Chapitre 6 : Tintin au pays des tantouzes

Où les émissaires de la mort, serviteurs du dieu Azathoth, transportent Tintin et Kratos dans un voyage extra-sensoriel.

Dans le calme apaisant du bivouac souterrain, à la douce lueur d'un feu de camp, Tintin était assis (techniquement, il était assis sur le cadavre de Milou, toujours enfoncé dans son trou de balle), et regardait le Capitaine et Kratos rivaliser de trouvailles sexuelles et de positions saugrenues. Les ébats duraient déjà depuis plusieurs heures, et ne paraissaient pas près de se finir. Il avait l'impression de voir jouer deux Stradivarius.

D'une manière générale, Tintin avait beaucoup apprécié durant sa courte vie le rôle de l'observateur. Au fil de sa liaison avec Sakura, il se plaisait à s'imaginer à l'extérieur de son corps, regardant de près, et comme filmant un rapport, et éjaculait généralement quand il songeait que le Capitaine était à sa place. D'ailleurs, il ne trouvait guère Sakura excitante ; mais lorsqu'il la visualisait en pleine volupté avec le Capitaine, il pouvait se branler de nombreuses heures.

La marche reprit bientôt. Les cellules défilaient sous les yeux des compères, interminable succession de plaintes, de larmes et de traces de sang ou de cris d'agonie. Enfin, ils parvinrent à ce qui devait constituer leur objectif : le sanctuaire d'Azathoth.

"- Mille sabords ! Ca nous aura pris du temps, à force de copuler ! s'exclama le Capitaine.

- Oui, mais c'était bien bon.

- Silence, Kratos. Vous n'êtes qu'une chienne. Dans quelques instants, vous allez découvrir ce qu'est le plaisir..."

Se disant, il saisit Tintin par le bras et s'approcha du monument qui leur faisait face.

Il s'agissait d'une gigantesque pyramide de verre, soutenue par de monumentales arches métalliques. Elle trônait, maîtresse des lieux, dans cette cavité sombre où l'on pouvait entendre, en tendant l'oreille, un bruit de ruisseau. Des parois sales et grisâtres émanait une lumière terne, diffuse. Le Capitaine tappa dans ses main une dizaine de fois, puis laissa son sourire diabolique défigurer son visage lorsque des bruits se firent entendre à l'intérieur.

"- Les voilà... Préparez votre sacrifice, mousaillon, voici l'heure de la rédemption et du pardon de l'ame..."

Au fur et à mesure qu'un mécanisme provoquait l'ouverture des murs, la pyramide se déploya. Le mur qui en constituait la porte glissa vers le sol et s'y fixa avec une rapidité déconcertante. A l'intérieur, on entendait désormais un bruit d'orgue accompagné de bois et de quelques cuivres, qui interprétaient ce qui semblait un air religieux, très ancien et sacré. Des choeurs se mirent à scander des mélopées arides et ternes, dans une langue incompréhensible, à la gloire sans doute de divinités immondes et disparues, et dans lesquels on percevait parfois quelques noms propres : Dagon, Ctulhu, Nyarlathotep, Yop-sothoth...

"- Ajoutons ensemble, ce soir, un nouveau chapitre au Necronomicon..." lança à la cantonnade le Capitaine, ce qui glaça le sang de Kratos.

Enfin, le petit orchestre fut concurrencé par des bruits sourds et autrement plus répugnant : ils semblaient d'abord des succion, puis dégénérèrent en sonorités ouatées, comme celles de pas dans la neige, mais amplifiées et menaçantes. Des hurlements retentirent, et plusieurs intruments cessèrent de jouer. Des éclaboussures immenses de sang vinrent s'éclater contre les parois de verres, et rougirent l'ensemble du dispositif. L'un après l'autre, les instruments s'arrêtèrent de jouer, parfois des râles de mort leur tenaient lieu de dernière note. Enfin, une autre mélopée, lugubre, commença à s'élever comme un glas :

"Tinky Winkyyyyyyyy..."

"- C'est impossible ! s'écria Kratos."

"Dipsyyyyyyyyyyyyy..."

"- Eh non ! lança le fier Haddock. Kratos, je vous présente les cavaliers de l'Apocalypse !"

"Laa Laaaaaaaaaaa..."

Les silhouettes commencèrent à apparaître dans la brume : inhumaines, comme des bibendums peluchés et morbides.

"POOOOOOOOOOOO !"

A l'instant où le cri rententit, les quatre Télétubbies se précipitèrent sur Tintin, vifs comme l'éclair.

Ce dernier n'eut pas du tout le temps de réagir : déjà, les atroces créatures l'avaient pris par les bras et l'entraînèrent dans une ronde satanique. Au dessus de leurs têtes brillaient leurs antennes, retransmettant les idées les plus glauques et envahissant la tête de Tintin. Sur leurs ventres, les écrans diffusaient des films pornographiques des plus extrêmes, dans lesquels Haddock reconnut François Sagat et Casey Donovan. Ils éclatèrent de rires puérils, puis embarquèrent Tintin à l'intérieur du mausolée.

"- Qu'est ce qu'ils vont lui faire ? demanda Kratos, interloqué.

- Oh... Le conduire à la mort par le plaisir, en somme. Vous pouvez aller voir, c'est très instructif, mais vous n'en reviendrez pas...

- Est-ce un si grand plaisir ?

- Immense. La mort par l'orgasme. Que rêver de mieux ?..."

Kratos se passa un instant la main sur le front, semblant juger le pour et le contre, puis il s'élança en avant et se précipita dans la pyramide, qui devait constituer sa dernière demeure.

A peine arrivé sur le seuil, il fut embarqué dans une bourrasque, et se sentit balloté de tous les côtés. Des chocs d'une violence extraordinaire se mirent à stimuler ses capteurs sensoriels, et ses parties génitales se trouvèrent exacerbées, au point de prendre entièrement le contrôle de sa personne. Dirigé désormais par son sexe, Kratos revint à lui subitement et comprit ce qui se passait :

l'intérieur de la pyrammide était une zone sans gravité, aussi les Télétubbies s'élançaient-ils dans toutes les direction avec une vitesse pharaonique, et les projetaient, lui et Tintin, hilare, en tout sens. Il y avait des sorte de boules hérissées de piques en lévitation, à plusieurs endroits - Tintin avait déjà eu une jambe arrachée à leur contact. Dans l'air flottaient également un très grand nombre de cadavres en décompositions et de poussières - unique restes sans doutes des derniers sacrifiés. La porte s'était déjà refermée : voilà donc le terminus, la fin de la vie - avec un air de fête, quand même.

Les Teletubbies chargeaient, le rire enfantin au visage, et donnaient de violents coups de bedaines ou de bras avec un horrible bruit de succion. Kratos ne comprenait pas encore ce qu'ils lui volaient à chaque contact - sans doute s'agissait-il de son chakra ou de son énergie vitale. Il se sentait faiblir à chaque instant mais cette déchéance s'accompagnait de regains d'adrénaline comme il n'en avait jamais connu, aussi le plaisir se mêlait-il à la peine la plus immense. En face, Tintin ne semblait pas tenir le coup : il vomissait du sang et de la bile et continu, s'embrochant à droite et à gauche sans un instant de répis, et ses parties génitales répandaient ce qui restait en lui de merde, d'urine, de sperme, matières qui venaient heurter Kratos en vole. Ses pores, dilatés, absorbaient les excréments et la semance de Tintin, et il sentait les matières venir rapidement s'infiltrer dans son sang, s'y plonger jusqu'à son coeur et son cerveau.

Le plaisir et la peine étaient trop grands - le spartiate sentit qu'il n'avait plus que quelques instants à vivre. Il se recueilla et chercha, dans l'infinité de son être, ce qui pouvait rester en lui de religiosité, afin d'accueillir au mieux le passage à l'autre monde. Des mots lui vinrent naturellement sur les lèvres :

"Notre père, qui êtes au cieux

Que votre nom soit sanctifié

Que votre règne vienne

Que votre volonté soit faite sur la Terre comme au ciel..."

Le visage d'humanoïde d'un Télétubbies se précipita à son contact. Tinky Winky prit la tête du guerrier entre ses main et lui donna un baiser.

"Donnez nous aujourd'hui notre pain de son jour

Pardonnez nous nos offenses..."

Le monde se dilata en un instant, et la douleur envahit le bassin de Kratos. Il sentait sa verge en feu, son anus irrité comme jamais. Autour de lui scintillaient mille lumières désirables qu'il ne pourrait jamais atteindre, et la frustration le rongeait comme une lèpre.

"Comme nous les pardonnons aussi

A ceux qui nous ont offensés

Mais ne nous sommetez pas à la tentation..."

Le bruit de succion s'interrompit, et Kratos comprit qu'il était mort. Le chaos avait laissé sa place au silence. Il se trouvait dans une sorte de jardin artificiel, en face d'une grotte creusée dans une petite coline. Il y avait, au loin, uné éolienne, qui diffusait des messages de mort et de folie. Toutes les ondes, histoires de criminels et des pires attrocités commises en tous temps, rentraient dans sa tête sans un instant de répit. La douleur circulait en lui, prenait le contrôle de son corps. En haut, un soleil contenant le visage d'un bébé se détacha du ciel, descendit en trombe sur lui, brûlant sa peau et ses os désormais à vif. Enfin, le soleil s'arrêta en vol stationnaire au niveau des hanches de Kratos. Le bébé avança sa tête, saisit sereinement sa queue dans sa bouche, et commença à sucer.

"Mais délivrez nous du mal"

Kratos sut qu'il avait atteint l'Enfer et la vie éternelle.

"Amen"