Fin du 37

Edward, tu as été enfermé dans un cycle sans fin pendant plus longtemps que tu ne le penses !

Quoi ? Non… il y a une heure on était… non, c'est encore un coup de Yann, je ne les crois pas, je dois retrouver Bella !

Grim qui a un accès direct à mes pensées y répond.

Écoute ta soif, vois leurs yeux qui sont redevenus or, tout ceci ne s'est pas passé il y a quelques heures.

Combien ?

Cela fait quatre mois qu'ils sont réveillés ! Et quatre mois que nous ne savons pas où est Bella !

La soif disparaît instantanément !

Quatre mois !

Quatre mois que Bella est à la merci de Yann ! Non ! Pourquoi ! Comment va t'elle ! Elle ne peut pas être…

Chapitre 38

PDV EDWARD

Après m'être réveillé suite à quatre mois d'inactions complètes une chasse me fût imposée.

Carlisle m'explique ce qu'il s'était passé une fois que Bella et moi nous étions partis.

– Lorsque Grim a provoqué Esmé en lui demandant si Bella lui était si insignifiante, tout a été très vite dans nos esprits, mais Jasper peut certainement t'en parler avec plus de précisions.

C'est donc Jasper qui continue les explications avec dans les yeux une telle sincérité qu'il m'est impossible de douter de sa parole.

– C'est ma faute, les paroles de Grim ont blessé notre mère et sur l'instant j'ai mal réagi. J'ai transformé sa douleur en fureur, sauf que ç'a été beaucoup plus puissant que prévu, toute la famille a réagi. Edward, je ne contrôle plus rien et je te jure que tout ça est indépendant de ma propre volonté. Grim passe le plus clair de son temps à nous aider moi et Alice pour nos pouvoirs, le fluide que nous a apparemment injecté Yann nous rend totalement instables, d'un côté nos dons sont décuplés, mais ils nous maitrisent plus que nous les maitrisons.

Alice qui est assise auprès de son mari prend à son tour la parole.

– Oui, Jasper n'est pas le seul à avoir perdu tout contrôle, lorsque le combat a commencé je pouvais pressentir toutes les actions de Grim alors qu'il m'est impossible de le faire en temps normal ! La force d'Emmett était décuplée, au point d'arriver à prendre Grim au dépourvu, cela n'a duré que quelques secondes, mais si Esmé ne s'était pas reprise à temps.. Je n'ose pas imaginer la suite que les évènements auraient pu avoir.
Je suis troublé par la dernière partie de sa phrase, mon regard bifurque automatiquement sur notre mère qui me répond tout aussi embarrassé qu'Alice, la culpabilité est très présente dans l'esprit de tous, pour eux c'est de leur unique faute si Bella s'est faite… enlever.

– Tout ceci n'avait plus de sens, nous connaissons tous Bella et que je la savais au plus mal, mais au lieu de chercher à comprendre, nous étions tous là en train de nous en prendre à Grim qui a toujours été présente pour elle. J'ai eu un court instant de lucidité, et me forçant à me rappeler certaines scènes, Bella se dressant en plein combat pour nous protéger, Lola, la première fois où Bella est arrivée ici armée du film de Lola en nous obligeant à regarder de quoi elle nous accusait pour ne pas avoir agi. Les mots qu'elle avait eus pour Jasper, lui assurant qu'il n'était en rien responsable pour l'anniversaire, et là j'ai compris que l'histoire se répétait, je me suis précipitée sur ton frère et je...

Ma mère n'ose finir sa phrase, mais la main rassurante de Carlisle l'incite à poursuivre.

– J'ai giflé Jasper, du plus fort que j'ai pu, parce que je savais qu'il était le seul à pouvoir nous sortir de là. Il a levé la main et j'ai vraiment eu peur qu'il me rende le geste que je venais d'avoir, mais quelque chose s'est passé, comme s'il réalisait aussi à cet instant que rien de tout ça n'avait de logique, et tout le monde s'est calmé. Grim s'est rendu compte du changement d'attitude que nous avions, il est parti à votre recherche, mais il n'a trouvé que toi, Bella n'était plus là.

– Que vous est-il arrivé durant la chasse pour que toutes vos convictions éclatent ?

Emmett qui n'a jamais été le plus patient de nous se lève et je sais qu'il ne pense qu'à une chose se battre pour retrouver sa petite sœur.

– Tout ça, c'est ma faute ! Rose et moi étions beaucoup trop proches d'humains, et putain qu'ils sentaient bon ! C'est moi qui ai craqué, Rose n'a rien pu faire pour me retenir, Alice a vu ce qui allait se passer et sa vision a fait pressentir à Jasper le bien-être que ma chasse allait me procurer, avec leurs dons qui déraillent, ça a dégénéré.

– Nous étions assoiffés, alors oui lorsque Alice a eu sa vision on les a rejoints, plus rien d'autre ne comptait, sur le chemin nous sommes passés à proximité de Carlisle et d'Esmé l'empathie a fait le reste, ma soif est devenue la leur et a leur tour ils sont venus.

– Nous sommes tous coupable Jasper, tu n'as pas à te sentir plus responsable que nous tous, cela sera très dur, mais ensemble nous surmonterons cette épreuve.

Les paroles apaisantes d'Esmé sont accueillies par un sourire timide de Jasper, mais dans l'esprit de ce dernier les choses sont très claires, tout est sa faute.

– Et maintenant comment expliquez-vous que vous soyez redevenu… normal ?

– Nous ne le sommes pas, l'équilibre que nous tentons de conserver nous le devon à Grim qui durant ces quatre derniers mois n'a de cesse de pousser Jasper et Alice toujours plus loin dans la maîtrise de leurs pouvoirs. De notre côté, nous nous devons de rester concentrés sur la recherche de Bella de manière à ne pas nous laisser déborder par des sentiments plus primaires.

– Et ça fonctionne ?

– La plus part du temps oui.

– Nous t'avons tout dit ! On n'en sait pas plus que ça !

– Grim ? Tu dois bien savoir quelque chose en plus, pourquoi ne dis-tu rien ?

– Parce que je n'ai rien à dir.

Grim est une véritable pierre tombale, pas un mot, pas un regard !

Il est là, assis dans un fauteuil les yeux braqués sur le feu de cheminée.

Des boules de feu font la navette entre le brasier et ses mains, comme si ce geste pouvait libérer la colère qui le consume.

Je sais qu'il est furieux contre moi.

Comme pour répondre à mes pensées, le projectile destiné au foyer est non seulement plus gros, mais aussi plus puissant que les autres.

La main d'Alice sur mon épaule me sort de mon observation.

– Edward, nous avons cherché partout. Grim lui-même ne sent plus Bella.

L'intéressé se lève pour s'appuyer contre l'âtre, les yeux toujours fixer sur les flammes.

Si l'on occulte la colère qui inonde ses traits, c'est surtout l'inquiétude qui prédomine dans son regard.

Je fais quelques pas en sa direction.

– Grim, elle va bien, n'est-ce pas ?

– Elle est en vie !

– Tu ne peux pas te contenter de me dire ça ! Il y a forcément un moyen de la retrouver !

– Dixit son âme sœur.

– Je sais que tu me tiens pour responsable et l'éternité ne me suffirait pas pour te dire à quel point je me sens coupable, mais on ne peut pas rester ici les bras ballants ! Yann nous a détaillé le plan de Némésis ! Il y a forcément quelque chose à faire !

– Je ne dis pas le contraire.

– Que fait-on dans ce cas ?

Grim se détourne pour aller se poster devant la baie vitrée en scrutant l'horizon, son inaction va finir par me rendre dingue ! C'est comme si tout ceci ne le rendait pas fou de rage comme s'il… attendait. Que dire à un être tel que lui, quels mots utiliser pour le convaincre que je suis prêt à faire absolument n'importe quoi et surtout tout ce qui m'ordonnera pour la retrouver ?

C'est très lentement qu'il se tourne vers moi et fait résonner dans mon esprit sa pensée.

« Préserve ce qui peut encore l'être et sois convaincant »

Sans un mot, il se dirige vers Esmé, il lui prend la main pour y déposer le bracelet symbolisant son appartenance à notre famille. Il referme les doigts d'Esmé qui, trop émue par la signification de ce geste, ne peut rien exprimer oralement.

Je vois Grim se pencher pour déposer un baiser sur la main d'Esmé, un adieu, un merci, et au moment où il se relève il n'a plus sa forme humaine.

Il vient d'abandonner toute humanité dans la main de celle qui avait réussi à émouvoir l'homme qu'un jour il fût, c'est en Grim Reaper qu'il se relève, froid et insensible repoussant la tentative de contact d'Esmé.

Un pas en arrière puis un second avant que sa faux n'apparaisse et que sa voix se fasse entendre.

– Edward, nous partons !

Un vent de panique passe dans les esprits de toute ma famille et notre mère est la première à réagir.

– Non, par pitié pas ça ! Nous avons tellement perdu déjà. Pourquoi ne pas faire face ensemble, si quelque chose doit être fait, nous sommes tous prêts a le faire, Grim s'il te plaît.

Mais au lieu d'aller dans le sens de ma mère et de la rassurer comme il l'aurait probablement fait avant, il se contente d'ouvrir la baie vitrée et de m'attendre à l'extérieur.

Je suis entouré des miens et je sais que je n'aurais pas les mêmes facilités que Grim pour me détacher d'eux.

– Écoutez…

– Edward ne part pas seul !

– Je ne suis pas seul. Comme vous le savez tous si je n'ai pas Bella auprès de moi je… Je suis l'un des seuls à pouvoir faire quelque chose, alors oui c'est dangereux, mais si nous ne faisons rien, nous sommes tous condamnés, cela ne nous concerne pas uniquement. Maman, ne m'empêche pas d'essayer de retrouver Bella, je t'en pris, j'ai besoin de votre soutien.

Carlisle attire son épouse contre lui et la voir enfouir sa tête contre le torse protecteur de notre père pour ne pas me montrer la souffrance qu'elle ressent me brise le cœur.

– Mon fils, tu as tout notre amour et notre soutien, revenez-nous vite, tous.

Après une dernière accolade, je rejoins Grim qui a commencé à se diriger vers la lisière de la forêt.

Il ne dit rien, se contente d'avancer toujours plus profondément dans la nuit, sa faux précédant ses pas à l'image d'une canne.

Il avance décidé, mais d'une allure humaine. Les kilomètres passent et le silence reste, j'essaye de lui poser des questions, mais non, il ne dit rien.

– Où va t'ont ?

S'il sait quelque chose concernant Bella, il doit me le faire savoir ! Je me stoppe bien déterminé à en savoir plus !

– OK ! Tu ne veux rien me dire. Où l'on va, comment allons-nous nous y prendre ou même si tu sais où est Bella, alors peux-tu me dire la putain de raison pour laquelle tu as voulu que je te suive si c'est pour rien me dire !?

– Gain de temps.

Il s'arrête à son tour et je réalise que nous sommes à l'emplacement même où ils m'ont retrouvé.

– Comment ça, un gain de temps ?

– Si j'étais parti sans toi, de deux choses l'une, soit, tu aurais fait des conneries, soit, tu te serais mis à essayer de me démontrer à quel point tu devais venir avec moi, une discutions qui m'exaspère avant même d'avoir lieu, alors tu viens, tu te tais et tu écoutes.

Grim dans toute sa splendeur, d'une limpidité absolue sur ses dires, mais aucunement claire sur les questions que moi je me pose.

– Grim, dis-moi que tu as un plan bien établi en tête !

Une réponse simple aurait été trop demandée, à la place frappe le manche de sa faux au sol qui se fend instantanément sous nos pieds.

La faille prend de l'ampleur et je constate qu'elle est constituée d'un escalier en colimaçon descendant vers je ne sais quelle destination.

Avant d'emprunter la première marche, Grim se retourne vers moi pour me mettre en garde.

– Es-tu certain du plus profond de ton âme d'être prêt à aller plus loin ? Tu ne reviendras jamais tel que tu es parti.

– J'irais la chercher même au plus profond des enfers s'il le faut !

– Dans ce cas, suis-moi !

Il me précède de quelques pas et bien que j'ai un dernier regard derrière moi, je n'ai aucune hésitation à m'engouffrer dans ce tunnel lugubre.

Il fait froid, plus nous descendons et plus l'humidité se cristallise sur les parois du couloir étroit où nous progressons, l'air aussi rare qu'irrespirable qui est saturé par une odeur rance.

Seule la résonance de nos pas se fait entendre ce qui rend l'atmosphère encore plus lourde, Grim a pris une cadence d'une lenteur insupportable !

– Grim ? Pourquoi est-ce aussi long ? Il me semblait avoir compris que tu avais le pouvoir d'envoyer qui tu voulais en enfer assez rapidement, alors pourquoi tout ce chemin ?

– Ferme la bouche et ouvre les yeux.

L'arrêt de ma progression provoque le sien. J'ai le sentiment qu'il n'y a rien au bout de ce chemin, juste encore plus de questions.

– Grim, loin de moi l'idée d'être trop exigeant, mais je ne pense pas que nous ayons le temps pour jouer aux énigmes, si tu as quelque chose à me dire, dis le !

Il se retourne pour me faire face, dans l'obscurité je ne discerne qu'à peine sa silhouette elle-même dissimulée par sa cape, son visage m'est invisible et la seule chose que je distincte ce sont ses yeux devenus flamboyant, les flammes dansent dans son regard au point de créer un reflet dans la lame de sa faux, mais ce reflet n'en est pas un et bientôt l'acier de la lame devient lui même rougeoyant. Dans un mouvement calme, il fait pénétrer la lame dans la roche diffusant une lumière aveuglante, c'est là que toute la dimension de l'endroit où nous nous trouvons se révèle.

Nous sommes bien dans un couloir, mais ce que je prenais pour de la roche n'est en vérité rien d'autre que de la véritable glace d'une transparence cristalline.

La première émotion devant tant de pureté passée, j'observe plus attentivement pour voir, qu'enfermer dans le gel, des images défilent infiniment vite.

Des scènes de guerre, de violence, des mères en sang pleurant sur le corps de leur enfant déchiqueté.

Des bombardements, les corps démantelés, des survivants qui cherchent dans les décombres.

Des accidents de voitures, de motos, de trains se succèdent et toujours plus de victimes et de corps.

J'ignore ce qui me choque le plus, tout ce concentré de violence ou les images savamment superposées mettant en avant des bonheurs fictifs d'une sur consommation écœurante.

Incapable de détacher mes yeux de ce diaporama reflétant la triste vérité, c'est Grim qui prend la parole.

– C'est ce monde que nous cherchons à conserver, en es-tu bien conscient ? Il y a de fortes chances pour que toi, ainsi que Isabella, vous offriez vos vies pour l'espèce qui a mené ce monde tel qu'il est.

Grim est-il en train de m'offrir la possibilité de faire marche arrière ?

– Je n'ai pas ton vécu, ni ton expérience, mais oui je suis conscient de tout ceci. L'humain est loin d'être une perfection, mais je sais aussi qu'il est capable de bien plus de splendeur que l'on peut croire. Bella est humaine, est-elle parfaite ? Non, mais elle renferme en elle beaucoup plus de bonté d'âme, de pardon qu'aucun dieu ne pourra jamais rêver avoir, et ce qu'elle est, n'a rien a voir avec cela, son humanité la rend bien plus forte, ce sont tes propres mots ! Alors si ton but est de me décourager, tu perds ton temps, montre moi la direction et je m'y rendrais, avec ou sans toi.

Il m'avait écouté sans me quitter des yeux. D'une expression indéchiffrable il me sonde avant d'enfin me faire entendre sa voix.

– Dans ce cas, nous sommes arrivés.

Le lieu où nous nous trouvons s'efface et nous sommes devant un porche de plusieurs dizaines de mètres de haut.

Face à ce monument, Grim et moi nous ne ressemblons qu'à de vulgaires insectes.

Mon compagnon me précédant toujours, il se stoppe devant l'édifice qu'est la porte.

Il tend la main qui porte sa faux et à peine entre t'il son arme en contacte avec le bois que les deux pans s'ouvrent dans un grincement sinistre.

Je le suis et je ne peux m'empêcher de regarder ce qui vient de s'ouvrir devant nous.

De larges panneaux fixés sur la porte sont sculptés de corps, mais la finesse de l'œuvre est telle, qu'elle semble vivante, la souffrance qui se reflète dans les globes oculaires en théorie vide des gravures me tétanise.

Une main ferme me sort brutalement de mon observation.

– Ne te laisse pas distraire.

– Les gravures elles ne sont pas…

Grim me coupe tout en continuant à avancer dans la direction qu'il avait empruntée.

– Ce ne sont pas des gravures, mais tu n'es pas ici pour comprendre ce qui t'entoure, contente toi d'éviter de mourir avant l'heure.

C'est à ce moment-là que je réalise que tous les ornements de la porte me fixent.

– Edward ! !

– Je te suis.

L'écho de nos pas sur la pierre s'atténue et je peux constater qu'un épais brouillard recouvre le sol.

À l'image d'une vaste cathédrale, l'unique pièce qui nous accueille est d'une hauteur équivalente à l'entrée que nous avons franchie plus tôt.

Des centaines de colonnes sont alignées et sont si hautes qu'il m'est impossible de distinguer le dôme qu'elles doivent soutenir.

Je suis toujours Grim de très près, car lui sait parfaitement où il va.

Il n'existe dans cet endroit qu'un silence religieux, ni oppressant ou encore annonciateur de danger, non, il est serein.

En observant l'avancée de Grim, je peux voir le brouillard se retirer afin de nous laisser passer pour se refermer derrière chacun de mes propres pas.

– Où sommes-nous ?

– Dans L'entre mondes.

Alors, voilà le fameux domaine du Grim Reaper ! J'aurais imaginé les enfers plus… chaud.

Je n'ai nullement le temps de poser plus de questions à Grim, car nous arrivons apparemment à la destination qu'il escomptait.

Une odeur âcre, que je ne connais que trop se fait sentir, du sang !

Je peux voir Grim gravir quelques marches pour au final prendre place sur ce qui ressemble à un énorme fauteuil.

Je connaissais Grim sous sa forme de Grim Reaper, mais le voir ainsi, siéger sur un trône entièrement fait de crânes humains est toute autre chose.

Le sang s'écoule abondamment des orifices, il dégouline de toute part pour finir dans une sorte de bassin entourant le trône.

Je sens le regard de Grim sur moi, et en effet il m'observe avec insistance.

Assis nonchalamment, il attrape une coupe posée à proximité pour la remplir du liquide rougeâtre s'échappant de la bouche du crâne au plus proche de sa main.

Il porte le verre à sa bouche pour en apprécier quelques gorgées.

Je sais qu'il ne dira rien à moins que je ne lui demande, et encore rien ne m'assure d'avoir quelque réponse que cela soit.

– D'où provient tout ce sang ?

À ma grande surprise, un miracle, il répond à ma question.

– Des innocents tués sur terre. Cela fait des millénaires qu'il coule dans ce bassin qui lui même nourrit les enfers un étage plus bas.

– Les démons se nourrissent de sang ?

– Non, de souffrance, ce sang en est gorgé.

– Pourquoi sommes-nous là ?

– Toi, pour que je puisse t'avoir a l'œil, et moi parce que j'ai grand besoin de distance avec tout pour me remettre les idées au clair.

Je me laisse tomber sur les premières marches qui mènent à l'assise du maître des lieux.

Il a peut-être raison de la distance avec tout le monde peut-être une bonne idée.
– Si toi même tu avais enlevé Bella, où l'aurais-tu conduite ?

– ici même.

– Donc il n'est pas impensable de dire que Yann agissant sous la coupe de Némésis l'a emmené auprès d'elle.

– Précisément.

– Tu sais donc exactement où elle se trouve.

– Je n'ai jamais prétendu le contraire, j'ai affirmé ne plus la voir et ne pas avoir accès à cet endroit.

– Pourquoi laissé ma famille dans l'ignorance dans ce cas ?

– Mieux vaut les laisser dans l'espoir.

Je pense à Bella, seule et probablement plus inquiète pour nous que pour elle-même.

– J'ignore comment je vais pouvoir faire, mais si elle lui fait le moindre mal...

– Dans quel but veux-tu qu'elle lui fasse du mal ?

– Parce que Némésis est une psychopathe qui se gorge autant de souffrance que les démons qui sont sous nos pieds !

– Certes, mais tu ne tortures pas quelqu'un à moins de vouloir obtenir quelque chose de cette personne, et Némésis possède tout ce qu'elle convoitait, sa représentante sous son pouvoir et l'enfant qu'elle porte, elle ne lui fera pas de mal, non pas par compassion, mais parce que ça ne lui serait pas profitable.

– C'est ce qui te fait garder espoir ?

– Non, j'ai bien peur que les dés ne soient jetés Edward.

– Rien n'est joué tant que la partie n'est pas fini, mais si tu as raison, pourquoi tout ceci ? C'est quoi la prochaine étape ?

– Quel est l'élément clef d'une guerre ?

Oui, je pourrais lui dire ma façon de penser, mais le connaissant ça serait qu'une perte de temps, puisqu'il restera ancré dans son idée d'analyser une situation qu'il dit lui même comme courue d'avance, alors je lui réponds, mais la lassitude de ma voix trahit mon sentiment.

– Je n'en sais rien, la stratégie, la connaissance de l'ennemie, la force de frappe que l'on dispose, nos convictions, que veux-tu entendre ?

– Tu as oublié un point important qu'Isabella a précisé avant l'arrivée des Volturi.

Je me remémore les longues discussions que nous avions tous eues en vue d'élaborer un plan visant à contrecarrer ce qui était à l'époque notre principale peur.

– L'effet de surprise.

– En effet.

– Dans ce cas, c'est raté, Yann nous a tout dit. C'est d'ailleurs l'une des seules qualités que je puisse lui reconnaître, il explique les choses.

– Un peu trop même ne trouves-tu pas ?

– Et bien en vue de l'ampleur de leur force et maintenant qu'ils ont Bella il ne nous considère plus réellement comme un danger potentiel et nous nargue de sa supériorité. Chose allant parfaitement avec son caractère, ou alors il nous a menti chose qui irait aussi parfaitement au personnage.

– Parce que tu t'imagines connaître Yann ?

– Tu n'as eu de cesse de nous le dépeindre comme dangereux et aujourd'hui il s'avère que non seulement tu as raison, mais qu'en plus il nous a enlevé Bella, alors il est à mes yeux l'ordure qui crèvera de mes mains !

– Une ordure dangereuse est parfaitement qualificative en ce qui le concerne, mais il n'est pas stupide ou même illogique, par contre, ses actions durant son séjour auprès de nous l'ont été sur bien des plans, et ça vois-tu, à défaut de m'inquiéter ça m'interpelle.

– Il est dingue et il possède une puissance incommensurable. Pour être logique il faut un minimum être saint d'esprit et Yann ne l'est pas ! Ne me dis pas que tu n'es pas d'accord avec ça ?

– Le temps m'a appris à ne pas cracher du venin sur celui qui semble être une parfaite cible, et oui je sais ce que j'ai dit et je le maintiens tout autant qu'avant tout cela. Je souligne le fait qu'il n'avait rien à gagner de nous livrer les détails du plan de Némésis et plus étrange, pourquoi avoir insufflé du fluide démoniaque dans le corps des tiens si ce n'est pour se protéger d'une réelle menace. S'en suis ton hypnose, durant quatre mois j'ai essayé d'infiltrer ton esprit et la seule chose que j'ai pu faire c'est d'entendre, et ce, en boucle ses paroles ainsi que les réactions d'Isabella. Ta pseudo course avec notre protégé dans les bras aussi, mais ça, c'est une partie inventée de toutes pièces de sa part, alors dans ce cas, pourquoi me laisser un libre accès à votre discutions si ce n'est pas pour m'informer moi même. Pourquoi te libérer volontairement alors que cela ne lui coûtait aucun effort de te conserver sous hypnose, et ce, jusqu'à la fin de tout, alors oui je m'interroge.

– Tu le surestimes peut-être, il n'a pas forcément prévu de planifier toutes ses actions ou ses dires.

– Détrompe-toi. Durant des millénaires il a été enfermé dans une boîte de deux mètres sur deux et pour seule occupation l'élaboration des actions qu'il aura lors de sa libération. Des milliards de scénarios ont dû voir le jour dans son esprit et ils ont tous en point commun de ne rien laisser au hasard, tu peux lui faire confiance sur ça !

– Comment sais-tu cela ?

– Parce que c'est exactement ce que moi même j'aurais fait et crois le bien qu'il a fait la même chose.

– Il est fidèle à Némésis !

– Yann !? Fidèle !? Non, la déesse est celle qui aujourd'hui a toutes les cartes en mains, c'est la seule raison de sa présence à ses côtés.

– Tu veux dire que si nous possédions quelque chose qu'il désirerait, il serait possible qu'il nous ramène Bella.

– Voila en quoi Yann est dangereux, il n'a aucun sens moral ou de code de conduite alors pour savoir se qu'il convoiterait au point de trahir celle qui est, a cette heure, la grande gagnante de la bataille, est une quête bien complexe a mener en vue du peu de temps qu'il nous reste.

J'ai une grosse sensation de retour à la case départ. Peu importe les motivations personnelles de Yann puisqu'il joue dans le camp adverse et ce silence que je trouvais si apaisant à notre arrivée m'étouffe, j'ai l'impression d'entendre les échos de mes propres pensées.

– Allons nous passer à l'action ?

– L'action viendra à nous bien assez vite.

– Ici ?

– Comme je viens de te le dire, Némésis a toutes les cartes en mains sauf une, moi. Elle sait parfaitement où me trouver, mais le puissant atout de cet endroit est qu'il n'est visible que de moi. Se qui veut dire qu'à l'heure qu'il est, elle et moi avons le même handicap, nous connaissons la position de l'autre sans y avoir le moindre accès. Il nous reste malheureusement qu'à attendre une manifestation de son désir, chose qui arrivera sois en sûr.

Il me l'avait bien spécifié, ma présence est due au fait qu'il veuille me garder à l'œil non à son besoin de moi dans les prochaines actions qui devront être menées.

Ne sachant pas où je suis et encore moins comment en sortir je suis tout aussi piégé que Bella. J'essaye de refouler le torrent de sentiment qui m'envahit à chaque fois que je l'imagine à la merci de qui que ce soit, je ne peux pas me laisser aller à la panique, pas si je veux une chance de pouvoir faire face au moment venu.

Le besoin de m'occuper l'esprit faute de mieux me fait détailler la pièce, non seulement c'est lugubre, mais c'est tellement vide.

– Tu es seul à occuper les lieux ?

– vois-tu autre âme qui vive ?

– Alors pourquoi si grand et si vide ?

– Vide ? Apprends que cette pièce est expansive au vu des âmes de derniers cycle actuellement sur terre.

Je cherche sur son visage un complément d'information, car hormis une monumentale pièce dépourvue de vie je ne vois rien.

Grim répond à mes pensées d'un demi-sourire avant de basculer sa faux vers l'immense étendue brumeuse.

Le brouillard omniprésent au sol glisse pour nous laisser percevoir les secrets qu'il garde.

Toute la pièce est jonchée de petites colonnes en pierre blanche qui ont en leur sommet une sphère noire.

Grim s'approche de l'une d'entre elle et d'un regard, m'invite à faire de même, une fois à sa hauteur il touche le globe et des images y circules.

– Qu'est ce que c'est ?

– Disons que pour faire simple, cela me permet de garder un œil sur le quotidien des âmes sous ma protection, ce qui est l'une de mes fonctions.

– Où est celle de Bella ?

Il tend la main vers l'emplacement de son trône et je peux y voir qu'à la droite du fauteuil une sphère répond à son geste, mais au lieu de pouvoir discerner des images seule une lumière blanche et criarde emplie la boule.

Après avoir cessé d'interagir avec cette dernière il pose les yeux sur moi avant d'ajouter.

– Je te l'ai dit, je ne peux pas la voir.

Au centre d'une alcôve non loin de nous, une stèle plus grande et surtout plus belle est maintenue à l'écart des autres.

– Et ça, qui est-ce ?

– Celle que Isabella appelle maman.

Me laissant là, dans une complète perplexité, il se détourne.

La brume qui nous avait autorisés à voir ce que son opacité cache revient doucement pour s'étaler autour des milliers de piliers.

– Tu ne devrais pas rester là Edward, elle ne cache pas uniquement les colonnes.

À peine a t'il finit sa phrase, que j'ai déjà retrouvé ma place sur les marches.

– Bella connaît-elle cet endroit ?

– Non, ce n'est pas un lieu pour les humains et surtout pour elle.

– Pourquoi ?

– Parce que tout ce qui t'entoure n'est ni plus ni moins que ce qu'elle était avant. La solitude qui la rongeait l'aurait incité à aller vers ses congénères, et comme tu le sais sa dissemblance est à ce jour unique. La mettre en contact avec d'autres humains qui enferment des âmes de dernier cycle aurait pu avoir des conséquences ingérables. Les dieux qui utilisent les humains ne sont pas tous bénéfiques, évitons de les contrarier.

– Némésis ne l'est pas non plus.

Au pied de son trône, il prend deux coupes avant de les remplir.

– Pour être tout à fait honnête avec toi, tu es le premier vivant à pénétrer dans ces lieux, j'entends par là, le premier être n'étant pas un démon.

Il me tend la coupe qui m'est destinée et bien que ma première réaction serait de la refuser, je doute avoir le choix. Être là à siroter un verre pendant qu'on fait je ne sais quoi à ma Bella me paraît si déplacé que j'en arrive à souhaiter que quelque chose se présente, n'importe quoi m'irait.

Le pilier de Renée plus haut que les autres n'est pas recouvert de brume et faute de mieux je relance la discussion avec Grim.

– Comment réussis-tu ?

– Pour conserver mes distances avec elle ?

– Oui. Lorsque j'ai rencontré Bella, tout me poussait si fort vers elle. Tu me diras je suis parti, mais ça m'a fait tellement de mal je n'ose pas imaginer ce que tu ressens de la voir sans pouvoir t'approcher.

– J'ai pendant fort longtemps vu ça comme une malédiction, mais au vu des derniers événements j'ai revu mon jugement à la baisse, après tout, elle est certes enfermée dans un cycle de vie sans fin, mais cela n'est peut être pas si mal.

Il me parle, mais sa voix me paraît de plus en plus lointaine, il me débarrasse de ma coupe vide pour aller la poser derrière moi.

J'ai de plus en plus de mal à me concentrer, je vois la coupe de sang que j'avais dans les mains il y a quelques secondes, c'est ça qui me fait cet effet-là.

– Qu'est-ce que…

– Calme-toi, tout va bien, je veux que tu te concentres sur Isabella, sur la situation, je veux que tu aliènes tous les barrages de ton esprit, montre-moi ce qui se cache derrière ce gentil vampire docile.

Une volonté nouvelle naît en moi, c'est étrange comme sensation, c'est comme si mon esprit était jusqu'à présent embrumé et que les barrières m'empêchant de voir plus loin s'effondraient les unes derrière les autres. Lorsque je pense à Bella, bien qu'à mon cœur elle n'a pas changée de place je ne la visualise plus pareille, je la perçois comme une pièce maîtresse d'un échiquier immense et autour d'elle, gravite d'autres pièces, Yann auréolé d'une énergie sombre, Némésis qui tient un fil où je peux discerner le père et les amis de Bella attachés, et je nous vois, nous, Grim et moi à l'opposé, vainqueur de tout cela, et je suis persuadé que nous n'avons pas exploité toutes les possibilités lier à la situation. Ma vision de toute cette histoire a réellement changé, beaucoup trop pour que cela soit naturel.

– Que m'arrive t'il Grim ?

– Le sang s'écoulant de ce trône possède quelques vertus, l'une d'elles a pour but d'ouvrir l'esprit pour faire place à une grande connaissance qu'il me serait possible de t'offrir.

Il est dans mon dos et la question qu'il me pose n'est qu'un chuchotis dans mon oreille.

– Jusqu'où irais-tu pour avoir un avenir avec elle ? Serais-tu prêt à réellement damné ton âme ? C'est très personnel comme décision, tu es le seul à pouvoir le savoir.

– Mon âme n'a pour moi aucune valeur sans elle, oui je suis prêt à me damner pour elle.

– Alors, qu'il en soit ainsi.

Les mains du Grim Reaper s'abattent sur chaque côté de mon visage, je sens ma boite crânienne se briser et les mains de Grim en contact direct avec mon cerveau, prisonnier de cet étau, je ne peux rien faire que de subir l'invasion de son savoir dans mon esprit. Après avoir eu le reflex de me défendre contre intrusion, je ne me résiste plus, des centaines d'années de connaissance s'incrustent brutalement dans mon esprit. Je sens une noirceur inonder mon corps et mon cœur, fermant les yeux, je capitule sachant pertinemment que quoi qu'il se passe à l'avenir, j'ai pris la bonne décision.

Point de vue de Grim.

Je sais très précisément ce qu'il ressent à cette seconde pour l'avoir moi-même vécu il y a fort longtemps.

Son esprit a à peine lutté ce qui me prouve à quel point il était sûr de son choix, par contre son corps lui combat instinctivement, je ne suis pas inquiet, les choses prennent place.

La noirceur qui fait de nous ce que nous devenons submerge tout, et les premiers temps il nous est difficile de gérer cette puissance qui ne cesse de croître, mais j'ai vu de quoi était capable Isabella alors, bien qu'il ne soit pas exactement pareil, la même volonté gronde en lui, il saura faire face et ne pas se perdre, son objectif lui est bien trop précieux, bien plus que le mien à l'époque ou j'ai supplié Némésis de faire de moi se que je suis.

Elle ne va pas apprécier que je me sois octroyé le droit d'utiliser un pouvoir que je n'ai nullement l'autorisation d'employer outre son consentement, mais plusieurs choses me poussent dans cette direction.

Yann a pris beaucoup trop de précautions en se servant de la famille Cullen, on n'inonde pas six vampires de fluide démoniaque sans avoir un but précis ou avoir pour projet de s'en servir à l'avenir.

Il a pris ses précautions, j'ai pris les miennes.

Je sais avoir pris la bonne décision en faisant d'Edward ce que je suis.

Alors verdict?

La suite est prête, en réalité je suis entrain de bosser sur le last chapitre et oui c'est pour bientôt.

A très vite :)

Kalisse