Chapitre 16 : Le sexe et l'effroi

Où le Capitaine poursuit sa série de contes sexuels et torrides ; où il s'attaque désormais à un petit monument de la littérature française, et les petites contrariétés qui en découlent.

Gustave trempait sa plume dans l'anus de Guy, et se servait de son caca pour écrire. Il allait le chercher le plus loin possible, presque de l'autre côté de la cavité, là où la merde est la plus pure. Et il avançait encore et toujours son interminable bouquin, l'histoire d'une souillure suçant le plus de bites possibles, un livre pornographique intitulé "Mme Bovary".

Gustave parfois ne tenait plus et plongeait ses grandes moustaches blanches directement dans les fesses de Guy. Il frottait avec ferveur, il élargissait le tout pour y enfoncer au maximum son gros nez aplati. Mais toujours, Guy le rappelait à l'ordre et il devait reprendre son interminable quête de l'écriture, de l'absolu.

Pour faire la ponctuation, il pratiquait une coupure à son poignet gauche et venait y prendre le sang avec lequel et il traçait les virgules, les points sur les "i" et les autres tirets. C'était un travail extrêmement minutieux, car il était sans cesse obligé de nettoyer la plume contre sa peau meurtrie. Les matières fécales se répandaient, lentement mais sûrement, dans son organisme. Il savait que tout n'était qu'une question de temps avant que la merde ne se décidât à remplir son coeur et à boucher définitivement ses artères, le conduisant ainsi à une mort certaine. Guy, totalement conscient de cela, venait de plus en plus le violer pendant la nuit - il y trouvait d'ailleurs l'énergie suffisante pour écrire, aidé par la coke et par des putes de temps en temps, sa nouvelle érotique "Le Horla", ou le portrait d'un violeur en série.

Avec leur ami Prosper, ils s'étaient rendus la semaine précédente à une soirée costumée qui les avait enchantés. Une dernière fois, ils avaient pu briller dans le monde ; une dernière fois, ils avaient pu faire la démonstration de leurs capacités prodigieuses en matière d'extase ; une dernière fois, ils avaient pu laisser le tout-paris admirer le pervers amour qui unissait le tuteur à son fils adoptif. Mais ils y avaient aussi découvert que la vie sociale n'était plus faite pour eux, et qu'il était temps pour leurs corps fatigués de se retirer dans l'écriture et de produire leur chef d'oeuvre, ce qui allait rester d'eux.

En arrivant dans la salle de bal, Gustave et Guy avaient craqué en voyant la splendide sculpture de Neptune sur son char. Ils avaient immédiatement arraché leurs costumes de diablotins et s'étaient jetés, l'anus ouvert, sur les jets d'eau. Ils s'étaient caressés, sucés, puis avaient joué à celui qui parviendrait à mettre le plus de flotte dans son cul. C'était Gustave, plus vieux et d'avantage féru de ce type d'exercices, qui l'avait emporté. Guy, très jaloux, avait lancé un nouveau jeu : le concours de viols. Tous deux se précipitèrent sur l'assistance ravie de cette animation inattendue, et avaient distribué des litres et des litres d'amour. Tout cela avait fini par des testicules épuisées, pendantes et bien repues de chair fraîche, paressant avec les tendres glands tous roses sur des canapés de velours vert. Enchanté par cette vision, Prosper s'était laissé allé à une nouvelle romantique, qu'il intitula "La Vénus d'Ille".

Un jeune ami de Guy, prénommé Charles, les visitait de temps à autres. Il débarquait avec de gros volumes, rédigés avec les excrément de ses chiens et de ses chats, aux odeurs enivrantes, où il était question de fleurs et de mal. Souvent, racontait-il, il devait réécrire plus de dix fois les mêmes textes, parce qu'il ne résistait pas à l'envie de lécher la page, détruisant ainsi ses chef d'oeuvres. Charles avait une autre passion : sa mère, qu'il avait visité de fond en comble, et dont il recherchait désespérément un vagin équivalent chez toutes les prostituées qu'il était capable de visiter. Guy lui faisait couler de la cire sur les couilles, et lui écorchait les fesses avant de les saupoudrer de sel. Cette expérience influa Charles pour son recueil "Le Spleen de Paris".

Tout ce petit monde vivait joyeusement ses derniers jours, comme s'ils constituaient les derniers de la littérature toute entière. Ils avalaient une quantité phénoménale de cachets, tuaient en coeur des enfants et des petits animaux, nageaient dans la merde et léchaient le sol. Ils adoraient aussi se vomir mutuellement dans la bouche. Mais un jour, un petit garçon du nom d'Arthur débarqua en furie et les tua tous à coup de revolver. Arthur se sentit un peu idiot, et rédigea rapidement quelques notes qu'il intitula "Les Illuminations" avant de se mettre une balle dans les testicules.

Lorsque les éditeurs recherchèrent les manuscrits dans les restes du carnage, ils eurent énormément de mal à les lire à cause des odeurs pestilentielles qu'ils dégageaient, des tâches de sang et de pisse, ainsi que de la grossièreté de l'écriture. Finalement, ils décidèrent de réécrire totalement le contenu, et ils engagèrent des plumitifs au rabais, pour refaire tous ces livres en y enlevant ce qui risquait de choquer. Pas un seul mot original ne fut gardé. La légende littéraire se construit ainsi d'impostures, de mensonges ; et souvent on rate ce qui a fait l'essentiel d'un être, d'une oeuvre, d'une pensée : le sexe brut et la douleur.