Hahaha. Haha. Ha... Je suppose qu'il n'y a plus personne pour lire cette fic, ce que je comprends tout à fait vu l'attente. Enfin, si il reste encore quelqu'un, voici le dernier chapitre. Il m'a fallu du temps et un orteil cassé pour que j'arrive enfin à le finir. Malheureusement, l'esprit du début de cette fanfiction s'est envolé, en même temps que le moi qui l'avait écrit. Je l'avais commencé dans une période où j'étais très mal et maintenant que ça va mieux, forcément, ça me change et donc ma façon de voir les choses et d'écrire. J'espère cependant que ce dernier chapitre plaira.
Je remercie toutes les personnes qui m'ont laissé des reviews, qui ont suivi ou aimé, cette fanfiction. Ce sentiment de savoir qu'il y a des gens derrière qui aime ce qu'on fait est juste incroyable! Je vous embrasse donc!
VII : I will never let you down.
J'attends le bus. Depuis au moins une heure, en fait. J'avais trop hâte de partir donc j'ai quitté la maison plus tôt. Maintenant, j'ai juste l'impression que mes oreilles vont saigner à cause du vent. Mon bonnet menace de se faire la malle et je le retiens par l'un de ses m'a proposé de m'emmener en voiture mais je l'ai juste serré un peu contre moi, quelques secondes, histoire de rester quand même l'ombre du brun ténébreux que j'étais. Le temps s'est comme évaporé, invisible au-dessus de nos têtes, mêlés à quelques flocons. On a été diplômé, on a aidé Clyde a empaqueté ses affaires pour sa chambre étudiante, refait le toit du garage de Token et surtout, on a vu mon meilleur ami partir en taxi pour Denver. J'ai mis sa valise dans le coffre et je ne l'ai regardé dans les yeux que quand le moteur a recommencé à tourner. Le chauffeur avait laissé la radio avec Rather Be de Clean Bandit. J'ai failli pleurer mais Tweek m'a souri. Le même sourire qui trône sur ma table de chevet, encadré par du bois, figé sur du papier glace. On avait 12ans, on était heureux, on se prenait pas la tête. Alors j'ai su que tout irait bien. Parce que j'irai avec lui. Ce que je suis en train de faire. Ce qu'il se passera là-bas reste un pur mystère pour le moment. Je ne sais pas si je vais bosser directement ou continuer à faire mes études. J'aimerai bien faire de la batterie. Vivre avec Tweek, même si je crois que c'est impossible. Me promener la nuit avec lui, aller dans une pizzeria, commander du chinois, comme dans les films. Le bus s'arrête à quelques mètres de moi. Je vois seulement 3 passagers dedans, dispatchés entre les rangées de siège. Je me demande ce qu'ils font là, d'où ils viennent, où ils vont... Je traîne mon sac dans la soute puis file mon ticket, acheté il y a deux semaines. J'en pouvais plus d'attendre. Ca me rendait malade de me sentir aussi seul alors que je voyais beaucoup plus Clyde et Token. J'ai aussi beaucoup vu ma famille, mais ça n'a rien empêché. Je me suis quand même fais bouffer par cette sensation de vide insupportable. Je m'écrase dans le fond, le paysage blanc commence à défiler peu après. South Park ne me manquera pour rien au monde. Ce n'est plus chez moi depuis que mon meilleur ami est parti. Même si il reste des gens auxquels je tiens, c'est différent. Clyde a pleuré comme jamais hier. Ma mère a fait couler son maquillage et m'a fait promettre de l'appeler aussi souvent que possible. Mon père a juste posé sa main sur mon épaule. Je suppose que la fierté masculine étreint les cordes vocales. Une heure plus tard, la ville se profile lentement. La neige disparaît peu à peu, mon cœur bat de plus en plus vite. Il ne sait pas que je viens, et je sais pas où je vais crécher, mais tout ça me passe au-dessus de la tête. J'veux juste voir mon pote, embrasser ses cheveux, peut-être ses lèvres un peu plus tard. J'ai rompu avec Wendy. Enfin... Elle a rompu avec moi parce que je suis devenu une loque et qu'elle m'a jamais aimé. Bref, je peux me permettre d'être affectueux avec mon Tweek. Même si c'est mal. Peut-être qu'il pensera que je l'aime. C'est pas totalement faux, mais... Un truc me bloque. J'ai toujours joué de ses sentiments. C'était pas réciproque mais je l'ai jamais rejeté ou je lui ai jamais fais comprendre que j'étais pas tourné vers les hommes. J'avais une espèce d'emprise malsaine sur lui et je lui ai fais du mal. Je regrette et j'ai juste envie de le serrer contre moi. Je descends du bus et récupère mon sac, la tête dans les airs, le regard entre les immeubles. Tout paraît démesuré comparé à mon coin paumé. L'odeur est bizarre, des tas de types en costard battent le pavé de leurs chaussures à 500$. Je sors l'itinéraire que j'ai imprimé sur internet et m'avance dans la jungle urbaine. Mon cœur bat à tout rompre et je ne sais pas si c'est parce qu'une nouvelle vie se profile sous mes yeux ou parce que le boulot de Tweek est dans la rue d'après.
-Alors ? Je sais que ça fait, genre... Vide. Mais sinon, c'est cool, pas vrai ?
Kenny est devant moi, rayonnant. Son pull est plein de peinture, y en a même dans ses cheveux. L'appart' qu'il nous a trouvé est idéal. La ville mugit en-dessous, je me suis fais abordé par une prostituée, j'ai l'impression d'avoir la tête qui vient de sortir de l'eau et l'air pollué passe mieux dans mes poumons. Washington m'éblouit avec ses grattes-ciel, ses gens bizarres et pleins d'histoires, son impression de se noyer dans un tout. Je ne suis plus qu'une fourmi parmi d'autres, pour la première fois de ma vie. Quand les gens me verront dans les rues, ils ne sauront pas qui je suis. Cet anonymat me réconforte. Kenny me sert un café et on s'installe sur notre matelas posé au sol, les couvertures roulées en boule n'importe comment.
-Pas trop fatigué ?
Il a fait la peinture de la cuisine pendant que j'arrivais par avion.
-J'pourrai bien m'endormir d'une minute à l'aut' mais j'tai pas vu d'puis trop longtemps.
On s'embrasse comme si on se redécouvrait. Sous un nouveau soleil, un nouveau toit, une nouvelle vie. Puis on commence à monter les meubles. Le lit en mezzanine laisse suffisamment d'espace en-dessous pour un petit sofa et une petite table où repose notre mini-télé et les escaliers vers le haut servent de bibliothèque. Kenny prend sa douche pendant que je regarde la brochure de ma nouvelle fac. On est en train de prendre notre vie en main. Ca ne fait pas de nous des adultes parce que je suis toujours pas majeur et Kenny restera un gosse dans sa tête probablement jusqu'à sa mort. Le soleil décline doucement derrière les blocs de béton qui s'étendent comme des brins d'herbe. Un vieux western passe à la télé mais je me perds dans des rêveries d'un futur brillant sous les réverbères washingtoniens. J'entends des fanfares dans mon cœur quand Kenny me rejoint et on commande une pizza qu'on mange dans notre perchoir, les pieds glacés blottis contre les jambes de l'autre. Kyle voulait que je l'appelle quand j'arriverai mais ce serait comme faire une marche arrière. De là où je suis, South Park et ses conneries ne pourront plus m'atteindre. J'ai pas la moindre idée de ce qui adviendra de nous d'ici quelques années. Je ne sais même pas ce qu'on sera dans quelques mois. Ni si notre frigo sera plein demain. Mais tout ça me paraît futile. Tout ce qui compte en cet instant, c'est cette impression de chaleur dans mon ventre et les coups de feu qui agitent la télé. Kenny est beau, éclairé par la lumière artificielle de notre petit écran. Il a les yeux dans le vague ce qui me laisse croire qu'il est en pleine réflexion. Sa peau dorée
me fait de l'oeil et je caresse doucement son bras nu alors qu'il m'attire tout contre son torse. Je n'ai jamais été aussi bien de toute ma vie.
Je mâchouille faiblement mes céréales devant la télé. Mes parents ne sont pas là, mon frère est parti définitivement avec l'un de mes meilleurs amis... Quand à Stan, on ne se parle plus depuis des je vais vers lui, il me dit d'attendre. Mais attendre quoi au juste ? On a même pas fêté la fin de l'année ensemble. Il sort avec Red maintenant. Son père est fier de lui et a même proposé qu'il emmène sa copine avec lui en vacances, au milieu de tous les Marsh. Avant, c'était moi qui partais en vacances avec eux. Je suis toujours avec Bebe et j'ai même couché avec elle. La première fois, j'ai attendu qu'elle s'endorme et j'ai couru vomir dans la salle de bain en pleurant comme un môme. Je me sens dégueulasse. Je veux que Stan me regarde et m'aime autant que je ne l'aime. J'ai envie de lui appartenir, même seulement quelques minutes. Il me manque horriblement. Et si je me sens aussi misérable, c'est à cause d'une bande d'arriéré. Tout ça parce que je ne veux pas faire de vague. Mais comment un naufragé peut-il rejoindre le rivage sans remous ? Je sors mon portable et m'installe dans mon jardin. Le soleil me grille le front et je peux quasiment sentir les tâches de rousseur envahir mon nez et mes joues.
-Stan Marsh à l'appareil.
-Tu pourrais regarder qui t'appelle avant de décrocher, crétin.
Il ne répond pas. A croire qu'il n'a vraiment aucune envie de me parler.
-Qu'est-ce que tu veux ?
-Que ça redevienne comme avant entre nous.
-Pas question.
-Ne me fais pas croire que je ne te manque pas. Pas quand moi je souffre autant alors qu'au fond, c'était toi qui voulait qu'on se voit le plus.
-C'était juste pour s'amuser.
-Oh bordel, Stan ! Que tu ne veuilles plus qu'on baise, okay, mais à la base on était potes. Arrêtes de te conduire comme un bâtard. On peut se conduire en adultes, non ?
Encore un silence. Je l'entends prendre une respiration bruyante puis soupirer.
-Tu veux me faire croire que si on se revoit, on arrivera à se comporter comme deux gars normaux, qui parleront de basket, de leur copine et ce genre de choses ? Il suffirait que tu attendes..
C'est ça, être normal ? Faire semblant d'être quelqu'un d'autre ? Je me pince l'arrête du nez. Pourquoi faut-il que je sois amoureux d'un con pareil ? Et qu'il arrête de me dire d'attendre !
-Si c'est ta définition de la normalité, pourquoi pas. Je pourrai te raconter à quel point les seins de Bebe sont gros et comment elle essaye de m'étouffer avec en pensant que ça me fait bander.
Il rit. Un peu. Il se retient, cet abruti.
-Et toi tu me raconteras comment ton père t'as foutu la honte devant Red. Notamment en se baladant en calbut dans toute la baraque.
-Putain... J'en regretterai presque que ce soit pas toi qui vienne avec nous.
-Sympa ! J'ai pas forcément envie de voir ça, Marsh.
On discute comme ça entre la gêne et la complicité pendant une heure. Puis d'un coup, il me lâche une bombe.
-Tu sais... J'ai jamais su ce que je voulais pour nous deux... J'étais un peu perdu parce que d'un côté, tu es toi, et c'est naturel d'être comme je l'ai été mais de l'autre... Je savais que c'était mal, et pas normal, et j'avais beau ne pas vouloir te blesser... Je ne pouvais pas être avec toi comme dans un couple normal. Parce que justement, ça n'aurait pas été normal qu'on soit en couple.
-Pourquoi tu me dis ça ? Je croyais qu'on devait faire semblant d'être deux parfaits fistons de redneck.
-Tu mérites d'être aimé. Même si ça sonne affreusement niais.
-Ne me dis pas des choses comme ça. Je pourrai débarquer chez toi, devant ta fenêtre, avec un ghetto blaster et une musique bien ringarde.
Il rit. Beaucoup plus à l'aise que tout à l'heure.
-Tu vas faire quoi l'année prochaine ?
-Bio à la fac de North Park. Et toi ?
-Commerce à North Park. Vu que j'ai la bourse, j'ai aussi une chambre étudiante là-bas.
Je peux l'entendre sourire. Stan a toujours voulu son indépendance, ne supportant pas sa famille.
-Et Red ?
-North Park aussi mais... Je ne suis pas sûre que je la reverrai là-bas.
-Tu as déjà planifié de la larguer ?
-Les choses seront différentes à la fac. Il n'y aura plus nos parents dans notre dos. On sera enfin libres.
Je comprends enfin. Attendre d'être libre. C'est ça que je devais attendre.
