L'envers du Stark
3


Lorsqu'il se réveilla quelques heures plus tard, un peu plus sobre que dans la soirée, sa tête grondait comme un orage destructeur, le milliardaire soupira en se retournant dans les draps. Il faisait nuit noire et n'avait visiblement pas assez dormi pour se sentir en meilleure forme qu'il ne l'était à ce moment présent, bouche pâteuse et moral aux abois. Le silence implacable lui fit broyer du noir car au final Cameron n'était pas resté, au final l'homme était comme tous les autres. Désespéré, le brun enfouit son visage dans son oreiller en pleurant toute les larmes de son corps.
Il fut étonné que quelqu'un lui frotte soudainement le dos et qu'une voix apaisante lui intime de se calmer dans un son tranquillisant.

- Verre d'eau et paracétamol, je pense que ça vous fera du bien. Je vais essayer de cuisiner quelque chose, votre estomac a besoin de nourriture. »
- Cameron ? »
- Qui d'autre ? Je parie que vous auriez préféré une jolie bimbo blonde, non ? »
- Non, tu es tout ce qu'il me faut… »

A croire qu'il n'avait pas encore bien cuvé son alcool car il n'aurait jamais sorti ce genre de chose, sobre, qui plus est, il n'aurait attrapé le blondinet entre ses bras de cette façon, aussi misérable. Ressemblant à un noyé accroché à une bouée en pleine tempête. Il n'aurait jamais plongé son visage contre la chemise d'un homme pour respirer son parfum, pour s'y frotter comme un chat en manque d'affection car il était Tony Stark bordel de dieu et cet homme était fort, cet homme n'avait besoin de rien ni de personne !

- Tony ? »
- Tu m'as un jour demandé ce que je voulais le plus au monde. Et bien c'est quelque chose que l'argent ne pourra jamais m'offrir. Ce n'est pas un nouvelle voiture, ni même la dernière actrice de porno dans mon lit. C'est toi, simplement toi, juste pour une nuit, rien que pour une nuit. »
- Je ne coucherais pas avec vous Tony. »
- Je ne demande même pas ça. Dormir m'ira très bien. »

L'homme avait paru surpris de ses mots, mais après quelques supplications muettes étouffées dans la matière de sa chemise, le corps s'était allongé dans ses draps et comme l'avait exprimé le milliardaire, ça n'alla pas jusqu'au sexe car tout ce dont avait besoin Stark sur le moment fut simplement un instant de paix et de lumière grâce auquel le chaos retrouverait l'endroit qui lui était destiné : au fin fond de son cœur.
Le lendemain avait été lumineux malgré un lit vide, car une odeur de bacon agréable se diffusait dans sa chambre. De l'autre côté d'une porte battante, un jeune homme magnifique se tenait debout dans sa cuisine et l'envie idiote de l'embrasser dans le cou s'empara de lui.

- Tony ? »
- Merci. »
- De rien. Vous devriez manger. »
- Je dirais bien qu'il y a meilleur au menu ce matin, mais je crains que justement ça ne soit pas au menu… et puis, je meurs de faim. »
- Incorrigible. »
- Je suis le playboy milliardaire philanthrope de ce siècle ! »
- Et génie, n'oublie pas le génie, car c'est la meilleure partie de toi. »
- Ca c'est parce que tu ne connais pas la meilleure ! »
- Tony ! »

Cameron frappa du pied jetant un regard désabusé sur son boss. Sa spatule vint frapper son patron contre le front mais soudainement un sourire illumina son visage.

- Ne me fait pas regretter ma décision. »
- De ? »
- D'être resté et de donner ma voix à Jarvis, qui est je dois le préciser, agréablement plus avenant que son créateur. »
- Vraiment ? »
- Vraiment. L'homme que j'ai aidé hier… c'est un homme bien, un homme de parole. Je ne comprends pas pourquoi c'est cet homme-là que tu uses à outrance. »
- On ferait mieux de manger. »
- N'esquive pas. Qui est réellement Tony Stark ? »

Pouvait-il le dire avec des mots ? Pouvait-il le montrer, l'exprimer ? Et comment y arriverait-il ? Perdu le milliardaire se détourna, il chipa un œuf avant d'attraper un prototype de gadget informatique qu'il lui présenta sous le nez.

- Suffit de lire à haute et claire voix le texte noté. »
- Tu ne répondras pas à la question, n'est-ce pas ? »
- Je ne peux pas. »

Cameron avait fait ce que Tony le lui avait demandé. Ils avaient passé une nouvelle nuit ensemble durant laquelle il consomma le blond, une part de paradis dans son enfer personnel. Quant au lendemain… il ne trouva plus rien dans le secteur qui avait été alloué à Cameron, à part un bout de papier qu'il avait encore gardé précieusement.

« L'homme que j'ai aidé hier est un homme que je pourrais aimer. Pas le Tony Stark du grand jour, non, celui de l'ombre. Ca n'aura été qu'une nuit, une nuit fortuite et inoubliable, mais je ne peux rester plus longtemps dans ton sillage. Si le projet voit le jour, je te promets de lui donner ton nom, pour tout ce que tu as fait pour moi, pour ton temps et ton génie, ceci est une promesse et tu sais que je suis homme d'honneur. J'aurais tant voulu mieux connaitre cet homme et l'aimer à sa juste valeur, car il le mérite, mais je ne jetterais pas mes sentiments en l'air pour ce personnage austère et insupportable dans lequel tu te complais. Je ne veux pas aimer cet homme que tu n'es pas. Si un jour l'envie te prend de laisser vivre cet homme, mes bras lui seront ouverts, tu sais où me trouver. En attendant, je ne peux rien faire d'autre que de te laisser, peut-être que la réalisation de ce que je ressens réellement pour toi t'ouvriras les yeux. Anthony Stark est un homme bon, gentil et terriblement attachant. Un homme pour lequel je dédierais ma vie, un homme pour lequel je veux me battre. Je t'aiderais si tu prends ce chemin, mais le premier pas est tien, alors en attendant je te laisse entre les mains de Jarvis et de ma voix, afin que tu ne m'oublies jamais. PS : j'ai piraté ton serveur pour tout effacer de mes recherches afin qu'Obadia ne s'en serve pas à des fins militaires. »

Il n'a aucune idée de ce qu'il avait ressenti en lisant le mot car il avait eu du mal à se focaliser sur la sinistre vérité. Cameron était parti en lui laissant une bombe. Lorsqu'il s'était dirigé dans le salon, la voix de l'homme l'avait accueilli, car il n'avait pas fallu longtemps pour que Jarvis apprenne à utiliser son mode vocale.

- Montre-moi les images de la nuit dernière. »
- Bien Monsieur. »

Ce n'était pas lui, ou plutôt si c'était bien lui, là, dans les bras de Cameron vidant son sac sur la dureté de son enfance, sur l'illusoire espoir de voir un père ne serait-ce que lui poser une main fière sur son épaule, sur le rejet qu'il subissait jour après jour jusqu'à ce que le rejet soit la seule forme de reconnaissance qu'il eut. Jusqu'à ce que cette image commence à naitre et prenne le pas sur l'enfant abandonné. Ce n'était pas lui qui pleurait entre les bras de Cameron s'agrippant à lui comme si sa vie en dépendait, ce n'était pas l'homme sur la couverture du Times. Ce n'était pas lui que Cameron embrassait sur les lèvres, qu'il caressait de ses mains, ce n'était pas lui que Cameron aimait et ça le rendit aigri.
Il était encore trop tôt pour que l'homme ne sorte de son cocon, qu'il prenne ce risque pour quelqu'un, aussi il ne dit rien, ne rappela jamais Cameron et ne le revit que cinq ans plus tard, allongé dans un cercueil en chêne. Le joli blond s'était pris une balle en sortant d'un magasin alimentaire un soir de juin ; tué pour quelques dollars et le seul cadeau qu'il n'eut jamais le courage de lui envoyer pour l'un de ses anniversaires. Une gourmette en argent gravée des premières lignes de code de Jarvis, cadeau pour un homme qu'il avait aimé lui aussi, une nuit et n'avait jamais oublié. Une gourmette qu'il avait défendue au prix de sa vie…
Il avait fait un discours poignant mélange de larmes et de sang, d'amour et de haine, de toujours et de jamais. La mort de Cameron avait refermé son cœur définitivement, peut-être parce qu'il n'arriva jamais à pleurer la mort de l'homme. Si ça ne fut pas une excuse pour devenir lui-même ça fut le déclic de sa vie et il revint au-devant de la scène interpréter son rôle ultime, tout du moins jusqu'à ce qu'il devienne Iron Man !

- Tony ? Ça va, tu m'entends ? »

Il lui faut un moment pour revenir à la réalité du moment. Le regard bleuté qui l'examine n'a rien de celui de Cameron, il est beaucoup moins ouverte et plus perçant, pourtant c'est bel et bien ce regard qui lui a fait repenser à l'homme ou est-ce l'arrivée de son prochain anniversaire ? Malgré le temps et Pepper, Tony n'a jamais oublié Cameron pour lequel, chaque année, il allait déposer des fleurs. Il n'a jamais parlé de Cameron à qui que ce soit, pourtant il vit toujours en lui ou plutôt sur lui, car c'est des recherches de l'anglais qu'Iron Man était né, plus encore c'est la voix de cet homme qui tonne dans ses oreilles lorsqu'il est seul dans l'obscurité.

- Tony, ça va ? »
- Oui… pardon. Je… j'ai dormis longtemps ? »
- Trois jours. »
- Trois… trois jours ? On est jeudi ? »
- Oui. »

Son cœur s'emballe, le brun veut sortir du lit précipitamment, mais il s'écroule sur le sol épuisé par ce seul effort.

- Non, tu dois rester au lit et surtout manger quelque chose. »
- Barton, je dois aller quelque part, je t'en supplie et je t'en conjure, je mangerais dans le taxi, promis, tu peux même me chaperonner, mais je dois… je dois y aller. Il m'attend. »

Ses yeux sont moites, Barton recule imperceptiblement sous la vision qui ne va définitivement pas avec l'homme qu'il connait. Il réfléchit, puis soupire comprenant qu'il ne pourra retenir le milliardaire et qu'il rampera sur le sol s'il le devait. Aussi l'assassin se redresse, part fouiller le dressing de l'homme afin de lui trouver quelque chose à se mettre.

- Je t'accompagne, si tu me fais la promesse de te nourrir durant le trajet. Et je veux une explication aussi. Je peux avoir ça ? »
- D'accord. Merci, Barton. »
- De rien. Habille-toi, je fais un casse-croute et j'appelle un taxi. »
- Téléphone au fleuriste afin de savoir si ils ont pensé aux lys. Le numéro est sur mon bureau, si il n'est pas encore livré dit leur qu'ils ont vingt minutes pour le faire, je payerais un supplément si besoin. Blanc et violet les lys ! »
- D'accord. »

Barton fronce les sourcils mais ne dit rien, il attrape la carte du fleuriste et disparait à travers la porte de l'ascenseur menant à son antre. Le milliardaire prend son temps pour se vêtir, il n'a jamais pleuré la mort de Cameron, alors pourquoi maintenant ? Pourquoi aujourd'hui ? Pourquoi se remet-il à penser aux hommes qu'il a aimés ? La rupture avec Pepper a dû le fragiliser plus qu'il ne le pense. Lorsqu'il peut enfin sortir de son étage, il se rend compte que son ascenseur personnel est stationné devant lui, Barton est adossé nonchalamment sur la porte l'empêchant de se refermer. L'archer est en tenue de tous les jours, un jeans presque noir, un t-shirt moulant violet foncé et des chaussures de marche. Ses bras sont repliés contre son torse, tandis qu'il jette un coup d'œil appuyé sur le brun qui dissimule son regard rougi. Son collègue ne dit fort heureusement rien, Tony l'en remercie muettement, car ce silence est important pour lui. S'il se décidait à parler maintenant, il a peur de fondre en larmes avant d'avoir prononcé le prénom de Cameron.

- Le taxi est prêt Monsieur. »
- Merci Jarvis. Je prends soin de Tony à partir de maintenant. »

Le trajet en taxi est assez silencieux, bien que l'homme qui les conduit ait reconnu ses deux clients, il n'a soufflé qu'un ou deux mots sur leur dernière mission, avant de les remercier et de conduire en sifflotant une chanson. Tony mange sans appétit car il l'a promis, malgré qu'il n'en éprouve aucune envie et chaque bouchée est une torture. Le milliardaire espère qu'il n'aura pas à vomir le sandwich dans quelques minutes. Oh, il a eu déjà pire publicité mais ce n'est pas la réaction du taximan ou de la populace locale qu'il redoute, mais plutôt celle de Barton car l'archer ne cesse de l'observer minutieusement. Qu'a-t-il pu dire durant ces trois jours de divagations ? L'alcool peut lui délier la langue, voilà pourquoi il se saoule seul, enfin c'est sans compter vivre avec un assassin capable de se faufiler dans son système de ventilation !

- Juste une question. Une seule pour le moment. Est-ce que ça a un rapport avec Pepper ? »
- Je ne pense pas… non. En tout cas si tu parles de cette escapade, la réponse est non. »

Le reste est silence encore pour quelques minutes. Il remercie Barton d'être là, car sans lui il aurait eu du mal à sortir du taxi. Il peut aussi sans aucun souci se laisser tomber sur son épaule, car il a du mal à tenir debout et puis le gars du SHIELD peut sans difficulté le soutenir. Ils cheminent au milieu des allées de stèles, jusqu'à ce que son cerveau n'en puisse plus et qu'il craque.

- Quatrième tombe de l'allée vingt-sept. »
- D'accord. »

Les souvenirs se pressent dans son esprit tandis qu'il voit la stèle blanche se dresser entre toutes, sans qu'il ne puisse rien y faire, il a les yeux noyés de larmes avant qu'ils n'arrivent en face de la gerbe de lys blancs et violets. Barton le laisse seul après s'être assuré qu'il ne va pas s'écrouler ; il part s'installer deux mètres plus loin afin de laisser le milliardaire en paix avec la personne qu'il est venu voir. Ça n'appartient pas à l'archer et il a toujours été dans le tempérament de Barton de laisser de l'intimité aux gens lorsque cela est nécessaire. La présence de Clint ne l'empêche pas, cependant de se laisser tomber sur le sol et de pleurer tout son saoul pendant presque une heure. Jusqu'à ce qu'il pense que sa voix puisse s'élever sans trembler, ni se briser.

- Il est la voix de Jarvis. Il s'appelle Cameron. Il a été le premier homme que je n'ai jamais aimé, que j'ai vraiment voulu aimer. »
- Je l'ignorais. »
- Ca a pourtant fait la une des journaux, mon aventure avec un sous-officier de l'air force. »
- Je me fiche de l'homme qui fait les gros titres, il m'insupportait avant que je le connaisse. Je suis ravi de voir que tu n'es pas lui, au moins quatre heures par jour. »

Barton sort un son guttural de ses cordes vocales, dans ce qui semble être un signe sarcastique puis il se rapproche de Tony avant de s'accroupir en face de la stèle.

- Il… était comment ? »
- Il… »
- T'es pas obligé d'en parler. »

Tony esquisse un sourire rapide avant de laisser tomber sa tête en arrière et d'inspirer à plein poumons, il recherche un contact avec Barton, de quoi l'ancrer dans le présent, aussi il se laisser aller sur sa gauche jusqu'à ce que son bras frôle celui nu de l'archer.

- Il te ressemblait. Il avait un gout prononcé pour le violet, enfin le lilas. Il était blond, les yeux bleus, un gentil garçon, mais un sacré scientifique. D'une intelligence remarquable et d'un talent impressionnant, c'est ce qui m'a fait croiser sa route. Si Iron Man est aussi majestueux aujourd'hui c'est grâce en partie à lui. »
- Que s'est-il passé ? »
- Il aimait l'autre moi, lui aussi détestait la personnalité de tous les jours. J'ai été incapable de me décider d'être vrai pour le garder. »
- Sans vouloir t'offenser, ce n'est pas pour un autre que tu dois le faire, mais pour toi. »
- Je ne veux plus souffrir, attendre et espérer de quelqu'un pour ne rien avoir… »
- Tu préfères rester seul plutôt que d'être abandonné ? Je connais. »
- Toi aussi ? »
- Hum. »
- Mais… je pensais que tu étais avec Natasha. »

L'archer ricane inclinant la tête vers le milliardaire qui fronce légèrement des sourcils. Tony aurait mis sa main à couper que les deux assassins du SHIELD étaient des amants, en tout cas il y avait entre eux quelque chose qu'il savait définitivement plus complexe que la simple amitié.

- Non, on a jamais été ensemble. Elle connait mes plus sombres secrets et moi les siens. Elle sait m'écouter quand j'en ai besoin et c'est très important pour moi. J'ai été mandaté pour la tuer, je suis revenu avec elle en vie, j'ai jamais pu me résoudre à l'exécuter. Je l'aime oui, à ma façon, mais il n'y a rien de romantique entre nous, encore moins de sexuel. »
- Lui aussi… il m'a écouté. »
- Tu regrettes ? »
- Quelques fois… je me demande ce que serait ma vie si j'avais fait ce choix. Serais-je plus heureux ? »
- Je n'en sais rien. La question à te poser est celle-ci : aujourd'hui es-tu heureux ? »
- Non. »
- Pourrais-tu l'être, si oui comment. »
- Je voudrais juste… briller pour quelqu'un. Etre important pour quelqu'un. Je voudrais… »
- Tu cherches la reconnaissance qu'on ne t'a pas accordée, ou mal accordée, hein ? »
- Oui. »
- Je sais bien que ce n'est pas ça que tu veux entendre, mais sache que tu es important pour nous, tu sais te battre, tu n'hésites jamais à foncer dans le tas, pas toujours méthodiquement mais qu'importe. Et je sais que je peux compter sur toi, après tout tu m'as sauvé la vie trois fois déjà. »
- J'ai manqué de reflexe le mois dernier. »
- L'arbre m'a bien rattrapé. »
- On aurait pu te perdre… »
- C'est pour ça que tu m'as pas adressé la parole pendant un mois ? Tu t'en voulais ? »
- J'aurais dû… »
- Tony, je t'en ai jamais voulu. Et ça n'a rien changé à mon opinion vis-à-vis de toi. »

Le génie milliardaire philanthrope et accessoirement playboy soupire en sentant la main de Barton dans son dos. Il serait bien resté là encore un peu mais l'envie de boire un verre se fait de plus en plus insistante, inutile de dire que tant qu'il serait sous la surveillance de l'archer ça ne serait pas quelque chose qu'il pourra faire, suffit de se rappeler son regard inquiet !

- J'aimerais… j'aimerais que tu me rendes un dernier service, je ne sais pas à qui demander d'autre et je pense que de tous les avengers, tu es le seul en qui je peux avoir une confiance aveugle. »
- Que dois-je faire ? »
- Tu le sauras. Pour lors j'aimerais rentrer. »
- D'accord. »

Barton est le premier sur ses pieds, l'homme se baisse tendant un bras fort vers l'ingénieur qui se laisse hisser sur ses pieds comme un véritable poids mort. La fraicheur de la soirée a engourdi ses membres à tel point qu'il chancelle quelques secondes avant d'être stabilisé par la poigne de fer de l'agent du SHIELD.
Le trajet du retour est apaisant, la tête de Tony s'est laissée tomber sur l'épaule à ses côtés profitant de la situation dans laquelle il se trouve pour rechercher le plus de contact possible. Il est franchement étonné que l'agent Barton se laisse faire et qu'il ne l'est pas chassé d'un coup brusque. Au lieu de ça, la main de l'homme serre sa cuisse d'une façon apaisante ; Tony l'en remercie muettement car il en a un impétueux besoin. Dans l'obscurité, il a besoin d'une main tendue, ce n'est peut-être pas celle d'un homme ou d'une femme qui l'aimera, mais c'est un camarade d'armes, un ami, visiblement car Barton répond présent et ça n'a pas de prix. La présence de l'assassin le détend à tel point qu'il s'endort en plein milieu du trajet.

- Agent Barton ? »

Clint décoche sa flèche avant de donner son attention au plafond d'où pend l'une des caméras de surveillance bien que l'AI soit immatérielle, il a toujours essayé de regarder son interlocuteur dans les yeux comme il le ferait avec un humain.

- Un problème Jarvis ? »
- Monsieur s'est enfermé depuis trois jours dans le laboratoire principal, je n'ai aucune information sur son état de santé depuis presque douze heures puisque monsieur a bloqué mon protocole entrant. »
- Et ? »
- Je pensais que vous pourriez… utiliser vos dons d'infiltrations par les conduits de ventilation afin de vous assurer qu'il se porte bien. »

L'AI semble nerveuse ce qui est assez étonnant il faut se l'avouer ; bien qu'il sache que leur hôte ne cesse de la perfectionner, entendre de l'émotion dans la voix de Jarvis le stupéfie. Déposant précautionneusement son arc sur la table de tir, l'assassin prend son élan s'élançant dans les airs afin de repousser l'une des grilles de ventilation puis de s'y hisser et de se faufiler dans les conduits. Clint connait le réseau mieux que quiconque puisqu'il est très utile pour réaliser ses blagues mais aussi pour espionner, car c'est dans sa nature profonde. Le blond déambule dans le système de ventilation jusqu'à la trappe du laboratoire qu'il ouvre sans un son. Son regard furtif balaye les alentours débusquant le maitre des lieux, allongé négligemment sur son lit de camp. L'assassin se laisse tomber sur le sol sans faire de bruit s'approchant ensuite de sa victime, ou plutôt de sa mission afin de vérifier si le génie en sciences se porte bien.
La bouteille d'alcool le renfrogne au premier abord, Clint la lui arrache de ses doigts inertes en secouant la tête de dépit. L'assassin marche ensuite sur une télécommande mettant en marche l'écran en face du lit alors qu'il s'approchait de l'homme. La surprise passée et la peur infondée de voir le brun se réveiller en sursaut, il canalise son regard sur l'image qui vacille un peu avant de se calibrer en haute définition.

- Mon père m'a toujours préféré Captain America, je n'ai jamais été assez bon, assez bien à ses yeux. Qu'importe que je sois sorti du MIT en étant le plus jeune de toutes les sections confondues, qu'importe que je puisse créer des robots sophistiqués depuis mes huit ans, qu'importe les bonnes notes et les tableaux d'honneur… Ca n'était jamais assez bon pour lui. Il ne m'a jamais regardé de toute mon enfance… Alors que tout ce que j'attendais c'était un mot, même pas, un geste qui m'aurait prouvé que j'étais au moins quelque chose pour lui. Même son chien avait le droit à son attention, alors que moi j'étais invisible. Je suis alors devenu ce qu'il voulait que je sois, je suis devenu un moins que rien prenant plaisir à salir son nom à la première occasion. Je voulais le voir souffrir autant que j'ai souffert… mais il s'en fichait. Il s'est toujours fichu de moi, il ne m'a jamais engueulé, visiblement je n'en valais pas le coup. Tout le monde se fiche de moi de toute façon, tout ce qu'ils veulent c'est plus de buzz et de ragots afin de vendre ! Jarvis fait deux pages dans un magazine de sciences mais ma dernière aventure fait la couverture de tous les journaux ! Je… »
- Calme-toi. Chuut. Ca va aller, Tony. »
- Comment tu pourrais m'aimer, hein ? Personne ne peut aimer quelqu'un comme moi, Tony n'intéresse personne, il n'y a que le Stark qui compte. »
- Tu as tout faux, si je suis là, ce n'est pas pour le Stark. »
- Tu es là parce que tu as besoin de mon fric et de mon intelligence pour ton projet Cameron. Mais au fond, tu n'as jamais eu aucune attirance pour moi. Je ne t'en veux pas. »
- Un jour quelqu'un saura voir ce que je vois. Un jour, Tony, quelqu'un t'aimera, tout ce que tu dois faire c'est t'ouvrir. »
- Et si on se rit de moi ? Et si… je n'étais voué qu'à inspirer l'indifférence de tous… Il y a des gens qui ne méritent pas le bonheur… »

L'homme qui se tient aux côtés de Tony l'embrasse sur les lèvres, l'empêchant de s'enfoncer dans les pensées les plus sombres. Il sèche ensuite ses yeux embués de larmes puis le serre compulsivement contre lui.
Barton ne devrait pas regarder ça, mais il ne peut s'empêcher de fixer l'homme sur la vidéo. C'est bien Tony avec quelques années de moins, il ne porte pas encore sa barbiche, sa chevelure est plus longue qu'aujourd'hui, mais cette voix, cette façon d'être, ce désespoir n'est pas quelque chose qu'il conçoit ou quelque chose dont il a été témoin malgré qu'il sache que le Stark souffre bien plus qu'il ne le montre. Tandis que les deux hommes se laissent porter par l'envie sur l'écran la voix enrouée de Tony retentit.

- Même Pepper m'a préféré le Capitaine America. J'ai pourtant été chercher un cœur pour elle, je lui ai donné la seule chose qui me restait de précieux, quelque chose que je n'avais pas encore offert à quelqu'un et… elle m'a dit que ce n'était pas l'homme dont elle était tombé amoureuse, que ce n'était pas moi… sauf que si… Je me sens si vide sans sa lumière, je m'étais fait à ce métal en moi à cette lueur bleue… »
- Cette chose a failli te tuer. Pas que je ne la regrette pas, car ça faisait partie du personnage, mais si ce n'était qu'une armure pour te protéger, autant qu'elle soit loin. »

Barton préfère couper court la vidéo, car il s'est assez insinué dans la vie du milliardaire aussi il n'a aucune envie de le voir flirter avec cet homme qu'il a un jour aimé cette voix, il l'entend tous les jours depuis presque un an à travers Jarvis.

- Dis-moi Barton, si tu étais gay et que j'étais le dernier homme sur terre, tu accepterais de sortir avec moi ? Non, ne répond pas à la question. Oublie ça, je n'ai même pas envie d'entendre la réponse car je la connais déjà. »

Le milliardaire se redresse rapidement tournant sur lui-même comme un pantin désarticulé. Il esquisse un sourire fade en s'inclinant ostensiblement en direction de l'assassin.

- Je suis le sex-symbol numéro un de l'Amérique, tout le monde veut une tranche de Stark, tout le monde veut finir dans son lit ! Mais au final c'est Captain America que tout le monde veut épouser. T'as entendu ça Barton, ils vont se marier… Il a fait ramener d'Asgard une babiole bleutée pseudo magique ! Mon dieu… et elle crie de joie. Mais bordel qu'est-ce qu'il a de plus que moi ! »

La rage soudaine de Stark prend l'agent du SHIELD par surprise bel et si bien qu'il se recule précipitamment en protégeant son visage lorsque l'écran plasma est fauché par un outil.

- Je lui ai offert mon cœur, je lui ai offert Jarvis, je lui ai tout donné même mes armures, j'ai tout concédé, j'ai tout fait ! Pour elle j'ai dit à dieu à des heures de travail sans relâche, j'ai accepté les mondanités excessives ! Que pouvais-je faire de plus ? J'avais même arrêté de sortir avec n'importe qui, n'importe comment et n'importe où ! Mais il est mieux, toujours mieux ! »
- Tony. »
- Je ne suis qu'un humain, c'est sûr je ne suis pas… PARFAIT comme lui ! »
- Tony ça suffit ! »

La réaction de Barton fut plus prompte que son esprit, aussi, il a déjà décoché sa gifle avant d'hausser le ton. Cela dit l'objectif est atteint puisque le milliardaire s'arrête retombant mollement sur son matelas.

- Pepper n'était pas la personne qu'il te fallait, un point un trait. Si elle n'a pas vu tout ce que tu as fait pour elle, c'est qu'elle ne valait pas le coup ! Alors ne ressasse pas et passe à autre chose. Et pour info, s'il ne restait que toi et Capitaine balais dans le cul, c'est toi que je choisirais ! »

Si le génie avait été dans son état normal, il aurait répliqué sur le manque de conditionnel sur la vie sexuelle de l'assassin, au lieu de ça, il l'observe avec de grands yeux hagards et ahuris car il ne le croit pas, enfin si, il sait que Clint dit toujours la vérité, à moins que ça ne soit des informations sur son passé. Quoi qu'il en soit, il est franc ou silencieux, mais le mensonge ne semble pas faire partie du personnage, aussi ça le choque car il se rend bien compte de toutes les qualités que le soldat a en plus.

- Pour info Tony, Natasha n'était pas disponible pour l'infiltration de la tour Stark, j'ai failli être envoyé à sa place. Si Fury et Coulson étaient au courant pour ta sexualité, ils ne m'ont pas partagé l'information et franchement faire le joli cœur pour un type bourré de pognon m'a refilé des boutons. Je préférais me retrouver face à une bande de sans foi ni loi, sans arme et avec les deux jambes cassées, plutôt que de servir de boytoy au si célèbre et détestable Tony Stark. Mais je ne savais pas ce que je sais maintenant, c'est certainement dommage car ma mission t'aurait amené loin de Pepper Potts… Mais ça n'aurait été qu'une mission, justement ! »
- Tu veux dire que… »
- Oui, je veux dire que… Tony. »
- Je l'ignorais. »
- Cependant depuis… l'incident avec Loki et la mort de Phil, je me suis retranché derrière une barrière invisible. »
- Agent ? »
- Juste un amour platonique qui datait depuis… des années. On a tous nos bleus au cœur Tony, tu n'es pas seul, loin de là. »
- Barton… merci. »

Qui aurait cru que ces deux-là pouvaient s'entendre au-delà de leur appétence à semer le chaos derrière eux ? Certainement pas eux, mais Barton a compris que l'homme caché derrière la diva des tabloïdes est un homme plus intéressant qu'il n'y parait, certainement du fait qu'ils ont plein en commun : des terreurs nocturnes, aux crises d'angoisse en passant par l'obscurité grandissante de leur cœur… ce sentiment de solitude que rien ne peut remplir et puis… ils sont tous les deux les seuls humains du groupe, de quoi se serrer les coudes le plus souvent possible.

- Jarvis s'inquiète, tu as isolé son protocole d'accès ? »
- Il m'empêchait de broyer du noir ! J'ai besoin de temps en temps de boire et me droguer aux pilules comme Marilyn Monroe, ça fait du bien à mon teint ! »
- Ha voilà donc le fin mot de l'histoire… »

Tony ne comprit rien au sourire fugace de l'assassin, mais deux jours plus tard pendait à l'entrée de sa chambre une robe floconneuse et immaculée accompagnée d'un boa en plumes blanches comme le lait. Tony en rigola pendant trois jours d'affilé tandis que l'assassin lui lançait des pompom pidou à chaque fois qu'il terminait une phrase.