Chapitre 5 : Vol 714 pour mes fesses
Où l'exploration necrophile des sous-sols du château n'est pas de tout repos. Où la rencontre avec un mystérieux inconnu fait découvrir un abîme de putréfaction à nos héros.
Les souterrains de Moulinsart s'étendaient sur des kilomètres et des kilomètres, et nul, pas même leur propriétaire, ne devait savoir exactement combien d'otages et de souffrants ils contenaient encore. A mesure qu'ils descendait le grand escalier en colimaçon, le petit groupe composé du Capitaine, de Kratos, de Végéta et de Tintin croisait de temps en temps des petites plate-formes en contrebas où se trouvaient des charognes, des restes humains putréfiés, à peine reconnaissables, sans doute victimes de l'abandon et des mauvais traitements infligés par leur géôlier. Le brave Haddock s'arrêtait parfois pour leur rendre hômmage, sodomisant tendrement ces dépouilles qui avaient tant manqué d'amour.
Pour ne pas prendre de risques, Végéta avait passé une laisse autour du cou de Tintin. Les derniers faits d'arme du reporter les avaient en effet inquiété : après avoir violemment assassiné les deux jeunes femmes venues les visiter, Mrs Williams et Sakura, Tintin s'était emparé de Milou et l'avait enfoncé le plus profondément possible dans son derche. Le problème était qu'une contraction de son anus, accompagnée d'un pet, avait tué le jeune chien, et qu'il était désormais impossible de le retirer des fesses de Tintin, qui semblait adorer ça. Le Capitaine, qui adorait depuis toujours respirer l'odeur des pets de Tintin en se branlant, trouva malgré tout que c'était une belle mort.
Parvenus au bas des gigantesques escaliers, le petit groupe pénétra dans une vaste cavité où retentissaient déjà des cris de douleur lointains et des bruits de chaînes.
"- Les salles de pénitence ? demanda Végéta à l'adresse du Capitaine.
- Non : de prière. Il faut se repentir et se confesser pour redevenir pur et pouvoir espérer atteindre l'extase."
Végéta fut touché : malgré son mode de vie obsène et son évidente perversité, le Capitaine n'avait jamais cessé de croire et de préserver une foi solide. Par affection, il lécha rapidement son doigt et le glissa dans la fente de Haddock, qui lui signala par un sourire complice qu'il appréciait l'intention.
"- Les gens qui ont atteint ce stade découvrent la monstruosité. Les gens qui sont ici ont atteint l'Enfer sur Terre. Je les préserve le plus longtemps possible, j'ai mis pas mal de savants sur le coup pour trouver des moyens de prolonger leurs existences, et je les fait vivre dans la douleur la plus totale. Mon objectif, c'est de trouver leur point faible, leur partie la plus sensible, et de la presser, l'appuyer jusqu'à ce que la douleur soit irréelle. C'est comme de la méditation.
- Je sais. J'avais déjà expérimenté ça à la Fistinière.
- La Fistinière ?
- Une auberge de jeunesse consacrée aux pratiques SM, en France. Ils ont également un lieu de culte, la Chapelle Fistine. C'est là où j'ai connu mes premières extases, en me remplissant l'anus de moules-frites.
- Oh, je vois, mais ça n'est que du petit jeu. Etaient-elles bouillantes au moins ?
- Bien entendu. J'ai d'ailleurs joui au moment où mon fisteur a ajouté l'huile de friture..."
Végéta se tut instantanément, car une silhouette sombre se trouvait en plein milieu de la route, juste en face d'eux. C'était une grande forme rectiligne, très fine, sur laquelle était posée, comme en lévitation, un masque blanc japanisant représentant un visage aux lignes fines et abstraites.
"- C'est le Sans-visage, marmonna le Capitaine. Il doit s'assurer de notre pûreté pour nous laisser passer..."
Kratos contemplait la créature d'un regard méfiant.
"- D'où vient-il ?
- Du Japon. D'un ancien parc d'attraction pour être précis. Il a longtemps vécu en résidence chez la sorcière Yubaba, ainsi que chez sa soeur Zeniba. Il est devenu fameux de part ses agissements extrêmes : vidant le thé brûlant sur les couilles des uns et des autres, pratiquant des vasectomies ou des excisions en masses pendant la nuit, il était une célébrité dans la région à cause de son ambiguïté sexuelle. On disait que les gens venaient du monde entier pour découvrir son périné incroyablement musclé, ses muqueuses acides capables de dissoudre n'importe quel pénis, son corps flasque et désirable. Malheureusement, des ébats trop salés avec une jeune fille nommée Chihiro et un garçon, Haku, l'ont fait condamner, et il a été obligé de quitter le pays, non sans arracher encore quelques verges.
- Comment est-il arrivé ici ?"
Le Capitaine se redressa et banda violemment, le visage indigné :
"- Hé ! vous oubliez que mon chateau a une renommée mondiale ! Le Sans-visage souhaitait pouvoir aller plus loin, toujours plus loin dans la souillure, la pornographie, la destruction et la mort ! Il a sillonné le monde, est passé par tous les hôtels de passes, les clubs SM, les religions primitives, mais il n'a rien trouvé de mieux que les sous-sols de Moulinsart ! C'est dire le niveau de ce qui vous attend, messieurs !"
Végéta se lécha les lèvres de plaisir et Kratos se sentit ému. Seul Tintin, qui n'avait pas encore vu le Sans-visage, l'aperçut enfin et se mit à vomir.
"- Ahhh ! Je ne veux pas ! Je ne veux pas !"
Il cherchait à s'enfuir, mais Végéta le tenait solidement avec la laisse, et le poussa en avant, aux pieds du Sans-visage. Celui-ci s'avança d'un pas fantomatique en balbitiant :
"Heu... heu..."
Tendant la main, il y fit apparaître un splendide godemichet d'une taille impressionnante, émaillé d'épines pointues et de tranchants acérés. Bien qu'ayant l'anus temporairement rempli, Tintin ne put résister et s'emparer du bel objet pour commencer à le sucer - toute forme phallique semblait désormais provoquer la même réaction chez lui. Le Sans-visage en profita pour s'élancer en avant, et sa silhouette transparente disparut au contact du corps de Tintin. L'instant d'après, le godemichet d'argent se volatisa. Tintin se souleva subitement, comme en proie à une trance :
"- L'amour ! L'amour !" hurlait-il.
Il se mit à s'agiter comme s'il voulait s'arracher la tête, tendant son corps dans tous les sens possibles et le visage décomposé par la douleur.
"- Que se passe-t-il ?" demanda Kronos au Capitaine.
"- Il le pénètre par l'intérieur. C'est une sorte de viol mental, une pénétration de l'âme. Une des sensations les plus humiliantes et les plus douloureuses qui soient. Heureusement, c'est de courte durée."
En effet, la douleur touchait à sa fin. Tintin tomba violemment par terre, les yeux vitreux et la bave dégoulinant de sa bouche béante. Il se mit à lécher le sol pour reprendre contact avec la réalité.
"- Allons-y ! S'écria le Capitaine. J'espère que vous avez le coeur pur !"
Sans broncher, Végéta et Kronos s'avancèrent avec lui à la rencontre du Sans-visage. Il y eut un rapide éclair blanc, puis le monde disparut à leurs yeux, et ils ne virent qu'une imense peau, blanche, belle, que des objets métalliques venaient percer aussi aisément qu'une feuille de papier. Des insectes répugnants, scolopendres et chenilles, accompagnées de rongeurs et de serpents, vinrent la ronger. Les derniers restes de la belle toile de peau pourrirent en quelques instants, et il ne resta rien dans leur esprit que la vermine grouillante, visqueuse et dégoûtante. Une voix se fit alors entendre : "plongez". Un ordre. Devant eux se tenait une piscine de vermines, remplies de moisissures, de germes de champignons venimeux, de membres humains rongés par le cancer et la gangrène. Sans hésiter, le Capitaine s'élança et effectua un magnifique plongeon pour atterrir en plein centre de la piscine. Kratos le suivit, faisant le choix d'un saut de l'ange. Végéta seul hésita, tandis que la voix se faisait plus dure : "sautez si vous êtes purs ! c'est votre dernière chance !" Mais déjà la lumière blanche envahit tout l'espace à toute vitesse, et ce fut la fin du rêve.
Revenus à eux-même, le Capitaine et Kratos regardaient Tintin allongé par terre, qui était désormais en train de manger son propre vomi. Derrière eux, en revanche, Végéta avait gardé les yeux fermés, et son corps, rouge et fumant, commençait à se disloquer. La peau se liquéfia rapidement, les intestincts et l'estomac se mirent à pourrir à une vitesse prodigieuse.
"- Que se passe-t-il ?! hurla Kronos en se retournant.
- Il n'était pas pur, voilà tout, répondit tranquillement le Capitaine. Son corps est atteint d'un cancer généralisé accéléré. Il va vivre dans cet état de pourrissement interne pendant quelques dizaines d'années encore sans trouver de repos, et dans la mort, c'est son âme qui pourrira de la sorte. Regardez : les organes ont pris vie, ils sortent du corps."
Le Capitaine s'avança vers le squelette momifié et fumant, et détacha le foie d'un coup sec, puis il croqua dedans.
"- Je vous conseille de goûter. C'est exquis : tumeur, bile, infections diverses et sébum. Toutes les choses qu'on aime..."
A terre, Tintin eut un nouveau relent.
