4) Mal de cœur

J'étais dans mon lit repensant à toutes les choses que j'avais eu la chance de voir et de vivre dans la capitale française, lorsque la porte de Kardia qui communiquait avec la mienne s'ouvrit et je le vis marchant vers moi un chandelier en main.
– Quelque chose est arrivé ? Ça ne va pas ?
– Je pense avoir un peu de fièvre.
Je me redressai sur les oreillers.
– Ce n'est pas étonnant, tu dois probablement toujours être choqué de t'être heurté la tête. Tu as également utilisé l'Antarès, j'espère que ce n'est donc pas une rechute !
Je sautai hors de mon duvet pour remettre des bûches sur le feu. Je déposai ma main sur son crâne et sur son cœur, il était en sueur mais pas bouillant.
– Assieds-toi. Je vais chercher le chevalier du Verseau pour qu'il m'aide.
– Non. Reste Calvera ! Laisse Dégel tranquille, il est avec Seraphina.
– Ils sont ensemble à cette heure-ci de la nuit ? M'interrogeai-je.
– Il est adulte, elle vient d'avoir ses 18 ans. Écoute, Lady Seraphina est atteinte d'une maladie grave qui l'emportera... Ils ne savent pas quand. Il veut passer avec elle le peu de temps qu'il puisse lui accorder. C'est un secret, tu comprends ?
– Oui, bien sûr et je te donne ma parole de n'en parler à personne. Je vais te chercher de l'eau glacée.
Je revins avec une bassine et du linge.
Kardia plutôt large, avait décidé de prendre la plus grande place du lit, il se trouvait en son centre et je ne savais pas de quel côté je pourrais le soigner du mieux possible.
– Kardia rapproche toi de moi s'il te plaît ! Comment veux-tu que j'applique les compresses sur ton front. Je n'ai pas des bras de marionnettiste !
– Non, j'ai pas envie de bouger ! Viens, adosse-toi derrière moi que je pose ma tête sur ton épaule.
Je le regardai perplexe. Je ne savais honnêtement pas...
– Veux-tu que je souffre ? Ces étourdissements me font mal !
Il porta ses mains à son front. Je pris donc place comme il le souhaitait.
Il m'alourdit de son poids et je pus lui déposer un premier morceau de tissu humide. Il ferma ses yeux et passa son bras en dessus du mien.
La chaleur de son corps brûlait le mien. Je n'étais pas certaine que cela puisse l'aider.
– N'as-tu pas trop chaud ? Ton cœur va mieux ?
– Non.
– Bon, ça suffit ! Je vais chercher un docteur !
– Il ne pourra rien faire pour moi !
– D'accord ! Je vais trouver ton ami, tu as besoin d'aide !
– Pour l'instant, je n'ai besoin que de toi Calvera.
– De moi ? Mais je ne peux qu'atténuer légèrement ta chaleur.

Tout en parlant, il m'avait lâché, me faisant glisser sur l'oreiller. Quant à lui, il se retrouva redressé sur le coude, son visage au dessus du mien.
– Ne me dis pas que je dois tout t'expliquer avec des mots ?
– Étais-ce une ruse de ta part ? Tu fais toujours ce qu'il te plaît ! N'est-ce pas ?
Ma respiration s'accélérait, je n'osais pas le regarder.
– Écoute Calvera, je suis dévoué à la chevalerie et à Sacha, je veux dire Athéna mais, vu ma maladie, ma vie est plutôt derrière moi que devant moi, elle n'aura pas été aussi longue que celle de certains. Depuis que je connais mon mal j'ai décidé de vivre sans limite et de faire mes propres choix.
– Oui, mais...
– Mais, quoi ? Nous sommes célibataires, attachés à personne, c'est parfait non ? J'ai toujours eu envie de te goûter et ne vient pas me dire que tu n'en n'as pas envie. Je le lis dans tes yeux et tes pensées.
J'avais la gorge sèche.
– On ne peux pas chauffer ton cœur.
– Je pense qu'on peut faire une exception pour cette nuit.
Il se pencha doucement et vint déposer un baiser sur mes lèvres. Je fus surprise par sa légèreté, très étrange sensation pour une personnalité comme la sienne et je ne pus réagir.
– M'as-tu compris ou dois-je continuer à parler pour finalement ne rien dire ? Me demanda t-il.
– O-Oui. N-non.
Lui souriait, moi j'étais paralysée.
– Je pense avoir trouvé ma proie.
– Le serpent est venimeux Scorpion !
– Pas le mien. A nous deux, nous formons un contrepoison. Tout va bien, n'aie pas peur de l'inflammation de mon dard, Calvera.
Il m'embrassa de nouveau de manière plus possessive en pressant sur ma bouche pour l'entrouvrir et explora ainsi son intérieur avec sa langue.
Il parcouru mon cou et glissa ses lèvres sur mes seins.
– Je sais que tu me prends parfois pour un ignare, mais sais-tu que dans l'un des livres consacrés au Moyen-âge qui appartient à mon ami Dégel, j'y ai lu que la femme et la pomme sont souvent associées, pêchés et tentation, tout ce qu'il me plaît... Quand je pense que j'en croque une chaque jour ! Fit-il avec un clin d'oeil. Si tu savais combien de fois je les ai observés du coin de l'œil tes fruits.

Sur le chevet, le feu de nos bougies se consumait comme nos corps s'embrasaient, vifs de désir.
- Vas-tu prendre mes fantasmes à cœur, Kardia ? Vas-tu faire battre nos cœurs à la chamade, Scorpion ?
Dans une certaine impatience il me dit:
– Je... je ne me contrôle plus... Viens à moi, Calvera.
Victime capturée entre ses pinces, il m'entraîna vers lui. Griffée et mordue ! Enfin, je connus l'extase qui m'éleva parmi ses étoiles.
Meurtrie, il passa sa langue sur le sang coulant de mes blessures.
– Sois pas avare Calvera, partage des douleurs avec moi !
Humide entre les cuisses, il me punit et m'infligea des brûlures.
– Tes plaies se répareront seules, m'informa t-il en les séchant.
Conquête à genoux prise entre ses poignes, il me transperça de sa supergéante rouge*, son dernier coup.
– C'est bon ! Oh, c'est bon. Grognât-il

Debout, j'ouvris la fenêtre, les voiles qui l'encadraient voltigèrent au vent frais, je regardais les étoiles épinglées au ciel de Paris qui inondait sa Cathédrale. Je souris au paysage mélodieux que m'offrit la musique de ses cloches, lui envoyant un baiser au loin, je revins me blottir contre Kardia et m'endormis dans les bras du Scorpion.

Fin

XxXxX

"Supergéante rouge" est Antarès... Ce qui a bien fait rire mes copines.

Le château de la Seine, n'existe pas.