne sont pas faciles. Accorde-toi un peu de repos, Rosalie restera près de vous si cela peut te rassurer, personne ne viendra vous ennuyer. Je t'en fais la promesse.
– Je ne peux pas, pas après tout ce qui s'est passé Esmé.
_ Chut, le passé est à sa place ce qui veut dire derrière nous. Lola est l'avenir. Si enterrer le passé pour protéger son avenir était la solution ne crois-tu pas que cela serait un prix plus que raisonnable ?
– Je ne sais plus Esmé, tout me paraissait si logique il y a encore quelques jours, mais maintenant je ne sais plus quoi, où qui croire. Tout devient si compliqué, je voudrais pouvoir comprendre, mais plus j'avance et moins les choses sont claires.
– Tu es fatigué. Tu as tout à gagner avec quelques heures de sommeil, ensuite si tu ne veux pas rester et emmener Lola dans un endroit plus sûr je te soutiendrais et t'aiderais, mais pour l'instant tu dois penser à toi pour mieux prendre soin d'elle.
– J'AI GAGNE ! Jazz, tu me dois 50 dollars. Salut Bella… Bella ? Enfin, je veux dire Isa.
Le regard d'Emmett est mi-intrigué, mi-inquiet. J'imagine aisément que de me voir assise dans son salon et en plus dans les bras d'Esmé me consolant n'était pas l'image qu'il s'attendait à voir. Lorsqu'il s'approche de moi je trouve plus prudent de m'éloigner, je ne suis pas ici pour faire du mal à qui que ce soit, mais même avec la distance que j'ai prise avec sa mère je vois bien que ses yeux se remplissent de colère. Esmé accepte ma présence, est une chose, mais pour le reste de la famille, cela en est, une autre. Emmett se plante devant moi ne démordant pas de son expression furieuse.
– Je ne suis pas ici pour chercher des histoires. J'en ai suffisamment, crois-moi.
– Ça, je peux facilement te croire. Mais tu vas me dire tout de suite qui t'a fait pleurer ? Qui a osé s'en prendre à toi ? C'est Edward, c'est ça ? Oui, évidemment que c'est lui, qui d'autre. Attends que je lui mette la main dessus !
Rosalie qui a entendu la voix de son mari rentre dans le salon pour lui parler.
– Non, pour une fois Edward n'y est pour rien. Ce n'est pas lui qui l'a fait pleurer.
– Qui ? Donne-moi un nom et je le tue de mes mains ou de mes dents. Non, je ne me salirais pas. Mon corps est un temple, réserver à un gibier de premier choix, pas un connard qui fait pleurer ma sœur.
Je ne comprends plus rien, de qui parle-t-il ? De moi ? Ce n'est pas possible.
– Bah ne me regarde pas avec tes yeux de merlan frit mon moustique, tu t'imaginais qu'une petite bagarre changerait quelque chose ? Et puis tu me dois une revanche et ça, j'y tiens !
Une toute petite voix se fait entendre derrière nous.
– Chico ?
– Mais c'est ma Chicotine, ce n'est pas possible ! La vache, qu'est-ce que tu es belle ma puce.
– CHICOOO
Je vois Lola se précipiter dans les bras dudit « Chico » avec un sourire en forme de banane. Elle si accablé il y a quelques minutes, se retrouve dans les bras du géant.
– Vous vous connaissez ?
Emmett me répond avec un sourire assorti à celui de la petite.
– Mais bien sûr que l'on se connaît. Nous sommes même associés sur une grande affaire de divertissement, n'est-ce pas Chicotine ?
– Oui moi j'étais Chicotine, et lui c'était Chico. On faisait des spectacles de clown pour les enfants à l'hôpital de Forks, on pourra en faire un pour Bella ?
– Si elle veut bien, pas de problème pour moi. Dis-moi, tu veux voir ma nouvelle salle de jeux vidéo ?
– Tu as le dernier GTA ?
– Je te rappelle que tu parles à Chico le pro des jeux vidéo.
– Je t'ai souvent battu.
– Oui, mais je me suis entraîné depuis petite diablesse et puis je suis sûr que tu trichais.
– Bella je peux aller avec Emmett ?
Comment lui dire non ?
– Oui ma puce.
– Tu ne t'en va pas ! hein ?
– Non, ne t'inquiète pas. Je ne bouge pas d'ici.
Je les regarde partir à l'étage se chamaillant pour savoir qui des deux commencera, dispute qui se conclut par une course qui aux Cries de joie qui parvient de l'étage s'est fini par la victoire de Lola.
– Tu es rassuré ?
– Des spectacles de clown ?
– Une idée de Carlisle, cela permettait à Lola de souffler un peu et pas besoin de te dire qu'Emmett s'en est donné à cœur joie.
En imaginant la scène, je ne peux m'empêcher d'en sourire. Le grand méchant vampire déguiser en clown pour faire rire des enfants hospitalisés, c'est de l'Emmett tout craché.
– Mais pourquoi ne t'a-t-elle pas reconnu Rose ?
– Parce que je ne me suis jamais rapproché d'elle, du moins pas assez pour qu'elle me connaisse, j'ai déjà eu une expérience semblable il y a quelques années et la séparation a été l'une des choses les plus pénibles que j'ai eu à vivre, je me suis promis de ne pas refaire cette erreur.
– Ne pas s'attacher pour ne pas souffrir.
– Oui, dans certains cas c'est le mieux, du moins pour nous qui sommes amenés à toujours partir.
Jasper entre par la baie vitrée, mais au moment de franchir le seuil il se stoppe. Son corps se crispe, je le vois, bien qu'il lutte. Instinctivement je pense à Lola, mais non ce n'est pas comme ça qu'il faut agir avec jasper je le sais pour y avoir longuement réfléchi.
Je prends l'initiative de me rapprocher.
– J'ai confiance en toi Jasper, je sais que cela peut paraître dingue, mais tu dois me croire tu es bien plus fort que tout ça.
Rosalie, Alice et Esmé comprennent exactement ce que je suis en train de faire et me suivent.
– Nous avons tous une entière confiance en toi.
Jasper se détend, les vagues de sentiments positifs qu'il vient de recevoir ont dû contrecarrer la soif.
– Tu es gentille Isa, mais ce n'est pas l'odeur de Lola qui me dérange.
– Oh pardon, je pensais que…
– C'est très prévenant de ta part et étonnant aussi, parce que tu es bien la dernière personne que je m'attendais à voir ici.
Alice se love dans les bras de son mari.
– Qu'est-ce qui t'a fait avoir cette réaction mon cœur ?
– Tu te souviens du jour où je t'ai confié que de ne plus sentir les émotions de Be… Isa me manquait.
– Oui.
– Eh bien, ça ne me manquait peut-être pas tant que ça finalement, je ne comprendrais jamais comment tu arrives à gérer autant de choses contradictoires en même temps, les sentiments peuvent varier selon les situations. Les tiens sont constamment sur des montagnes russes.
– Désolé.
– T'inquiète, et puis je suis quand même contant de pouvoir de nouveau ressentir tout ça.
– Pourquoi ? Tu ne pouvais plus ressentir mes émotions ?
– Heu… ça, je pensais que tu me le dirais, enfin te sens pas obligé de quoi que se sois.
– Je n'ai pas vraiment de réponses, j'ai plus l'impression de prendre un film en cours de route je ne comprends plus grand-chose.
Esmé intervient elle n'a toujours pas abandonné l'idée de me faire dormir.
– Je te propose quelque chose.
– Ça va devenir le thème de la journée.
– Tu sais Lola en sécurité alors va t'allonger, repose-toi, moi de mon côté je vais tenter de vous préparer un dîner respectable et lorsque tu te réveilleras nous t'expliquerons tout ce que tu veux savoir et toi et bien tu nous diras… ce que tu veux bien nous dire.
Il serait facile de se laisser convaincre par autant de gentillesse, mais je n'y peux rien quelque chose me retient et évidemment Jasper le ressent, ça ne m'avait pas manquez-moi non plus.
– Chat échaudé craint l'eau froide.
Cela fait bien longtemps que je ne cherche plus à comprendre la logique bien particulière de mon esprit, mais au mot chat j'entends félin et suite logique uniquement pour moi j'entends Edward, il n'est plus végétarien, il est ici chez lui et Lola est là.
Même moi j'entends les dents à jasper grincer.
– Oula, par pitié doucement la reprise est dure et c'est pire qu'avant. Qu'est-ce qui a déclenché notre grand huit émotionnel ?
– Edward il est…
– Abrutis, mais tout le monde le sait et si lui-même ne le sais pas c'est qu'en plus il est sourd, ça le fou mal pour un vampire.
– Non, enfin si, mais ce n'est pas ça, je l'ai vu hier soir et… disons qu'il a le même regard que Grim et surtout la même couleur. Il est ici chez lui et j'ai peur pour Lola.
– Il n'osera pas se pointer ne t'inquiète pas, disons que nous avons eu une légère divergence d'opinions sur certain point et de fil en aiguille il a claqué la porte. En ce qui concerne son régime ce n'est pas la première fois qu'il craque depuis Forks.
– Quoi ?
– Là ça suffit, on a dit après la sieste, tu es loin d'être en état pour réfléchir alors Rose tu montres à Bella la chambre et toi tu te reposes suffisamment pour être en forme.
Je suis entraîné à l'étage par une Rosalie qui ne me laisse en rien protester, je n'y mets pas une grande véhémence non plus, arrivé dans la chambre je reconnais bien le style de la famille, mais surtout celui d'Esmé, simple et chaleureux.
– Pourquoi avez-vous une chambre possédant un lit ?
– Emmett et moi ne dormons pas, mais nous sommes bien souvent dans un lit.
Je ne me suis jamais sentie aussi conne, bien évidemment qu'ils ont des lits.
– C'est logique, excuse- moi j'ai plus trop les idées en face des neurones là.
– Tu trouveras derrière cette porte la salle de bain et derrière celle-ci le dressing.
Au mot dressing Alice surgit dans la chambre et commence à débiter son discours.
– J'ai bien étudié ton changement de look et je dois te féliciter, ce mélange cuir jean n'est pas permis à tous, mais toi tu ne portes pas ce style tu le sublimes. Tu trouveras uniquement des choses te ressemblant et je me suis même fait violence en y rajoutant des chaussures sans aucun talon, bon d'accord hormis les bottes et peut-être les cuissardes et aussi quelques escarpins, alors tu trouveras dans cette partie…
– Alice, stop !
Elle se fige instantanément dans l'exacte position qu'elle avait au moment où j'ai prononcé mes mots, c'est ridicule.
– Alice ? Calme-toi, tu parles beaucoup trop vite et tu me files le tournis.
– Désolé.
Rosalie s'éclipse de la pièce me laissant seul avec celle que je considérais à une époque comme ma meilleure amie. Nous qui parlions comme des pipelettes dans le passé ne trouvons rien à nous dire, mais Alice tente cependant d'engager la conversation loin de tout sujet délicat qui je le sais tomberons bien trop tôt.
– C'est Jasper et Emmett qui ont monté les meubles, Esmé a fait la décoration, Rosalie elle a tenu à s'occuper des produits de la salle de bain et moi le dressing.
– Vous vous occupez toujours des chambres d'amis en famille ?
Alice vient doucement s'asseoir à côté de moi pour me regarder avec une expression d'incrédulité totale.
– Ce n'est pas une chambre d'amis, c'est ta chambre.
– Quoi ?
C'est plus fort que moi, l'incompréhension se mélange à la colère, une chambre ? Comme pour me faire croire que j'ai la moindre place ici et à quel titre ? Trop c'est beaucoup trop pour une seule et même personne même pour moi.
– Oui lorsque nous sommes arrivés on a pensé que si tu nous laissais une chance alors peut-être que tu voudrais bien...
– Que je voudrais bien quoi ? Redevenir le gentil chiot de la famille ? Et qu'il était important de me faire une niche ? Écoute-moi bien je n'ai besoin de personne dans ma vie et surtout pas de qui que ce soit dans cette maison tu comprends ça ?
Un sanglot se fais entendre derrière moi, à peine ai-je le temps de me retourner que je vois Lola qui s'enfuit.
– Lola attend je ne disais pas ça pour toi. Lola !
Je lui cours après dans les escaliers pour la rattraper sur les dernières marches la maintenant aux poignets. Tous les Cullen de la maison sont présents et témoins de la scène.
– Je ne parlais pas de toi, crois- moi.
Elle se débat et brusquement arrache ses mains de mon emprise en reculant, ses larmes coulent sur son visage et la tristesse déborde de ses grands yeux.
– Tu n'as besoin de personne, dans ta vie tu l'as dit.
– Lola je t'en prie laisse-moi t'expliquer.
Je suis la responsable de la tristesse de ses larmes, c'est moi qui lui ai fait du mal. Mon cœur que je pensais atrophié depuis tout ce temps n'était en réalité qu'en état de veille si j'en crois la puissance qu'il déploie pour me faire ressentir la culpabilité dans l'intégralité de mon corps.
– Explique-moi pourquoi ? Pourquoi tu t'occuperais de moi alors que personne ne veut de moi ? Pourquoi tu me défendrais alors que je ne manquerais à personne ? Tu me dis que je dois te faire confiance, que ce sont tes amis et tu dis que tu ne veux pas d'eux dans ta vie, pourquoi je te croirais alors que tu n'as jamais été là ?
– Lola je t'en supplie arrête. J'ai toujours pensé, à toi je te le jure.
Tout doit se payer un jour et je n'aurais jamais imaginé que mon prix serait celui-là, les paroles de Lola sont des rasoirs qui me lassèrent de toute par, mais surtout le cœur, elle veut comprendre elle veut savoir elle souffre depuis toujours alors que moi je ne suis qu'une lâche qui s'est enfuie.
– Tu pensais à moi ? Alors pourquoi je n'ai jamais reçu ne serait-ce qu'une Carte postale ? Un appel pour Noël et mon anniversaire tu mens tu es comme les autres, je te déteste.
Ces mots sont mon coup de grâce, je tombe à genoux devant la petite qui poing serré contre son petit corps laisse sa peine s'exprimer, ce n'est pas vrai j'étais là, mais elle ne l'a jamais sût alors bien qu'anéantis par son jugement je veux qu'elle sache qu'elle a toujours compté pour moi.
– Lorsque tu es sortie de la clinique où tu as été hospitalisé durant quatre mois tu ne parlais pas, tu restais seul dans ta chambre et cela a duré jusqu'à ton sixième anniversaire où tu as reçu en cadeaux une petite cage rose avec dedans un lapin que tu as appelé Zébro, tu as commencé à parler à ce nouvel ami en lui disant que ta maman te manquait, mais un jour Zébro est mort, Serge ton éducateur préférer t'a expliqué que Zébro était maintenant avec ta maman et qu'il était sûr qu'elle prendrait aussi bien soin de lui que tu l'avais fait. À partir de ce jour, tu as commencé à comprendre que la mort faisait partie de la vie et tu as accepté de commencer le deuil de ta maman. Tu n'aimes toujours pas te mélanger aux autres enfants et tu préfères jouer du violon dans ta chambre, tu aimes cet instrument parce qu'il joue les larmes de ton cœur, c'est-ce que tu as confié à ton psychiatre que tu vois deux fois par semaine, le mardi et le vendredi de dix-sept heures à dix-huit heures, il t'a proposé d'entretenir une correspondance avec une marraine, mais tu as refusé en disant que tu ne voulais pas écrire à quelqu'un que tu ne connaissais pas.
Je lui dis tout ceci sans oser affronter son regard, j'avais été là, dans l'ombre à demander sans cesse de ses nouvelles, me servant des outils à ma disposition pour en savoir toujours plus sur elle, j'avais fait envoyer le petit animal et je m'en était voulu de la savoir malheureuse quand il avait lui aussi disparut, mais jamais je ne l'ai oublié.
Une petite main vient se poser sur ma joue et en relevant la tête je vois Lola qui vient de s'agenouiller devant moi.
– C'était toi qui m'envoyais des cadeaux, qui as payé mes cours de violon ? Pourquoi tu n'es pas venu me le dire ?
Au point où j'en suis autant être honnête avec elle et surtout avec moi-même il faut que j'arrête de me voiler la face.
– J'avais honte.
– Honte de quoi ?
– J'étais là à quelque mettre de toi et je n'ai rien vu Lola, trop occuper à ne me soucier que de moi, tu souffrais, j'aurais dû le voir et te sauver comment pourrais-tu me pardonner ça ?
– Je n'ai rien à te pardonner, ce n'est pas ta faute le seul coupable c'est… l'homme qui se dit mon père, tu ne pouvais pas savoir, personne ne le pouvait même maman qui m'aimait plus que tout n'a rien vu.
– Pardonne-moi Lola.
– Je ne t'en ai jamais voulu Bella.
Elle dit ceci en me prenant dans ses bras. Je lui rends son étreinte et c'est moi qui m'accroche à elle comme si elle était ma bouée de sauvetage dans cette tempête et s'est-ce qu'elle est, mon salut, mais comme si son pardon n'était pas suffisant elle rajouta.
– Je t'aime Bella.
