Fin du chapitre 29
Un raclement de gorge nous rappelle que nous avons aussi un autre invité.
– Loin de moi, l'idée d'assombrir votre soirée compte de fée, mais je voudrais bien savoir ce que je fais ici.
– Moi j'ai fait mon rôle de narrateur, Isabella va se charger du reste de la soirée.
Lola elle ne l'entend pas de cette oreille.
– Grim s'il te plaît raconte-moi encore une histoire.
– Vous êtes trop curieuse pour votre bien-être demoiselle, mais si tu y tiens je peux te raconter l'histoire d'une jeune femme qui sauva un jeune homme des griffes du plus dangereux des dragons.
– Ho oui s'il te plaît !
– Le jeune homme était d'une telle beauté qu'il…
Grim entraînait Lola à l'étage, probablement pour lui montrer les vestiges de cette histoire me laissant ainsi seul avec mon ancien coéquipier.
– Brass je refuse de te mentir, ce que je vais te raconter changera à tout jamais ta vision sur les choses qui t'entoure, mais je ne veux pas de t'exposer au danger sans que tu sois pleinement conscient du service que je vais te demander.
– Je t'écoute alors.
Chapitre 30
Durant plusieurs heures, je lui avais tout raconté en partant de mon passé au lycée avec les Cullen jusqu'à aujourd'hui.
Il ne m'a pas interrompu, gardant un silence religieux tout le temps qu'ont durées mes révélations sur les vampires, Grim et ses fonctions, mes choix, mes devoirs envers Némésis, les attaques. La seule ombre que je ne lui révélerais pas est le prix dont je dois m'acquitter, cela me reste trop douloureux.
Je laisse à mon ami le temps de comprendre l'envergure de ce que je viens de lui confier et après quelques minutes de mutisme j'entends sa voix assez faiblement.
– Aurais-tu quelque chose à boire ? Assez fort, de préférence.
Cette réaction me rassure, il me croit. Je me dirige vers le bar pour aller lui servir un Whisky sans âge, il lui faut au moins ça en guise de digestif devant tous mes aveux et comme je suis quelqu'un de bien élevé je ne le laisse pas boire tout seul, et, après tout, cela ne me fera pas de mal. Les verres dans une main et la bouteille dans l'autre je retourne auprès de Brass qui n'a toujours pas bougé d'un centimètre, j'en déduis que la bouteille ne sera pas de trop, tout lui dire en bloc n'était peut-être pas l'idée du siècle, mais à cause du manque de temps le luxe du ménagement n'est malheureusement pas à l'ordre de ce jour.
Il se saisit du verre que je lui tends plus par automatisme qu'autre chose, la première gorgée a le pouvoir de le sortir de ses songes. Il attrape la bouteille et écarquille les yeux devant l'étiquette.
– Sais-tu que cette bouteille a plus d'un siècle ?
Malgré moi, sa réflexion me fait sourire, je retrouve mon Brass qui par réflexes a pris toute cette histoire sous le mode « flic » lui permettant d'accaparer la partie de son esprit réservée pour les enquêtes et de conserver aussi une partie, « Je suis dans la vraie vie, je décompresse ». Cela peut paraître étrange pour les civiles, mais pour des agents qui côtoient l'horreur humaine quotidiennement c'est l'équivalent à la sauvegarde d'une bonne santé mentale.
– Il n'y a pas que des inconvenances à côtoyer les vampires, leurs bars font parties des petits bonus.
– Alors, c'était donc ça ton secret, j'en ai eu des hypothèses, mais jamais je n'aurais pensé que Keïz avait raison.
– Que veux-tu dire par « il avait raison » ?
– Il est certain que tu n'es pas humaine, enfin tu le connais.
– Heu… Je suis humaine !
– Oui, bien sûr, ce que je voulais dire c'est que c'est quand même lui qui était le plus proche de la réalité, qui l'aurait cru ! Putain, je n'en reviens pas.
Oui en effet, je les connais et je suis forcée d'admettre qu'ils me manquent. Comment les choses ont-elles pu échapper à tout contrôle aussi vite ? Il y a deux semaines, nous étions tous autour d'une pizza, en plaisantant sur la couleur de la voiture de Big et aujourd'hui...
– Lorsque j'ai pris la décision de vous quitter, ce n'était pas de gaieté de cœur, mais la situation exigée que j'instaure une distance de sécurité.
– J'ai bien compris, cela lève le voile sur bien des mystères.
J'attends patiemment qu'il m'en dise plus, car s'il n'en avait pas eu l'intention, il n'aurait jamais prononcé ces dernières paroles. Pendant que mon ami trouve les bons mots pour à son tour me faire part de ses révélations, je vais remplir nos verres. L'alcool dénoue les langues, c'est bien connu et il faut avouer qu'il n'est pas mauvais, mais lorsqu'il reprend la parole, je sais aux trois premières syllabes que je ne vais pas aimer la suite.
– Voilà, chef après ton départ, cela a été plus que le bordel à la brigade comme tu peux l'imaginer.
J'acquiesce, ce n'est pas une grande nouvelle, par contre qu'il commence son récit par des faits que je connais n'augure rien de bon.
– En réalité, nous avons tous démissionné, sauf Keïz. Il est encore dans les locaux, pour des raisons logistiques.
Je sais comment ils fonctionnent tous sur le bout des doigts et bien que mon passé de flic restera à tout jamais derrière moi, mon esprit et mon instinct eux ont pris l'habitude d'agir comme telle et pour le moment les seules choses qu'ils m'envoient sont des warnings. Mon ancien coéquipier sent que je suis en alerte à ses mots, il tente de se justifier, ce qui a le don de m'inquiéter, Brass qui se justifie, mais dans quelle dimension suis-je exactement ?
– Nous avons bien vu ton comportement envers les deux nouveaux, tu nous connais, mais nous aussi avons appris à te connaître et comprendre tes comportements et rien n'était logique, et tout est parti de là.
– Lâche la bombe Brass !
Je le vois expirer fortement et passer les mains sur le visage avant de me confesser leur connerie. Non seulement, il explique ses faits et gestes, mais en plus il n'est pas à l'aise devant moi, c'est tout aussi surnaturel pour moi que ce que j'ai pu lui confier il y a quelques minutes pour lui.
– Nous avons enquêté sur eux, on a trouvé une concordance entre eux et toi à Forks.
– Je vous avais dit que je les connaissais.
– Oui, sauf que voilà Keïz a émis l'hypothèse que Edward pouvait être un de tes ex-petits amis et il faut avouer que ça tenait debout, parce qu'entre vous c'était trop tendu pour n'être que professionnel. Je savais que tu n'as jamais voulu étaler ta vie privée, je t'ai toujours respecté pour ça, mais il faut avouer que j'étais inquiet, tout avait été trop vite, j'avais senti que cela t'était personnel et pour nous éloigner aussi vite ça pouvait être que grave. Regarde la situation avec notre point de vue. Les meurtres à répétitions sans aucun coupable. Ton passé qui resurgit en la présence d'Edward et pour finir, la gamine, sans oublier toi qui te barres, comment veux tu que je me dise une seule seconde « C'est bon, elle gère ». Tu as été dépassé à l'instant même où il est arrivé, je l'ai vu, dans tes yeux Isa, tu sais comme moi que les sentiments et le boulot ne vont pas ensemble, pire c'est un cocktail des plus dangereux, alors j'ai laissé Keïz faire ses recherches. Il les a élargis à toute la famille et là ont commencé les premières pièces de mystère.
– Explique-moi donc ce que vous avez trouvé.
– Les dossiers de recommandations de nos deux nouveaux sont bidons. Le papier officiel de leur affectation a éveillé nos soupçons, tu sais qu'ils sont filigranés de telles ou telles manières selon le service dont tu dépends, les leurs étaient bien conformes, mais pas par le bon ministère de là nous en avons déduit, que leurs dossiers sont faux. Je n'ai aucun doute sur le fait que toi tu le savais, là j'ai eu la confirmation que tu devais être dans une belle merde ! Alors, après ça, il te reste à imaginer notre équipe au complet sans aucune enquête officielle avec ce genre d'infos dans les mains, nous sommes flics et avant ça on est ton équipe, et donc à nos yeux, notre chef était en danger, si bien qu'on ne pouvait pas resté sans rien faire.
– Vous en avez fait une affaire personnelle aussi, tu as beau jeu de me souligner le danger de ce genre de choses.
Brass ne relève pas ma remontrance, le manque d'arguments probablement, il préfère enchaîner.
– Keïz a accepté le poste au centre de renseignement général du FBI, ils lui ont mis dans les mains une source intarissable de renseignements et nous, nous étions libres de toutes actions sur le terrain, officieusement l'enquête était ouverte.
– Alors, en souvenir du bon vieux temps, fais-moi un rapport digne de ce nom, plutôt que de jauger mes réactions toutes les trois phrases. Je t'ai tout dit de mon côté alors à ton tour abat ton jeu.
Ma voix est plus dure que je l'aurais voulu, mais pas contre Brass, non, c'est contre moi-même que ma colère est dirigée, comment ai-je pu imaginer qu'ils ne se mêleraient de rien !
– OK, nous avons relevé qu'en moins de cinquante ans sept familles d'une composition totalement identique, les prénoms compris avaient disparu du jour au lendemain toujours dans des petites villes. Les professions des uns et des autres variés, sauf une. Le père travaillait toujours dans un hôpital à proximité. Keïz a réussi à pénétrer dans les dossiers informatiques desdits hôpitaux, au vu des photos représentant le médecin en question le doute fut levé, il s'agissait bien de la même famille, sauf que voilà leur physique ne changeait pas. Vu l'âge des enfants, on en déduit qu'ils étaient probablement inscrits dans des lycées et les bals de promotions laissent des traces, Zok, Big et moi avons parcouru une bonne partie des établissements, à la recherche des photos de l'événement, je me suis rendu moi-même à Forks. Je vous ai vu toi et Edward en photos dans les archives du lycée, il n'avait pas changé comparativement aux précédentes photos, mais l'homme qui s'est présenté à la brigade lui avait bien dix ans de plus. On a pataugé un moment jusqu'à ce que, notre informaticien a dit « en avoir plein le cul », et décide de directement infiltrer le réseau de la famille Cullen.
– Pourquoi ne pas m'appeler directement ?
– Tu ne nous aurais rien dit, pire tu aurais peut-être disparu de la ville, ou nous aurions pu te mettre encore plus en danger sans compter que tu n'aurais probablement pas apprécié certaine de nos hypothèses. Comprends Isa, que l'on ne pouvait pas imaginer ce que tu m'as raconté, alors des mots tels que mafia ou services secrets ont été prononcés. Attends avant de t'énerver, vois ça avec tes yeux de flics, tu aurais toi-même dit que c'était louche.
– Continue, je garderais mon ressenti sur vos théories foireuses.
– Les premières infiltrations étaient riches d'informations, mais pas pour ce qui nous intéressait, c'est-à-dire ce que toi tu avais à voir avec tout ça. L'ordinateur de Rosalie nous a révélé que tu étais soumise à une surveillance très rapprochée de leurs part. Des centaines de rapports, certains sur tes déplacements, tes dépenses, ta façon de t'habiller, toute ta vie a été fidèlement retranscrite, mais pas uniquement. Keïz, a trouvé un lourd dossier, relatant toutes tes enquêtes, les enfants qui étaient victimes de nos affaires, nous avons trouvé des rapports hebdomadaires faits par des détectives privés de grandes renommées qui avaient en charge de surveillé les familles accueillant les victimes. Avec ce qui s'est passé dans notre système informatique, tu imagines bien nos conclusions. Nous n'avons rien dit à personne, nous étions dans l'illégalité la plus flagrante, Morgan ne nous couvre plus et nous avons vite compris que nous n'avions pas affaire à des amateurs, mais un détail a posé problème à Keïz et là est né le doute de leur culpabilité.
– Je suis tout ouïe !
– Keïz nous a confirmé que le chemin d'accès qu'il a utilisé pour être parvenu aux données était déjà existant, avant notre infiltration. Ce qui veut dire que nous n'étions pas les seuls a utilisé cette base de renseignements et en vue de tout ce que tu m'as raconté ce soir ça pourrait avoir un rapport, ne crois-tu pas ?
La voix de Grim raisonne derrière nous.
– Ceci explique cela.
Je vois Brass se tendre immédiatement, mais il se force à garder un visage impassible. Il se retourne sur notre Hôte et esquisse un sourire, c'est là ou je me rends compte que le regard que Brass pose sur Grim a changé.
– Grim, je suis désolé de vous avoir manqué de respect tout à l'heure, j'étais passablement énervé et surtout très inquiet pour Isa.
– Ne vous inquiétez donc pas, je sais très bien ce que vous aviez à l'esprit en arrivant chez les Cullen.
– Ah oui ! télépathe, il me faut une période d'adaptation pour me faire à l'idée que les êtres immortels nous entourent.
J'interromps leur échange de politesse.
– Lola ?
– Ça fait déjà un petit moment qu'elle dort. Dites-moi Brass, vous réagissez plutôt bien face à tout ceci, la découverte du monde surnaturel a bien souvent l'effet de choc sur la plupart des humains.
Les yeux de Brass se perdent, mais après un silence de quelques minutes c'est d'une voix lointaine qu'il répond, son esprit était reparti sur des souvenirs que j'imagine douloureux.
– Une partie de ma vie a été occupée par des combats à une époque, que j'imaginais juste. J'ai vu des choses sur les champs de bataille qui ne relèvent d'aucune science. J'ai été témoin de guérisons faites par des sorciers, les blessures que l'on auraient sans doute dites mortelles dans nos beaux hôpitaux new-yorkais et qui pourtant guérissaient avec de simples incantations, alors oui, je crois au surnaturel, mais imaginer que je côtoyais des vampires par interposition de Isa, non ça, je n'y avais pas pensé.
– Je comprends. Isabella, tu es consciente que nous ne pouvons laisser cette « enquête » se poursuivre ? Nous sommes dans l'obligation de mettre un terme à tout cela.
– Oui, fais ce que tu as à faire Grim.
La réaction de Brass est rapide et violente.
– NON ! Isa, comment peux-tu ?
J'entends le rire de Grim remplir la pièce.
_ Bon, je te laisse lui expliquer, moi j'ai du travail, je passerais chez les Cullen pour les remercier d'avoir fourni tant d'informations aux Volturi.
– Tu penses réellement que c'est eux ?
– Qui d'autre ? Et puis réalise, ce qu'Aro a trouvé en eux. Des braves petits soldats, dévoués à ta surveillance, on peut dire que c'est très bien joué, il s'améliore avec le temps, qui l'aurait cru ? Lola est dans ta chambre, j'ai branché les alarmes, tu sauras si une infiltration a lieu, je ne serais pas très long, bien que je pense m'arrêter avaler un petit quelque chose.
Il nous laisse, enfin, surtout moi avec sur les bras mon ami qui ne sait pas quel comportement adopter devant la nonchalance de Grim, mais cela lui passe très vite.
– Isa, ne me dis pas que tu le laisses partir à la recherche des autres.
– Bien sûr que si ! Mais, attends avant de tirer des conclusions, car il ne va pas les tuer.
– Isa, c'est un vampire, les vampires tuent les humains, ils le sont tous et….
– Brass, stop ! Ils sont humains, toi aussi tout comme Lola et pourtant, tout le monde est en vie à ce que je sache.
– Alors que voulait-il dire ?
– Je t'ai dit que Grim est plus puissant que le commun des vampires, il possède plusieurs dons et c'est celui d'hypnose, qu'il va se servir sur les gars, de manière à ce qu'ils ne se mettent pas en danger en apprenant certaines choses, qui doivent restés secrètes.
Brass conserve les yeux braqués sur la porte par laquelle est parti Grim, parce que oui, Grim chez lui utilise les portes, je sais que ses méninges turbinent et qu'il est partagé par plusieurs sentiments, qui ne le serait pas ?
– Bon, admettons, mais comment va-t-il les trouver ?
– Bien que vous ne le connaissiez pas, il a toujours été très présent dans notre quotidien à la brigade et vu l'heure je pense qu'il va tous les trouver dans leur lit.
Le visage de mon ami s'illumine à ces mots.
– Ton nettoyeur ! C'est lui que tu appelais !
– Oui en effet, Grim a profité de quelques-unes de nos adresses pour rendre une justice un peu plus expéditive que les tribunaux.
– Je dois admettre, que vu comme ça, il remonte en flèche dans mon estime, après tout on peut le considérer comme un collègue.
L'image de Grim en uniforme équiper d'une plaque et d'un Béréta me fait sourire.
– Si ça peut te rassurer de le voir ainsi.
– Une question alors, si le secret sur ce monde doit être maintenu pourquoi tout me dire ? Tu m'as fait entendre que tu avais quelque chose à me demander et pour le moment je dois t'avouer que je ne vois pas vraiment en quoi je peux t'être utile.
Voilà la partie que je redoutais le plus, je retourne m'asseoir et invite Brass à me rejoindre. Je ressers son verre, il va en avoir besoin, c'est certain. Il prend le verre avec un demi-sourire.
– C'est si grave que ça ?
– Je t'ai dit qu'une bataille allait avoir lieux, et bien que je compte assuré l'avenir des gens que je vais laisser derrière moi, cela ne change pas le fait que Lola a besoin d'avoir quelqu'un sur qui compter.
– Oui, je comprends, mais je ne vois pas en quoi je peux t'aider en cela. Prendre Lola sous mon aile pour la maintenir en sécurité face à des menaces que je qualifierais d'humaine ne me pose aucun problème, mais là, on en est plus au stade où je puisse faire quoi que ce soit en but de la protéger, toi et ton… ami vampire ainsi que les Cullen seront plus aptes a le faire en terme d'efficacité.
– Non, Lola mérite mieux que ça.
– Et par « mieux », tu entends quoi ?
– Je veux qu'elle puisse avoir une vie normale et surtout le plus loin possible de tout ce monde fait de combat incessant pour sa propre survie.
– Dans ce cas, pourquoi ne pas t'en occuper toi-même ? Je peux t'aider, mais c'est en toi qu'elle a une confiance aveugle.
– De ce combat découlera l'avenir de beaucoup de monde, mais… enfin tout ça pour dire que la seule personne en qui je peux avoir une confiance absolue pour un avenir normal pour la petite, c'est toi.
– Tu ne réponds pas à ma question, pourquoi délègues-tu ? Tu le dis toi même, tu es humaine, je ne vois pas ce qui t'en empêche, reprendre une nouvelle vie avec elle, un boulot plus soft, à moins que tu comptes rejoindre les Cullen ?
Je sais bien à son regard absent et ses dernières questions posées si doucement, qu'il se parle à lui même. Il relève le regard d'un coup sur moi et je vois dans ses yeux qu'il a trouvé des réponses à ses questions.
– Deux possibilités à ton choix, sois, tu comptes effectivement rejoindre les Cullen et faire une croix sur toute ta vie humaine ou alors… le combat… Isa dis moi que je me plante !
– Écoute-moi Brass…
Il est déjà debout, ses yeux encrés aux miens et je ne l'ai jamais vu si menaçant, mais bien que je sache qu'il cherche à se contrôler, la pression qu'il exerce dans ses mains est violente. Il prend la parole, l'articulation des mots n'est pas au rendez-vous, c'est bien les mâchoires jointes qu'il me pose la question, et au ton qu'il emploie, cela exige une réponse des plus franches.
– Es-tu, en train de planifier tes dernières volontés Isa ?
C'est droit dans les yeux que je lui réponds.
– Oui !
Là, sa colère explose, c'en est trop pour lui, je savais qu'il y aurait un contre-coup à tout cela.
– Comment peux-tu me dire ça !
– Brass écoute…
– Non Isa ! Tu sais quoi, c'est toi qui vas m'écouter et fermer ta gueule ! Comment peux-tu faire ça ? Ce n'est pas digne de toi ! Depuis quand baisses-tu les bras devant l'adversité ? Elle est où ma chef ! Tu sais la chieuse qui n'a qu'une idée c'est d'avancer envers et contre tout, peu importe ce qu'on lui met sur le trajet.
C'est à mon tour de me lever et de me planter devant lui.
– Parce que tu crois que ça m'amuse toute cette histoire, on ne me laisse pas le choix.
– On a toujours le choix et quand on ne te l'a pas laissé et bien tu sais ce que tu as fait ? Tu l'as pris quand même ! Tu n'as jamais fait ce que l'on te disait de faire et aujourd'hui tu obéis comme un chien ! C'est quoi le problème ?
– Ne fait pas ça Brass.
– Non, mais là, je rêve ! C'est à moi de ne pas faire quoi ? Te foutre un coup de pied au cul ? Alors là tu peux rêver ! Que tu m'écarte pour des raisons de sécurité, aller, on va dire que je t'en veux même pas et pourtant c'est pas faute de penser que ça servait a rien pour preuve je suis là ! Mais, te laisser me dire que tu vas mourir sans te battre ! Putain que ta Némésis m'en soit témoin ! JAMAIS je ne fermerais ma gueule !
– Je ne devrais pas être ici, et cela, depuis bien longtemps, les choses doivent revenir dans l'ordre, et là non, je n'ai plus le choix !
– Moi je crois que cette excuse t'arrange bien !
– Comment ose tu dire un truc pareil !
– Il en faut un qui te le dise ! Tu te planques derrière cela Isa et surtout ne me dis pas le contraire, car tu n'as aucun argument convaincant sinon je te connais suffisamment pour savoir que tu m'aurais clouer le bec depuis longtemps !
– Je vois tous les miens souffrir et mourir les uns derrière les autres tout ça par ma seule faute, crois-tu que j'arriverais a supporter ça encore longtemps !
– C'est ça l'excuse ! Alors, tu fuis ! Depuis quand t'es devenue une lâche ?
Bien que ça réplique m'atteigne ce n'est rien comparer à ma propre réponse, je le savais, mais le dire à voix haute est comme le réaliser réellement.
– Tu m'idéalises Brass, en réalité j'ai toujours fui, que cela soit moi, les autres ou mes réels sentiments, en vérité je n'ai toujours fait que ça. Je ne te demande pas de me comprendre, je te demande de l'aide pour Lola, je sais ne pas mériter ton respect et encore moins ton amitié, mais c'est bien vers toi que je viens pour me rendre cet ultime service.
Un long silence pesant prend place, je n'ose pas le rompre, c'est à lui de me faire savoir s'il souhaite participer à l'avenir de Lola ou non, cette décision lui appartient entièrement. Je prends le temps d'aller voir la petite, elle n'est pas dans un lieu qu'il lui est familier et elle a suffisamment subi de traumatismes comme ça, pour que je ne veuille pas qu'elle se réveille totalement désorientée.
Je rentre doucement dans la chambre, elle est là serrant un petit ours en peluche contre elle, cette image rappelle Mélanie. Mon corps se crispe à l'image que mon esprit m'envoie, la petite dans le conteneur, Angéla, mais la haine qui commençait à s'infiltrer face à ces souvenirs est balayée par une larme, Lola pleure. Je m'assoie près d'elle et ma main trouve automatiquement le chemin de ses cheveux, à mon contacte elle ouvre ses grands yeux.
– Tu ne dors pas ?
– J'ai entendu crier.
Qu'avait-elle entendu exactement, et surtout qu'avait-elle compris ? Je n'ai rien fait comme il aurait fallu avec elle, un sentiment de culpabilité m'envahit, je voudrais tellement qu'elle soit heureuse. Je savais depuis le début qu'il me faudrait la quitter, mais aujourd'hui que je suis devant la fin de cet ultimatum je doute que mes décisions fussent les bonnes.
– Ça veut dire quoi lâche ?
Je me rapproche pour m'asseoir encore plus près d'elle et comme si elle avait ressenti mon besoin de contact avec elle, elle vient prendre place dans mes bras, la tête posée sur ma poitrine et ses petits bras encerclant ma taille. Comment expliquer tout cela à une enfant si jeune ?
– Lâche veut dire qui manque de courage.
– Alors moi aussi je suis lâche.
Sa réponse me choque, comment peut-elle se juger ainsi.
– Bien sûr que non ! Pourquoi dis-tu ça ?
– Si j'avais été plus courageuse, maman serait encore là. J'avais tellement peur que je me suis caché pendant, qu'il l'a tapé. J'ai abandonné ma maman.
Les larmes qui coulent sont silencieuses, elle dit cela comme une vérité, un fait et c'est bien le plus douloureux, parce que dans ses yeux, dans ses souvenirs fausser dus à son jeune âge, elle est certaine que cela s'est passé ainsi.
– Tu ne l'as jamais abandonné, ta maman t'aimait plus que tout au monde, que tu sois en vie est la chose la plus importante qui fut à ses yeux. Tu n'es pas lâche, tu es une petite fille courageuse et bien après avoir vécu tout ça, tu continues à avancer dans ta vie. Tu n'aurais rien pu faire, tu avais cinq ans ma puce.
– Ça ne compte pas l'âge.
– Mais bien sûr que si ça compte, une petite fille de cinq ans ne peut pas faire face à tout ça et sauver la situation, qu'aurais-tu voulu faire ?
– Je ne sais pas, courir, crier, appeler de l'aide.
– Et tu l'as fait, c'est toi qui as appelé le 911, c'est toi et personne d'autre. Tu as fait preuve d'un courage que peu d'adultes auraient eu, tu ne dois jamais en douter.
– Alors pourquoi je n'ai pas sauvé maman ?
– Malheureusement, on ne peut pas toujours sauver les gens que l'on aime, je sais que c'est injuste, mais c'est la réalité.
– Toi tu m'as sauvé.
– C'est différent ma loupette.
– Non, c'est pareil.
– Que veux-tu dire ?
– J'avais mal partout, mais des fois j'entendais le docteur parler avec Grim, ils disaient qu'il n'y avait pas de solutions, que j'étais condamnée à ça. Après tu es arrivé, j'ai entendu ce qu'a dit la dame, tu m'as sauvé, j'en suis sûr. Je ne me souviens de rien après, mais quand je me suis réveiller on m'a dit que j'avais été malade, ce n'est pas vrai, c'était autre chose. Ils m'ont menti, je sais que quelqu'un est rentré dans la chambre et ma mordue, il avait les yeux comme Grim, rouge, mais méchant. Ce n'est pas la myxomatose, tu m'as menti aussi, mais pourquoi ?
Dire que je ne sais pas quoi répondre est loin du compte, comment répondre à ses questions ?
– Oui, je t'ai menti, mais pour ton bien, je veux dire que tu es si jeune et tu as déjà vécu tellement de choses, je ne pouvais pas tout te dire, c'est très compliqué.
– Je suis trop jeune pour la vérité, mais je ne suis pas trop jeune pour mourir ?
– Tu n'es pas morte.
– Si je l'étais, je serais avec maman.
Je reste sans voix devant cette affirmation, mais je suis tétanisé devant la gravité de sa logique.
– Tu n'as pas le droit de dire ça, jamais elle ne souhaiterait que tu dises de pareilles bêtises. Tu dois toujours, garder à l'esprit que ta vie ne sera pas toujours ainsi, tu va grandir, avoir une famille à ton tour, tu as toute la vie devant toi Lola.
– Je ne veux plus croire à ça.
– Je sais que tout cela te parait dur, mais je t'en pris ma puce, ne perd pas l'espoir.
– L'espoir c'est quand on croit que demain ça ira mieux ?
– Oui.
– Quand j'étais petite à Forks, c'était toi mon espoir alors.
Je ne comprends pas ce qu'elle veut dire, il est logique que moi je me sois fortement attaché à cette enfant, mais il est vrai que je ne connais pas la cause de cette réciproque.
– Pourquoi dis-tu ça ?
– Dans les histoires la princesse est toujours sauvée par un prince, mais je n'y est jamais cru, pourtant quand je te voyais avec Edward je savais qu'il était ton prince charmant. Ça avait un sens, alors pour moi aussi un jour un prince charmant viendrait me sauver, mais il n'est pas venu. Maman parler avec une dame une fois et elle a dit que les Cullen étaient partis, il était parti sans toi, les princes charmants n'existent pas, j'étais triste pour toi, tu pleurais à ta fenêtre. Après maman aussi est partie et j'étais toute seule, comme toi.
– Tu n'es plus toute seule.
– Comme toi.
– C'est différent.
– Non, c'est pareil.
Je ressers mon emprise sur elle, dire qu'elle est têtue est peu dire, mais après tout elle a pas totalement tort dans sa logique.
– Bella ?
– Ma puce ?
– Si je dois te croire quand tu me dis que je ne suis pas lâche alors tu ne l'es pas non plus.
– C'est différent.
Elle se dégage de mon emprise pour s'asseoir et me regarder avec détermination.
– Si moi je dois être courageuse alors que je suis trop jeune, toi tu ne peux pas être lâche, ce n'est pas logique. Tu m'as menti, je ne te demanderais pas de me faire une promesse, mais moi je vais t'en faire une, si tu arrêtes d'être courageuse alors moi aussi !
Aucun doute ne transpire de son regard, sa décision est prise et elle attend ma réponse, je prends sur moi, et la rassures, que puis-je faire d'autre ?
– D'accord je ne vais pas perdre l'espoir.
Un léger sourire né sur sa petite bouche, mais il laisse la place à un bâillement des plus sincère. Je la reprends dans mes bras et lui fredonne une mélodie pour qu'elle s'endorme, chose qui arrive bien vite.
Je suis rassuré de la voir si paisible dans son sommeil, j'aurais tant aimé passer plus de temps avec elle. Je suis fasciné par ce visage enfantin qui reflète de légères expressions qui doivent être en concordance avec ses rêves qui paraissent doux. Les yeux perdus dans ma contemplation je laisse mon esprit vagabonder, me mettant à imaginer toutes les choses que j'aurais souhaité vivre, lui faire découvrir des petit rien sans prétention, mais qui font comprendre que la vie reste un cadeau précieux. Une journée en famille, mais dans laquelle elle aurait eu sa place, où elle aurait été chéris et protégé ou tout simplement voir son émerveillement devant un lever de soleil, la chaleur des rayons sur sa peau que j'imagine facilement assez pâle, m'aurait-elle regardé avec des yeux pleins de joie, quelle couleur auraient ils eu ? Je n'ai pas senti les larmes qui inondent mon visage, la douleur que je tente d'étouffer depuis plusieurs jours me revient en plein visage, je n'aurais jamais les réponses à ces questions. Mon attention revient sur l'ange endormi, je sais que j'ai eu raison de la sauver de cet avenir auquel on l'avait condamné, mais le tribut est lourd pour une cause que je sais juste. Une main sur mon épaule me rappelle que j'ai dû rester bien longtemps absente, Brass est à mes côtés, lui aussi regarde la petite avec une infinie douleur dans les yeux, je sais que la colère est passée.
– Ma fille devrait avoir environ son âge.
C'est la première fois qu'il m'en parle, je sais à cause de son dossier que sa femme et sa fille ont été assassinées après un cambriolage qui aurait mal tourné pendant que lui était en Irak, mais jamais il n'avait pu en parler. Je pose ma main sur la sienne qui n'a pas quitté mon épaule, nous restons ainsi lui et moi chacun dans nos pensées pendant un moment, d'une légère pression il me ramène au moment présent.
– Nous devrions la laisser se reposer.
Nous retournons dans le salon, le silence est respectueux, mais je sens le regard de Brass me sonder.
– Tu ne me dis pas tout n'est-ce pas ?
C'est là dans la gorge, si une personne au monde pouvait comprendre ce qui me broie le cœur c'est bien lui, mais les mots ne sortent pas. Je détourne les yeux, écœurer par moi-même. Vouloir le dire à Brass alors que je refuse d'en parler à Edward me fait sentir pire qu'une moins que rien, mais comment pourrais-je imposer une telle douleur à l'homme que j'aime ? Non, cela restera ma perte, mon deuil à tout jamais, aussi lourd que soit cette peine je refuse de la faire ressentir à ceux que j'aime.
Brass, sait qu'il y a des tourments qui ne peuvent être exprimé par de misérables mots, alors il ne dit rien, mais vient se positionner près de moi, jamais je n'ai été en position de faiblesse devant lui, alors que je devrais être forte, afin de pouvoir donner le change, j'en suis là, à quémander la chaleur de la présence de mon coéquipier. Il me laisse quelques minutes avant de reprendre.
– Si je décidais de prendre Lola sous ma protection, comment cela se passerait-il ?
J'expire fortement pour me donner le courage qu'il me faut, pour ne serais-ce qu'a réussir a faire la part des choses, je dois absolument resté concentré sur Lola.
– Grim dispose de moyens techniques vous permettant, de totalement disparaître dans la nature, vous recréant ainsi une nouvelle vie ainsi qu'une nouvelle identité à l'un comme à l'autre, vous pourrez disposée également de moyens financier conséquent afin de vivre sans vous préoccuper du quotidien.
– D'accord, ça j'imagine que c'est le côté sympathique et qu'il doit existé, une contre partie sinon, pourquoi moi ? Et non Big par exemple qui a plus d'expérience avec les enfants que je n'en aurais jamais. Sans oublier que rien ne nous assure que la môme voudra me suivre, regarde-moi, me qualifier de protecteur passe encore, mais dans ses yeux je ne dois avoir rien de rassurant.
– Je ne pouvais pas demander ça à Big pour la simple raison qu'il a ses filles.
– Oui alors que moi je ne laisse personne derrière moi.
– Ce n'est pas comme ça que je voulais le dire, excuse-moi.
– Laisse tomber, tu n'y es pour rien de toute façon, c'est la pure vérité, mais explique-moi la contre partie.
– Comme je te l'ai dit, le simple fait que tu sois en possession d'informations concernant le monde vampirique te met en danger.
– Une chose, qui apparemment peut être palliée par Grim, je reprendrais tes mots,lâche la bombe Isa !
– Si tu prends Lola sous ta protection cela veut dire une immersion totale dans ce rôle, en laissant derrière toi travaille amis et… souvenirs, pour faire place à un passé inventé de toutes pièces par Grim.
– Excuse-moi là, mais tu peux détailler le plan dans son complet ?
– La manière la plus sûre de vous mettre en sécurité, est que vous même vous ne sachiez rien. Comme tu l'as dit, Grim peut interagir sur ça en implantant dans votre esprit de nouveaux souvenirs au prix des anciens. Ce qui veut dire, que toi et Lola oublierez absolument tout qui n'ai pas relatif à votre histoire. Le schéma de vie que nous avions pensé était que tu passerais pour son père et suite au décès de ton épouse, toi et la petite vous prendriez de la distance avec tout cela, vous repartiriez de zéros. Bien entendu cela ne se fait pas du jour au lendemain, l'esprit humain n'est pas un ordinateur que l'on peut formater, il existera des zones de doutes, d'ombres, des sentiments relatifs à votre passé oubliez, c'est pour cela que le décès est présent dans l'histoire créant un traumatisme assez conséquent pour pouvoir expliquer l'incohérence de certaines choses. Le temps passant les mensonges que votre esprit vous enverra deviendrons réalité, renforcé du quotidien et donc pour au final entièrement aliéner le passé.
Le visage de Brass et d'une pâleur cadavérique, il ouvre la bouche plusieurs fois, mais aucun son ne sort, j'attends patiemment qu'il se reprenne, je sais que cette soirée a été riche d'information pour lui et l'ampleur de ce que je lui demande est d'une telle envergure que je serais mal placé pour le bousculer encore plus qu'il ne l'est déjà. Sa première réaction est de se resservir une rasade de whisky,après l'avoir bu il reprend la parole.
– Ça, c'est dans l'hypothèse que j'accepte et dans le cas contraire ?
– Tu oublierais absolument tout de notre conversation de ce soir ainsi que la petite enquête que vous avez menée sur toute cette histoire, tu retournerais à ta vie comme si de rien n'était et j'espère loin de ce monde chimérique.
– Et Lola ?
– Nous serons contraints également de lui effacer quelques souvenirs des derniers jours et probablement la faire placer dans une famille d'accueil choisit avec soin.
– Lorsque tu dis que j'oublierais tout, tu veux dire que je ne me souviendrais plus jusqu'où ?
– Grim sera seul juge, mais pour répondre à ta véritable question, non tu ne te souviendras pas de l'Irak, de ton épouse et de… ta réelle fille.
Je vois bien qu'il doute et probablement qu'il doit avoir aussi peur, comment pourrait il en être autrement.
– Tu sais ce qui m'a toujours fait le plus mal en ce qui concerne ma petite ? C'est que le premier jour où je l'ai vu en vrai, est le jour où j'ai du la mettre en terre, je n'ai pas été présent durant la grossesse et encore moins à sa naissance, j'aurais dû, mais voilà entre ce que l'on prévoit et se qui se passe sur le terrain il y a un gouffre. Je n'ai aucun souvenir à oublié d'elle, car je n'en ai aucun, pas un sourire, pas un rire, la voir dormir ne m'a été offert que par sa mère qui l'avait prise en photos. J'ai mis des années à pouvoir ne serais ce qu'ouvrir le carton contenant les clichés, j'ai pleuré pendant des heures sur ces images. La seule chose qui me reste en mémoire est sa mère, je l'aimerai toujours tu sais.
Je me rends compte de mon erreur, comment ai-je pu être aussi aveugle, Brass a eu son lot de souffrance lui aussi, jamais je n'aurais du penser à échafauder un plan pareil.
– Je n'aurais pas dû te demander cela excuse moi, je trouverais une autre solution.
– J'accepte.
C'est à mon tour d'écarquiller les yeux, j'ai dû mal comprendre.
– Je ne t'oblige à rien Brass, je comprendrais que tu refuses, tes souvenirs te sont précieux et…
– Et quoi ? Tu sais Isa si la souffrance, aussi forte soit elle, pouvait faire revenir les morts, elles seraient toutes les deux près de moi, choses qui n'est pas. Je me suis toujours accroché à l'idée que si je n'étais pas encore parti les rejoindre, c'est que peut-être il existait une raison, va savoir cette raison s'appelle peut-être Lola. Le jour où à mon tour je partirais, je veux pouvoir regarder ma femme droit dans les yeux et lui dire que je suis resté celui qu'elle aime. Je ne te demande pas de me comprendre, mais je sais que même si je ne me souvenais pas de ta proposition, jamais je ne trouverais une autre chance comme celle-ci. Alors oui je suis d'accord d'oublier les morts afin d'assurer l'avenir d'une enfant bien vivante et qui mérite un avenir.
Je reste sans voix devant la déclaration de mon ami, jamais je n'aurais cru qu'il avait tout cela en lui.
– Merci Brass, tu ne peux pas savoir à quel point je t'en suis éternellement redevable.
– Plus égoïstement je n'ai aucune envie de te pleurer.
Cette phrase est tombée comme un couperet.
– On ne me laisse pas le choix, sur ça tu sais.
– Par contre, on te laisse mettre un terme à tous les problèmes, je trouve cela un peu facile quand même et puis tu restes humaine, te savoir partir me rend malade, mais je sais aussi que tu n'en démordras pas.
– Non en effet.
Il a beau cherché un semblant de doute dans mes yeux il n'y trouve que détermination, enfin je pense.
– Maintenant que nous avons suffisamment versé dans le mélancolique, sur un point de vue pratique, cela va se passer comment ? Je veux dire l'hypnose.
– C'est physiquement indolore.
– Pourquoi le fait que tu précises « physiquement » ne me rassure pas ?
– C'est un peu compliqué à expliquer.
– Ah enfin de la complexité, c'est vrai que toute cette histoire n'était que bien trop simple.
Je réceptionne la tentative d'humour de mon coéquipier avec plaisir, ça c'est mon Brass, même devant les pires situations rien ne le démonte entièrement.
– Utilisé l'hypnose pour faire faire des actions simples telles que de monter dans une voiture n'est pas complexe en soit.
Le léger grognement de Brass accentue l'exemple, il a bien compris comment il est arrivé ici, je continue mes explications.
– En ce qui concerne d'effacer des souvenirs il faut qu'il interagisse plus profondément dans le subconscient et le plus efficace reste de faire revivre à la personne les souvenirs qu'il souhaite modifier ou effacer, tout cela peut durer plusieurs heures selon ce qu'il pour but de faire, cela sera votre cas et à ce moment-là vous revivrais entièrement les événements, c'est psychologiquement assez dure.
– En l'espace de quelques heures, je vais tout revivre ?
– Et à ton réveil tout aura disparu.
– Et Lola ? Je veux dire qu'elle aussi va devoir tout revivre, mais jusqu'où ?
– Le plus loin possible, les traces que son père avait faites sur son corps ont disparu suite à l'action du venin vampirique qui lui a été injecté, bien que la transformation n'ai pas abouti elle a été suffisamment avancée pour restaurer son corps.
– Elle devra revivre les viols ? La mort de sa mère sans compter ce qu'il s'est passé chez les Cullen.
– Oui. C'est pour cela que je n'ai jamais demandé à Grim d'intervenir sur les enfants victimes de nos enquêtes, les obliger à tout revivre même dans l'optique d'un total oubli me semblait cruel.
– Oui, cas de conscience. Je n'arrive pas à croire que tu as réussis à tout concilier sans jamais perdre toi même le cap.
– C'est que notre Isabella est plus têtue qu'un troupeau de mules.
Brass sursaute à l'arrivée de Grim, moi ça fait bien longtemps que je me suis habituée à ses entrées peu orthodoxes.
– Grim, je ne vous avais pas entendu arriver.
– Le contraire aurait été surprenant.
– Heu... oui, évidemment.
– Tu as été rapide.
– Je me suis absenté quand même trois heures, et oui ils vont tous très bien Brass.
Je vois bien au visage de Brass qu'il a des questions plein la tête, est-ce pour se changer les idées ou tout simplement par considération de mon ancien partenaire que Grim lance la conversation.
– Allez y poser vos questions, au point où nous en sommes, je comprends bien que pour un agent fédéral doté d'une curiosité naturelle ça vous brûle les lèvres.
– Quel âge avez-vous ?
– Le temps a été créé par l'humain afin qu'il s'imagine avoir une sorte de maîtrise sur les choses telles que leur vie, mais n'étant pas sujet à ce genre de croyance cela fait bien longtemps que je ne compte plus les siècles qui passent.
Brass encaisse la réponse, je commence à craindre pour son esprit, cela fait beaucoup en une soirée quand même, mais sa curiosité n'est toujours pas assouvie.
– Isa m'a dit, que vous étiez figé dans le temps et je ne peux que constater que cela est réel, mais dans ce cas pourquoi Cullen lui a vieilli ?
Je vois Grim éclater de rire.
– On vous dit que vous allez tout oublier, mais c'est plus fort que vous, il vous faut le fin mot de l'histoire !
– Pour l'heure je suis flic, demain je ne sais pas, mais oui, là tout de suite j'ai besoin que l'on m'explique les choses que j'ai relevées, désolé.
– En êtes-vous sûr ? Vous n'en avez pas eu encore assez ?
– Un peu plus un peu moins on est plus à ça, je crois.
– En effet, Isabella me le permet tu ? Après tout, c'est de toi qu'il s'agit.
– Vas-y, moi personnellement j'ai eu ma dose de narration.
– Alors, voilà, Edward et Isabella sont ce que vous humain qualifié d'âme sœur, dans vos romans cela est souvent relier à l'amour éternelle et en effet cela peut être une finalité, mais cela peut être également une grande source de souffrances. Bien que ses motivations étaient à première vue justes, il a pris la décision de partir. Le fait qu'il est choisi de déchirer deux âmes sœurs, a des conséquences, Isabella à dû le payer par ses capacités et lui par une détérioration de son corps.
– Donc il va continuer de vieillir ?
Je sens Grim mal à l'aise face à cette question, chose des plus étonnante le connaissant.
– Grim, qu'est ce que tu me caches ?
– J'ai bien souvent fait des expéditions non loin de l'habitation des Cullen, je le voyais vieillir et de l'autre côté je te voyais toi accroître tes dons à une vitesse vertigineuse. Lorsque Edward a été mis au parfum sur la surveillance de sa famille te concernant, petit à petit les choses se sont stoppées pour sa part, le processus avait pris fin, alors je me suis dit que si le fait qu'il prenne la décision de revenir dans ta vie pouvait avoir cet effet sur lui de l'autre côté cela pourrait avoir un effet équivalent sur toi. C'est pour cela que je les ai laissés revenir. Isabella, je pensais que cela te sauverait, sauf que j'avais tort. Je l'ai compris au moment même où je t'ai retrouvé chez les Cullen, là où j'étais certain que tu t'apaiserais tout a implosé en toi, je suis navré de mettre si lourdement trompé.
Je reste sans voix devant les aveux de Grim, on réglera ça plus tard, Brass lui par contre a encore besoin de réponses.
– Isa ? Il y a quelque chose que je n'arrive pas à saisir.
– Je sais Brass que tout cela peut te paraître complexe et tu t'imagines bien que je ne peux pas te donner les détails sur tout.
– Ce n'est pas tant toutes tes révélations qui me posent problème, c'est toi.
Je préfère rester silencieuse, car j'ai déjà du mal à tenir tête à un seul des deux, mais s'ils se liguent ça signera ma perte.
– Je te connais, peut-être pas aussi bien que je le pensais, mais je suis certain de ne pas me tromper en disant que tu es butée, courageuse et combative. Alors, pourquoi là, je ne ressens plus rien de tout ça ? Pourquoi baisses-tu les bras ? Tu parles comme si, tu étais déjà morte, qu'est-ce qui te ronge à ce point pour renier tout ce qui fait de toi ce que tu as toujours été ?
Un silence de plomb tombe derrière la tirade de mon ami, que lui répondre ? Oui il a raison, j'ai baissé les bras. La réponse m'échappe plus que je ne l'ai réfléchie.
– La vie, voilà ce qui me ronge.
Évidemment, Brass ne peut comprendre le sens de ma réponse et fronce les sourcils en me lançant un regard qui en dit long sur ses pensées, mais je me détourne. Grim vient à mon secours une fois de plus.
– Je pense que cela suffit pour aujourd'hui. Brass, je vous invite à occuper la chambre mitoyenne de celle de Lola, elle n'est pas fort confortable, mais je pense que ça ira pour le restant de la nuit.
Brass se laisse conduire, j'imagine aisément que lui aussi a eu sa dose pour cette nuit. Je me suis perdu dans mes pensées, les yeux rivés vers l'extérieure, je sens deux mains froides sur mes épaules, je me retourne pour cette fois m'assurer qu'il s'agit bien de Grim et en effet c'est lui.
– Il n'a pas tort. Tu sais Isabella, moi même je ne comprends pas toutes tes réactions ces derniers jours.
– Si tu parles de mon isolement, j'en avais besoin. J'ai un mal fou pour empêcher certains souvenirs de refaire surface, le cerveau humain n'est pas conçu pour une telle panoplie de connaissances, mais crois le ou non, j'aurais préféré l'ignorance.
– Je ne te parle pas de tes deux jours de silence, je te parle de ton rejet d'Edward.
Je me tends immédiatement à ces mots, ça fait tellement mal de l'entendre. Je me dégage de ses mains, je refuse que l'on me soutienne pour ça.
– Tu sais très bien la finalité de tout cela, pourquoi le faire souffrir davantage en lui imposant ma présence ?
– Non, mais t'entends-tu parler ? On ne parle pas d'une vulgaire connaissance. C'est Edward dont il s'agit, tu n'imagines pas combien il souffre de ton indifférence. Il est parti et vois les dégâts que ça a produits sur vous deux, et toi, tu imagines que ton départ ne déclenchera rien ! Tu ne peux pas rester de marbre face à ça !
– Tu crois vraiment que je ne ressens rien ?
– Je sais plus vraiment, mais lui est totalement paniqué à l'idée de te perdre, et ça peut se comprendre surtout qu'il en est en partie responsable. Le privé du peu que vous pourriez partager encore est injuste Isabella, surtout après lui avoir fait croire à un début de pardon ! À quoi joues-tu ? Le faire souffrir comme il l'a fait pour te venger ? C'est ça ton plan !
– Tu sais très bien que non, mais tu veux quoi à la fin ? Qu'il me voie mourir ? Qu'il le revive à chaque fois qu'il ferme les yeux ?
– En admettant qu'il y survive, chose dont je doute, il en à besoin de tes derniers jours ! Eh oui ! Te voir partir aussi. C'est peut-être la chose la plus dure dont il aura à vivre, mais il en a besoin pour faire son deuil par la suite, s'il y a bien une suite pour lui, c'est totalement légitime Isabella.
– Je ne peux pas, c'est trop dur, je ne peux pas lui parler, voir ses yeux pleins de souffrances sachant ce que je sais.
– Tu devrais lui faire plus confiance, lui parlé, ce n'est pas comme s'il ne savait pas, il sait très bien que votre histoire n'est pas un conte de fées qui terminera par « Et ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants ».
Ses derniers mots ont l'effet d'un violent coup de poignard dans mon cœur créant un geste purement instinctif.
Après un long silence, c'est la voix choquée de Grim qui me fait prendre conscience de ma position.
– Putain de merde !
Je croise les yeux de Grim, qui a un visage décomposé, son regard est braqué sur mes mains qui par réflexe se sont jointes sur mon ventre, écrin de mon plus lourd secret, il a compris.
Alors? une impression ? dite le, n'hésitez pas. A très bientôt. Amicalement, Kalisse.
