Note de l'auteur : Le personnage de Charles Ross est normalement atteint d'Alzheimer, mais pour les besoins de l'histoire il a subi un petit changement de statut.
Free Your Mind
2
- Ok, ok ! Lucy McClane est la meilleure ! Sérieux où tu as appris ça ?! »
- Avec mon père ! »
Qu'il était doux d'entendre sa fille le nommer de cette façon, il était presque heureux, si ce n'est que sa fille glissait sa main dans la chevelure trop longue du geek. Il n'avait jamais eu l'occasion de faire un tel geste pendant le temps qu'ils avaient passé ensemble. Songeur, il dévisagea Lucy et Matt se sourire doucereusement, il était évident que les deux jeunes s'appréciaient plus qu'il ne le fallait. Ça faisait mal au vieux cœur du flic, mais il ne pouvait s'empêcher d'être au fond heureux pour sa fille et son plus ou moins acolyte.
Soupirant, il décida de tourner les talons et disparaitre, car il n'était pas homme à gâcher ça : leurs rires et leurs sourires complices ; Matty avait la moitié de son âge, mais Lucy était parfaite. S'il l'avait menacé de ne pas toucher à sa fille, c'était juste l'instinct qui avait parlé. John n'était pas dupe non plus, le geek manquait de condition physique, mais il avait suivi le flic sans flancher, le gamin avait beaucoup de courage et rien que pour ça, de tous les prétendants qui s'étaient pressés autour de sa fille, seul Matthew avait toute sa bénédiction. Cependant, il ne pouvait pas encore voir ce bonheur exposé sous ses yeux. C'était beaucoup trop tôt, malgré cela à peine eut-il fait deux pas en arrière qu'un "McClane" chaleureux lui fut envoyé. Le flic prit une seconde pour inspirer tout le courage qu'il lui faudrait afin de regarder les deux jeunes gens ensemble.
- Hey, alors comment ça va ! »
- Très bien, toujours sous morphine, alors… Et toi, enfin vous ! »
- L'épaule va presque mieux, je pourrais reprendre du service dans une semaine. »
- Pas si vite remis que vous repartez à l'assaut ! »
- Ça c'est l'esprit McClane, Matt, va falloir t'y habituer ! »
- Je vais essayer… »
Le rire du gamin était doux à ses oreilles, il aimait l'entendre la note de sérénité et de joie dans sa voix. Matt allait bien et c'était tout ce qui lui importait.
- Alors, vous…. »
- Papa, qu'est-ce que je t'ai dit ! »
- Je ne m'en mêlerais pas, pas cette fois, c'est promis ! »
Il le promettait, même si pour ça, il faisait une croix sur sa propre fille, mieux valait la savoir heureuse mais en rogne contre lui qu'en colère et ne voulant plus jamais entendre parler de lui. Il n'avait pas été un bon père, mais il n'avait jamais cessé d'aimer ses enfants. Flic avant père, aujourd'hui, il serait un père avant d'être un homme, aussi, il laissait Matt à sa fille. McClane fit un rapide signe de la main, confortant Lucy sur sa décision, c'était simplement de la curiosité, rien de plus. Elle inclina la tête, observant Matt avec intérêt puis elle tendit un sourire à son père, un sourire qu'il connaissait bien. Il avait vu Holly lui sourire de cette façon bien des années avant la naissance de leur premier enfant. C'était le visage rayonnant d'une femme comblée et amoureuse, réalisation qui ne fit que conforter son idée première. Katarina avait presque insufflé assez d'espoir dans son cœur pour qu'il croit à fond qu'il puisse avoir ne serait-ce qu'une chance, mais il n'en était rien ! Il n'avait aucun droit de clamer le petit informaticien sien car il ne l'était pas et ne le serait jamais. « Et quel est son avis ? » La voix de la russe frappa sa mémoire, avant de rebrousser chemin et s'enfouir sous le boulot, il devait savoir si le geek voulait, lui aussi, rester avec sa fille. Un coup d'œil sur Matt lui fit remarquer que le gamin était tout à coup tendu et qu'il semblait bien en peine de le regarder dans les yeux. Croyait-il qu'il allait lui casser la figure pour avoir osé regarder sa fille de cette façon ? Non.
- Tu as ma bénédiction si c'est ce que tu attends, mais brise son cœur et je te brise les côtes ! »
- Papa ! »
- Tu es ma fille Luce et tu ne m'empêcheras pas de te protéger quoi qu'il en coute. Tu choisis qui tu veux, tu fais ce que tu veux, mais tu resteras toujours ma fille. »
Il semblait avoir vu une once de douleur dans le regard légèrement en amande du brun, mais il n'y prit pas plus attention. Au lieu de ça, il fit un signe de tête au jeune couple avant de quitter les lieux sans jamais se retourner. Même le grand John McClane pouvait avoir des faiblesses et la sienne résidait dans le regard perdu d'un homme qui pouvait être son fils. La vie était une chienne, ça il le savait depuis des lustres, mais elle en remettait une couche, dont il n'avait définitivement pas besoin. L'ancien héros n'était plus ce qu'il était, il avait sacrifié tout pour son job, sa vie, sa famille, sa femme, tout car personne d'autre n'avait les couilles de faire ce que lui pouvait faire, ou plus exactement, personne n'osait foutre en l'air sa vie pour protéger ceux qui avaient besoin d'aide. Sa vie était en cendres depuis des années, mais il avait espéré vainement que ça puisse enfin changer, que quelqu'un puisse partager son quotidien, ou ce qu'il en restait. Matt ne serait pas cette personne, tant pis ou tant mieux, car être avec un gosse ayant la moitié de votre âge pouvait être quelque peu troublant, comme se rendre compte, la cinquantaine arrivée que l'on éprouvait pour un homme une attirance quelconque… John n'avait jamais été sujet à ce genre de pensées, pas qu'il fut homophobe, comme certains de ses collègues pouvaient le croire, mais très sérieusement, ça n'avait pas de prises sur lui. Tant qu'un homme ne décidait pas de lui faire la cours, le flic se fichait éperdument de la sexualité des gens. Son boulot de flic ne devait pas se faire dans ce genre de jugement. Mais voilà, il éprouvait une drôle d'attirance pour un homme, chose à laquelle, il n'avait jamais été confronté et franchement, McClane ne savait pas quoi en faire. Aussi naturellement que possible, il se dirigea vers son bar fétiche et alla noyer toutes ses questions et ses doutes dans son ancien ami de tous les jours : Jack !
Lorsque le flic se réveilla la tête en vrac le lendemain, il était dans son lit et pour dire vrai, il ne se souvenait pas comment, il avait fait pour revenir entier jusque chez lui, car il avait drôlement abusé de la boisson. Lorsqu'Harry le gérant de son bar habituel l'avait gentiment prié de quitter l'endroit car il était plus qu'éméché, McClane s'était dirigé au grès des rues jusqu'à se trouver un autre bar où il s'était écroulé raide mort contre le bois d'une table en parlant à un quelconque inconnu. Il ne se souvenait de rien après ça. La main sur le crâne, il essaya tant bien que mal de se redresser afin de se diriger vers la pharmacie, où il espérait qu'il trouverait de quoi faire taire son mal de crâne. Pourtant le flic arrêta brusquement son train de pensées lorsqu'il sentit quelque chose bouger sous les draps. Était-il rentré accompagné ? Il n'avait fait ça qu'une fois, quelques jours après qu'Holly avait profité d'une de ses escapades dangereuses pour faire ses bagages et emmener les enfants avec elle dans la résidence des Genero. John était peut-être mauvais mari et père, mais il ne méritait pas de revenir un soir dans une maison vide, avec pour seule explication la feuille du divorce sur la table basse. C'est après ça qu'il avait cessé de croire que les choses iraient mieux pour lui, un jour.
De ce qu'il pouvait en voir, la présence possédait des cheveux couts et ondulés presque bouclés quelque part entre le châtain et le blond-roux qui sentaient quelque chose comme de la verveine. L'odeur citronnée lui rappelait des souvenirs presque maussades aussi, il préféra se détacher de la présence et sortir de ses draps, mais le bras autour de lui se resserra avec force, une telle force que John en fut interloqué. Il y avait peu de femmes sur terre qui avaient le pouvoir le clouer au sol, Maï étant morte, il en restait d'autant moins ! Alors ? La main sur son pectoral droit glissa contre son ventre, le souffle sur son torse venait de changer de rythme preuve que la personne avec qui il partageait son lit était à présent réveillée. Le visage qui vint à sa rencontre fut tel qu'il l'avait redouté, anguleux, légèrement barbus et cent pour cent masculin.
- Heu… »
L'homme possédait un grand sourire intimidé, nerveux qui plus est, il lui semblait qu'il était familier, mais John était bien en peine de se demander pourquoi puisque son vis-à-vis lui donnait l'envie de se lever et partir en courant. John McClane venait de coucher avec un homme, sous le coup de la boisson ! Un homme presque aussi jeune que Farrell ! Si avec ça il ne voyait toujours pas où le menait cet étrange picotement dans le cœur lorsqu'il fixait les grands yeux noisettes du gamin, il ne le comprendrait jamais ! Matt lui faisait envie, mas ça n'avait rien à voir avec ce qui s'était passé hier dans cette chambre. L'homme semblait vouloir s'enfoncer dans un trou de souris, bel et si bien que John laissa tomber son masque pour ne pas voir le gamin paniquer comme une donzelle à son bal de promo ! Il essaya d'esquisser un rapide sourire, mais il fut fade. Le jeune homme bafouilla quelques secondes avant de sortir précipitamment des draps et trouver quelque chose pour se couvrir. L'étranger n'était pas nu, aussi avait-il échappé au pire, mais bon… Se réveiller avec un homme dans le lit de bon matin, ça pouvait laisser des marques !
- Vous… Vous en faites pas, je… il… enfin, on a rien fait ! Vous… je veux dire, j'ai trouvé votre adresse dans votre poche et je vous ai ramené chez vous rien de plus. Je… Enfin, vous savez… la vie m'a appris qu'il ne valait mieux pas… avec… enfin vous voyez ! »
Le gars semblait vraiment croire qu'il allait le frapper, tout son langage corporel démontrait que l'homme avait peur de lui. Ses jolis yeux bleus tremblaient d'une terreur muette, quelque chose que l'étranger avait subi par le passé. Peut-être avait-il eu un petit-ami abusif, ou un père… Père semblait dire son crâne.
- Doucement, doucement, j'ai compris. On a rien fait, c'est bien ça ? »
- Non ! »
John s'était trompé, l'inconnu n'était pas un gamin et ne ressemblait vraiment pas à Farrell malgré son babillage intempestif parlant d'excuses et autres choses dont il ne comprenait pas le sens tellement l'homme avait du mal à articuler. Pour peu, John n'aurait qu'à hausser le ton pour le faire pisser dans son pantalon. Le corps qui se rhabillait possédait des formes, il n'allait pas dire qu'il était rond, mais plus en chair qu'en muscle, en tout cas loin de la minceur du geek. Les muscles se dessinaient bien, malgré qu'il ait de belles poignées d'amour. Le torse était légèrement velu, rien de trop imposant et pour l'avoir eu contre lui, la chair était tendre et douce, bien chaude. Les épaules de l'inconnu étaient tatouées ainsi que son poignet gauche, ça n'avait rien à voir avec ce qu'il avait vu sur les différents junkies à qui il avait eu à faire, ça ressemblait plus à des blasons de l'armée, pour ça il n'en mettrait pas sa main à couper… Il voyait mal un gosse comme lui batailler avec la marine ou les seals ! Suffisait de voir son habillement, un jeans qui rendait justice à ses larges cuisses et son magnifique fessier, des bretelles qui ne servaient qu'à la déco et qui tombaient le long de ses hanches puis de ses cuisses attirant un peu plus le regard là où il fallait et un T-shirt bleu légèrement ample qui ne cachait rien des tatouages qu'on apercevait à chacun de ses mouvements. Il était à parier que les bracelets de cuir, de perles et d'argent sur la table de nuit lui appartenaient. Son visage rond et juvénile rendait difficile de se pronostiquer sur son âge mais le corps n'avait rien de celui d'un gamin !
- Je… je vais vous laisser, pardon, mais vous ne vouliez plus me lâcher et je… »
- Je t'ai forcé ? »
- Oui… enfin non ! Je veux dire, vous n'alliez pas bien, je voulais juste… je ne pensais pas à mal, je vous le jure… je… »
- Cesse de t'inquiéter comme ça, je ne vais pas te manger. Je me souviens de rien, mais je sais reconnaître les gens qui mentent, tu n'es pas de ce type. Je te crois ! »
- Merci. »
Il devait avoir dans la trentaine, mais il agissait comme un enfant, la vision globale était plutôt plaisante, bien qu'incommode. Il n'avait jamais vu de personne de ce genre. Le petit mouton jouait avec ses doigts et sa bague, ne souhaitant plus le regarder en face quoi qu'il puisse arriver. C'était à la fois attachant et dérangeant, car John McClane ne voulait instaurer la peur qu'avec les hors-la-loi et ce gamin avait tout de l'innocent petit agneau. L'intimidation n'avait aucune raison d'être, il était certain de la véracité des mots de son interlocuteur, aussi l'affaire était close. Il avait trop bu, avait trouvé un joli brin de mec et était rentré avec ; ensuite ils avaient dormi ensemble, la belle affaire ! Dans la vie d'un McClane c'était aussi important que de faire tomber sa tartine beurrée le matin !
- Tu veux un petit dej', puisque tu es là ? »
- Je… je ne voudrais pas dérager ! »
- Tu ne déranges pas puisque je te propose ! Ne crois pas que si je le désirais, j'hésiterais deux secondes à te mettre dehors à coups de pieds ! »
Le corps se tendit brusquement devant ses yeux, il avait espéré le faire réagir et ce fut le cas, le jeune homme dodelina de la tête, se détournant flegmatiquement tandis que McClane sortait des draps dans un simple boxer. La timidité de son hôte était presque risible, puisque McClane avait été raide mort au moment où il fut reconduit chez lui, il n'était donc pas à douter que l'autre l'avait aidé à se déshabiller ! Regardant dans la poche de son blouson en cuir, John retrouva sa plaque, ça, il devrait y prêter plus attention, c'était vrai, le gosse aurait pu être mal intentionné et partir avec.
- Quel est ton nom ? »
- Hein ? Ah oui, mon nom, le mien, à moi… heu… Adam ! Adam Ross ! »
- Adam Ross ? »
Le nom lui disait aussi vaguement quelque chose, John fronça les sourcils, sceptique, tout en se rapprochant de l'homme qui jeta un coup d'œil en arrière, veillant à ce que le flic porte au moins un pantalon avant de se tourner dans sa direction.
- Je vous jure que… que c'était un total accident, une malencontreuse rencontre ! Je… je ne vous suivais pas, hein ? En fait… j'étais déjà dans le bar quand… je vous ai reconnu mais je… enfin, j'avais moi-même trop bu, je crois, je n'aurais pas dû ! Je sais bien que la boisson n'arrange rien à mon cas… ni même à… »
- On se connait ? »
L'homme ouvrit la bouche à plusieurs reprises essayant de trouver ses mots, les yeux ronds comme des soucoupes tellement surpris par la question du lieutenant de police. Maintenant il n'était plus à douter qu'ils s'étaient rencontrés par le passé, peut-être avait-il été l'une des personnes qu'il avait sauvées, possible, avec les années sa mémoire pouvait lui jouer des tours.
- Je pensais que vous… je suis désolé, je croyais… ce n'est pas grave ! Oubliez ça, je… je vais m'en aller. »
- Tu partiras qu'avec quelque chose de chaud dans le ventre, il gèle dehors ! »
Comme il s'y était attendu, l'homme baissa la tête et acquiesça, rien de plus aisé que de faire de ce genre de personne tout ce que l'on voulait, surtout si on s'appelait McClane ! Pour ça, cet Adam et Matt se ressemblaient beaucoup, ils étaient des suiveurs, des soumis, mais il avait appris que derrière cette facette nonchalance se cachait bien plus qu'une créature docile et sans volonté propre. En tout cas, c'était le cas de Farrell, il ignorait encore tout du petit agneau qui le suivait sans piper mot.
Lorsqu'ils furent dans sa cuisine et qu'il commença à réparer le repas, McClane en profita pour reprendre son interrogatoire.
- Rafraichis-moi la mémoire, on s'est rencontré ou ? »
- Je… Je travaille avec… Mac et Don. »
Don Flack et Mac Taylor ? Hé bé merde, ça faisait des années qu'ils ne les avaient pas vus, non en fait c'était faux, mais ça n'avait été que de courtes rencontres. Les samedis barbecues et les journées anniversaires étaient loin. Bien avant que Holly parte et qu'il devienne le héros déchu, sa femme et celle de Mac avaient été de très grandes amies. Il n'avait pas fallu longtemps pour que les deux époux et flics se rencontrent. McClane, le policier renommé et fougueux venant du Bronx et Taylor le jeune flic débutant ex marins fraîchement débarqué à Manhattan. De temps en temps encore, ils se voyaient, surtout en cas de coup dur en fait, car maintenant que leurs deux femmes n'étaient plus, les deux flics investissaient tout leur temps dans leur travail ! Aussi, la dernière fois qu'il avait vu Taylor, c'était lorsque son ami avait eu un accident et été resté des mois dans un plâtre. Il avait profité d'un jour de congé pour lui amener une bouteille et boire en sa compagnie en parlant exclusivement de boulot. Parler du passé faisait ressurgir les pires des souvenirs, leurs femmes partie ou décédée et leurs vies maintenant en solitaire… Une félicité à l'arrière-gout de chiotte !
Le petit mouton était bien trop jeune pour qu'ils se soient rencontrés du temps où leur deux femmes respectives les obligeaient à se voir régulièrement, il était certain que Taylor n'était jamais venu le voir autrement qu'accompagné de Flack, aussi il était probable qu'il ait vu le gamin en allant voir Mac, peut-être même la dernière fois qu'il s'était retrouvé dans l'appartement du brun, le chef de la section scientifique avait reçu pas mal de collègues, apprécié qu'il était pour son travail et sa loyauté. Il se souvenait avoir discuté avec un certain Danny Messer qu'il avait d'ailleurs grandement apprécié.
- Flic ? »
Il ne le voyait pas policier, mais alors pas du tout ! Un flic timide et intimidable ? Ça n'irait jamais bien loin… C'était très certainement un gratte-papier ou un petit subordonné plein de bonnes attentions qui le laisseraient malgré tout sur la circulation. Il en avait vu des rookies vraiment très intègres finir dans un placard ou aux archives.
- Heu… pas vraiment ! Police Scientifique. »
Un rat de laboratoire ?! McClane n'était pas à l'aise pour deux sous avec ces gens, les légistes passe encore, mais les scientifiques… John n'était pas d'avis à attendre qu'un quelconque taré du ciboulot se masturbe mentalement sur une preuve pour lui donner le feu vert dans son enquête, il était un policier à l'ancienne, alors toute cette aberration technologique ne lui parlait pas. Sûr, il fallait faire des avancées techniques, -quoi qu'en voyant où ça l'avait mené avec le presque fire sale, il n'en était plus certain- mais pour lui les rats de labo n'étaient utiles que pour les procès, histoires que les enfoirés qu'ils s'évertuaient à coincer ne ressortent pas de taule deux jours plus tard !
- Tu travailles donc avec Danny Messer, non ? »
- En effet. »
Le petit mouton semblait contrarié, à première vue le fait qu'il se rappelle de Dany et non de lui venait d'instaurer une moue boudeuse sur son visage. Il jouait maintenant avec l'un de ses bracelets fuyant encore le regard de John. Il essayait de se souvenir de sa dernière visite à Taylor, mais ça ne l'aidait pas vraiment !
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- Félicitation, pour le tueur à la boussole ! »
- Ça n'a pas été une enquête simple, je dois l'avouer… »
- Ça fait bien longtemps que j'ai pas eu une enquête de ce genre… Depuis quatre-vingt-quinze et ce taré de Simon ; je m'ennuierais presque du manque d'action ces derniers temps ! »
- T'en fais pas, l'état de New York n'a pas fini de nous en faire baver ! »
- Pour sûr… »
Ces dernières années, depuis la prise d'otage dans la banque, il n'avait rien eu de très vivifiant, quelques courses poursuites avec des petits dealers mais rien d'autre. Les grosses enquêtes de sa jeunesse lui manquaient, car le temps laissait champ libre aux souvenirs. La sonnerie l'arrêta dans son cheminement d'idées, il regarda Mac se lever péniblement puis retomber aussi sec dans son fauteuil, aussi, il se dirigea vers la porte qu'il ouvrit sur un Don souriant.
- Nom de dieu ! John, John McClane ! T'as pas changé ! »
- Sauf la coupe ! »
Un rapide mouvement sur son crâne chauve fit rire le flic qui l'entoura de ses bras dans une accolade chaleureuse.
- J'arrive pas à y croire ! Quelles sont les nouvelles ?! »
La première fois qu'ils s'étaient rencontrés, Mac avait doucement rigolé en les présentant, sur une possible fin du monde. Un pur-sang irlandais et un irlando-italien dans une même pièce ; Mac avait cru à un peu plus de fracas, mais ils s'étaient vite entendus et mieux valait ne pas les avoir contre vous.
- J'ai amené une bouteille ! »
- Pas encore un de tes vins sucrés dégueulasses ! »
- Hey insulte pas ma liqueur d'amande buveur de scotch ! »
- Ça c'est pas un truc de fillette ! »
- Ma grappa non plus ! »
Don lui fila un coup d'épaule, ce n'est qu'à ce moment que McClane vit la jeune demoiselle derrière lui qui se présenta comme Lindsay Messer. Il rencontra son mari quelques minutes plus tard, lorsqu'il ramena avec lui… Adam !
- Tu veux dire John McClane, le John McClane du Bronx ?! »
Il y eut une sorte de long silence interrogatif tous les regards s'étaient braqués sur Mac qui soupira. C'était plutôt commun comme question, Messer était un flic avant d'être un scientifique, si les autres ne savaient pas vraiment qui il était, Messer lui, avait entendu parler de la légende vivante qu'il incarnait.
- En effet ! »
Le regard du jeune homme se gonfla de respect et tandis qu'il s'attendait à tout un discours d'éloges et de gloire, un verre tomba à terre et se brisa. Le gamin qui n'avait pas pipé mot depuis son arrivée souffla un son qui ressembla bien trop au Nakatomi Plazza. Bien, au moins une autre personne le connaissait, cela dit, le gamin ne fit rien d'autre que de s'excuser platement sous le verre cassé et commença à afficher des gestes stressés qui au bout du compte l'amenèrent à se couper la main avec l'un des tessons. Lindsay s'occupa de lui en le menant à la cuisine.
- C'est normal ? »
- Adam est un jeune homme un peu perturbé, mais c'est un bon élément. Par contre j'ignorais qu'il savait quelque chose sur le Nakatomi… »
- Il devait avoir une dizaine d'année c'est tout… »
Le reste de la soirée se passa sans plus de préambule, Lindsay se retira pour aller chercher sa fille et laissa les hommes entre eux parler de boulot en buvant leur alcool.
- Ça sent trop la testostérone pour moi, je vais rentrer jouer la bonne épouse m'occuper de ma fille pendant que Monsieur prépare sa cirrhose ! »
- Lind' ! »
Elle avait éclaté de rire en se dirigeant vers la porte en se moquant gentiment de son mari. Il lui avait semblé que le prénommé Adam l'avait supplié du regard de l'emmener avec elle ; simplement, elle n'avait pas regardé dans sa direction et ce regard terrorisé et mal à l'aise avait mis dans le cœur du flic une pointe de sympathie. Il ignorait tout de ce gars un peu gauche qui n'ouvrait la bouche que pour dire des conneries aussi grosses que lui, mais le côté protecteur de John ne pouvait s'empêcher de prendre le dessus.
Ses yeux restèrent fixés sur le gamin, qui lorsque Lindsay fut partie, prit un plus grand retrait qu'avant. Il regardait le bric à braque de son patron avec un intérêt peu commun. Don et Messer quant à eux avaient monopolisé le dialogue, Mac était un solitaire, un peu comme lui, ils avaient usé leur quota de mots pour plus de deux mois en l'espace de trois heures, mais ce qu'il remarqua fut le regard protecteur et paternel de son ami qui suivait chaque mouvement du petit scientifique. Leurs regards se croisèrent tout à coup et il lui sembla que Mac lui demandait d'aller voir le gamin. Ce qu'il fit, il se leva et se dirigea de l'autre côté du salon.
- On ne t'entend pas beaucoup. »
Le jeune homme sursauta, il n'avait pas semblé à McClane qu'il avait caché sa présence au petit châtain, mais il n'était pas flic, les instincts n'étaient sans doute pas les mêmes.
- Heu… je… je regardais sa collection de vieux livres. »
- Intéressant ? »
- Ce sont des premières éditions, il y en a pour une petite fortune… »
Des vieux livres en cuir relié, rien de passionnant à son gout ! Il se souvenait en avoir donné à Mac un carton entier que sa femme avait oublié en se barrant du jour au lendemain. John n'était pas homme à se poser et à lire, c'était le délire de Mac, pas le sien ! Il préférait regarder un match de football ou de baseball à la télé en buvant une bière !
- Que sais-tu du Nakatomi, au juste ? »
Le visage passa par plein d'émotions différentes, la peur, la douleur, la nostalgie, mais il se rattrapa bien vite en se rendant compte qu'il était observé par l'œil entraîné de John, aussi le visage rayonna de toute la fausseté qu'il pouvait connaitre.
- La naissance d'un héros. Vous savez, lorsque tout ça est arrivé, mon père m'a dit, qu'un fils digne de ce nom devrait pouvoir faire ça. »
Il y avait dans ces mots des non-dits horriblement dérangeants, le regard bleu en témoignait. La main de John McClane glissa dans le dos du gamin qui pourrait certainement être son fils.
- Personne ne veut être ce héros, crois-moi. Ma femme m'a quitté, emmenant des enfants qui ne m'appelleront plus jamais papa. Je mange seul, vit seul… Et quand je ne suis pas au boulot… la vie est un désert gigantesque, on prie pour avoir de l'action, plutôt que de rester là, à attendre je ne sais quoi de la vie. Crois-moi, être ce héros n'a rien de palpitant. »
- Mon père voulait que je sois quelqu'un de bien, quelqu'un d'important. »
- Police criminelle ce n'est pas important ? Tu as aidé à coincer le tueur à la boussole quand même ! C'est pas rien ! »
- Assis dans un labo, ce n'est pas ce que mon paternel trouverait gratifiant. »
Soit, il n'était pas un bon père, mais il savait reconnaitre les gens qui étaient de bons éléments, ses enfants étaient de bonnes personnes, un père ne devrait s'inquiéter que de ça. Jamais il ne lui viendrait à l'idée de dicter la carrière d'un de ses enfants, ils faisaient ce que bon leur semblait, du moment qu'ils restaient du côté de la loi. Un père comme celui de cet Adam devrait être fier de ce qu'il avait car le gamin semblait être quelqu'un de bien.
- Je suis le premier à dénigrer les scientifiques, crois-moi ! Ils sont chiants, des vieux ronchons aigris par la vie et pince sans rire ! Tu verrais le staff de la police du Bronx, t'en reviendrais pas ! Mais sans eux, mon boulot ne servirait à rien. Je coffre les criminels, mais c'est eux qui les mettent derrière des barreaux. »
Le visage s'illumina quelques instants, le châtain ne le regardait pas dans les yeux, mais quelque chose dans le bleu s'était évaporé et malgré quelques gestes nerveux, Adam semblait soulager d'un poids. Mission réussie !
- Merci. Dommage que j'ai pas eu un père comme vous ! »
- Si mes enfants pouvaient dire ça ! »
McClane fit un mouvement rapide du bras tout en ricanant, afin d'attraper l'épaule du scientifique et le ramener vers la table qu'ils partageaient, mais le gamin mésinterpréta son geste puisqu'il le regarda se figer de terreur. Il fallut quelques secondes pour qu'il se rende compte que la main ne lui voulait aucun mal et qu'il suive John.
- Alors, Adam a un nouveau héros ?! »
La plaisanterie de Don mit mal à l'aise le gosse qui retomba dans sa chaise en grommelant.
- Après Mac… John ? Tu t'attaques qu'à des monstres ! »
- C'est un gosse de la génération comics, bien entendu qu'il aime les héros ! »
- Ça suffit ! »
Il ignorait si le petit bouclé était maintenant rouge de colère ou de gêne, mais cet éclat de voix fit réagir Mac au quart de tour. Le gamin frappa son verre contre la table, lança à Don et Danny une œillade meurtrière puis il se dirigea vers la porte.
- Si ça devient une soirée comme ça, c'est bon, j'ai eu ma dose de connards pendant mon cursus scolaire. Des fois vous ne vous rendez pas compte que vous êtes deux gros boulets ! »
Et sur ces mots, le gamin disparut. Seuls Mac et John sourirent lorsque la porte se referma violemment. Il était bon de voir que le jeune homme n'était pas qu'une victime…
- Quelle mouche l'a piqué ?! »
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Il se souvenait enfin. Il ne l'avait vu que deux ou trois fois, mais c'était la seule et unique fois qu'ils avaient discuté ensemble…
Le gamin, tête basse secouait la bouteille de jus d'orage qu'il avait sorti du frigo sous la demande de John, il semblait ailleurs ou toujours renfrogné à l'idée que l'homme qui lui avait parlé et remonté le moral ne se souvienne pas de lui.
- Si ton but est de me donner le mal de mer en tournant ce liquide, c'est pas demain la veille, vient donc ici m'aider à faire un vrai p'tit dej. »
- D'a… d'accord. »
- Et si tu me disais ce qui te chagrine, au lieu de rester silencieux comme une tombe. Je vois mal un petit gars comme toi se saouler dans un bar. »
- Pas le moral… »
- Don et Danny t'ont encore chambré ? »
- Oui… et comment… vous vous rappelez, alors ?! »
- Hum ! »
- Danny est mon ami, enfin je le croyais dur comme fer. »
- Et ? »
Adam hésitait à continuer de parler, ce gamin ne devait pas s'ouvrir beaucoup, aussi il choisissait avec énormément de prudence les personnes auxquelles il parlait de lui. John avait très bien compris le petit barbu, il pouvait parler de tout et de rien, mais pas des horreurs contre lesquelles il avait fait face. En surface il n'y avait aucune cicatrice, mais en profondeur, Adam était un de ces gars emmurés par la douleur.
- J'ai osé lui dire que… que je dirais pas non à un homme. Enfin, dans certaines conditions. Il m'a toujours vu parler de filles, les draguer et me prendre des râteaux, aussi il a été surpris. J'avoue qu'il fait partie de ce type d'homme qui me plait. J'étais là quand avec Lindsay c'est devenu sérieux, j'ai jamais osé le lui dire… Mais Danny est mon ami, mon meilleur ami, c'est beaucoup plus important pour moi. Et depuis, il n'arrête pas de balancer des sous-entendu sur ma sexualité avec Don ! »
- Si je comprends bien, c'est plus le fait qu'il en ait parlé à Don que le fait qu'il t'embête. »
- Un peu les deux… Quand j'étais au lycée, y'avait ce gars Steven, il jouait au basket. Je dois pas être très fin car il a su... il m'a invité à une fête, genre, c'était la première fois qu'on m'invitait quelque part ! Souvent c'était plutôt, moi qui faisait leur devoir, c'était ça ou se faire taper dessus. J'ai choisi d'être leur pantin et ça devait bien les faire marrer. Quoi qu'il en soit, durant la soirée, il m'a tiré dans une chambre, il m'a fait croire qu'il avait envie de moi, ce que j'ignorais c'est que ces potes nous écoutaient. Le lendemain tout le monde savait que j'étais bi et qu'en plus j'étais vierge. »
- Danny pense pas à mal, tu devrais lui parler de ça. »
- Je lui ai dit hier, avant de me plonger dans la bière. Je sais que c'est un ami et qu'il veut mon bien, mais parfois je me dis que je suis trop abîmé pour m'en tirer… »
- Pourquoi ? Parce que ton paternel te frappait, ou parce qu'il me semble que ton regard tombe trop souvent sur Mac ? »
- C'est Mac qui vous a raconté tout ça ? »
- Je suis flic, gamin, tu peux rien me cacher, crois-moi ! »
- Mac incarne la stabilité, il a prouvé plusieurs fois qu'il ferait tout pour moi, personne d'autre que lui ne m'a témoigné autant d'importance, je vis pour lui. Quand il me félicite, wow, rien ne peut me rendre plus heureux ! Mais il se comporte comme mon père et c'est mon boss, je peux pas lui dire. Et puis je suis même pas sûr que ce soit de l'amour, peut-être que je veux simplement me cacher derrière quelqu'un de fort, mais qui ne retournera jamais sa force contre moi… Je sais même pas pourquoi je vous dis ça. »
Il ne devrait pas, certainement pas, mais sa main s'était déjà saisie du menton lui faisant face, afin de mener le gamin à le regarder dans les yeux. Il tremblait mais ce n'est pas de peur, plutôt d'une appréhension muette, car il savait maintenant ce que John avait dans la tête. Adam ne disait pas non, au contraire, il ferma les yeux, approchant son visage de John. Le lieutenant de police sentit le bout de ses doigts frais s'accrocher à son T-shirt tandis que leurs lèvres se touchèrent dans un chaste baiser. Le petit mouton se recula interloqué par ce qui venait de se passer.
- Vous… »
- C'est… compliqué. »
- Farrell ? Je lui ressemble ? »
- Pas vraiment. »
Le flic avait dû en dire plus qu'il ne le fallait lorsqu'il avait cuvé son scotch… Fallait dire qu'hier, voir Matt et sa fille se sourire, lui avait fichu un coup au cœur. D'ailleurs en parlant de lui, il choisissait le pire moment pour se réveiller, ce cœur ! John avait espéré pouvoir finir sa vie sans lui, mais il avait fallu que son boss le jette dans une histoire qui allait changer sa vie du tout au tout.
- Est-ce que… Je veux dire… y'a pas de mal, non ? »
Non, il n'y en avait pas. John délaissa sa poêle, oubliant le petit déjeuner qu'il s'évertuait de préparer, il regarda les mouvements craintifs de son hôte, sachant que l'agneau n'oserait jamais mettre en pratique ce qu'il venait de dire. Était-ce une bonne idée ? C'était juste une occasion de tester, le châtain était plutôt bien fichu, il n'était pas Matt, ça c'était certain, mais ça n'avait pas d'importance. Il n'était pas question, là de sentiments, John avait son problème sentimental et le gamin aussi. Il n'y aurait donc aucune contrainte entre eux. Un moment d'échappatoire ne pouvait pas leur faire de mal, ni à l'un, ni à l'autre…
- Tu es sûr ? »
- Je sais pas, j'ai jamais… avec un homme… »
- Moi non plus. »
- Mac a dit que vous êtes un homme bien… »
- Tu n'as pas à avoir peur de moi, si c'est la question. »
Le scientifique hésita encore un peu avant de venir chercher un vrai baiser, ça faisait bien longtemps que le flic n'avait pas apprécié de la sorte une paire de lèvres. Il devait s'agir de Claudia, une prostituée du Queens. Oh, il ne devrait pas être client de ce genre de femmes en tant que flic, mais les possibilités de rencontres étaient difficiles pour un homme comme lui. Lorsqu'il ne s'agissait pas de la vénération d'une victime qu'il avait sauvé, les femmes ne prêtaient pas beaucoup d'attention à John McClane. Il était un héros, pas un possible compagnon !
Le gamin se fichait éperdument de ça, il ne voyait qu'un homme entrant parfaitement dans le fantasme qu'il recherchait, c'est ce que d'ailleurs le corps à ses côtés lui criait ouvertement. Il ne devait pas être beaucoup plus âgé que Matt, mais sa cinquantaine n'avait aucune influence sur le choix d'Adam à croire que ce garçon cherchait en plus d'un amant, l'image d'un père. Un père qui ne le battrait pas, qui ne serait pas déçu en le regardant dans les yeux. Adam voulait de la reconnaissance, de la sécurité et ça, John pouvait le lui offrir plus que quiconque.
Cela ne se produisit pas ce matin-là, car le téléphone du lieutenant sonna.
- Mac ? »
- Adam est avec toi, n'est-ce pas ? »
- Comment tu… »
- Il ne répond pas au téléphone, ce n'est pas son genre. Danny a besoin de lui sur la quatrième avenue. Il a quinze minutes, pour aller au bureau prendre ses affaires et rejoindre son collègue, tu peux l'aider ? »
Mac rigola au creux du combiné, il ne semblait pas prêter plus d'importance que cela à ce qui se passait dans cette cuisine, tout ce que sa voix laissait transparaitre c'est de la joie et un brin de taquinerie qu'il ne lui avait pas vu depuis le onze septembre…
- Je l'emmène. On sera à l'heure. »
- Parfait. Oh… Inutile de te dire que si tu lui brises le cœur… »
- Je sais, tu me brises le crâne et je parie que tu fais passer ça pour un accident ! »
- En effet… Je n'ai pas besoin de te dire par quoi il est passé, alors, McClane, un peu de douceur ne serait pas de refus. »
- T'en fais pas ! »
- Oh, et… John, il est comme mon fils, prend bien soin de lui. »
Roulant des yeux, le flic raccrocha, la pâleur sur le visage en face de lui ne l'aida pas quant à rester objectif dans toute cette histoire. Mac venait de lui dire de prendre soin du gamin, comme si il ne s'était jamais aperçu de l'attirance qu'avait pour lui le prénommé Adam, ou justement, espérait-il que John saurait être compétant là où Mac ne l'était et ne le serait jamais. La mort de sa femme avait rendu Mac incapable d'aimer ou plutôt de s'attacher. Il savait que le flic espérait encore la retrouver, mais avec les années, tout le monde savait que c'était tout bonnement impossible. Claire était morte, une des nombreuses victimes fantômes de ce jour tragique.
- Il se fiche de moi… »
- Adam, Mac ne se remettra jamais de la mort de sa femme, regarde-moi, la mienne est toujours en vie et c'est à cinquante balais que je pense enfin à tourner la page. Il t'apprécie plus qu'il n'osera jamais le dire, mais si c'est cet homme-là que tu veux vraiment, il va te falloir du temps et beaucoup de patience et certainement pas t'afficher avec moi ! Tu es toujours sûr de toi ? »
- Oui, il est mon boss, il faudrait que je change de labo pour être avec lui et jamais je ne le pourrais. »
- Il est flic et toi scientifique, y'a aucun gradé qui aurait les couilles de tenir tête à Mac si il te choisissait, tu sais ça ?! »
- Hum… mais c'est mon boss, je veux pas risquer ça… »
- Je comprends. »
Le petit mouton esquissa un sourire, il déposa un baiser sur l'épaule nue du lieutenant. Mac avait tellement parlé de John qu'il semblait le connaître par cœur. Cependant il voulait en savoir plus encore. Son boss avait tout de suite vu l'attrait dont McClane avait été victime et avec autant de délicatesse que possible, il avait mené Adam à confesser la chose. Le regard jovial de Mac s'était alors posé sur lui.
- John ne l'avouera jamais, mais il a besoin de quelqu'un. D'un peu de compagnie et surtout de rire, tu lui feras du bien. »
Ross comprenait, il suffisait de voir l'appartement vide, le silence pesant et toute la détresse que le lieutenant lui avait montré dans l'effluve de l'alcool. Ils étaient tous les deux blessés par la vie, ils avaient besoin de soigner leurs blessures et à deux tout était plus facile.
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- Papa ? Que fais-tu là ? »
Luce… et Matt, il savait que ça avait été une mauvaise idée que de suivre Adam en centre-ville. Il aurait dû le prévoir ! McClane se retourna tel une souris prise au piège par le chat, il tira le col de son polo avant de faire un signe de tête au couple.
Adam était une bouffée d'air frais dans sa vie, une présence quelque fois marrante et attendrissante à découvrir… Il aimait passer ses week-end avec lui, d'autant plus que l'homme n'était pas du genre envahissant, la plus par de temps trop occupé avec leur boulots respectifs, ils se laissaient tomber sur le canapé. Depuis le temps, -enfin ça ne faisait qu'un mois, qu'ils étaient officiellement ensemble d'après les dires de Mac- Adam prenait ses aises et commençait par initier le contact sans attendre après John. Le petit mouton venait se caler entre ses bras et regardait le football avec lui. Quand ils avaient le courage, ils sortaient le week-end ; sortir pour le plaisir, John n'avait jamais compris le système. A part un restau de temps en temps, il n'avait jamais emmené Holly autre part qu'au ciné en de quelques rares occasions. Adam amenait ses passions par pack de six et c'était amusant de le voir s'agiter pour une convention, un salon, une émission télé ou un nouveau produit quelconque. Adam était fan de musique, mais n'imposait rien à ses oreilles, il était souvent avec un casque sur la tête empêchant le choc des générations d'éclater au grand jour à ce niveau. Mais même avec ça, il savait régler le volume pour qu'il puisse entendre John sans que celui-ci n'ait à hausser la voix. L'agneau aimait aussi les consoles, lorsqu'il venait chez John, il emmenait souvent sa PSP en cas où le flic serait appelé le samedi, leurs jobs n'avaient hélas, jamais de temps mort. Aujourd'hui il avait trainé John dans une boutique de comics, car la poupée d'un de ses super héros préférés venait de sortir en avant-première et tout le monde s'arracherait les deux cents mille pièces en un rien de temps. Adam l'avait précommandée depuis des lustres et John trouvait ça adorable à souhait, suffisait de le voir avec la boite entre les mains comme s'il tenait le trésor le plus inestimable de l'humanité.
- Iron man... »
Adam lui avait montré les films, John ne pouvait pas dire qu'il avait détesté, mais ce n'était pas le genre de chose qu'il appréciait réellement. Bien que d'en savoir un peu plus sur le héros suprême d'Adam lui avait expliqué pas mal de chose sur le personnage complexe qui partageait son quotidien.
- Luce, Matt, comment allez-vous ?! »
- En grande forme ! Et toi tu fais quoi ici ? »
- Heu… »
- John… c'est un moment unique… l'acteur d'Iron Man et Stan Lee viennent dédicacer les pièces précommandées ! Je vais mourir ! »
John haussa un sourcil, regardant le châtain trembler d'excitation avec sa boite entre les mains, le flic ne put retenir un sourire tendre lorsque leurs yeux se joignirent, aussi sa main glissa dans les boucles aux reflets vermeilles du jeune trentenaire.
- Adam Ross, je te présente ma fille, Lucy McClane et son petit-ami Matthew Farrell. »
- Fa… Farrell ?! »
Il n'avait certainement jamais dit au scientifique que le fameux Matt sortait avec sa fille, maintenant c'était chose faite. Adam observa le jeune couple avant de réagir face à la main tendue de Lucy. Il observa sa fille et Matt serrer la main de son… du… il ne savait jamais vraiment comment le nommer. Il n'y avait pas de mots doux entre eux, rien, pas non plus de sexe occasionnel. A première vue, ils étaient amis, ou plutôt père et fils, voilà ce qui traduisait réellement la relation ambigüe qu'ils partageaient. Au final ils n'avaient encore jamais été plus loin qu'un banal câlin dans le lit, c'est pour dire… mais puisque leur présence commune leur faisait un bien fou, il se fichait bien du reste ! Avant qu'il ne puisse comprendre, sa fille le tirait par le bras, tandis que les deux garçons regardaient leur poupée respective attendant la venue des dédicaces.
- C'est qui ? Depuis quand tu sors avec un mec ?! »
- Adam est un collègue de Mac. »
- Mac Taylor ? »
- Hum ! »
- C'est un flic ? »
- Police scientifique. »
- Et ? Vous… »
- Luce, c'est pas parce que j'ai passé ma main dans ses cheveux qu'on s'envoie en l'air je te rassure ! Disons… pas encore ! Et très sérieusement, je ne vois pas pourquoi je parlerais de ma vie sexuelle avec ma fille, Luce. »
- C'est juste que c'est… étonnant ! »
- Ça te pose un problème ? »
Elle hésita un instant, regardant son père au fond des yeux. Cette réponse changerait certainement beaucoup de chose dans sa vie, car il ne voulait pas que sa fille ait un problème avec Adam. Pour l'instant, il ne se passait rien, mais si ça devait aller jusque-là, ça ne devait pas poser de problèmes à sa fille. Il avait tellement attendu cet instant que de la voir s'enfuir à cause d'un homme lui broierait le cœur.
- Non. Si tu es heureux, jamais. Tu sais, j'ai longtemps redouté qu'un jour tu sois avec une autre femme, que tu es d'autres enfants et que tu sois pour eux, le père que je n'ai jamais eu. Et puis j'ai compris, comme maman, que tu avais besoin de protéger les gens, d'être au service de la ville, du pays même ! Et je me suis dit que sur ton lit de mort, il n'y aurait personne. T'es pas le mari idéal et franchement un mauvais père, mais t'es un flic intègre et génial, t'es le héros que toutes mes copines m'envient. T'es un type bien ! Et cet Adam, ça fait combien de temps ? »
- Un mois. »
- C'est flippant ! Heureusement qu'avec Matt ça n'a pas marché, voir nos deux petits copains s'entendre comme des frères aurait pu me faire dresser les cheveux sur la tête ! »
- Il a… ? »
- Non, c'est moi ! Tu avais raison, il m'a sauvé la vie, c'était beau, magnifique, mais ça n'a pas survécu au train-train quotidien. Mais ça reste un super pote ! Nan mais regarde les avec leurs poupées ! »
- Action Figure, Luce… »
- Ouai, ouai, ils ont mis plus de mille dollars là-dedans. »
- Une réplique exacte de l'armure d'Iron man, faite en acier… échelle humm un tiers, je crois. »
- Flippant, t'es en train de devenir un fanboy ! »
John la regarda avec amusement avant d'exploser d'un rire franc et bon enfant. Matt et sa fille, ça n'avait pas marché, quelque chose le rendait beaucoup plus léger du coup ! Il avait toujours eu peur de tomber sur eux, les lèvres collées en plein milieu de la rue, ça lui aurait fait mal. Tournant sa considération, vers les deux jeunes hommes qui parlaient vraisemblablement de comics, le flic sourit de plus belle. Adam avait besoin d'amis de son âge, peut-être que Farrell serait une bonne occasion de le faire sortir un peu de sa coquille. Sortant de la boutique pour échapper au flot de jeunes et de moins jeunes fans venus des quatre coin de la ville, John s'installa contre le mur de la boutique, gardant un œil sur ses deux protégés, sa fille racontait ses derniers soucis à la fac et l'arrivée d'un jeune homme charmant sur lequel elle avait flashé. D'après ce qu'elle en disait il devait faire partie des forces spéciales ou de la CIA… de quoi le rassurer !
- Sérieux, tu es ami avec Warlock, LE Warlock ? »
- Hum, un mec charmant, tu devrais le rencontrer ! »
- Heureusement que je suis dans la police scientifique, dieu merci. »
- Pourquoi ? »
- Je parle d'un hors-la-loi, là. »
- T'as pas été toujours clair d'après ce que tu me dis ! »
- Dans une ancienne vie j'étais Phénix. »
- Tu te fous de moi, le hackeur qui a posé un dispositif de pistage dans le serveur de la CIA ? »
Adam fit la moue, tournant un regard désolé vers John qui ne s'en formalisa pas plus que ça. Il savait que les gosses faisaient pleins de conneries, ça ne changeait pas la vision qu'il avait de l'agneau.
- Je voulais juste avoir l'attention d'un père qui… s'en fichait. »
- Même cursus ! Mon père m'a foutu dehors, il ne s'est même pas manifesté après le fire sale ! »
Le bleu vide des prunelles d'Adam firent monter un flot de colère dans le cœur du flic qui serra les poings afin de se calmer. Il savait que le père d'Adam continuait de lui coller au train, il avait surpris le gamin recroquevillé dans la baignoire pleurant à chaudes larmes, le téléphone à la main. Aujourd'hui Adam rêvait de ça, un monde où l'ombre de son père ne viendrait plus jamais le hanter. Venant auprès du scientifique, John le serra affectueusement contre son torse.
- Aller les gamins, la récrée est terminée, avant que tout le quartier débarque pour scander le nom de leurs idoles, on ferait mieux de se barrer ! »
- Et si on passait la journée ensemble ?! »
- Oui, s'il vous plait McClane ! »
Géniale, une journée en enfer ! Quoi que… Si ! Comment allait-il pouvoir gérer les regards ambigus de Matt, ses propres sentiments et Adam qui s'imposait un peu plus à lui, croyant bien faire. Puisque sa fille était d'accord, il suivit la bande de jeune gens jusque dans leur fief. Il n'avait jamais compris l'attrait que les jeunes avaient pour les Starbuck Café. Bien heureusement pour lui, Adam ne le quitta pas d'une semelle le temps qu'il passe sa commande sinon il aurait bien sorti son flingue. Un café noir c'était pas si difficile à trouver non ? Non, il fallait qu'il y en est des dizaines de différents avec des noms bien cons !
- Sauron ! »
- Tu te fou de moi, il sort du seigneur des anneaux celui-là ! »
- Si, Luce, c'est bien un ennemi d'Iron Man. »
- Oh, vous trichez ! »
- A toi ! »
- Hum… Dynamo ! »
- Oui ! Tu vois je te l'avais dit, elle s'y connait un peu pour une fille ! »
- Pas de sexisme Matt sinon je te jure que je fais de toi une demoiselle ! »
- Wow wow ! A mon tour… Vibro ! »
- C'est quoi ce nom de sex toys, ça fait tellement pas super vilain ! »
Le nez dans son café, John écoutait vaguement le délire des trois jeunes gens qui citaient tous les noms des super vilains qu'Iron man avait combattu. Certains lui disaient vaguement quelque chose, très certainement parce que la vie de fanboy -comme disait Luce- faisait d'Adam un aficionado inconditionnel de toutes les séries, spin off et autre vies alternatives de tous ses héros de comics. En y pensant, soit Stan Lee était un dégénéré, -c'était certainement le cas- soit il savait comment se faire du fric et le faisait bien -les deux !- ! Lorsqu'Adam s'approcha de lui, John glissa à nouveau sa main dans les boucles châtain de leur propriétaire, sous le regard affuté de Matt.
- Et vous McClane, quel était votre héros quand vous étiez jeune ? »
Il aurait bien répondu son père, ils étaient flics de père en fils depuis des générations. John avait toujours tourné sur son père de l'admiration, avant que celui-ci ne soit tué durant ses fonctions. Cela dit, il se ravisa avant de répondre, afin de ne pas plonger Adam dans une série de souvenirs incommodants.
- Je suppose… Batman. »
- DC comics ?! Tu me brises le cœur John ! »
- Mon père est d'un rétro… »
- Sûr que c'est pour la voiture, hein ? McClane ?! »
Matt venait de toucher un point sensible. Le petit John avait été fan de Batman dans sa jeunesse, enfin, il avait eu la batmobile en jouet et n'avait jamais cessé de se balader avec. C'était plus une question de voiture que de mec en collant lycra, ça c'était certain !
- Un cadeau de mon père, j'imaginais que dans le futur, on aurait tous des voitures avec un réacteur à l'arrière… »
- Nous on rêvait de voitures volantes. »
- Moi je rêvais d'un poney, mais chacun son truc ! »
- Un petit poney, Lucy McClane, tu as été une véritable fille un jour ! »
- Et oui, toi par contre t'as toujours pas réussi à être un vrai mec, Farrell ! »
Il se rappelait très bien de ce noël-là, la petite Lucy était entrée un soir avec sa liste de cadeaux, en haut de la page en gros en rose avec des paillettes partout, il avait lu le mot poneys. Il avait cru au jouet jusqu'à ce que sa fille lui dise avec sérieux qu'elle voulait un vrai poney ! Elle avait eu pour noël un lot de petits poneys, avec le château et devant sa moue rageuse, il avait passé des heures à lui expliquer qu'un poney ne pouvait pas entrer dans la hotte du père noël et qu'ils n'avaient de toute façon pas de place pour entreposer l'animal, même pas de jardin ! La déception avait été difficile à supporter, mais quelques jours plus tard, l'incident avait été oublié et sa fille avait décoré toute la maison de gommettes à l'effigie de ses petits poneys…
Tout à coup, les sens de McClane le mirent en alerte, les muscles de son dos se contractèrent violemment et il se tourna brusquement, son regard glissa à droite et à gauche, jusqu'à ce qu'il reste scotché sur un homme de son âge, les cheveux en brosse, coupe militaire donnant encore plus d'ampleur à son regard bleu acier qui ne laissait filtrer qu'une chose : la haine. Le policier n'eut pas le loisir d'intervenir avant que le poing de l'homme ne s'abatte sur le visage d'Adam qui s'était levé en poussant un hurlement à faire froid dans le dos.
- Tu m'as fait venir jusqu'ici petite merde, comment oses-tu remettre en question mes ordres ! Quand je te dis rentre, tu le fais ! Tu croyais quoi, que j'allais te laisser faire la nouba ici à New York ? Ton cousin est rentré d'Afghanistan, je voulais que tu voies ce que c'est qu'un vrai homme, chose que tu ne seras jamais à mes yeux ! »
Lorsque le père d'Adam voulu l'attraper par le col, McClane réagit brusquement, envoyant un crochet du gauche dans la mâchoire du tortionnaire.
- Bas les pattes ! »
- Je suis son père ! »
- Et moi son amant, touchez-le encore un fois et je vous passe les menottes, pour agression d'un agent de l'état. Vous n'avez pas oublié que votre fils fait partie de la maison ! »
- Rien qu'un rat de laboratoire ! Mais tu m'avais pas dit que tu suçais des queues, j'aurais dû m'y attendre… tu n'es que déception ! Une raclure, comme ta mère ! »
Les larmes au bord des yeux Adam baissa la tête, acceptant les mots de son géniteur comme la vérité. McClane n'arrivait pas à comprendre que le gamin, qui n'en était plus un, n'avait toujours pas le courage de faire face au monstre qui l'avait terrorisé pendant ses jeunes années.
- Tapette ! T'es à genoux quand tu suces ce mec ? C'est ça ? Combien te sont passés dessus, des dizaines ? Si j'avais su que tu ferais le trottoir ici, je t'aurais envoyé chez Hank, il aurait su te mater, lui ! »
John se prépara à intervenir, mais tout à coup le regard d'Adam remonta sur son père, il était sombre et aussi expressif qu'une bombe prête à sauter. McClane sentit son corps entier trembler, car il avait vu beaucoup de jeunes mal tourner à cause de sévices répétées. Mieux valait être renié par son père comme Matthew plutôt que de subir de lui coups et mots de cet acabit.
- Oui... oui… et j'aime ça, tu ne savais pas que j'étais une trainée ? J'ai sucé ton sergent major et il a adoré ! J'aime me faire défoncer par plusieurs hommes en même temps… Après tout, j'ai eu un bon professeur… Papa ! »
Les mots firent l'effet d'une baffe à l'homme qui grogna, malgré la vague de sensations qui venaient de prendre d'assaut John, il inspira un grand coup et passa les menottes à l'homme qui ne se défendit pas.
- Adam tu restes ici ! »
Il n'avait pas voulu hausser le ton, mais le gamin se serait enfui s'il n'avait pas utilisé cette voix tranchante imposant l'obéissance. Le temps qu'il remette Charles Ross aux autorités, n'oubliant pas de faire savoir à Don et Mac ce qui s'était passé, John retourna vers le petit mouton menaçant d'éclater en sanglots. Ce qu'il venait de dire ne laissait plus de place au doute, son père n'avait pas fait que de le battre… Cet enfoiré avait fait pire et rien que pour ça, si John n'avait pas encore eu sa plaque, il l'aurait démoli à coups de poings.
- Adam… »
- Je… je voulais pas qu'on le sache. Don, Danny même Mac ne sont pas au courant pour ça, pitié, pitié ne leur dit pas. John, pitié ! »
- Chut, de quoi tu as peur ? »
- Qu'on me… je suis… c'est vrai, j'aime ça, j'avoue j'aime ça ! »
Il n'avait jamais vu ça de toute sa vie, et pourtant, il en avait vu des choses. Le père d'Adam avait déjà attiré l'attention, mais là, tous les gens du café avaient entendu le gamin hurler de douleur. Un silence de trop nombreuses années venait enfin de prendre fin. Il serrait son héros comme s'il pouvait sortir de sa boite en plastique et venir le sauver… Il comprenait, il imaginait bien Adam, vingt années en moins, regarder ce justicier de métal faire régner la paix et la justice, priant qu'un jour il soit vrai et vienne le sauver de son père abusif. Il comprenait oui… ce n'était pas qu'un héros de comics, mais le sauveur qu'un enfant avait attendu désespérément. Le premier à esquisser un mouvement fut Matt qui prit la main d'Adam dans la sienne.
- Si j'ai appris quelque chose de McClane c'est qu'il ne porte pas de jugement, tout du moins pas définitif. Il sait écouter… »
- Je suis… »
- On va rentrer, désolé pour le grabuge, on se revoit plus tard. Matt ramène Luce, d'accord ?! »
- Pas de soucis ! »
Matt avait le regard triste, il reconnaissait bien là le gamin, à pousser son adversaire dans les bras de l'homme qui lui plaisait juste parce que c'était la bonne chose à faire. John voulait penser à Matt, à ce qu'il allait faire maintenant que sa fille lui avait révélé la vérité, mais il devait ramener Adam au calme. Un bras autour du corps frémissant, il avança entre les badauds.
