Free Your Mind
4
- John, tu rentres pas ? »
- Non, j'ai encore de la paperasse à finir... »
Connie donna un coup de coude à Scalvino qui tiqua. John n'essayait pas de cacher qu'il allait mal, à quoi bon. Ses collègues l'avaient déjà vu en de pires circonstances. Il était entouré d'un monticule de dossiers et espère se noyer dedans avant la fin de la nuit ! Si il sortait, si il se retrouvait seul, Jack retrouvera la paume de sa main puis sa gorge et il s'était juré de ne plus jamais être cet homme saoul et brisé. Si il devait passer sa nuit ici, ça ne lui ferait pas de mal. John excellait dans ce qu'il fait, au moins ça serait constructif ! Il n'avait plus aucune raison de rentrer tôt, plus personne ne l'attendait chez lui, le silence était si imposant qu'il le minait chaque jour d'avantage. Depuis qu'Adam avait quitté son appartement sans retour possible John l'évitait comme la peste, s'habituer à la solitude avait été un processus long qui lui avait demandé des années. Ross avait changé la donne en l'espace de quelques mois revenir en arrière prendrait le temps qu'il faudrait...
- Oh désolé, je savais pas... »
- Pas de soucis... Quelque part fallait s'y attendre ! »
Le lieutenant ricana jaune tandis que ses collègues s'en retournèrent chez eux. Un homme de son âge n'avait rien à faire avec Adam, quelque part il aurait dû s'attendre à ce que ça finisse comme ça à croire qu'il avait appris bien des choses avec le scientifique, comme se remettre à croire en l'impossible et garder espoir dans la vie de tous les jours. De temps en temps lorsque le moral était bas, il avait l'impression d'entendre le jeune homme rire tendrement et lui dire de rester positif ; ce que le flic essayait tant bien que mal de faire, mais dans le vide de son appartement il ne pouvait rester objectif surtout qu'Adam avait laissé encore pas mal d'affaires chez lui. C'est Lindsay et Messer qui étaient venus empaqueter tout ce qu'Adam avait eu besoin en l'urgence, mais pour lors le jeune homme n'était pas venu récupérer ses affaires personnelles. Il avait pourtant la clef et pouvait passer durant les heures de boulot de John si il ne désirait pas le voir, mais Adam Ross n'avait jamais refoulé le sol de son appartement, pas même pour récupérer ses actions figures. Iron Man le toisait durement à chaque fois qu'il pénétrait son salon comme pour lui rappeler son échec. Il n'avait pas su prendre soin du scientifique et lui avait fait du mal, comme John s'en voulait ! Il avait l'impression de souffrir plus pour Adam que pour lui-même... L'endroit était silencieux. L'équipe de nuit était installée au premier étage ce qui faisait qu'il fut seul au second. Son portable n'arrêtait pas de vibrer, c'était sans doute Mac qui essayait de le joindre depuis ce matin, mais il ne voulait pas répondre, il ne voulait pas affronter la réalité pour l'instant. A la place il s'enfonça dans son travail car c'était ce qu'il avait de mieux à faire... Lorsque son estomac cria famine, il était plus de deux heures du matin. Fatigué mais n'ayant pas vraiment avancé, il se dirigea vers sa voiture étonné de voir Mac assis sur le capot de sa vieille Chevrolet.
- Six mois... »
- Six merveilleux mois. »
- Pour l'échanger ? »
- Non. Adam est parti, Matt ne sera pas le prochain. »
- Vraiment ? »
- Tu me connais, non ? Plus de quinze années de fidélité à une femme qui rêvait de partir. Une femme que j'ai suivie jusqu'à me perdre moi-même. Tourner la page n'est pas dans mes habitudes, j'ai pris vingt années encore pour échanger Holly contre Adam, pour faire assez de place pour lui. Alors... peut-être dans vingt ans, si je suis encore en vie ! »
- C'est pas toi qui m'a balancé un discours sur le fait d'être seul ? »
- Hum... Mais t'es pas un McClane toi, c'est visiblement dans mes gènes... Il va bien ? »
- Aussi bien qu'il peut l'être. »
Bien évidemment qu'il n'était pas le seul à souffrir, ça il le savait, pourtant il ne souhaitait qu'une seule chose qu'Adam se relève plus facilement de cette catastrophe. Adam était un bon garçon, un gentil garçon, il méritait le meilleur et ce n'était certainement pas un McClane qu'il lui fallait, qu'il avait été idiot de croire qu'il pourrait prendre soin d'un jeune homme pareille, l'amour rendait diablement con, même à son âge.
- Si jamais... appelle-moi... J'ai jamais souhaité que ça finisse comme ça, j'aime ce gamin autant sinon plus que mes propres enfants. J'ai été idiot de croire que je pourrais lui convenir. »
John soupira, il n'avait pas envie de penser à tout cela car il n'était pas en forme pour ça. Fatigué, la tête en vrac, les émotions fluctuantes le policier se frotta vigoureusement le visage de la paume de ses mains afin de ne pas craquer, mais c'était sans compter la main de Mac qui se referma sur son épaule et tout à coup, John se sentit vaciller. Combien de fois avait-il pleuré, il ne saurait plus le dire, mais personne, jamais personne n'avait vu ses larmes. S'écrouler dans les bras de quelqu'un comme il le faisait maintenant n'était pas digne du héros que l'on voyait en première page des journaux, mais il n'était pas cet homme. John McClane avait lui aussi ses faiblesses, comme tout à chacun et bien heureusement un ami était là pour le soutenir dans ce moment.
Le silence gêné prit place lorsque John put enfin se calmer, il crut devoir fuir mais c'était sans compter Mac et son quasi-sourire qui l'observait attentivement. La proposition qui lui fut faite quant qu'à boire un verre en compagnie d'un vieil ami fut acceptée et les deux hommes cheminèrent dans un relatif silence jusque vers le bar du coin. Lorsqu'il eut quelque chose dans son assiette et un verre de bière à la main John observa Mac sachant ce que son ami allait lui dire, car si leur situation était inversée il ne se gênerait pas pour le lui dire entre quatre yeux.
- Ce jeune hackeur avec qui tu as stoppé Gabriel n'est pas le seul souci, n'est-ce pas ? »
- Non. Je ne l'ai pas trompé avec Matthew et bon dieu ça ne me serait jamais venu à l'esprit. »
- Personne n'a dit contraire, John. Je te connais depuis plus de vingt ans je sais que tu n'es pas ce genre d'homme, mais tu aimes ce Matt... »
- J'ai choisi Adam. »
- Je sais ça aussi, mais parfois on ne choisit pas la personne que l'on devrait... »
- Tu crois que... ? Sérieux ?! Il pense ça lui aussi ?! Oui, il aurait pu se passer quelque chose avec Matt. Mais pour une fois dans ma vie j'ai voulu faire les choses bien. Ma fille l'aimait et j'ai laissé tomber l'affaire ! Adam désespérait après toi, j'étais pas non plus au mieux de ma forme, mais de ça on a créé quelque chose. J'ai vraiment voulu que ça marche, pour ne pas réitérer les erreurs que j'ai faites avec Holly. »
- Adam n'est pas Holly... Je ne pense pas qu'il te voit comme le seul fautif à l'échec de cette relaxation, mais une chose me chagrine John si tu l'aimes autant pourquoi ne pas discuter avec lui. Tu ne l'as pas appelé, tu n'as pas essayé de le faire revenir. »
- Adam est grand, il a fait le choix de partir, qui suis-je pour lui demander de revenir ? J'ai supplié Holly et ça n'a fait qu'empirer. »
- Adam n'est pas Holly, John. »
- C'est mieux comme ça... »
Mac ne dit rien, mais il n'en pensait pas plus. L'homme soupira, attrapant son café noir. Le mariage de John avait été un échec complet qui l'affectait encore aujourd'hui. Il savait les mots déchirant que l'on pouvait se dire par amour et par détresse, il lui semblait que son ami avait pris pour acquis et pour fatalité tous les points noirs que sa femme avait soulevé mais John était loin d'être un mauvais bougre, le voir là, les larmes aux yeux lui faisait mal.
- Holly et toi, vous n'auriez jamais dû vous rencontrer. Vous vous êtes autodétruits, j'ignore si tu te rends compte à quel point vous vous êtes fait mal... »
- Il est trop tard pour changer le passé. »
- Pas trop tard pour tourner la page. Holly a jamais dit du mal de toi devant Claire et pourtant elle pestait. Elle t'aimait John et c'est ça le plus dur quitter quelqu'un qu'on aime. Parle avec Adam. »
- J'ai promis de ne pas lui faire de mal, je veux pas empirer les choses. C'était voué à l'échec de toute façon... »
- Pourquoi ? »
- Je suis plus tout jeune, chaque matin lorsque mon corps faisait des siennes, je savais au fond que ça ne suivrait pas, j'ai cinquante et un ans... »
- Et ? »
- Dans dix ans, je ressemblerais à quoi ? »
- Tu crois être le seul à avoir pensé à ça ? Si ça avait gêné Adam il t'en aurait parlé. »
Certainement... mais si il pouvait éviter qu'ils souffrent plus encore par le futur, il était de son devoir de laisser les choses en l'état. Déposant un billet sur la table, le vieux flic se releva sans regarder son ami dans les yeux.
- John... C'est trop bête, vous n'avez pas à souffrir chacun de votre côté... »
Le vent était frais, McClane garda la fenêtre côté conducteur grande ouverte pour ne pas s'endormir au volant lorsqu'il arriva devant chez lui il fut surpris de voir une forme pelotonnée devant sa porte d'entrée, courant les dernières marches afin rejoindre celui qu'il prit pour Adam, son cœur se comprima lorsque deux yeux noisettes s'ouvrirent et que le regard de Matt l'observa. Le geek se redressa faisant tomber la capuche qui le protégeait du froid.
- Je devais vous voir McClane... »
Oh, il était heureux de voir Matt, il n'allait pas dire le contraire, mais il ne le montra pas. Le visage fermé il ouvrit la porte de son appartement, laissant le petit génie le suivre dans sa cuisine. Il leur fallait un café chaud.
- Je suis désolé McClane, j'ai jamais voulu ça ! »
- C'était écrit... c'est la faute de personne. »
Le regard du programmeur passa en revue les différentes pièces visibles, il se sentait mal à l'aise car la présence d'Adam était encore perceptible. Malgré la jalousie maladive qu'il avait ressenti pour le couple que formait McClane et le jeune barbus, il n'avait pas voulu être la cause de leur rupture, loin de là... Matt aimait Adam malgré tout, rien que pour avoir donné à John un sourire qu'il ne le lui avait jamais connu. Il aurait voulu que ce sourire lui soit exclusif, mais quitte à choisir il préférait le voir heureux avec Adam que seul et triste. Il ne pouvait ramener Adam vers le flic, même si il le voulait. Attrapant la tasse de café tendue, Matt soupira en voyant le visage sombre de McClane qu'il attrapa soudainement par le col de son polo et qu'il embrassa comme si il n'y avait pas de lendemain. Bien que les mains du flic le repoussaient Matt ne flancha pas car si il avait eu plus de couilles comme le disait Lucy rien de tout cela ne serait arrivé. Ça serait ses affaires qui auraient éclos dans l'appartement du flic, ça aurait été ses ordinateurs qui auraient rempli le silence de ces quatre murs... Les mains qui essayaient de le repousser avaient perdu de leur vigueur mais l'homme pu enfin glisser quelque mots lorsque l'informaticien caressa son crâne.
- On peut pas faire ça... Matt... Matt... »
Les supplications de John furent oubliés lorsqu'un nouveau baiser fut partagé par les deux hommes, Matt sentit son dos entrer en contact avec un meuble tandis que les mains de McClane glissaient sous son sweat-shirt et faisaient vibrer la peau du brun qui s'abandonnait sous ses doigts. Le souffle chaud de John fouettait son cou découvert Matt ferma les paupières lorsque McClane frotta leurs bas ventres l'un contre l'autre.
- McClane... »
Il ne devrait pas, mais il était si aisé de succomber à Matt. Le lieutenant avait envie de combler le vide, le silence avec une présence réconfortante, même si il ne devait en aucun cas aller plus loin car il ne pouvait faire ça à Adam. Lorsque la raison le fit se reculer, Matt avait le souffle court, le jeune homme tremblait de tout son être, ce qui le fit chavirer fut ses yeux mi-clos et ses lèvres rougies par l'excitation.
- Tu prends la chambre d'ami, tu vas pas rentrer à cette heure-là, mais je peux pas... Matt, je peux pas... »
John n'arrivait pas à croire qu'il se repliait vers sa chambre alors que Matt était prêt à faire n'importe quoi pour lui. Ses pas étaient hâtifs lorsque Iron Man l'observa de ses yeux dorés McClane se sentit pris au piège, aussi il referma vivement le porte de sa chambre puis se laissa tomber sur le sol les yeux mouillés par les émotions confuses qu'il ressentait. Il aimait Matt, il en était maintenant certain. Son crâne frappa sa porte de chambre car il ne pouvait en choisir un sans faire du mal à l'autre, John était pris entre deux départs de flammes et il se faisait prendre au piège. Ses mains serrèrent son crâne pour faire taire ses envies et ses sentiments car c'était tout bonnement trop pour lui !
- McClane... »
- Bonne nuit Matt ! »
Les pas derrière sa porte s'éloignèrent, il savait que si il n'était pas si tard le geek serait parti sans demander son reste, mais la porte de l'autre chambre se referma presque silencieusement... McClane attendit un long moment avant d'oser bouger, il ignorait combien de temps il était resté ainsi sur le sol de sa chambre car le vide avait fait place au chaos de ses émotions. Les sillons laissés par ses larmes étaient à présent secs et malgré que ses yeux brulaient les larmes ne couleraient désormais plus. Il n'était pas étranger à ce genre de phénomène, si il avait tenu derrière le divorce et le rejet de ses enfants c'était en grande partie grâce à sa faculté de faire de la douleur un vide impavide. L'homme soupira en se redressant. Le sol était bas à son âge et une douleur dans son dos l'informa qu'il était resté au moins une heure sur le sol. Il s'étira essayant de retrouver sa mobilité en réchauffant ses muscles puis il sortit de sa chambre espérant que son ancien coéquipier soit endormi ou n'ait pas dans l'idée de sortir. Immobile, il écouta les possibles bruits de pas qui ne vinrent pas, aussi il se dirigea vers l'entrée attrapa ses clefs et son blouson puis se dirigea vers le bar le plus proche.
Lorsqu'il en sortit le soleil commençait à se lever, John tituba à travers les rues jusqu'à son appartement, il ne sera pas frais pour travailler mais c'était pas grave, comme il ne cessait de se le répéter ses collègues l'avaient vu en de pires jours...
- John ? »
L'homme fronça les sourcils, il se retourna à quelques mètres de la porte de son immeuble, le temps que son esprit se stabilise pour faire le point, la personne qui l'avait appelé était maintenant à ses côtés. L'effluve de verveine lui retourna l'estomac, il ne sut si c'était à cause de l'alcool qu'il avait ingurgité en surdose ou parce que l'odeur lui rappelait des souvenirs qu'il avait fait en sorte d'oublier, en tout cas pour le moment. Le lieutenant fit une grimace se rattrapant in extremis à la porte de son immeuble car ses jambes essayèrent de s'écarter de la présence qu'il ne voulait absolument pas voir maintenant.
- Mon dieu, mais t'es ivre ?! »
- Pas du tout ! »
Il s'éclaffa car le visage d'Adam le toisait comme sa mère l'avait fait à de nombreuses reprises lorsque jeune, il avait fait des conneries. Sa main essaya de faire un mouvement afin de congédier l'homme mais il n'y arriva pas.
- C'est Katarina qui va être contente... »
- Katarina, je l'emmerde. C'est pas ma mère que je sache. Qu'est-ce que tu fais là Adam ? »
- T'es toujours matinal... je voulais te voir avant d'aller bosser. »
- Si tu viens chercher tes affaires t'as pas besoin de moi... mi casa es su casa... »
L'homme rigola à nouveau tristement, il refusa le bras du scientifique qui voulut l'aider durant la montée des escaliers, puisque quelque chose de fort et de fier subsistait à McClane malgré l'état pitoyable dans lequel il était. Lorsque sa porte fut ouverte, une odeur de café se propagea dans le hall. John n'eut pas le temps de se questionner sur sa provenance que la voix de Matt l'appela. Adam jeta un regard interrogatif sur John qui haussa simplement les épaules.
- J'ai fait du... »
Le regard en amande s'agrandit lorsqu'il tomba nez-à-nez avec Adam. Le silence remplit l'appartement déjà pas bien bruyant, John tituba jusque vers la cuisine où il s'ouvrit une bière. Matt n'avait pas dû fermer l'œil de la nuit, ça se voyait à sa chevelure défiant les lois de l'apesanteur ainsi qu'à ses yeux fatigués. Il avait dû investir la cuisine dès qu'il avait mis les pieds dehors. McClane regarda distraitement le frigo en face de lui, contre lequel il avait embrassé Matt et peut-être plus encore si il n'avait pas su dire non. L'homme soupira, il était las de tout ça, de cette situation qui continuait à s'enfoncer dans la merde. Sa bouteille de bière rencontra le mur d'en face et son regard furibond tomba sur les deux hommes qui le regardèrent comme si il avait perdu la raison.
- Adam, fait tes bagages, je veux plus voir tes affaires chez moi, t'as jusqu'à demain compris ? Et toi Matt tu me feras le plaisir de pas remettre les pieds ici, c'est bien clair ? »
- McClane... »
- John ? »
Sa main tremblait comme jamais, il n'avait pas été un homme violent, pourtant il aurait eu toutes les raisons du monde de lever un jour la main sur Holly lorsqu'ils s'étaient déchirés au point que même les voisins savaient tout ce que reprochait Holly à son mari. Il avait subi et encaissé sans jamais avoir rendu autrement que verbalement. Mais sa main aujourd'hui le brulait de mettre un coup de poing dans quelque chose, le flic attrapa une nouvelle bouteille de bière puis fit volte-face et sortit de son appartement, laissant les deux hommes derrière lui. Il manquait d'air, il devait respirer. En agissant avec tact il aurait certainement récupéré Adam, l'homme n'était pas venu pour faire ses affaires, semble-t-il mais pour lui parler. Il aurait pu s'excuser et lui demander de revenir, le prendre dans ses bras et lui montrer à quel point sa présence lui manquait. Mais il avait choisi de tout jeter à la poubelle parce que le bonheur ne semblait pas raisonner avec son nom de McClane. Il avait suffisamment souffert et ne voulait plus s'accrocher à de vains espoirs. Ce n'était pas que Matt qui avait fichu la merde dans son nouveau couple, c'était lui-même, pour ne jamais avoir parlé de ses peurs, pour ne jamais avoir dit à Adam que leur futur le terrorisait. John McClane avait connu la paix, la joie, le bonheur d'une vie de famille épanouie puis il avait fait une descente aux enfers dont il se relevait tout juste.
- John... tu devrais prendre des vacances... »
Scalvino prenait des pincettes en voyant que sa tête brulée arrivait à peine décuvée, mais il ne pouvait se permettre de garder un flic ivre dans son service. John était un électron libre qui faisait autant de dégât qu'une bombe nucléaire, il était bon flic, ça il ne pouvait le nier, mais ce n'était pas un élément sûr pour les soucis du quotidien. John était la manière forte, parfois brutal qu'il fallait pour régler les conflits de grandes envergures ou ses dégâts seraient promotionnels à ceux faits par le bad guy, mais pour les affaires de vol à la tire ou de problèmes conjugaux, mieux valait ne pas envoyer John. Il avait défoncé une cloison avec un mari qui battait sa femme le ramenant presque sonné au poste de police, l'avocat de la défense s'était empressé de porter plainte d'ailleurs, et ceci n'était qu'un exemple parmi tant d'autres...
- J'y pense sincèrement. »
- Sérieux, tu veux combien, une semaine, deux ? »
- Deux. »
- Tout ce que tu veux John, du moment qu'on me demande pas de venir te chercher au fond d'un bar miteux si jamais on a besoin de toi. »
- Je pensais plutôt à Los Angeles... »
- Voir Holly ? »
- Quoi ? Non, voir mes anciens coéquipiers. »
- Ha c'est vrai... Si ça peut te faire du bien. »
- Ça va m'en faire... Faut que je quitte la ville un moment. D'ailleurs si une certaine femme enragée du nom de Katarina vient jusqu'ici me chercher, tu lui diras que je me refais une santé au soleil de Californie. »
- Je me ferais une joie de le lui dire. »
McClane referma son dossier sans attendre la fin de son service, il se leva puis se dirigea vers le parking. Sur l'essuie-glace de sa vieille voiture un mot avait été déposé par Adam, un dernier appel avant la fracture net qu'avait exigé John. "On doit discuter, John, je t'en prie. J'ai aucune envie qu'on s'entredéchire pour rien. Matt s'en veut... Je m'en veux ! Si je n'ai pas de nouvelles avant la fin de ce week-end je comprendrais et ferais en sorte de ne plus intervenir dans ta vie. Adam." A contre cœur, le flic froissa la feuille de papier qu'il jeta sur la banquette arrière. Il ne pouvait pas faire face à Adam car il savait qu'il abdiquerait, qu'il réitérerait les mêmes erreurs et qu'ils n'en sortiraient que plus blessés encore. Il aimait Adam, mais c'était mieux ainsi. Lorsqu'il sortit de sa voiture il fut sidéré de voir Matt assis sur le pas de sa porte, surtout après ce qu'il avait dit et le ton qu'il avait employé. Lorsque le jeune homme essaya d'ouvrir la bouche, le flic le repoussa, il pénétra son appartement sans rien écouter des excuses de l'informaticien. Attrapant un sac de sport noir il fit ses bagages sous le regard étonné du geek qui commença à le matraquer de question auxquelles il ne répondit pas.
- McClane, vous m'écoutez ? Ne jetez pas aux orties la chance que vous avez ! Il n'y aura pas d'autres Adam, pas d'autre homme qui sera capable de vous aimer autant que lui et de vous accorder une seconde chance. Vous imaginez pas ce que c'est ! J'ai jamais pu avoir un petit-ami qui me regardait comme ça, qui me souriait de cette façon, qui me prenait pour ce que je suis et non pas pour ce que j'aurais pu être ! Un mec comme ça, ça se jette pas à la première occasion, en vous rencontrant je vous aurez pensé beaucoup plus combatif que ça ! Baisser les bras n'est pas McClane ! »
Le gamin lui tapait sur les nerfs, lorsqu'il se retourna excédé par ses paroles, il se saisit de Matt par le col puis le bouscula au point qu'il geignit lorsqu'il rencontra le mur.
- Qu'en sais-tu ? Hein ?! Qu'est-ce que tu sais sur moi, vas-y dis-moi ? Tu as hacké ma vie, tu sais combien je dépense en alcool chaque mois, tu sais où je me rends chaque vendredi soir depuis que ma femme m'a quitté en me prenant tout ce pourquoi je me suis battu ? Tu sais que mon fils ne m'a plus jamais reparlé depuis ses onze ans, qu'il a arrêté de m'appeler papa à seulement huit ? Tu sais ça ? Tu sais aussi qu'il nomme papa le nouveau mari de ma femme, qu'il voyage avec lui, fait du sport nautique avec lui ? Tu sais peut-être que j'ai été relevé de mes fonctions trop de fois pour que je sois aujourd'hui autre chose qu'un simple lieutenant de police ? Tu sais rien de moi, Matt, comme je ne sais rien de toi ! Je te permets pas de parler d'Adam, ni de t'immiscer dans ce qui est ma vie ! Et si Adam est un si bon garçon pourquoi tu lui demandes pas de sortir avec toi ? »
- Je ferais mieux... visiblement je me suis trompé sur ton compte, John. Normal que ton fils veuille pas te reparler si tu es ce genre d'homme. »
Il lui pèterait bien le ras rien que pour lui apprendre à ne pas lui parler de la sorte, mais il le lâcha sans rien ajouter, passant son sac sur son épaule il quitta l'appartement sans se retourner.
- Hey, oui c'est moi... en fait j'ai pu avoir quelque vacances et je me disais. »
- Me la joue pas à l'envers, vacances forcées, hein ? »
- Un peu, oui. Alors ? »
- Mais qu'est-ce que tu me chantes, prends le premier avion, mon pote ! Comme au bon vieux temps John ! »
Le policier sourit rassuré que Al ne fut pas contrarier par cet appel de dernière minutes. Il jeta son sac à l'arrière de sa voiture puis s'en alla vers l'aéroport le plus proche, qu'importait le temps qu'il devrait patienter pour le prochain vol, il sera mieux là-bas que chez lui.
- Le retour du héros ! »
John rigola sous l'accueil chaleureux dont il était victime, il revoyait rarement ses anciens coéquipiers, mais ce n'était pas pour ça qu'il ne pensait pas à eux souvent. Pas vraiment à l'aise à cause de l'incident dont sa femme avait été victime en quatre-vingt-dix, il n'aimait plus vraiment les avions et c'est bien parce que le trajet en voiture aurait été infernal qu'il s'était obligé à prendre cet engin de la mort. Content de quitter l'aéroport rempli de souvenirs pas toujours du meilleur gout, il vint serrer son premier compagnon de galère entre ses bras.
- Hey, ça fait plaisir de te revoir ! Mais s'il te plait arrête les donuts, Al ! »
- Depuis que ma femme est morte, je compense et puis encore cinq ans et c'est la quille ! »
- Retraite ? »
- Et oui mon grand ! Problème de dos et tout ça. Je vais enfin pouvoir me la couler douce ! Ma fille a une grande baraque dans le Missouri. Farniente mon pote, farniente ! »
- Toujours le même ! »
- Hey, au moins je sais savourer les bonnes choses. Prends un donuts, John ! »
Le black rigolait, il tendit une boite remplie de gâteau plus nocifs pour la santé les uns que les autres. John fit une moue de dégout mais fut obligé par le regard énervé de son ancien collègue de piocher dans cette boite maudite par le cholestérol.
- C'est ça... prends un donuts ou je te le fourre dans le bec ! »
Al était certainement le seul coéquipier qu'il aimait avoir auprès de lui. C'était un bon agent de police malgré sa bavure alors qu'il avait été encore qu'un bleu. Mais c'était justement parce qu'il vivait avec ses casseroles sans jamais faire chier personne avec, que cet Al était un type agréable au possible. Prenant le donuts, il tapota le ventre rondouillard de son ami de longue date en se moquant gentiment de lui. L'homme rigola avec entrain tout en dirigeant son compagnon vers une limousine noire et là, McClane explosa de rire.
- Nom de dieu Al ! »
- Et oui, regarde qui j'ai retrouvé, ton garde du corps d'ours en peluche ! »
- Argyle ! Nom de Dieu ! »
- Wow, John McClane... sacrée coupe ! »
- Le temps passe... »
- Allez, montez mes potes, un peu de Run DMC pour la route en l'honneur du bon vieux temps ! »
Le cœur de John était en paix, il avait oublié les soucis délaissés à New York, venir ici avait été le meilleur choix de sa vie. Montant dans la voiture il plaisanta avec Al qui lui rappelait les détail de leur première affaire en commun. Jon se souvenait de cette musique atroce qu'il avait découverte avec son chauffeur et se surpris à secouer la tête au même rythme que ses deux acolytes. La musique ne lui plaisait pas plus qu'à l'époque, mais elle avait un côté kitsch et rétro et c'est qu'elle lui parlait aujourd'hui. Il avait oublié à quel point Argyle était un bavard, l'homme ne savait pas s'arrêter, il essayait de suivre ses élucubrations mais fut stopper par les mouvements de Al qui s'empressait de déboucher une bouteille de champagne. John rêvait d'un peu de calme, c'était raté pour lui avec ces deux-là, mais la fête battra son plein !
- Alors, j'ai entendu dire que tu avais un boy toy ? »
- Il est parti... »
- Comment ça parti ? »
- Parti... »
- Non ! Qu'as-tu encore fait John ? »
- Pourquoi moi ? »
- Parce qu'un gars de trente ans qui se met en ménage avec toi ne part pas au bout de six mois ! Un John c'est de l'investissement à long terme ou rien du tout ! »
- Tu te souviens mec, je suis le meilleur conseillé que t'ai jamais eu. »
- C'est pas une femme Argyle... »
- Et alors ?! L'amour c'est l'amour ! Raconte tout à tonton Argyle ! »
Le fait de se retrouver avec ses vieux potes lui faisait du bien, aussi il s'installa confortablement en sirotant son verre de champagne et raconta toute l'histoire devant les yeux scrutateurs d'Al et les œillades d'Argyle à travers le rétroviseur. Il ne pensait pas pouvoir dire ça à ces deux-là, mais il était en confiance, ils avaient vécu des moments difficiles et ça créait des liens immuables...
- Sérieux ?! La vache j'ai été un bon prof, t'as vu ça Al, deux d'un coup ! Sérieux mon pote, j'imaginais pas que tu puisses te lever deux petites minettes en même temps. Enfin, minets, mais c'est pareille ! Ça c'est mon John ! Rah comment tu l'avais emballé ta petit femme au fond de ma beauté ! Tu te rappelles ? John le tombeur de ces dames et c'est moi qui l'ai fait ! »
- Arrête de te la raconter Argyle ! Oublie pas que le pro vient de se faire lâcher par sa dernière copine. »
- Pas grave, une de perdues dix de retrouvées ! Hein, John ?! On va se faire un club de strip-tease et on finira la soirée en beauté ! »
- En beauté ? »
- Ouai, il a dit que... »
- Chut ! C'est une surprise mais quelle grande bouche ce mec ! »
- Parce que toi tu couines pas comme un petit porc ? »
- Tu veux que je te mettes une amande ? »
- Viens, vas-y papy Donuts, essaye de passer un bras boudiné à travers la vitre ! »
- Mais, tu vas te la fermer ? »
- Je suis un héros, qui a tué le dernier bad guy avec sa limo, hein ? Qui ? Moi ! »
- Tu nous le rappelles chaque fois, Argyle, chaque fois ! »
Les voir s'engueuler comme des gosses faisait rire John à gorge déployée, il avait l'intention de passer un soirée mémorable et elle commençait plus que bien. Amusé par l'agacement dont faisait preuve Al il renchérit de plus belle.
- C'est ici ! Aller gare-toi ! »
Al lui a préparé une sacrée soirée même si ça avait été du dernière minutes, il avait du planifier ça vachement à l'avance et n'avait eu qu'à appeler Argyle dans la journée. Lorsqu'il sort de la limousine le conducteur leur fait signe de passer par la ruelles, le bagou du black est un bon atout, ça il n'en a jamais douté.
- Comment ? Tu refuses un accès VIP à John McClane, THE John Fucking McClane ?! Tu oserais faire ça ? Tu oserais mon frère ?! Chuck Norris à côté c'est de la gnognotte, tu ferais mieux de laisser passer la vedette du soir avant qu'il te pète ton petit cul de noirot avec son indexe ! »
Le grand costaud devant l'entrée suréleva un sourcil en regardant John qui lui décocha un regard perçant. Le molosse soupira puis leur fit signe de passer par la porte de derrière. Le lieutenant regardait distraitement les femmes danser sur la piste en sirotant un cocktail sans alcool, car il voulait garder les idées claires tandis qu'Argyle n'arrêtait pas de faire des commentaires sur les danseuses, celles qui pourraient lui convenir ou pas, mais John se fichait bien de toutes ces poupées...
- Alors ? »
- Hum ? »
- Il pense à son chéri tu vois pas que tu le saoules avec tes histoires de filles ? Ce John McClane n'existe plus, tu fais face à la version vingt et unième siècle ! Ok ? »
- Merde, dois-je prévoir un gogo dancer pour ce soir ? »
Prenant les deux hommes par les épaules, John se bidonna comme jamais auparavant, ça devrait lui rappelait les journées d'errances, d'essais infructueux à persuader sa femme de rester, mais en fait, ça lui rappelle que de bons moments, les prises de becs sans conséquence avec ces deux hommes tandis qu'il allait encore sauver tout le monde...
- Ouai... allons-y ! Je veux voir des beaux mecs ! »
- C'est parti, je connais un endroit tendance pour ce genre de chose, j'ai dû y faire une descente la semaine dernière !
- On va y être bien reçu !
- Amen mo frère ! Laissez passer, le grand John McClane veut de la chair fraîche huilée et bodybuildée ! Oust, oust, oh ça c'est siliconé ou je m'y connais pas ! »
Et tandis qu'ils cheminaient vers la boite de strip-tease gay, les trois compères s'amusaient comme au bon vieux temps. McClane lâcha même quelques larmes de joie sous les bagues tordantes du conducteur de limousine. Il ne pensait pas vivre aussi bien ce changement de sexualité face au regard de deux hommes, mais avec eux, il pouvait bien être qui il voulait, ça ne changerait jamais la complicité qu'ils avaient noué durant les années.
