Il y a toujours des chapitres qui se démarquent des autres, du moins pour l'auteure lors de leurs conceptions, celui-ci est l'un de mes « bébés ».

Une fois n'est pas coutume, mais je suis très fière de ce petit chapitre 39 et j'espère du fond du cœur qu'il vous apportera autant de plaisir que j'en ai eu lorsque je l'ai écrit.

J'ai noté une réelle baisse de vos messages et bien que je le regrette sincèrement je comprends que le délai entre les publications peuvent agacer, pour ma décharge je bosse sur plusieurs projets dont ma seconde fiction « indomptable » qui est en ligne. Je ne vous ennuie pas plus avec le bla-bla, mais je n'oublie pas de remercier toute celle qui se donne la peine de me laisser un petit mot qui est une véritable source de motivation alors un très grand merci a elles.

Je vous laisse en compagnie d'Edward qui va vivre sa première journée en qualité de Grim Reaper et il va découvrir que n'est pas Grim qui veut, le pauvre...

Bonne lecture, à très bientôt.

Amicalement.

Kalisse.

CHAPITRE 39

Ascension

Point de vue d'Edward.

Depuis mon réveil, les choses ne se passent en rien comme elles le devraient.

Grim m'explique que bien que je sois en moyen de devenir maintenant un Grim Reaper, seuls le temps et l'expérience forgeront mes nouveaux pouvoirs.

J'écoute attentivement toutes ses paroles, mais quelque chose ne va pas.

La construction des phrases de Grim est précaire et bon nombre de fois il se contredit ou cherche ses mots !

Mais là où nous aurions eu besoin de temps, un barouf de tous les diables se fait entendre à la porte.

Le regard que lance Grim vers l'entrée est explicite, les ennuis continus ! Pourquoi ai-je le sentiment que c'est le moment le moins opportun ?

Les nouveaux arrivants n'attendent pas le consentement du maître des lieux pour entrer.

Bientôt, Grim et moi sommes face à plus d'une trentaine d'êtres tous extrêmement différents et pourtant tous chargés de la même expression sur le visage, la colère.

Ma perception d'autrui a énormément évolué comparativement à avant. D'un simple regard, je peux distinguer la source des pouvoirs d'un probable adversaire, Grim m'en avait déjà parlé, c'est la vision d'un Grim Reaper et ce que j'ai devant les yeux n'est en rien rassurant.

Il n'y a aucun doute possible sur la nature de nos visiteurs, des démons, et si j'en crois l'aura noire que je vois et la puissance qui émane de chacun d'entre eux, il ne s'agit pas de n'importe qui.

Le plus grand d'entre eux fait un pas en avant.

– Croyais-tu réellement passer sous cape la création d'un nouveau Grim !? Pour qui te prends-tu ? Seuls les dieux ont le droit de création d'un tel être ! Tu as outre passé tes fonctions et tes droits ! Nous exigeons un haut conseil, et ce, immédiatement !

Grim ne bouge pas et se contente de regarder fixement son interlocuteur.

Mais si son regard reste le plus éloquent, c'est sa main qui attire mon regard.

La pression qu'il exerce de sur son arme est décuplée, et bien que cela puisse paraître pour de la colère contenue aux yeux de tous, je ne suis pas intimement persuadé que son humeur en est la réelle cause.

– Soit, alors finissons-en.

Il se retourne pour prendre sa place sur son trône, je lui emboîte le pas pour que nul ne se rende compte que son arme lui sert d'appui discret pour avancer.

– Grim, avons-nous réellement le temps pour ce genre de choses ?

– Tu apprendras qu'il est bien souvent plus rapide de donner à quelqu'un ce qu'il veut plutôt que de l'en dissuader.

Il s'assoit et j'en fais de même sur l'un des accoudoirs.

Grim active un genre de mécanisme qui est dissimulé sous l'un des crânes du trône.

Un bruit sourd se fait entendre et le brouillard recouvrant le sol se dissipe sur toute la longueur de l'allée centrale pour laisser apercevoir des blocs de pierre s'encastrant parfaitement les uns aux autres formant bientôt une sorte de table immense ou chacun a apparemment une place déjà attribuer.

Grim voit bien à mon regard que quelques explications seraient les bienvenues.

– Je t'ai déjà dit que cette pièce est expansive au besoin que l'on en a, il en va de même pour les enfers. Tu connais parfaitement le monde des hommes, pour te donner une idée, dit toi que les enfers sont une cinquantaine de fois plus vaste, ce qui inévitablement créer des clans. Chacun de cesdits clans comporte un chef, bien souvent l'un des démons les plus vieux, ça, c'est eux. Mon domaine, ne faisant pas totalement partie des enfers, est considéré comme d'une relative neutralité géographique, il a été donc décidé, qu'il était de bon ton que les assemblées s'effectuent ici.

– J'imagine que c'est très long !

– Long, ce n'est pas le terme ! C'est bien pire que ça !

– La possibilité de tous les envoyer au diable serait-elle envisageable ?

C'est la première fois que je vois Grim ricaner, il n'est pas dans son état normal, ça va mal tourner, il répond cependant à ma question.

– Il faudrait pour cela, que nous réussissions à en placer une et donc par définition, qu'ils comprennent qu'ils doivent se taire ! Projet beaucoup plus vaste que tu ne l'imagines !

Je le vois se servir une coupe de sang et ses gestes sont loin d'être fiable, lui même s'en rend compte puisque toute sa concentration se pose sur ce simple acte.

J'ignore ce qui arrive à Grim, mais il est loin d'être lui même.

Le Grim que je connais serait debout face à tous et il imposerait son choix soulignant en passant qu'il n'a pas besoin du consentement de tierce personne pour prendre une décision !

Mais là, il conserve les yeux fixés sur le nectar bordeaux qu'il fait tourné dans son verre en s'adressant à l'assemblé.

– Allez y commencer !

Le plus imposant est le premier à prendre la parole.

– Je suis, Abaddon dit, le destructeur. Chef incontesté des démons de la septième hiérarchie, je refuse de prêter serment à un Grim Reaper non élu par qui de droit !

– Il en va de même pour moi ! Je te rappelle Grim que je dispose de plus de soixante légions toutes prêtes à se battre !

Plusieurs se lèvent brandissant leur bras en signe d'accord avec les paroles dites.

Grim toujours absorbé par sa boisson ne dit rien, ce qui m'inquiète de plus en plus.

– Grim ?

Il me parle avec dans la voix une lassitude qui ne le caractérise en rien.

– Attend Edward, ils n'en sont qu'au tour de chauffe, ce n'est pas fini.

Et en effet les paroles qui suivent sont encore plus chargées en haine, et à ma grande surprise ils prennent pour cible Grim.

– Je vous avais prévenu dès son arrivée sur le trône ! Qu'attendiez-vous du bâtard d'une traîtresse !

– Nous avons quand même largement participé en faisant offrande à Némésis, de la moitié de nos pouvoirs pour la création de l'âme dudit bâtard !

– Pour au final nous retrouver avec la moitié de ce qu'il peut être !

– Si vous m'aviez écouté, nous n'en serrions pas là !

– Si nous t'avions écouté !? Mais tu as été le premier à plier !

– Ose me répéter ça !

– Tu as toujours été un planqué ! Tu envoies tes légions aux combats, mais toi tu n'es pas fichu d'y foutre les sabots !

– Tu vas regretter tes paroles !

J'arrive à peine à croire ce qui se joue sous mes yeux ! Ils sont tous là à dénigrer Grim, et lui il ne dit rien !

– Je suis impressionné par ton calme Grim !

– Ah mais ça ne vient pas comme ça ! Des siècles d'entraînement !

– Pourquoi ne dis-tu rien ?

Il explose de rire comme si ce que j'avais dit était l'ânerie du siècle !

– Mais tout simplement parce qu'ils ne m'écoutent pas ! Tout comme ils ne s'écoutent pas eux même !

Il se ressert une coupe avant de me répondre, et si le contexte était différent j'aurais l'impression d'avoir affaire à un ivrogne plus intéresser par son verre qu'a réellement ce qui se passe.

Les esprits s'échauffent autour de la table qui est mise à mal par plusieurs coups portés dessus.

J'en profite pour tenter de faire reprendre un semblant de raison à Grim, qui est officiellement à côté de ses pompes !

– Grim ! Lâche ça ! Écoute-moi !

J'ai à peine le temps de lui sortir la coupe des mains aussi discrètement que possible qu'il en a déjà saisi une autre, putain, mais ce n'est pas vrai !

– Grim, concentre-toi deux secondes et explique-moi. S'ils ne t'écoutent pas et qu'ils ne te respectent pas, pourquoi ont ils prêté allégeance !?

Il me regarde avec des yeux embués par je ne sais quoi et se sert de son index pour ponctuer sa phrase.

– Parce que tu vois mon petit Edward, même si tout ce joli monde s'unifiait contre moi et bien… c'est quand même moi qui aurais la plus grosse ! Seule la puissance est reconnue ici bas !

« C'est moi qui aurais la plus grosse » depuis quand Grim utilise un pareil vocabulaire, il est bel et bien à l'Ouest !

C'est là où toute l'horreur de la situation m'apparaît.

Devant moi se tient une assemblée de démons, tous aussi puissants les uns que les autres.

Lesdits démons n'entrent pas en guerre avec Grim à cause de sa puissance.

De l'autre côté, j'ai Grim qui n'a plus rien à voir avec ce qu'il est en temps normal !

Et en plein centre des joyeusetés, moi ! Tout en sachant que je n'ai aucune formation, ou même information sur ce que je suis ou pas en mesure de pouvoir faire ! Génial !

Je quitte ma place pour me positionner devant Grim, mes mots sont couverts par les insultes que les uns et les autres profèrent nous offrant un peu de discrétion.

Je rattrape de justesse la coupe de sang que Grim venait de se servir.

Il est impératif que je le sorte d'ici avant que l'on se rende compte de son état.

Ça commence à se battre en arrière-plan, cela serait le moment parfait, sauf que je n'ai aucune idée d'où aller.

Une ombre passe à droite du trône et disparaît dans l'un des murs.

J'ai besoin qu'il fasse un dernier effort.

– Grim, je t'en pris ! Ne me laisse pas tomber, pas maintenant.

Mes mots doivent raisonner quelque part en lui, car en me relevant il fait de même, son arme en appuis d'un côté et moi de l'autre.

Les démons, toutes à leurs démonstrations de puissance ne nous prêtent aucune attention.

De la manière la plus rapide dont on peut, je nous dirige là où il me semblait avoir entrevu une ouverture.

C'est bien le cas, une porte dérobée à l'arrière du trône est bien présente.

Il y a de la casse du côté réunions, ce qui convient parfaitement pour un repli stratégique.

J'ouvre la porte et nous fais sortir tous les deux, prenants grands soins à refermer derrière moi.

Si Grim avait quelques forces en réserve, il les a utilisés pour notre sortie, à peine sommes-nous certains d'être à l'abri des regards qu'il s'écroule.

Je le retiens du mieux que je peux et je n'ai pas trop de toute ma force pour hisser un de ses bras autour de mon cou.

Devant moi s'étend un couloir sombre jonché de torche.

Les choix ne sont pas vraiment multiples, d'un côté une salle emplis de démons se battant et de l'autre l'inconnue.

– Avance !

La voix de Grim est faible, mais il est conscient ! De vieux réflexes resurgissent, comme de parler à quelqu'un qui sombre.

– Putain Grim qu'est ce qu'il t'arrive ?

– Créer un… Reaper, connaissais la théorie pas… pratique je…

– Grim ! Grim ! Reste avec moi ! Je vais où ? Je fais quoi ? Grim !?

Plus rien.

Alors, j'avance dans le dédale des couloirs qui s'entremêlent les uns aux autres, j'ai bien souvent la sensation de revenir sur mes pas me stoppant régulièrement pour m'assurer de ne pas être suivi, mais la réalité est là, je ne sais plus quoi faire !

– tsss

Au prochain croisement qui prend forme devant moi se tient une petite masse sombre.

– Il y a quelqu'un ?

La chose s'approche timidement jusqu'à la clarté de l'une des torches.

Dire avec exactitude ce que c'est me paraît compliqué. Il ressemble à un humain, mais en très mauvais état. Sa maigreur choque d'autant plus que sa tête est disproportionnée. Il n'est pas très grand et a une démarche très particulière se servant de ses mains ainsi que de ses pieds. Son regard est fixé sur Grim et il finit par s'adresser à moi d'une voix mi-rauque mi-feutrée.

– Le maître a besoin d'aide.

J'ai envie de lui répondre que l'on en est tous là, mais je reste plus que méfiant.

– Qui es-tu ?

– Je suis Golit ! Et Golit sait où emmener le maître ! Jeune maître doit suivre Golit !

Il dit ceci en repartant vers le couloir d'où il venait d'apparaître. Face à mon hésitation de le suivre, je vois sa tête réapparaître.

– Pourquoi te suivrais-je ?

– Golit connaît le labyrinthe, pas le jeune maître ! Et le maître a besoin d'aide, Golit veut aider les maîtres.

À situation désespérée…

– Je te suis, mais je te préviens que si c'est un piège…

– Non, non, Golit trop peur pour ça ! Le maître très puissant, Golit pas puissant, Golit veut pas avoir mal ! Golit a déjà si mal…

C'est vrai qu'après avoir vu les chefs et leur prestance j'imagine aisément que cette chose n'ayant même pas une réelle forme ne doit pas faire partie de ce qu'il y a de plus dangereux dans ces couloirs. Faute d'autre choix, je décide de prendre le chemin qu'il m'ouvre.

Je suis forcé de constater que je croise des gravures ainsi que des portes nouvelles, la sensation que j'avais de tourner en rond n'était pas qu'une impression.

– Sais-tu ce qu'il lui arrive ?

– Golit sait !

Il se contente de ça !

– Et bien, parle !

– Les Grims sont l'œuvre des dieux ! Le maître n'est pas un dieu !

J'arrête de poser la moindre question, je suis persuadé que cela ne m'apportera rien venant de lui.

Les couloirs se succèdent et hormis quelques détails sur lesquels je porte mon attention pour avoir un semblant d'orientation, rien ne change, sauf dans celui dans lequel nous entrons actuellement.

Il est beaucoup plus grand et le nombre de torches est colossal au point de se croire en plein jour.

Deux braseros sont posés à une entrée fermer par une grille noire. Je reconnais aisément la gravure en fer qui est dessinée au centre, une faux, et si j'en crois la finesse des détails il ne s'agit pas de n'importe quelle arme.

Golit qui n'avait pas marqué l'arrêt revient vers moi, mais tout en restant à bonne distance.

– Le jeune maître ne devrait pas rester ici.

La peur est palpable dans sa voix et dans son regard.

– Qu'y a t'il derrière cette grille ?

– Douleur, souffrance, damnation.

– Et en clair, ça donne quoi ?

Mon agacement aussi est perceptible. Mon guide se recroqueville sur lui même. Il finit par me donner la réponse que je veux, en chuchotant, comme si le simple fait de lui donner un nom pouvait réveiller quelques monstres tapis dans l'ombre.

– Les geôles, mon jeune maître ! C'est là où sont enfermées les âmes damnées par les dieux eux même. Le jeune maître ne devrait pas rester ici, le maître lui-même ne s'y arrête jamais ! Trop de douleur ici.

C'est donc ici qu'est enfermée la fameuse armée de Némésis ! On verra ça plus tard, pour l'instant j'assure ma prise sur Grim, qui pèse de plus en plus lourd.

– Je te suis.

Golit ne met pas deux secondes pour quitter les lieux et finalement, à quelques dizaines de mètres nous sommes apparemment arrivés à la destination que Golit avait choisie.

Bien que la porte de la pièce soit du même acabit que les autres, la chambre, quelle cache est extrêmement luxueuse.

Je pose mon fardeau sur le lit poussiéreux, qui doit sans doute être le sien.

Notre accompagnateur est dans l'entrée et si j'en crois son regard curieux il ne doit pas souvent être convié dans les appartements privés du tôlier.

– Et maintenant ?

Ma question a pour effet de le sortir de sa torpeur devant tant de luxe. C'est vrai que les richesses s'accumulent, mais peu importe, on n'est pas ici pour l'inventaire.

– Je reviens jeune maître !

Et il disparaît comme il m'était apparu.

Je l'aurais probablement suivi pour être certain qu'il ne donne pas l'alerte, mais des grognements dans mon dos m'en dissuadent.

– Grim !?

– Humm.

– Putain ! Tu es vivant !

Faible et avec une tête affreuse, mais il est vivant !

– Mouais on dirait bien, comment... trouvé ici ?

– Trop long à expliquer, que te faut-il ?

Il ne répond pas, j'ignore même s'il m'a entendu.

Il y a du mouvement dans le couloir, j'ai du mal à me fier à ce que mes oreilles entendent, on dirait des rires ou des gloussements plutôt.

Golit réapparait sur le seuil de l'entrée et se fait pousser sans ménagement par une femme ouvrant la marche à une autre, puis une autre.

La chambre est bientôt investie par une quinzaine de jeunes filles au demeurant très belles et très légèrement vêtues.

Tout comme Golit il y a quelques minutes je suis très concentré sur ce qui m'entoure.

Elles discutent, prennent place sur le lit où est Grim et commencent à le déshabiller.

– Le jeune maître devrait les laisser faire.

Me ramenant les deux pieds sur terre la voix de Golit me fait prendre conscience de cette situation quelque peu… inattendue.

Je sors de la chambre et referme la porte derrière moi. J'entends des grognements provenant de Grim suivi de rire.

Je m'étais promis de ne poser aucune question à cette petite chose bizarre qui nous a apparemment aidés, mais là je ne peux pas m'en empêcher.

– Elles vont faire quoi ?

Mais il ne me répond pas et commence déjà à s'éloigner.

– Hé ! Comment je sors d'ici ?!

Il continue sans se retourner et je décide de le stopper un peu plus ouvertement en lui saisissant l'une de ses jambes.

– Tu vas répondre ! Comment je sors ?

Il est terrorisé, je le relâche, ma colère n'est pas contre lui finalement, c'est tout le contexte qui va finir par me rendre dingue.

Il met quelques pas entre nous et finit par me répondre.

– Golit a fait ce pour quoi Golit était engagé, Golit s'en va !

Engager !? J'ai un regard vers la porte et une pensée pour ce qui se joue derrière. Je ne pense pas que Grim court le moindre danger par contre, Golit sait des choses qu'il nous serait très certainement utile de connaître. Fort de ma certitude, je commence à poursuivre notre ancien guide jusqu'à ce que je le trouve en présence d'une autre personne au bout du couloir.

Il s'agit très probablement de celui qui l'aurait engagé. Il se fond parfaitement au décor des lieux, possédant une cape noire comme celle de Grim lui cachant l'intégralité du visage.

Aux genoux du nouvel arrivant se tient une autre fille.

Golit s'approche de celui que j'imagine être son employeur et s'est tapi au sol qu'il s'adresse à lui.

– Golit a obéi, le maître ira bien et le jeune maître est là.

Son interlocuteur ne répond pas, il caresse les cheveux de la fille qui à ce geste se relève. Il prend sa main et la donne à Golit qui disparaît en emporte avec lui ce qui devait être son salaire.

Si j'en crois les paroles du démon, ma présence est attendue alors je m'avance, ne sachant pas très bien à qui je vais avoir affaire.

En m'avançant, je reconnais très aisément le monument à ma droite, c'est le haut de la porte d'entrée de la salle principale, nous somme sur un balcon juste au-dessus et face à moi celui ou celle qui m'aurait aidé à me sortir d'une mauvaise passe, car si ce petit démon ne m'avait pas indiqué un chemin de sorti nous serions probablement encore dans la salle d'à côté qui est, si j'en crois ce que j'entends, encore le théâtre de combats des démons.

Tout sentiment de remerciement qui peut m'habiter disparaît au moment ou mon futur interlocuteur décide de révéler son identité en retirant son capuchon.

– Comment vas tu Edward ?

Yann !

Je me jette sur lui sans aucune cérémonie.

– Où est Bella ?

Il bloque mon attaque, pour me coller contre un mur, j'avais oublié, lui aussi est puissant.

– Dit donc, c'est pas très gentil comme accueil, tu pourrais au moins dire merci.

Je me libère en le propulsant à son tour contre la rambarde du balcon.

– Tu vas me dire où est Bella et si tu lui as fait le moindre mal je te jure de te faire souffrir comme tu n'as jamais souffert !

– Plus que si Némésis savait que je suis ici à vous prêter main-forte ? Non, je ne pense pas.

Nous sommes face à face et il ne paraît nullement impressionner par ce que j'ai pu devenir, parce qu'il va sans dire qu'il ne peut l'ignorer, si les chefs de clan le savent lui l'a su bien avant.

– Je vois que tu commences à réfléchir comme les grands, c'est bien.

– Où est Bella ?

– En sécurité. Comment va Grim ? A t'il reçut mon petit cadeau ?

– Pourquoi des filles ?

– Tu as de nombreuses choses à découvrir sur nous autres les démons. L'une d'entre elles est que nous ne nourrissons pas de sang, enfin pas uniquement, mais aussi d'énergies sauvages de préférence, colère, haine, peur, souffrance et bien entendu l'une de mes préférées la luxure.

Les pièces de puzzle commencent à s'emboîter.

– Pourquoi croirais-je que tu es là pour nous aider ?

– Outre le fait que sa vie et la mienne sont liées et qu'il me serait contrariant de perdre la mienne alors que je viens d'être libéré ? Absolument rien.

– Comment va Bella ?

– Elle va bien, c'est elle qui m'envoie.

Les paroles de Yann sont enjôleuses et je souhaiterais y croire de tout mon être, mais trop de trahison est née dans la bouche du démon pour que je me laisse avoir.

– Je ne te crois pas !

– Ha, mais ça, ça ne m'importe pas, le fait est qu'elle sait très précisément ce qui se passe et qu'elle a voulu profiter de mon intervention auprès de Grim pour te faire passé un message.

Il y a de fortes chances que cela soit totalement faux, mais même si cela reste infime, la probabilité que cela soit juste est réelle.

– C'est quoi le message ?

Bizarrement, Yann me parait tout un coup nerveux.

Il se penche par la balustrade, vérifie qu'il n'y a nulle âme aux alentours et ferme même la porte donnant sur le couloir.

– Fait vite, c'est bien plus dangereux que tu peux le croire.

Il n'en dit pas plus avant que ses yeux se révulsent avant de se fermer, mais lorsque ses paupières se relèvent je n'ai pas affaire aux yeux sanguinaires du démon, mais à ceux chocolat que je ne connais que trop bien.

– Non Yann ! Tu ne m'auras pas aussi facilement.

Après un léger déséquilibre, je le vois s'appuyer contre le mur et c'est son premier geste qui fait flancher ma certitude que tout ceci n'est que mensonge. Il porte les mains à son ventre et une fraction de seconde c'est l'affolement dans son regard jusqu'à ce qu'il croise le mien.

– Edward !

Il s'était approché de moi comme pour me prendre dans ses bras, le mouvement de recul est instinctif et la douleur qui passe sur son visage ne peut appartenir qu'à une seule personne.

– Bella ?

Elle doit comprendre mes doutes parce qu'elle prend un pas de recul et d'un air désolé, me fait ses excuses.

– Oui, c'est moi. Je suis désolée, mais lorsque j'ai su je voulais absolument te parler et c'est assez difficile de passer outre la surveillance de Némésis.

– Tu es en train de me dire que c'est toi dans le corps de Yann ?

– Oui je sais, c'est compliqué, mais je n'avais pas beaucoup le choix.

Au point où j'en suis aujourd'hui je ne suis plus réfractaire à grand-chose, sauf peut-être une très spécifique, si c'est Bella qui utilise le corps de Yann, où est Yann ? Et bizarrement, je ne veux pas envisager une réponse.

– Edward je ne peux malheureusement pas te le prouver puisque Yann sait absolument tout de moi alors hormis te jurer que c'est bien moi je ne peux rien faire !

– OK, OK ! Admettons, comment vas-tu ?

– Bien, nous allons toutes les deux très bien, c'est plutôt à toi qu'il faut demander.

– Je… m'adapte en fonction des situations !

– Comment vont les autres ? Yann dit que tout le monde va bien, mais je ne sais pas s'il dit ça pour de vrai ou pour éviter que je m'inquiète, toi dis-moi que les nôtres vont bien, s'il te plaît.

Enlevée par une déesse complètement tarée, elle est séquestrée, et sous surveillance d'un démon, elle se fait du souci pour notre famille, pas de doute, c'est bien Bella.

– Ils vont bien aussi, putain, mais c'est vraiment toi ?

– Oui Edward, et bien que je le regrette, le temps nous est compté. Je devais te parler de toute urgence.

– Je t'écoute.

Avant qu'elle puisse parler, son visage est déformé par la douleur, elle s'enserre la tête des mains fermant fortement les yeux.

– Bella, ça ne va pas ?

– Yann veut revenir.

Elle vacille et je la rattrape avant qu'elle ne perde l'équilibre pour de bon. Ses mains s'accrochent à moi et je vois bien qu'elle réunit toutes ses forces pour me parler.

– Tu as toutes les clefs en mains Edward, tu dois avoir confiance en toi et en nous.

– Quelle clef Bella ? Bella ?

– Je t'aime.

Lorsque ses paupières se rouvrent, les pupilles cachées n'ont plus rien de celles que j'aime tant.

Yann est prompt à se relever et à remettre une distance de circonstance entre nous.

– Heureusement que je suis revenu ! Tu allais faire quoi là ?

– Elle a perdu l'équilibre !

– Mouais !

– Je n'ai aucune confiance en toi Yann !

– Et c'est très probablement la meilleure décision que tu n'as jamais prise.

– Alors, qui me dit que tout ceci n'est pas monté de toutes pièces ?

– Crois bien ce qui te chante ! Ça ne change rien pour moi !

Je me rends compte que sa mission étant fini il va partir, alors qu'il est le seul à avoir accès à la femme que j'aime.

Je le saisis au col, il nous a tellement menti que jamais je ne pourrais lui témoigner quelque respect que ce soit !

– Où est-elle précisément ? Comment j'y vais ? Emmène-moi à elle, espèce de traître !

Les rôles s'inversent et comme il y a quelques minutes je suis exactement au même endroit, plaqué au mur.

– Tu vas ouvrir tes oreilles gamin ! Tu as voulu graviter dans le monde des grands ! Félicitations, tu as les deux pieds dedans, alors apprends donc à réfléchir comme tel !

C'est à ce moment précis que la porte de la pièce principale absorbe un choc d'une telle puissance qu'elle en tremble. Yann me relâche et remet mon propre par dessus en place.

– Il semblerait que tu as des démons sur le feu, et moi j'ai une petite brunette actuellement seule, ce qui n'est pas forcément une bonne idée. Tu es bien conscient que nous n'avons pas le temps pour un quelconque combat. Nous devons remettre cette discussion à plus tard si cela ne t'ennuie pas.

Il reprend de la distance et s'assure que je ne lui ressauterais pas dessus dès qu'il aura le dos tourné, mais une autre chose me préoccupe.

– Yann ?

– Quoi Edward !

– Comment je fais pour calmer des chefs de clans démoniaques ?

– Ah ça ? Je ne sais pas, mais j'ai confiance. Tu trouveras bien quelque chose ! Tu te rendras très vite compte qu'ici-bas nous ne sommes pas vraiment fournis en grand stratège. Ah, la porte que tu vois là ramène directement dans la salle. Autre chose ?

– Tu ne lui feras aucun mal, n'est-ce pas Yann ?

– La tuée aurait été plus simple que le contraire, mais que veux-tu ? J'aime les challenges !

Je ne vois que son dos lors de sa réponse, et je le regrette parce que j'ai le sentiment que c'est la seule fois où il fut sincère.

Il saute par-dessus la barrière et disparaît dans l'ombre.

C'est étrange, la situation a rarement été pire et pourtant je me sens bien.

Bella va bien et le bébé aussi, j'y crois. Est-ce par besoin ou autre chose, je ne sais pas. Valider entièrement ce que j'ai cru voir me forcerait à accorder un tant soit peu de crédits aux actions de Yann, ce qui ne peut être au vu desdites actions.

La porte principale encaisse un nouveau coup me forçant à remettre mes théories sur Yann à plus tard, mais je sais que je devrais me pencher dessus, pour l'heure il va me falloir calmer la horde qui sévit plus bas. Le point commun entre ces deux choses, est que je n'ai aucune idée de comment je vais m'y prendre, et encore moins m'en sortir.

J'entre aussi discrètement que je suis sortie de cette pièce, mais je suis forcé de marquer l'arrêt face au carnage !

Rien n'a été épargné ! Mes yeux se fixent sur le trône qui n'est plus qu'un amas de crânes gisant à droite et à gauche de la salle. Le brouillard lui-même s'est enfui, toutes les sphères de visions de Grim sont brisées au sol, la table n'est plus que des sections de pierres indissociables du restant des colonnes qui étaient fort nombreuses a notre arrivée.

C'est lorsque je vois l'emplacement vide de la sphère de Renée que je me rends compte à quel point je n'aimerais pas être à leur place lorsque Grim va le savoir.

Quelque part, ça me rassure, parce que si moi je n'arrive pas à bout des combattants, lui par contre ne leur fera aucun cadeau.

Mais pour l'heure, il n'est pas là, il n'y a que… moi.

À vue de nez, ils sont tous là ! Et aucun ne semble trouver l'absence de Grim étrange, ce qui en soit me convient très bien.

N'ayant plus grand-chose à sauver dans la salle et du fait qu'ils sont tous plus intéresser à leur déballage de pouvoir qu'à autre chose je prends le temps de les observer.

Les paroles de Grim me reviennent, seule la puissance compte et ajoutons à ceci ce que vient de me dire Yann, les enfers ne sont pas servis en grands stratèges, je constate qu'en réalité, le résulta est plus pitoyable qu'effrayant.

Je comprends beaucoup mieux Grim et sa lassitude en ce qui concerne ce monde.

Plus j'observe ce que j'ai devant les yeux, les coups, les contre-attaques et moins je suis impressionné. Ils sont puissants oui sur ça, il n'y a pas à tergiverser sur ce point, mais c'est une puissance sans réelle coordination.

Je comprends que c'est là où intervient très précisément Grim, et que tout ce qui m'entoure prend un réel sens.

Il est le maître de l'entre mondes. Lieux où les âmes arrivant se voient dispatchées dans les différents clans représentés par les marioles situés plus bas. Grim centralise et il distribue tout en restant maître incontesté desdites armées créées au fil du temps, puisqu'ils ont tous prêté allégeance d'après ce qu'ils ont dit.

Ce qui est très ironique, car chaque clan cherche à devenir plus puissant d'après ce que je peux comprendre de ce qui se hurle en bas, et que Grim se voit puiser l'essence même de ses pouvoirs dans l'enfer lui-même, donc plus les clans le deviennent, plus il l'est par définition.

La question est, est-ce que les chefs le savent ? Ils devraient, mais j'ai dans l'idée que c'est un détail qui ne leur est pas fortement probant au vu des menaces proférer plus tôt. Pitoyable avais-je pensé, mais c'est bien au-delà de ça.

Mais ils sont libres !

Ce qui n'est pas le cas de ceux bien cachés derrière la grille que j'ai croisé, leurs pouvoirs ne sont peut-être pas équivalents au déballage de celui-ci, mais ils ont pour énorme avantage d'avoir une coordinatrice aussi puissante que perfide, Némésis.

Je commence juste à comprendre réellement à qui nous allons avoir affaire.

Est-ce mes nouvelles fonctions qui m'aident à y voir plus clair, très certainement. Les mots, les titres tels que dieux ou bien déesse ne m'inspirent plus la même sensation d'incompréhension qu'il y a quelques jours, cela devient au fil des heures de plus en plus concret. Ce qui est fort bien puisque de le pragmatique ça peut tout aussi bien s'organiser que se combattre.

L'une des dernières colonnes encore debout vient de s'écrouler. Le bruit de chute de pierre mélangée au vide de la salle, cela créait un écho assourdissant.

Ça suffit ! On ne s'entend même plus réfléchir !

C'est plus qu'agacé qu'à mon tour j'enjambe d'un bond la barrière pour me retrouver à l'étage inférieur en plein centre des combats.

Mais arrivé en bas une petite phrase dite par Grim me revient en tête.

« Même s'ils s'unissent, c'est quand même moi qui aurais la plus grosse. »

Lorsque suite à mon arrivée, que j'ai voulu fracassante et à la vue de tous les démons, et que comme prévu à la base j'ai réussi à avoir l'attention de tous qu'une grande vérité s'impose à moi, là tout de suite, dans cette pièce, la plus grosse et bien c'est pas moi qu'y l'ai.

Ceux par terre profitent que l'intérêt de tous me soit porté pour se relever, et comme si de rien n'était, ils se regroupent tous face à moi.

Les bras se croisent et l'attente des paroles que je ne vais pas tarder à dire, commence.

Bon, j'ai toujours été très fort en bluff, il n'a pas de raison que ça change, si Emmett savait qu'un demi-siècle à le plumer au poker m'aidait aujourd'hui.

– Tiens, tiens, mais c'est notre apprenti Grim Reaper !

Les ricanements se font entendre et le démon fort de sa petite entré continu.

– Il est où ton maître ? Tu devrais faire attention il pourrait bien t'arriver des ennuis mon petit.
Un autre démon, fort peu content de voir que tous les honneurs de me soumettre à leur petit jeu reviennent à un autre que lui, s'y met aussi.

– Tu avais peut-être quelque chose à dire ?

– C'est exact, j'ai quelque chose à vous dire.

Le tout, reste à savoir quoi !

– Et bien, nous t'écoutons.

Quelques pas en face d'eux tout en les toisant ne font pas naître en eux une quelconque peur, mais m'offrent de précieuses petites secondes pour réfléchir à ce que je vais pouvoir dire à cette bande d'abrutis congénitaux.

– Il a perdu sa langue !

– Non, je n'ai rien perdu du tout. En réalité, je cherche une phrase de construction simple qui aurait pour but de tous vous faire comprendre à quel point vous avez l'air tous complètement débiles, et ce, sans être forcément méchant, mais au vu du niveau, j'avoue avoir du mal !

– Tu sais que la seule chose qui te tienne encore en vie c'est le fait que nous nous méfions tous de Grim, parce que toi, tu n'as absolument rien d'un Grim Reaper, sans être méchant.

Voilà la seule phrase que je comprends dans tout le tintamarre de grognements qu'ont provoqués mes propres mots.

– Tu n'es rien, tu arrives de nulle part et tu crois que quoi, on va plier et t'offrir nos troupes ?

C'est bien ce que je pensais, les rudiments les plus simples concernant le pouvoir des Grim Reaper ne sont pas acquis par le plus grand nombre.

Les réflexions des uns et des autres prennent de l'ampleur et plus le ton monte et plus ils s'engaillardisent, sachant que je suis totalement conscient de n'avoir aucun intérêt à monter au combat.

Dans le mouvement, quelque chose au sol dans ce que l'ont peut qualifier les déchets restants du trône attire mon attention.

La sphère de Bella gisant par terre comme un vulgaire bibelot sans valeur ! Et là, je vois rouge !

Ce qui se passe en moi est d'une violence sans précédent, c'est noir et destructeur.

Je m'approche du globe fendu et lorsque je tends la main pour le ramasser, il se passe deux choses très distinctes.

La main que je tends est en prolongement avec un bras dissimuler sous une cape noire et là où j'aurais dû m'abaisser pour saisir la sphère, c'est elle qui vient à moi.

Je sens les traits de mon visage se durcir jusqu'à devenir de pierre et toute cette encre qui monte en moi, je la sens envahir mes yeux.

La seule chose qui pourrait me déstabiliser si la colère ne m'inondait pas entièrement, c'est leurs pensées.

Je n'avais pas réalisé jusqu'à là, le silence de leur esprit.

Je comprends que ce n'est pas que mon don m'avait quitté, non loin de là, j'en ai la totale maîtrise au point de pouvoir le faire taire, mais pour l'heure je me réjouis de pouvoir les entendre.

« C'est bien un Reaper »

« D'où lui vient cette force »

« Grim n'était pas si puissant dans ses débuts »

« Mais qui est-ce »

Au même titre qu'il est aisé pour toute personne d'allumer une lampe de chevet, je sais comment activer cette sphère, et a mon plus grand plaisir elle répond à la perfection se reconstituant devant moi.

La lumière criarde qu'elle nous offre depuis le début illumine les lieux, mais là où le verre paraît lisse, moi j'y vois des failles, des dizaines de petites fissures où il me serait aisé d'envoyer un peu d'ombre et c'est très précisément ce qui se passe.

La symbiose des deux forces opposées est complète, imposant devant moi la plus belle des images. Bella dormant paisiblement, une main posée sur son ventre à peine enflée.

En face, les pensées s'affolent, ils ont l'air de tous reconnaître les traits angéliques de ma douce.

– Et elle vous la connaissait peut-être. Toi là-bas, toi si bavard il y a une minute, et bien vas y, parle, maintenant qu'il y à des choses intéressantes à dire.

Il s'avance, mais c'est sur un tout autre ton qu'il s'adresse à moi tout en conservant ses yeux sur la sphère.

– On la connaît tous ! C'est l'intouchable ! Aucun démon n'a le droit d'interférer de près comme de loin dans sa vie sous peine d'essuyer les foudres de Grim, enfin je veux dire de l'autre Grim !

– Et qu'arriverait-il si l'un d'entre vous transgresse cette règle ?

– Si vous la connaissiez, vous sauriez que nous n'avons que très peu de chance de survie.

– Mais encore ?

– Elle est l'âme la plus puissante jamais créée.

– Voilà très précisément où je voulais en venir ! Vous n'êtes pas sans savoir que les âmes marchent par deux.

Après s'être tous consultés du regard, ils ont l'aire tous d'accord avec moi.

– Donc Isabella est la moitié d'un tout et il se trouve que l'autre moitié, c'est moi !

Voilà, maintenant que c'est dit il faut que cela suffise au moins pour les convaincre qu'il serait mal venu de s'en prendre à moi au vu des capacités que je serais susceptible d'avoir. J'ai bien compris que mes nouveaux pouvoirs fonctionnent avec mes sentiments, de là à dire que j'en ai suffisamment la maîtrise pour mettre une trentaine de démons au tapis sans y laisser des plumes, il y a un gouffre !

Les têtes se baissent, comme le volume des chuchotis. Ils se concertent devant moi pour savoir si oui ou non, il serait malin de m'attaquer pour me tester.

Je suis là à les écouter et je comprends d'où vient l'infinie patience de Grim, depuis combien de siècles subit il ça ?

Ils se taisent, la décision est prise apparemment.

– En admettant que l'on vous croie, ça change quoi exactement pour nous ?

– Ah, mais absolument rien ! C'est peut-être même pour ça que Grim n'a pas jugé important de vous déranger, puisque tout cela ne vous concerne pas !

– Alors, je comprends pas bien, qu'est-ce que l'on fait ici.

J'essaye, de toutes mes forces, de ne pas craquer nerveusement, mais c'est une épreuve à laquelle je ne suis pas prêt et bien que je sois conscient qu'un combat n'est peut-être pas la meilleure idée j'ai une furieuse envie d'embrocher leurs têtes sur des piques et de les planter devant la porte principale avec un petit panneau où il y aurait marqué « interdit aux cons » !

– Grim aurait quand même pu nous prévenir, on passe pour quoi maintenant !

– Oui enfin de toute façon Grim a toujours fait ce qu'il voulait c'est pas nouveau !

– Il est où d'ailleurs ? C'est vrai, en règle générale, on n'a pas le temps de tout détruire avant qu'il nous foute dehors !

En règle générale ! Ça veut dire que cela se passe toujours de la même façon ! Je vais craquer !

– Dégagez !

– Quoi ?

– CASSEZ-VOUS !

Le brouillard qui était présent lors de mon arrivée refait surface. Naissant des murs et recouvrant petit à petit le sol jusqu'à ne laisser visible que l'allée centrale.

Les démons ne le pressentent pas comme bon augure puisque plus le nuage se ressert sur eux et plus le petit groupe se rassemble.

Arrivée à mes pieds et aussi accessoirement à ce qui fut autrefois l'emplacement du trône. Il se met à grignoter gentiment, l'allée montrant par la même occasion la direction de la sortie aux visiteurs prompts à reculer !

À mon plus grand étonnement, ils ont compris qu'il était plus que temps de quitter les lieux, alors ils s'en retournent vers la porte et finissent par partir.

– Quelque chose me chiffonne quand même, on ressort tous quasiment entiers, d'habitude Grim nous laisse dans un plus mauvais état que ça !

– Oui, c'est vrai, mais le nouveau il n'a pas l'habitude, la prochaine fois peut-être !

– Ouais, on verra la prochaine fois !

La porte se referme, et je pense que le moment présent empli de calme et de silence et l'un des plus salutaires que j'ai connus !

Ils sont partis !

Mais ce moment aussi agréable soit-il, est court.

Grim ! Il faut que je m'occupe aussi de ça ! Mais avant je repose les yeux sur la sphère de ma Bella.

Elle est réveillée, les yeux perdus dans ses pensées et une main caressant doucement son ventre. Toute la colère que j'ai pu ressentir s'évanouit.

J'ai souvent eu envie de la prendre dans mes bras, et aujourd'hui ne fait pas exception, mais si je veux le concrétiser il n'y a pas trente-six méthodes, il va falloir que je me bouge.

La sérénité que m'apporte la vision de Bella allant bien me fait recouvrir mon apparence et fait disparaître la cape, je me poserais les questions liées à ce phénomène plus tard !

C'est décidé que je me dirige vers le balcon affin de retrouver facilement la pièce où j'ai laissé Grim.

L'endroit paraît calme, ça bouge dans la chambre, mais rien annonciateur d'ennuis, ça changerait un peu !

Au vu de la compagnie avec laquelle je l'ai laissé il me semble que de frapper à la porte serais disons nous plus logique, j'en ai assez vu pour aujourd'hui !

C'est Grim qui vient m'ouvrir en finissant de boutonner sa chemise.

– Ah Edward ! Quoi de neuf ? Entre, je t'en prie !

Premier point, Grim va bien, je dirais même qu'il a l'air… jovial !

Je finis d'ouvrir la porte rester entrebâiller pour découvrir que la chambre est dans le même état que la salle principale ! Le sang en plus !

Toutes les filles venues plus tôt gisent au sol ou sur le lit, mortes et entièrement vidées de leur sang !

– Tu as vu Yann ?

Grim est là, face à ce qui passe pour une armoire et finit par enfiler une veste. Mon expression doit être en accord avec ce qui se joue dans ma tête et tout… ça !

– Quoi ? J'avais faim !

– Je vois ça ! Et ça va mieux ?

– Oui beaucoup mieux ! Bon, tu me réponds ? Tu as vu Yann ?

– Heu… oui, mais comment tu sais ?

– Les filles avaient ça autour du coup.

Il attrape quelque chose sur la table de chevet et me le lance, c'est en ouvrant les mains que je constate qu'il s'agit des deux amulettes.

– Qu'est ce qu'il t'a dit ?

– À vrai dire, c'est Bella qui voulait me faire passer un message.

– Tu as vu Isabella ?

– Oui, enfin non, c'est un peu compliqué.

– Elle va bien ?

– Oui elle et le bébé vont très bien !

– C'était quoi le message ?

Je baisse les yeux avant de répondre et bizarrement les choses commencent à prendre forme.

– Elle m'a dit que j'avais toutes les clefs en main.

– Et c'est tout ?

– Oui. Mais dis-moi Grim, tu as l'air bien… énervé !

– Il n'y a pas été avec le dos de la cuillère et disons qu'après pareille quantité d'énergie et de sang il va falloir que ça se régule un peu, et pour cela je sais très précisément ce qu'il me faut !

Il passe à côté de moi et va pour sortir.

– C'est à dire ?

– Ma brochette d'abruti !

Oui bien évidemment sa brochette... merde la salle.

– Grim !

Il avance dans le couloir et n'a aucune intention de s'arrêter pour discuter et je finis par lui passer devant pour l'empêcher d'avancer plus !

– Grim écoute moi !

– Edward ! Je te suis très reconnaissant pour ce que tu as fait, si si je t'assure que c'est vrai ! Jamais je n'aurais cru que de créer un autre Grim Reaper me mettrait dans un pareil état.

– Ce n'est pas ça…

– Non pas de fausse modestie, tu as parfaitement réagi surtout aux vues que tu es loin d'être réellement en pleine possession de tes pouvoirs. Je te l'ai dit, un Grim Reaper ne le devient pas parce qu'il a le titre, c'est au fil du temps que tout cela se déclenche, les pouvoirs, la cape et tout le tremblement. Crois moi, je vais tout expliquer, je te le dois bien, mais là pour l'heure il faut que je ne me défoule sur quelque chose ou quelqu'un !

Il me pousse de son chemin et finit par entrer dans la salle principale !

Autant le silence qui avait empli les lieux il y a quelques minutes était salutaire, autant là tout de suite j'ai un très gros doute.

Je fini par entrer à mon tour, il est au centre, immobile, seules ses mains qui se contractent trahisses son humeur.

En m'approchant, je vois ses yeux scrutant minutieusement les alentours faisant un inventaire très précis.

– Je vais en faire de la pâté à cerbère ! Où sont-ils ?

– Ils sont partis.

– Oui, ça, j'ai vu ! Mais pourquoi ?

– Je leur ai demandé !

– Toi ! Tu leur as demandé de partir ! Et ils t'ont… écouté !

– C'est circoncis, mais c'est un peu ça.

Une chose ne passe pas inaperçue à Grim, c'est la sphère de Bella ! Il la ramasse et par-dessus la douce lumière quelle génère maintenant, je peux sentir les pupilles de Grim me fixer, mais je préfère conserver les yeux sur ma dulcinée toujours allongé.

– Edward !

– Oui Grim.

– Tu vas m'expliquer très précisément ce qui s'est passé, en passant par tout les détails, assis !

Lui et moi prenons les deux seules places qui restent sur ce qui fut une table et devant les yeux inquisiteurs de Grim et bien je n'ai plus vraiment d'autre choix.

– Tu as commencé à m'expliquer certaines choses lorsque dans l'entrée on a entendu du grabuge ...

Alors ? avez vous aimé ?