Free Your Mind

3


John s'évertuait à ne pas s'énerver au bout du téléphone, mais c'était plus fort que lui ! A quelques mètres de là, Adam s'était enfermé dans la salle de bain, il entendait l'eau couler et savait pertinemment aux variations sonores que le petit mouton bougeait ; de toute façon il n'avait pas ressenti de picotement particulier lorsque le jeune homme avait dit vouloir prendre une douche. Adam Ross ne devait pas être le genre de personne à faire une connerie dans l'appartement d'un autre...

- Quand la justice a ses faiblesses il faut trouver un moyen, Mac, je le veux en taule pour la fin de sa misérable existence ! »
- Tu sais qu'il y a prescription sur ce genre de chose… »
- Pour que des salopards comme ça puisse continuer impunément ! »
- John, je suis du même avis que toi, on doit mettre cet homme derrière des barreaux. Je vais en parler à une amie, mais il va falloir qu'Adam raconte tout ce qu'il a subi, tu penses qu'il pourra supporter ça ? C'est pas rien… »
- Mac, pourquoi ? »
- Pourquoi quoi ? »
- Tu sais ce qu'il ressent pour toi, non ? »

Le soupire au creux du combiné fut la seule réponse à sa question, bien entendu que Mac le savait, John n'était pas né de la dernière pluie, l'investissement de Mac dans cette histoire, dans leur histoire était trop important pour qu'il ne se soit posé pas cette question maintes et maintes fois. Plusieurs fois le flic lui avait dit de prendre soin d'Adam, plusieurs fois il avait encouragé Adam à s'installer chez McClane et lorsqu'Adam répondait sur son fixe, Mac ne cessait de s'introduire dans leur intimité avec une tonne de questions plus espiègles les unes que les autres. Lorsqu'on savait que le brun détestait qu'on s'immisce dans sa vie personnelle et n'avait jamais été si loin dans celle de John, l'on se doutait qu'il y avait autre chose ! La seule fois où il avait répondu au téléphone du scientifique, Mac lui avait tenu la jambe sur le fait qu'il devrait impérativement donner une indication à Adam sur le devenir de leur histoire. La bonne blague !

- Claire… »
- Est morte ! Nom de dieu Mac, elle est morte ! Elle ne reviendra pas, comme ma femme ne reviendra pas ! Regarde-moi, tu vois à quel âge j'envisage refaire ma vie ?! C'est ce que tu veux ? Te réveiller un jour et sentir toute cette solitude ? Te rendre compte que tu prends chacun de tes repas seul et que bien qu'entouré, personne ne sera là quand tu en auras besoin ? Un jour tu seras seul devant la misère de ta vie et ce jour-là, la seule personne qui sera présente pour t'écouter et te comprendre sera la bouteille de vodka que tu gardes planquée sous ton lit ! Tu es passé par là, tu sais ce que c'est et bien multiplie ça par dix et dans quelques temps tu ficheras tout en l'air jusqu'à ce qu'on te menace de te prendre ta plaque. Alors tu rafistoleras ce que tu peux, tu feras semblant d'être remis sur les rails et tu ne vivras plus que pour ton boulot. On oubliera ton nom, ton numéro de téléphone, on te respectera en tant que flic, mais Mac Taylor sera à jamais banni des réunions de familles ou d'amis dont tu ne prendras même plus la peine de te soucier, trop obnubilé par le fait de ne jamais rouvrir une putain de bouteille. Avec de la chance tu te prendras une balle et finira comme un héros, au pire, cette bouteille retrouvera le chemin que tu lui avais interdit et tu finiras par te tuer, seul… sur un lit d'hôpital. On a qu'une vie… Mac ! »
- Toi et lui… ? »
- J'adore ce gosse, je pourrais être son père ! Je passe plus de temps avec lui qu'avec mon propre fils, mais pour lors ça n'a pas été plus loin que ça ! »
- Je dois y réfléchir… »
- Oui, c'est ça, réfléchit ! »

John raccrocha au nez de son ami en grommelant, il savait très bien ce que voulait dire cette réponse, c'était celle qu'il avait donné plusieurs fois par le passé lorsqu'on lui avait dit de rappeler telle ou telle fille qu'il avait rencontré lors d'une virée dans un bar. Ça voulait dire, c'est pas la peine ! Il n'avait rappelé aucune de ces femmes et de divorcé de trente ans, il était passé à divorcé de cinquante ans dans un battement de cil... Mac était incapable d'aller de l'avant, il devait s'assurer qu'Adam ne passerait pas sa vie à l'attendre car ce n'était pas au petit mouton de mettre sa vie en pause. Il savait qu'Adam était derrière lui, il sentait l'odeur du gel de douche venir jusqu'à lui. La bonne humeur d'Adam était un trésor, il avait presque peur qu'après ça, le châtain ne sache plus sourire, mais lorsqu'il se retourna un sourire triste, soit, mais un sourire quand même flottait sur ses lèvres fines.

- Ça va ? »
- C'est vrai alors ? Tu… »
- Écoute si c'est à propos de ce que tu as dit dans la voiture ça ne rime à rien. Aimer les hommes et ce que tu as subi n'a rien à voir ! Retire-toi ça du crâne. »
- J'ai l'impression d'être ce qu'il a créé… »
- Cet homme est un connard, mais il t'a donné la vie Adam, peut-être pas celle que tu aurais rêvé, mais tu t'en sors bien, crois-moi. »
- Tu es la seule personne en dehors de Mac dont je crois chaque mot. »
- Merci. »
- Non, merci à toi… Je peux te demander un service et te faire jurer de ne pas mal le prendre ? »

John n'aimait pas jurer avant d'entendre quelque chose, il n'était jamais certain comment il réagirait à telle ou telle demande, mais quoi que puisse dire le petit barbu, il était certain de ne pas s'en formaliser, aussi il inclina la tête acceptant la requête du châtain.

- Je… »

La suite ne vint pas à la place le peignoir autour du corps d'Adam glissa le long de ses épaules puis de ses hanches, exhibant ce corps magnifique que John ne pouvait qu'apprécier à sa juste valeur. Il devrait penser à Farrell et au fait qu'il ne sortait plus avec sa fille, mais sa mission était de réunir Mac et Adam, car il aimait profondément les deux hommes. Mais là, il n'était pas sûr de ce qui allait se passer si il acceptait cette invitation, pire encore si il la refusait... Il ne savait pas quoi faire, car il ignorait ce qu'avait en tête le barbu, était-ce une façon de faire face aux monstres qui avaient entaché sa jeunesse ou était-ce bien plus profond que ça. Il ne tirerait rien d'Adam car il fixait le sol refusant de regarder John.
Attrapant le jeune homme par la taille, John le traina jusque vers le lit, le gamin devrait être habitué à son appartement depuis le temps, mais il se prit les pieds dans la descente de lit, emmenant les deux homme dans une chute que son matelas réceptionna. Il entendit Adam rigoler avec entrain, il sentit ses mains glisser le long de son dos dans une demande muette. McClane avait compris, le gamin lui avait longuement parlé de ce qu'il aimait, de ces rêves éveillés au sujet d'une sexualité pas toujours aussi bien acceptée que prévue, mais maintenant il savait pourquoi.
Ce qu'il venait de dire n'avait pas pour but que de rassurer le barbu, il l'avait dit avec franchise, Adam ne devait pas avoir honte de ce qu'il ressentait, de l'envie qui était sienne. Qui ne souhaitait pas se sentir en sécurité dans les bras de quelqu'un ? Qui ne souhaitait pas vouloir dépendre de quelqu'un juste une fois, fermer ses yeux, apprécier le moment présent… Pour un garçon timide, Adam avait livré pas mal de son intimité aux oreilles attentives du policier... Et il n'y avait rien dans ses aveux de trop extravagant, bien que le jeune homme avait testé vraiment de drôles de choses...

John avait été un protecteur, trop étouffant pour sa famille, Holly avait toujours été une femme forte et indépendante, sa fille était le reflet de sa mère et pour ainsi dire, il n'avait jamais reparlé à Jack depuis son onzième anniversaire. Sa famille n'avait jamais eu besoin de lui de cette façon à part en de rares occasions. Dans ses jeunes années, il avait vécu ça comme un échec, pire que ça même ! La frustration l'avait aveuglé et il avait fini par croire qu'il était incapable de quoi que ce soit. Si ça n'avait pas été Zeus qui l'avait obligé d'appeler sa femme et de converser avec elle sans crier, John McClane ne serait peut-être plus en vie. Lorsqu'Holly avait pris la peine de lui expliquer combien son amour l'avait étouffé, il avait su, su qu'il n'était pas qu'un incapable. McClane savait aimer, beaucoup trop pour son propre bien, il savait être exclusif, car son cœur n'avait jamais appartenu qu'à Holly, mais justement, tout ce qu'il faisait était à trois cent pour cent et la pauvre Holly n'avait jamais trouvé un endroit pour exister dans son monde. Ça plus les absences répétées avaient fini par mettre leur couple en péril jusqu'à ce qu'elle s'en aille, qu'elle revienne et qu'elle reparte encore une fois.
En épousant Holly, il avait fait une erreur, ça n'avait jamais été la personne qu'il lui fallait. Mais il ne regrettait pas, jamais ! Il avait deux beaux enfants et ça valait tous les coups durs et les jours sombres ! S'il n'avait pas été parfait pour Holly, il l'était pour Adam, il serait l'homme qui le protègerait, qui prendrait soin de lui, qui pourrait lui faire l'amour jusqu'à le faire oublier son propre nom, même si Mac saurait mieux lui convenir car un peu moins âgé que lui et puis parce que le jeune homme semblait amoureux du flic. Quoi que là, en regardant dans ses yeux bleus il y voyait une étincelle qu'il n'avait pas vu jusqu'alors. Ses mains retrouvèrent les mouvements qu'il avait cru avoir oublié et bien que le corps en face fut celui d'un homme et qu'il n'avait jamais pratiqué ce genre d'attentions sur un mâle, McClane s'en sortait pas si mal que ça. Un sourire gratifia l'essai infructueux du gamin quant à le séparer de son jeans.

- Sûr de toi ? »
- Hum... »
- Et Mac ? »

Il n'y avait aucune hésitation dans le regard du jeune homme lorsqu'il inclina la tête négativement, sa lèvre inférieure pincée entre l'émail de ses dents. Ça n'était visiblement plus une histoire de boss ou pas, Adam était vraiment passé à autre chose durant ces quelques semaines de vie commune... John ne s'était pas rendu compte du pas qu'ils avaient franchi. Il maudissait sa vie, car maintenant il ne pouvait se permettre de faire machine arrière, si il s'en retournait vers Matt, Adam aurait du mal à s'en remettre. Et lui d'ailleurs que voulait-il ? John essayait d'y penser, mais les mouvements de hanches du scientifique arrêtaient ses neurones de fonctionner correctement.

- Et toi John, tu veux de moi ? »

Voulait-il de ce petit agneau perdu, qui l'observait de ses grands yeux contemplatifs ? Oui, tout son corps le hurla, là sur l'instant, il voudrait le faire sien, le consommer jusqu'à la dernière goutte, l'aimer aussi irraisonné que cela soit ! Son corps se redressa le temps que son pantalon ne soit plus qu'un souvenir, les mains d'Adam l'aidèrent à ôter son sous-vêtement et son vieux débardeur, et malgré qu'il pensait encore à Matt, John s'empara des lèvres de son compagnon et remonta ses cuisses pour se faire de la place. C'était peut-être vieux jeu, mais il n'a jamais été fan des histoires d'une nuit, si ça se faisait ça serait une véritable relation, il avait prévenu le gosse ! Son regard le testa encore une fois, mais Adam ne s'en offrit que plus à lui. Grisant et accueillant le spectacle que lui tendait Adam mit au placard toutes ses interrogations. Ses doigts glissèrent le long de ses flancs, tandis que l'homme ondulait, essayant d'attraper quelque chose. Il avait vu Adam revenir avec un sac suspect la semaine dernière, la plus part du temps le jeune homme déployait ses trésors sous le regard amusé du flic, mais là, il avait caché son achat à l'intérieur de son manteau, avait longuement hésité avant de monter dans la chambre de John et revenir avec cet air innocent qui voulait tout dire. Même si il le désirait, Adam ne pouvait rien lui cacher.
John avait retrouvé le sac, quelques jours plus tard, bien planqué sous son lit, il n'avait pas fait l'affront au scientifique de l'ouvrir pour savoir ce qu'il y avait dedans. Ça aurait dû lui mettre la puce à l'oreille quant à l'évolution de leur relation mais John était plus dans les faits que dans les suppositions. Qui plus est, à cette époque il ne se doutait pas que Matt et Luce avaient rompu et l'idée d'aller plus loin avec Adam lui avait effleuré l'esprit plus d'une fois. Il n'avait donc pas touché au contenu du sac et avait attendu, car seul Adam pourrait savoir quand il serait opportun d'en faire une quelconque utilité.
La position devait être inconfortable, mais il n'avait pas envie de lâcher la gorge du barbu pour le laisser attraper ses affaires.

- John... John ? »

Le sérieux dans la voix du jeune homme l'obligea à quitter sa peau douce et l'observer dans les yeux. Ça faisait bien des semaines qu'il n'avait pas lu de l'appréhension dans le regard bleu de son amant, aussi l'homme fronça les sourcils.

- J'ai souvent parlé de... mes fantasmes, je sais que tu as été longuement marié, t'as du faire pas mal de truc, mais te connaissant t'as jamais dû sortir des sentiers battus. T'as regardé ce qu'il y a dans le sac ? »
- Non. »
- C'est presque dommage, car je sais pas ce que tu vas penser de moi. »
- Tu verses dans le SM ? »
- Non... »
- C'est bien ce que je pensais, alors il ne devrait pas y avoir de soucis. »

Le flic souriait, laissant le gamin se détendre et prendre une grande inspiration avant de faire une moue réprobatrice.

- Je parlais plutôt d'accessoires au lit... Des trucs du vingt et unième siècle quoi... »

Parfois lorsque le petit agneau lui sortait ça, il se sentait vieux, mais il n'avait qu'à regarder l'effronterie dans ses grands yeux bleus pour oublier cette étrange sensation. Une génération les séparait, mais parfois ces quelques vingt années semblaient faire le poids de quarante. La vie avait tellement changé en si peu de temps, qu'il y avait des choses dont John n'avait pas l'habitude et ne savait rien ; mais il faisait de son mieux pour rester à la page et vaquer dans le monde d'Adam. Ce n'était pas aussi facile qu'il ne l'espérait et parfois il se sentait complètement perdu, parfois même lorsque les idées étaient trop sombres, il se disait qu'ils n'avaient rien en commun et que ça ne tiendrait jamais le cap. John essayait de ne pas se braquer contre la sur-technologie qu'apportait Adam dans son appartement même si il rêvait secrètement de brûler tout ça et retourner dans un mode de vie qui lui convenait mieux. Il avait fait en sorte de rester ouvert lorsque Adam lui avait raconté sa vie érotique et parfois sexuelle abracadabrante, il y avait des choses que jamais il ne ferait pas même pour les beaux yeux du châtain, pour les reste John n'était plus un gosse et saurait se faire sa propre opinion après avoir essayé.

- Quel genre ? »
- Tu veux bien l'ouvrir ? Comme ça si tu te sens pas à l'aise avec ça, t'aura qu'à pas le prendre. »

Sourcils surélevés et dans le flou le plus total, McClane se baissa, attrapa le sachet noir et brillant puis le tira vers lui. Les paroles d'Adam virevoltèrent dans son crâne car il s'attendait à tout et presque au pire. Le scientifique en profita pour se reculer et lui laisser son aise, tendu par la future réaction du lieutenant de police. Il jeta un coup d'œil au jeune homme qui serra ses genoux contre son torse, attendant patiemment la sentence de John. Devait-il réellement redouter le pire ? Il se le demandait, aussi lorsqu'il ouvrit le sachet tout ce qu'il vit en premier temps fut le nombre incroyable de parfums différents de capotes. Vieux il se sentit, car ce genre de gadgets saveurs chimiques n'a jamais côtoyé la poche arrière de son jeans, mais ça n'en restait pas moins des préservatifs et aussi vieux qu'il soit, il savait à quoi ça servait ! La seconde chose qu'il découvrit et tira de l'emballage fut un flacon de lubrifiant. Là encore, il savait à quoi ça servait et s'il n'avait jamais eu besoin de s'en servir avec Holly, il savait parfaitement bien que ça serait obligatoire avec Adam. Alors quoi ? La prochaine chose qu'il aperçut fut le rouleau d'un espèce de ruban en vinyle, y'avait pas à chercher plus loin pour ajouter bondage dans le vocabulaire de John. Si il avait vu ça dans les films pornos, jamais il n'avait testé ça en réel. En effet, il était vieux jeu, mais ça n'était pas ça qui le ferait fuir... Un sourire flottant sur ses lèvres, il déposa le ruban sur le lit en faisant un court mouvement de sourcil qui dérida le jeune homme au point qu'un sourire éclaira son visage. Cela dit le restant du sac le laissa pantois et il n'était plus sûr de ce que voulait lui dire le trentenaire avec ce genre d'objets. McClane était homme à faire l'amour avec ses compagnes, pas les baiser, comme le dirait la jeunesse, il y avait pour lui, une grande différence entre les deux choses... Il n'était peut-être pas l'homme romantique à apporter des roses pour un oui ou pour un non, il n'était pas non plus l'homme à apprécier les diners aux chandelles, mais il traitait sa partenaire comme une reine, ou là, en l'occurrence, comme un roi !

- J'ai peur de pas comprendre ce que tu attends de moi, Adam. Tu veux une figure paternelle, visiblement je le suis déjà, tu veux un amant, je peux l'être, mais là... tu veux quoi ? »

Le jeune homme baissa la tête en faisant une grimace, visiblement il s'attendait à ce que McClane ne comprenne pas. Jouant avec ses bracelets, il se mordit les lèvres, car il était bien en peine d'expliquer à John ce qu'il attendait, trop en dire pourrait peut-être même braquer le flic. La subtilité et lui, ça avait toujours faisait deux, alors au risque de voir l'homme sortir de la chambre en disant non, il préféra la vérité franche et crue.

- Un maitre. Comprends-moi bien, mon père a toujours usé de violence sur moi et plus je me rebellais, plus il s'avérait parfait tortionnaire. Quand j'ai lâché prise, quand je me suis soumis, il n'y avait plus de douleur physique, il était même parfois affectueux. Il m'a fait subir ça qu'une fois, je sais pas pourquoi, je crois que même lui l'ignore ; mais quand je montrais une once de vulnérabilité, il me traitait comme une fille à me dire des choses que jamais je ne répéterais. Cette nuit-là, il m'a dit que si j'aimais tant être une femmelette qu'il me trouverait une utilité... et j'ai aimé ça. Comme il a jamais recommencé j'ai joué la pute auprès de son camarade de guerre ; mais ça n'a jamais été que du plaisir et rien d'autre. En arrivant ici, j'ai décidé de tourner la page, de draguer à tour de bras et je me suis fait des tonnes de femmes jusqu'à la collègue de Mac, mais ça n'a jamais eu ce truc en plus. J'ai besoin de ça, mais plus jamais avec un homme qui ne me respectera pas. Je peux comprendre que tu puisses pas faire face à ça, mais ça fait partie de moi. Je préfère que ça s'arrête maintenant entre nous, si ça doit en arriver jusque-là, plutôt que de continuer à m'attacher à toi. »

John prit un moment pour réfléchir car ça impliquait beaucoup et par ce que ça voulait vraiment dire quelque chose pour son partenaire. Il n'était pas certain de pouvoir utiliser ça sur quelqu'un qu'il aimait, encore que il échappait au fouet ou à la cravache ! La boule rouge tournoya entre son pouce et son indexe tandis que pensif, il observait les lèvres du jeune barbu soudainement rougies par l'excitation. C'était de la convoitise qu'il voyait dans son regard azuré, pas de peur, ni d'angoisse ou de fantômes du passé, juste de l'envie.
Adam n'avait pas de tabou, une fois en confiance il pouvait parler de tout et céder à toutes les tentations, si franchement ça l'avait dérangé, John aurait déjà dû le repousser, hors, il ne l'avait pas fait. Ça voulait certainement dire quelque chose. De là à devenir un... maitre... -rien que le mot heurtait ses principes- il y avait un pas. Pouvait-il réellement le franchir, non pas pour son plaisir, mais pour celui d'Adam ? La question le hanta. Il n'avait aucune envie de repousser ce bonheur qui lui tendait les bras pour une question de principe.

- D'accord, mais en douceur, je suis pas certain de pouvoir utiliser tout ça d'un seul coup, surtout à froid comme ça. Je t'ai déjà expliqué ce que je voyais dans engagement, non ? »
- Oui, mais il n'est pas question de me faire mal, ou pire me mal traiter. C'est pas non plus m'obliger ou me forcer, voire même me violer. Je veux que tu me fasses l'amour, mais j'aime les entraves, j'aime être un jouet, donner autant de plaisir que je peux en recevoir. J'aime quand on oublie les bonnes manières et que ça devient un peu plus passionnel que rationnel... »

John sentit son rythme cardiaque s'accélérer à mesure que l'agneau avançait lascivement vers lui presque animal. Son regard sulfureux avait la détermination d'un homme qui savait réellement ce qu'il voulait et l'image était atrocement enivrante à tel point qu'il dut refermer son poing sur les draps lorsque Adam se mit à susurrer ses mots comme un serpent, à quatre pattes sur son lit aussi débauché qu'une actrice porno, mais avec la retenue qui lui était propre. Le petit barbu ressemblait plus à un loup qu'à un agneau inoffensif, McClane aurait bien eu peur pour sa sécurité car il était prêt à dire amen qu'importait les paroles énoncées par Adam.

- Je casse pas McClane, je suis pas une fille, un peu de brutalité ne me fera pas retourner chez ma mère... Je ne vois pas le mal à vouloir un peu de piquant dans une vie de couple, on évite la monotonie du missionnaire. Et puis une bonne séance de sexe c'est mieux qu'une nuit de beuverie au Jack et certainement plus sain ! »

Avec le temps, il avait vu l'homme prendre son aise, parler plus franchement, commencer à dire des blagues pas drôle, se secouer dans son salon sur n'importe quelle musique qui passait à la télé ou partir dans des élucubrations dont il ne comprenait pas un traitre mot. Il était aussi adorable que complètement idiot, mais ça faisait partie du charme d'Adam Ross ! Il ne connaissait pas son côté sensuel et tombeur, mais c'était un plaisir à découvrir, car bien que brisé par un père abusif, le jeune homme avait su garder un cœur d'enfant, John McClane ne pouvait qu'aimer le jeune homme qu'il découvrait au grand damne d'une partie de son cœur qui rêvait encore à la langue bien pendue de Farrell.

- D'accord, comment je peux dire non après ça ?! »
- Impossible, tu es sous mon contrôle, John ! »

Ses doigts glissèrent dans les courtes boucles de son amant à qui il dévora les lèvres après que le visage du scientifique eut suivi le mouvement de son attraction. Il était à présent à lui. Que le barbu n'ait pas dans l'idée de vouloir le quitter car il ne supporterait pas un second échec amoureux. Ils étaient tous les deux dommageables et esquintés, ils savaient ce que c'était que de souffrir... Et John pria pour qu'ils ne s'abîment pas un peu plus dans cette histoire...

Tirant le corps d'Adam dans ses draps, le flic entreprit de lui montrer que son âge n'avait pas de prise sur sa forme physique. La différence avec une femme fut de courte durée, tout du moins tant que tâtonnant il n'avait pas préparé Adam à le recevoir, et puis la familiarité de la chose reprit le dessus bien que tout fut différend. Ce n'était pas Holly, là dans ses draps, sa crinière ondulée nimbant son oreiller, c'était Adam ; c'était la barbe du jeune homme qui frottait contre son avant-bras lorsqu'il glissait à l'intérieur de son corps, c'était une voix rauque qui lui murmurait des mots immoraux, mais au final ça n'avait pas tellement d'importance. Surpris par la main qui se referma sur la sienne, McClane regarda ses doigts s'entremêler à ceux de son amant ; Adam était un oxymore étranger et la relation qu'ils nouaient l'était tout autant à fortiori là, de le découvrir aussi intimement après avoir cru à une simple relation père-fils par procuration.
Il l'écoutait déblatérer cent mots à la seconde entre douce moquerie, supplice et registre graveleux, John ne s'attendait pas à autre chose de la part de ce personnage fort sympathique et complètement fou. Au milieu de ce flot continue, un mot vint prendre son cœur à l'abordage, noyant de larmes son regard durci par la vie. Depuis combien de temps n'avait-il pas pleuré, ses yeux s'étaient asséchés au début des années quatre-vingt-dix, lorsqu'Holly était partie pour la seconde fois, depuis qu'il avait quitté Los Angeles pour revenir au Bronx...

- John... je suis là. »

Les doigts d'Adam glissèrent sur ses joues, balayant ses larmes d'un geste tendre. Ça faisait bien plus longtemps encore que personne ne lui avait adressé ces mots-là.

- Promet-le! »
- Juré, ou tire-moi une balle en plein cœur. »
- Bang... bang... »

Cette chanson, Holly l'avait aimé, il en avait été saoulé, mais lorsque Adam l'avait chanté un matin, il l'avait écouté comme pour la première fois. Peut-être que là, de la bouche d'un être cher, les paroles avaient enfin été comprises, même vécues. Il y avait du bon dans cette relation, plus qu'une présence dans le silence de son logis, bien plus que ça. Se penchant, il embrassa les lèvres du barbu et laissa son cœur parler pour la seconde fois de sa vie, quelque chose qu'il s'était pourtant interdit de faire après sa suspension pour cause de dépression et d'alcoolisme.
Il avait dit les mots magiques que le liaient maintenant à Ross et dans le sourire du jeune homme il vit les promesses d'un futur meilleur.

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Ce soir-là, il s'était lié à Adam pour le meilleur et pour le pire. Deux jours plus tard, il avait retrouvé Mac dans un bar où ils avaient longuement discuté et l'homme lui avait simplement fait un court sourire. Sa main avait frappé l'épaule de McClane le félicitant pour cette grande nouvelle. John ne s'était pas trompé, Mac n'aurait jamais fait un pas en direction d'Adam...
Il y eut un réajustement à faire, car leur relation changea du tout au tout, mais ça se fit tout naturellement. Parfois John regardait sa vie et se disait qu'il avait enfin atteint quelque chose de stable et de trop précieux pour le perdre. Il ne réitéra pas les erreurs commises avec Holly et respecta le besoin de liberté qu'avait parfois Adam. Ce qui l'aida beaucoup fut leur planning chargé, ils pouvaient passer des jours à ne pas se voir ou à simplement se croiser ce qui rendait leurs moments en duo beaucoup plus intense. Il avait appris à prendre ses marques dans le monde d'Adam et avait su endosser le rôle que le jeune homme avait voulu qu'il ait. John ne pouvait pas dire qu'il aimait être ce maitre intransigeant et quelque peu brutal, mais vu la façon dont ça transportait le scientifique, le lieutenant avait fini par y prendre un certain plaisir. Katarina les avait d'ailleurs trouvé en grande occupation sur le canapé du salon lorsqu'elle était venue à l'improviste voir le lieutenant de police. Elle l'avait mitraillé d'appels dans la journée, mais John avait eu d'autre préoccupations et voir le visage de la jolie blonde apparaitre dans son champ de vision pendant son ébat lui fit rappeler que la femme, primo n'avait aucune patience et deuxio avait toujours les clefs de chez lui ! Bien heureusement pour lui Adam n'avait pas pensé à mal en voyant que la femme avait le double des clefs. Lorsque son amie s'était mise à rire de la situation, John avait fait de même. Katarina aimait par-dessus tout Adam et ne cessait de lui tirer les joues à chaque fois qu'elle passait. Les mois s'écoulèrent rapidement trop plongé dans le balbutiement de leur vie de couple et leur boulot respectif au point où John n'eut jamais eu le temps de penser à ce qu'il avait laissé derrière. Enfin ça fut le cas jusqu'au jour où sa fille l'appela pour lui dire qu'elle débarquait chez lui le week-end suivant pour qu'ils fêtent son anniversaire tous ensemble. Et au mot tous, le visage de Matthew Farrell vint hanter son esprit.
Il préféra se noyer sous un monceau de travail plutôt que d'anticiper la journée et faire part de son malaise à Adam.

- Papa, c'est nous ! »

John finissait de préparer le diner lorsque Lucy pénétra la cuisine suivie par Matthew. Le geek avait laissé sa chevelure pousser depuis la dernière fois qu'il s'étaient vu, voilà déjà six mois. Après l'incident du père de Ross, Matty l'avait évité comme la peste, il n'avait pas fallu longtemps à l'inspecteur pour comprendre pourquoi. Le voir là, dans sa cuisine, un sourire faux collé sur les lèvres lui faisait mal au cœur, mais John McClane ne reviendrait pas en arrière. Dans le salon Adam s'égosillait sur un tube rock, tout en dansant pendant qu'il mettait la table sous le regard moqueur de sa fille. Depuis ce jour où il avait consommé le corps du barbu, le scientifique n'était jamais retourné chez lui, la prudence lui avait fait gardé son appartement, mais toutes ses affaires avaient migré chez John qui n'en était que plus satisfait.

- Hey ! Adam, la grande forme ! »
- Comme d'hab, Luce, comme d'hab ! Un plaisir de te revoir enfin, Matt ! »

Sa fille et Adam s'étaient vu souvent, même en dehors de sa présence. Elle avait voulu rencontrer entre quatre yeux l'homme qui avait pris le cœur de son vieux père et savoir de lui ses attentions. Lorsqu'Adam était revenu ce soir-là, John s'était aperçu de ce que ça faisait de s'immiscer dans une vie sentimentale. Sa fille avait bien su lui rendre la pareille. Luce pouvait être terrifiante, mais Adam avait très bien compris qu'elle n'avait fait ça que pour protéger son père, ils étaient tous deux passés des moments difficiles, normal que Lucy McClane s'inquiète, surtout que John donnait certainement sa dernière chance au bonheur. Adam en était tout à fait conscient. Il était sorti du face à face victorieux, car il avait les meilleurs des intentions. Ils ne l'avaient jamais dit tout haut, mais chacun le pensait, leur histoire serait longue et passionnée, car la vie passait trop rapidement. Ils se battraient pour que ça marche et n'abandonneraient pas avant qu'il n'y ait plus rien à sauver.
Matthew fit un mouvement gênés lorsqu'Adam s'intéressa à lui, il s'excusa d'avoir eu trop de travail, puis il se concentra sur l'appartement en lui-même. Il était facile de deviner ce qui appartenait à Ross, comme cet écran plat qui avait pris la place de son vieux poste cathodique, ou la chaine hi-fi moderne à laquelle Adam avait rattaché la vielle platine disque de John. La palette de consoles, le lecteur DVD, la lampe soi-disant de relaxation qui clignotait encore plus qu'une guirlande de noël, ou bien le tas de CD de hard rock qui ornait l'une des étagères. Il y avait aussi ce téléphone à écran tactile déposé sur la table basse et l'ordinateur portable orné d'une pomme qui trônait fièrement sur le bar. Et évidemment dans le salon à la place de choix Iron Man viellait au grain entouré de tous les Avengers.
Des petits compromis qu'il avait été aisé de faire, malgré que le vieux célibataire avait eu un mal fou à voir son antre se faire assaillir par toute cette technologie. Il lui avait fallu un mois pour dompter cette chose qui avait de nom télé mais qui ressemblait plus à un écran du vaisseau de Star Trek plutôt qu'à une vraie télé ! Lorsque la machine à laver avait rendu l'âme, Adam avait tout pris en charge, maintenant elle ressemblait à une créature sortie tout droit d'un film de science-fiction et possédait même son propre écran tactile ! Cet appartement était au reflet de leur couple, abracadabrant mais pourtant solide. Il y avait même un charme qui se dégageait entre ce choc de génération. Al qui était passé le mois dernier avait rigolé en voyant le high-tech prendre le pas sur John McClane.

- Sympa la déco ! »
- On a réussi à trouver le bon équilibre entre rétro et modernisme. Encore quelques mois et John à son propre Iphone ! »
- Pari accepté ! »

Ross rigolait tout en cassant du sucre sur son amant qui avait du mal avec la télé. John avait menacé de la jeter par la fenêtre si elle ne lui répondait pas. Étrangement, la machine avait dû comprendre le regard de son nouvel acquéreur et s'était mise en marche sans demander son reste. Le rétro de John était charmant aux yeux d'Adam qui adorait voir la rencontre des deux univers s'opérer.

- Je mets où le gâteau ? »
- En bas dans le frigo y'a de la place. »

Lucy délaissa les deux garçons, pour se diriger vers la cuisine et son père, la bonne humeur de celui-ci lui faisait chaud au cœur. Elle avait assez vu le John McClane ivre mort et ressassant le passé, Ross lui faisait du bien et même si dans les premiers temps, elle avait eu du mal à voir le jeune homme toucher son père, maintenant un sourire ourlait ses lèvres lorsqu'elle les apercevait s'embrasser oublieux du restant du monde.

- Alors, ça va aller ? »
- Cinquante et un ans... »
- Un an post crises de la cinquantaine, tu t'en sors pas mal ! »
- Faut croire, après tout Adam n'a pas encore fuit ! »
- Il ne fuira pas, il est trop bien avec toi. »
- Et Matt comment il va ? »
- Pas génial... Il refuse de me parler, j'arrive pas à comprendre ce qui lui arrive. Adam est devenu un sujet tabou que j'ai pas le droit d'amener dans la discussion, je ne le pensais pas homoph... Oh mon dieu ! »

John soupira, détournant le regard devant les yeux scrutateurs de sa fille. C'était une McClane, elle manquait encore de rapidité dans ses conclusions, mais elle avait le même flaire que son père. Il aimerait pouvoir faire quelque chose pour Matt, surtout qu'il adore le gamin, mais ce n'est plus en son pouvoir, il ferait plus de mal que de bien. Sa fille tendit son attention vers le salon où les deux hommes se regardaient en chien faïence, puis secoua la tête.

- Tu savais ? »
- Non, j'étais certain qu'il... enfin que vous étiez ensemble. »
- Attends, tu... toi aussi ? »
- Oui, Luce, moi aussi... »

Difficile de regarder sa fille après ça, ils étaient tombés amoureux du même homme, maintenant elle était au courant ! Il n'était pas certain que sa fille puisse digérer tout ça, mais il était un autre homme, il ne tairait plus ses craintes ou ses émotions, il n'enterrerait plus ce qu'il était de peur des qu'en dira-t-on... McClane essayait d'être heureux et il avait appris que parler faisait partie du processus. S'affairant sur son rôti, John essaya de penser à autre chose car remuer ce genre de passé ne ferait rien de bon à son moral, lorsque la main de sa fille vain caresser son bras il s'aperçut qu'il tremblait.

- Tu... encore ? »
- Oui... Mais tu connais l'homme que je suis, j'ai pris un engagement avec Adam et je ne reviendrais pas dessus. »
- Je l'ignorais, je suis désolée, quand tu me parlais de ma relation avec Matt, je pensais que tu te mêlais de mes affaires, alors je t'ai jamais dit qu'on avait rompu trois semaines seulement après sa sortie de l'hôpital. »
- C'est du passé Luce ! »

Il avait été un peu sec dans sa réponse, mais les émotions contraires lui donnaient l'envie de clore simplement le sujet. Il menait une bonne vie malgré tout ; quand bien même un gout amère glissait dans sa bouche en pensant à Matthew, John était heureux avec Adam. Inspirant profondément, il fit un sourire à sa fille et fut heureux de voir de la tendresse dans ses yeux gris. Elle serra son torse compulsivement car elle savait ce qu'endurait son père à ce moment précis, c'était un geste empathique qu'elle n'avait encore jamais eu avec John. Son père lâcha son couteau et la serra contre lui. Elle était la seule personne à connaitre ce secret pesant et c'était un soulagement en soit.
Lorsqu'il entendit un éclat de voix provenir du salon, il lâcha Luce et accouru dans la pièce, juste à temps pour voir Adam allongé sur le sol et Matt assis à califourchon sur lui. Le geek semblait vouloir le frapper, mais ses gestes désordonnés n'avaient pas assez de recul pour le faire vraiment, à la place il tapotait le torse d'Adam sans conviction réelle. De là où il était, il ne pouvait voir le visage de Matthew, mais il savait à quoi il ressemblait rien qu'à voir le regard triste du scientifique qui serra les mains du brun pour le tirer tout à coup contre son torse. Le mouvement de menton de son amant le sorti de sa torpeur et il retourna d'où il était venu sans dire un seul mot. La porte de la cuisine fut refermée derrière lui, laissant aux deux hommes un peu d'intimité.

Sans vraiment s'en rendre compte John oublia son festin, il se dirigea vers le couloir et sortit de son appartement sans demander son reste. Il savait que ce repas était une mauvaise idée, il avait essayé vainement de l'esquiver mais on ne pouvait ôter une idée de la tête de Luce et lorsqu'Adam s'était joint à la cause de sa fille, il avait abdiqué. Alors oui, ça sentait mauvais surtout que maintenant Adam savait, ça ne changeait pas le fait qu'il avait choisi le scientifique et qu'il ne ferait jamais au grand jamais marche arrière, mais Adam appréciait le geek. Il n'avait pas vu le visage de Matt, mais il hantait son esprit comme si il avait été à la place d'Adam. John McClane, cinquante et un ans aujourd'hui même, ne savait plus quoi faire, ne savait quoi penser ! Il traversa la rue, attrapa quelques pièces dans la poche arrière de son jeans et s'approcha de la cabine téléphonique, composant un numéro qu'il avait souhaité ne jamais refaire.

- Hey... »
- John ? »
- Salut ma belle. »
- Qu'est-ce qui se passe ? »
- Pas de fin du monde et Lucy va bien. »
- Que me vaut l'honneur ? »
- J'ai besoin de parler à quelqu'un... Holly. »
- Parler ? »
- Hum... parler. »
- De quoi ? »

De quoi ? Il se le demandait bien, pouvait-il parler de Matt ou d'Adam à la femme qui avait vécu plus de vingt ans avec lui ? Comment le prendrait-elle, Luce avait-elle déjà vendue la mèche ?

- Je... J'ai... »
- Adam ? »
- Tu es au courant ? »
- Lucy m'en a parlé. Je dois avouer que ça m'a surprise. Rassure-moi, tu ne t'es pas marié avec moi pour te cacher ça, John ? »
- Je... je sais pas, je me suis pas posé la question et là j'ai la tête prête à exploser ! Aimer un homme passe encore, mais deux, je commence à me dire que ça a toujours été en moi et je ne m'en suis pas rendu compte... »
- Deux ? »
- Farrell. »
- Le petit-ami de ta fille ? »
- Je sais, je sais ! C'est pour ça que je suis passé à autre chose, j'ai pas été un bon père, jamais, j'ai jamais été un bon époux et mon dieu, je ne sais pas comment vous avez pu me supporter aussi longtemps. Mais pour une fois dans ma vie, une fois, je voulais être son père avant d'être quelqu'un d'autre ! Et résultat ? Ils ont rompu, je suis maintenant avec Adam et Matt... visiblement ressentait la même chose pour moi. Je supporte pas de le voir comme ça, mais je ne peux plus rien faire. »
- Tu aimes Adam ? »
- Bien sûr ! »
- Tu aimes aussi Matt ? »
- Oui... »

Son ex-femme soupira, il se demandait bien pourquoi il l'avait appelé, elle, qu'allait-elle lui dire, fait ton choix ? Il savait déjà ça ! Il avait eu envie de dire ça tout haut, c'était parti et ça faisait du bien ! Mais là il savait que ça ne serait que temporaire. Il retournerait dans son appartement et ça serait comme si rien ne s'était passé. Le problème resterait toujours le même, choisir l'un des deux hommes ou n'en choisir aucun, à être un salop autant l'être jusqu'aux bouts des ongles. John McClane avait toujours été exclusif, toujours, mais cette fois-ci il serait incapable de trancher...

- Tu as déjà entendu parler de relations plus exotique n'est-ce pas ? J'ignore si Matt et Adam sauraient cohabiter, mais ça pourrait arranger le problème. »
- Attends, tu me dis de vivre avec les deux ? »
- C'est simplement une proposition, il faut vivre avec son temps, John, tu ignores jusqu'où certains sont prêts à aller pour une tranche d'amour. »
- Impossible ! »
- Rejette pas ça, sans en voir les bons côtés. »
- Quels bons côtés ? C'est d'une vie de couple dont je rêve, pas d'une orgie ! »
- On appelle ça un... »
- Je veux pas savoir ! »
- John, je te connais comme si je t'avais faite ! Je sais à quoi tu penses malgré tout. Le futur. Dans dix ans, vingt ans, trente ans, qu'est-ce que tu laisseras à Adam ? Ça te dévore de l'intérieur, tu ne le lui dis pas, mais chaque matin tu redoutes que ça change. Qu'il te voit comme tu es : un vieil homme et qu'il se lasse ou qu'il te voit t'amenuir sans que tu ne puisses rien y faire. Aujourd'hui tu es encore un homme dans toute sa force mais on ignore de quoi sera fait demain, quand tu ressembleras plus à son grand-père qu'à son père, ou son amant. Je te connais. Tu voudras le voir heureux, plutôt que de rester à tes côtés et gâcher sa jeunesse. Ils sont jeunes, je suis sûre qu'ils ont fait des choses que tu ne soupçonnes même pas, tu devrais en parler à Adam. »

Sa femme était folle, son nouveau mari devait être un sacré hurluberlu, à moins qu'elle savait ce genre de chose de la bouche de leur fille. Son poing se serra autour du combiné à l'idée que sa petite-fille, puisse avoir fait ça avec plusieurs hommes en même temps. Leur génération n'avait aucune limite, Adam avait testé des trucs vraiment bizarres dont jamais il n'aurait eu l'idée. Il en avait fait des choses pour les beaux yeux d'un scientifique, mais il n'était pas prêt à sortir des sentiers déjà bien battus. Sans attendre la suite ou même sans répondre, il raccrocha au nez de son ex-femme puis se fracassa le crâne contre le mur de la cabine.
Lorsqu'il retourna chez lui, Luce était installée à table, devant le plat de l'entrée, Matthew était à côté d'elle et gardait les épaules basses ainsi que la tête. Une poigne de fer l'attrapa par la droite puis le tira sans ménagement vers la cuisine.

- Pourquoi tu m'as pas dit qu'ils étaient plus ensemble ? »
- Ce n'était pas opportun. »
- Opportun !? Depuis quand tu es au courant ? Depuis quand John ?! »

Le regard alarmé d'Adam lui faisait mal, jamais l'homme n'avait perdu son sang-froid, jamais il n'avait élevé la voix. La scène lui rappelait bien des scènes et tout à coup il se sentit mal. John voyait le passé recommencer et ça n'augurait rien de bon. Le policier suréleva sa lèvre supérieure, il ne pouvait pas mentir à son compagnon, mais si il lui disait la vérité, il risquait de perdre le peu de contrôle qu'il avait sur la situation. Il ne souhaitait pas perdre le scientifique pour quelque chose de ce genre. Il n'y avait pas eu tromperie, John n'était pas ce genre d'homme, il était fidèle. Il s'évertuait à faire fonctionner ce couple, un truc qu'il n'avait même pas fait pour son mariage.

- Oublie pas ta promesse... »

Le regard d'Adam témoigna qu'il n'avait même pas eu dans l'idée de quitter John, pas un seul instant, malgré la colère qu'il contenait tant bien que mal. Les engueulades, il en avait soupé avec son ex, cela dit John avait toujours vu ça comme le glas d'un couple. Il serra le poignet Adam comme pour ne pas le perdre, il dirait la vérité puisque c'est ainsi que les choses devaient se faire. Ils s'étaient fait une promesse et John n'était pas homme à bafouer sa parole, même pour éviter un conflit qu'il sentait imminent.

- Depuis le jour des dédicaces. »
- Sérieux ? »
- Hum. »
- Et tu as couché avec moi malgré tout ?! Me dit pas que tu as eu pitié de moi, je t'en supplie ! »
- Ça n'a rien à voir, Adam ! Tu n'es pas un substitut de Matt, tu ne le seras jamais. Et ce que je t'ai dit cette nuit-là, je le pense sincèrement. Je ne suis pas homme à balancer ces mots sans les vivre. Je ne perdrais ce que l'on vit pour rien au monde. »
- Mais... tu l'aimes ? »

La question était un piège, le regard bouleversé d'Adam en connaissait la réponse. Si il niait ça allait être pire, mais comme John misait sur sa bonne foi pour éviter le pire, il plongea son regard dans celui du scientifique afin de répondre.

- Oui. »

Adam se dégagea soudainement de son emprise. Le jeune homme fit quelques mouvements nerveux, puis se détourna de John sans dire un seul mot. Il le vit se reculer et se reculer encore jusqu'à ce que son dos ne se pose contre le frigo et qu'il soupire, glissant sa main droite dans sa chevelure courte.

- J'ai besoin de réfléchir, tu comprends ? C'est ton anniversaire, on va manger, on va boire, mais ce soir, je rentre dans mon appart, d'accord ? »
- D'accord. »

Et ça en fut ainsi, si tout le monde avait le sourire et parlait d'une façon légère, le cœur n'y était qu'à moitié, son regard coulait entre Matthew et Adam tandis qu'il sourirait aussi faussement qu'eux. Il ne savait pas de quoi serait fait demain et ne voulait pas vraiment le savoir ! Lucy monopolisait l'attention et il l'en remerciait pour ça, car les deux garçons n'avaient pas le temps de ressasser quoi que ce soit. Durant tout le repas, ça avait été comme si Luce avait grandi avec ces deux-là. Matthew pouvait avoir l'âge de son fils, il ne lui avait jamais vraiment demandé son âge, mais il faisait jeune, si jeune... Adam faisait plus mur, enfin de visu car c'était encore un grand enfant dans sa tête.
John soupira, ce qu'avait dit sa femme, il y pensait chaque jour que dieu faisait. Qu'adviendrait-il d'Adam dans dix ou vingt ans, si toutefois il ne s'en allait pas avant, comme Holly... Le seul point rassurant c'est que ce n'était pas son amour étouffant, sa passion brutale ou son envie tout contrôler et de tout protéger qui ferait fuir le barbu. Mais ça en reviendrait au même.
Ses mains serrèrent avec délicatesse l'emballage entre ses doigts, vu le sourire amusé d'Adam, il était fort probable que son cadeau serait d'une complexité improbable et qu'il se sentirait vieux et las dès qu'il l'aurait ouvert, mais il se ravisa en voyant les titres des vieux western de John Wayne. Un collector DVD de tous les western de ses jeunes années.

- Oh mon dieu, tu veux vraiment souffrir en remastérisé ? »
- Ça me dérange pas. Ma mère adorait John Wayne et Clint Eastwood, j'ai grandi avec eux en fond sonore. D'ailleurs ton père adorerait ma mère j'en suis sûre, elle connait toutes les répliques ! Mais qu'est-ce que je dis-moi... Ma mère et John dans une pièce... ça serait horrible ! »

Il était certain qu'avec Madame Ross, il aurait plus de points communs, la logique voudrait qu'il chasse la mère des deux hommes présents à sa table plutôt qu'eux même...

- Tiens ça c'est de ma part, avec une pointe d'idée de maman. »
- Holly ? »
- Hum... hum... »

Holly, lui faire un cadeau après toute ses années... Étrange... Il observa l'emballage un long moment imaginant le pire, les deux femmes réunies pouvaient bien lui faire le pire cadeau au monde ! Il sortit un livre de son emballage, d'aspect rien de trop suspect, un gros livre blanc qu'il retourna sur la couverture avant.

- Midlife Crisis ? »
- Oui, ça te fera du bien, tu verras. La jeunesse du corps, la jeunesse de l'âme, les couguars qui veulent retrouver leur jeunesse avec des boy toys, les puma qui se cherchent des fillettes à couettes pour se sentir dans le coup et les histoires de chronophilie, parce que papa, tu dois arrêter de vivre comme dans les années soixante-dix, ça urge ! »

Il ignorait de quoi parlait sa fille, couguar, boy toys, puma, chronophilie, tout ceci était du charabia ! Il se rappelait bien qu'Al avait nommé Adam son boy toy, mais il n'avait pas vraiment compris de quoi il s'agissait. En y repensant ça n'avait pas l'air bien sain comme mot.

- Tu sais, j'ai déjà été dragué par un cinquantenaire... »
- Que... Quoi ?! »
- Oh, fait pas l'étonné, avec la nouvelle espérance de vie et les crèmes anti-âge, les gars de cinquante ans les font pas. L'expérience a son charme ! Quitte à choisir entre le gars de mon âge qui aime faire la fête et se saouler tous les soirs en draguant tous ce qui bouge et l'homme mûr qui sait ce qu'il veut... le choix est vite fait ! Je te dis pas que je vais te ramener un gendre de ton âge, t'es pas encore prêt pour ça de toute façon ! »
- Luce... »

Voilà, il avait une migraine, c'est en soupirant de lassitude qu'il vit un second livre dans l'emballage.

- Luce ? »
- Oh, ça c'était l'idée première de maman au final j'ai fait un groupé car ça aussi tu en as besoin. Décoince-toi ! »
- Vivre son homosexualité après des années de mariage ? Sérieusement ?! »
- Ça parle de société, de culture, de psychologie et de sexe, puisque visiblement tu as besoin d'un repêchage sur ce dernier point. »
- Parce que tu parles de ma vie sexuelle avec ta mère ?! »
- Ça arrive... Et au fond je plains mon futur beau papa. Courage Adam. »

Il voulait se pendre ! Comment étaient-ils arrivé à parler de sa vie intime en plein milieu du dessert ?! L'homme attrapa son crâne entre ses mains, jetant les bouquins dans un coin de la pièce. Une part de lui disait ne jamais vouloir les lire, mais puisque ce soir, il serait seul, il aurait du temps devant lui pour au moins les survoler. Au lieu de s'appesantir dessus, il attrapa le paquet cadeau de Matthew, le gamin lui tendit un sourire contrit lorsque leurs yeux se croisèrent. Derrière l'emballage il trouva la totale des westerns de Clint Eastwood. Soit ils s'étaient passés le mot, ce qu'il trouve fort peu probable, soit ils le connaissent vraiment comme leur propre poche. Un sourire charmeur glisse sur ses lèvres en juxtaposant les deux coffrets l'un contre l'autre.

- Wow. Manque plus que le coffret Western spaghetti et mon père est au nirvana. »

Il ne pouvait s'empêcher de sonder les yeux sombres de Matthew et de sourire comme un crétin. Il était à table avec l'homme qu'il a choisi pour compagnon mais il agit comme un parfait mufle ! Lorsque Matt et sa fille s'en retournèrent à la nuit tombante, Adam finissait la vaisselle. Il était silencieux, John avait appris que le silence avec Adam ne présageait jamais du meilleur, aussi il l'observa depuis le chambranle de la porte, émerveillé par la beauté de l'homme. Ce qu'il avait est inimaginable et précieux, la peur de perdre Adam était grandissante tandis que l'homme venait de finir et se séchait les mains gardant le dos tourné vers McClane, il l'entend murmurer.

- Il est dingue de toi, il te pensait cent pour cent hétéro et a accepté les avances de Luce, pour rester dans la famille comme pièce rapportée, rien que pour te voir. »
- Adam... »
- Les regards que vous vous lanciez... »
- Adam ? »
- Il vaudrait mieux... »
- Adam ! »

Empêchant le scientifique de s'enfuir, il se posta devant la porte et toisa le barbu d'un regard dur. Il ne voulait certainement pas entendre ça !

- Pense à toi, John. »
- Je pense à moi ! Quand on a commencé à se fréquenter, c'était pour oublier Matt, pour ne pas y penser et t'aider à oublier Mac. On s'est épaulé et quelque part en chemin quelque chose a changé, je m'en suis pas rendu compte. Mais j'ai fait un choix, je ne reviendrais pas dessus. Matt est jeune, il trouvera quelqu'un pour lui. »
- Mais tu continueras à l'aimer. John, je ne te fais pas de reproche, c'est normal. J'ai été le second. Je sais ce qu'il ressent, je suis passé par là. Regarder l'homme qu'on aime au bras d'une ou d'un autre, ça brise le cœur. Quand Mac est sorti avec cette Peyton, je voulais la maudire ! Ce n'est pas qu'il ne veut pas entamer une nouvelle relation, c'est qu'il a peur de le faire avec un homme. Il a choisi la facilité, il a choisi de prendre cette fille et au finale se séparer d'elle, même si il l'aime encore parce qu'il ne veut pas du bonheur. Mac a choisi. Il ne m'a pas choisi ! Je le vois souffrir chaque jour et je veux pas te voir dans le même état. Je ne le supporterais pas ! »
- Pars pas... »
- Je n'en ai aucune envie mais c'est mieux comme ça... »

Il ignorait pourquoi il n'avait pas essayé de le garder, il ignorait pourquoi il n'avait pas dit plus, pourquoi il n'avait pas voulu le convaincre, peut-être à cause de ce regard qui avait ébranlé son cœur. Il regarda Ross s'éloigner dans la nuit et savait que dans quelque temps, son appartement retrouverait sa figure d'antan. Il ressentait déjà le vide, il imaginait déjà l'odeur d'Adam se dissiper et les repas seul se succéder. Il n'irait pas sauter sur Matt pour autant, pas après ce fiasco. Peut-être que John McClane devait rester seul...
Lorsqu'il ne put distinguer la silhouette d'Adam, John se dirigea vers la cuisine, son premier réflexe fut d'attraper une bouteille de scotch et de s'effondrer sur son canapé. La vie était une chienne, mais cette fois-ci il ne pouvait s'en prendre qu'à lui-même ! Il avait plombé son couple tout seul et comme un grand, à croire qu'il était incapable de faire quelque chose bien de sa vie à part être ce héros déchu. L'inspecteur laissa les larmes lui bruler les yeux.