2) A la mode de Paris

Paris.

Je n'avais jamais rien vu d'aussi illuminé et de moderne de ma vie. Les rues étaient bien différentes de celles de mon village !
Au château de la Seine, je fus présentée à Lady Seraphina ainsi qu'à son frère Unity et finalement à Dégel qui s'inclina.
– C'est un honneur de vous rencontrer Mademoiselle Calvera. Mon ami Kardia vous estime énormément.
Avant d'arriver en Europe, j'avais appris à faire la révérence et à mon tour je me pliai légèrement sur les genoux, lui affirmant:
– L'honneur est mien Chevalier Dégel.

Lady Seraphina m'entraîna vers la rue de Richelieu où un rendez-vous m'avait été donné chez une styliste, la fameuse couturière Madame Bertin.
Le carrosse s'arrêta face à sa boutique. On nous ouvrit la porte. Je vis une dame assise face à son bonheur-du-jour. La pièce était joliment décorée de portraits et de caricatures de Dames de la Haute Société, il y avait également des fauteuils "Bergère", des tables basses ainsi qu'une énorme ronde placée au milieu de la pièce qui était habillée de bustes coiffés de chapeaux à plumes, style pièce montée comme la "Belle Poule".
"Pas question que je porte l'une de ces horreurs ! "
On nous fit avancer et nous fûmes accueillies par Madame Rose Bertin qui s'inclina en voyant Dame Seraphina.
Après m'avoir présenté à mon tour, la couturière prit mes mesures et me suggéra quelques tenues à la mode. J'optai pour trois robes, des escarpins et une ombrelle.
Le cocher ayant réussi à faire tenir tous mes paquets dans le fiacre, nous pouvions repartir pour nous préparer à célébrer l'anniversaire de la Dame du Graad.

Il m'était quasiment impossible de bouger dans ma chambre vu le nombre de bagages qu'elle comportait. Seraphina promit de venir m'aider à m'habiller pour la soirée.
Après mon bain, elle arriva dans une robe bleutée au décolleté plongeant parsemée de petits rubans. Les manches étaient ébouriffées de dentelles, des petites plumes de paon et des boutons de roses avaient été cousus à la main sur la partie jupe. Ses longs cheveux nacrés soutenus par un diadème de bijoux et de fleurs, elle ressemblait à une princesse des contes de ces contrées.
– A vous maintenant Calvera ! Voyons votre teint est "magnolia" et vos cheveux corbeau.
M'examinant de la tête au pieds, elle me dit:
– Un bleuâtre un rien léger vous ira à ravir.
L'une de mes emplettes était de couleur bleu presque nuit avec des petits points blancs et or crochetés par ici par là. On aurait dit des minuscules étoiles saupoudrées dessus.
– Ne trouvez-vous pas que la baie de ma gorge soit un peu trop scandaleuse ?
– C'est à la mode de montrer sa poitrine et vous êtes plutôt bien faite pour en jouir. Me répondit-elle en riant.
Un ruban retint les flots noirs de ma tête et laissa échapper quelques mèches encadrant mon visage.
Souliers chaussés, nous descendions l'escalier principal.

Son frère portait son uniforme de dignitaire, noir ceinturé et galonné de rouge.
Dégel portait lui une paire de bottes en cuir, un pantalon de velours foncé au genoux, une chemise blanche à jabot, couverte d'un gilet clair décoré de passementeries, le tout sur un juste au corps de couleur violette.
– Quelle élégance mesdemoiselles ! Nous lança Unity en s'inclinant.
Je m'approchai du Scorpion.
– N'as-tu pas choisi une tenue de soirée, Kardia ?
– Je ne me déguise pas Calvera. Ni pour Dégel ni pour toi.
– Mais que penses-tu de ma tenue ?
Il descendit son regard tout le long de mon cou et malicieusement me dit:
– Qu'il n'y a pas mal de monde au balcon ?
Je ne répondis pas à sa remarque, je savais qu'il espérait qu'elle m'agace. Mécontente je lui pressai mon petit talon sur son pied !
– Aie ! Ça va , ça va ! Aurais-je omis de te dire que tu étais magnifiquement jolie.
– Oui, n'en fais pas de trop non plus !
– J'ai quelque chose pour toi. Me déclara t-il.
Il déposa sur ma tête une petite couronne de fleurs.
Un peu confuse.
– Comment pourrais-je te remercier pour tout ceci ?
– On verra ça plus tard si tu veux bien. Me fit-il avec un clin d'œil.
Comme il faisait souvent l'imbécile autour de moi, je ne prêtai pas attention à ses paroles.

La château possédait plusieurs pièces de réception, l'une où l'on pouvait se restaurer et une autre, la plus grande celle du bal dont les portes donnaient sur des petits salons adjacents.
– Sais-tu danser ? Demandai-je au Scorpion.
– Pas vraiment.
– Tant pis ! Allons-y tout de même et imitons nos amis. Lui proposai-je.
En évoluant en tourbillons sur le plancher ciré, je vis mon partenaire regarder ses pas pour ne pas me marcher dessus.
Dégel servit d'escorte à Séraphina, il la convoita toute la soirée. Je les vis tournoyer, ressemblants à un couple d'oiseaux admirablement unis.

La pièce était tapissée de miroirs, chandeliers sur pied s'y dressaient aux quatre coins.
Je fus surprise de tourner dans les bras de messieurs qui semblait-il se disputaient mes faveurs, dont Unity de qui je pris congé pour retourner près de Kardia qui m'offrit un verre de champagne. C'était la première fois que j'en buvais.

Dehors, bulles en main sur le balcon, on pouvait voir au loin l'imposante structure de Notre-Dame de Paris.
– Kardia, aurons-nous la chance de la visiter avant de partir ?
– Je n'en sais rien, ce n'est pas bien grave, ce ne sont que des pierres.
– Moi, j'aurais aimé la visiter. Il paraît que c'est l'œuvre du Divin.
– Du Divin ? Si tu me parles comme ça, je te flanque au lit !
– Et si on allait maintenant la visiter ? Tu n'aimes pas danser et je ne connais personne.
– Ça me convient ! Je m'ennuie dans ce genre de réceptions.
– Même si je suis là ?
Il se retourna sur moi.
– Tu veux que je t'observe attiser une bande de crétins, c'est ça ?
– Je n'ai jamais rien dit de tel ! Quel caractère tu as !
– Bon tu viens visiter ton édifice, oui ou non ?