Hello!
Voici la suite des aventures de Lucrèce, un peu plus courte que le chapitre précédent. Pour le moment elle s'en sort plutôt bien, mais les ennuis ne vont pas tarder à pointer le bout de leur nez! Au fait, les noms du monde parallèle sont empruntés et inspirés de Skyrim, un jeu vidéo particulièrement marquant.
Une heure qu'elle était allongée dans un lit peu confortable, une heure que ses yeux ne pouvaient se fermer et que son esprit ne pouvait se reposer. Entre risquer de faire confiance à Kili et Fili, ou s'aventurer seule dans un monde potentiellement dangereux... le choix s'avérait cornélien. Sa rencontre avec les frères était t-elle fortuite ? Lucrèce croyait plus au destin qu'en elle même, et opta pour la première solution : quitte à prendre un risque, autant y aller jusqu'au bout...
Elle ne savait que peu de choses sur eux, mais elle n'avait décelé aucune méchanceté dans leur regard et son intuition était suffisamment rodée par son vécu. Lucrèce redoutait d'avantage la compagnie dont Fili et Kili faisaient parti, sans parler du fameux magicien, dont elle ignorait le nom mais qu'elle avait fait passé pour un ami... Effrayée par sa propre capacité à mener les gens en bateau, elle n'osa pas mesurer la conséquence de ses mensonges. Cependant, elle avait parfaitement conscience que son âme de comédienne et de manipulatrice pouvait être une arme grandement plus tranchante que la plus imposante de lames, et pourrait la sortir de situations difficiles. De toute manière, se moquer d'une poignée de personnes pour sauver non pas un mais deux mondes, reste un faible et nécessaire sacrifice, non ? A demi soulagée par sa prise de position machiavélique, elle se laissa étreindre par les bras de Morphée.
Après l'obscurité causée par ses yeux clos, deux formes de taille identique, sombres et à peine perceptibles se dessinèrent face à elle. Des lumières de toutes les couleurs émanèrent des deux figures, suivies de cris d'une foule enthousiasmée. Lucrèce cru que la surprise l'avait sortie de son rêve, mais il s'agissait en fait de faibles rayons de soleil qui finissait leur chute en plein visage. Paniquée par la durée atrocement courte de son sommeil, cette dernière se leva brusquement et manqua de goûter au parquet, faute d'équilibre.
- Debout petit corbeau ! Criait une voix qui semblait appartenir à Kili, en tapant férocement la porte.
- Euh... oui! J'arrive dans une minute ! Rétorqua fébrilement Lucrèce.
Dans la panique la plus totale, elle ne s'était jamais habillée aussi rapidement, fit l'impasse sur le brossage de ses cheveux et réduit ses étapes de maquillage au dessin de ses précieux sourcils, le tout en trois minutes et quelques secondes. Lucrèce se retrouva nez à nez avec ses deux nouveaux compagnons, les bras croisés mais le sourire aux lèvres.
- Venez, le petit déjeuner doit être servit, expliqua Fili
Le tutoiement alcoolisé détrôné par le vouvoiement sobre interpella Lucrèce, concluant que c'était une bonne chose. Une question de distance primordiale. Elle descendit les marches derrière eux, et s'assit à la table qui leur était destinée, et englouti rapidement son verre de lait et du pain fraîchement cuit. Durant le repas, les deux frères discutaient dans une langue inconnue aux sonorités dures, ce qui irrita quelques peu la jeune femme. Sérieuse dans son rôle d'usurpatrice, elle assista à la scène avec une neutralité parfaite car, « l'observation, c'est la clé ». Mais l'heure n'était plus aux suspicions, il fallait partir.
- Nous avons rendez vous ce soir chez Monsieur Sacquet, en Comté, nous devrions nous dépêcher ! Commença Fili à l'attention de Lucrèce.
- Si par malheur nous arrivons en retard, notre oncle va nous assassiner et vous la première, honneur aux inconnues. Continua Kili avec un sourire vicieux.
- Il est si terrible que ça ? Questionna Lucrèce, voulant savoir à qui à faire et quelle attitude adopter.
- Il ne l'est pas, il l'est devenu, marmonna Kili, qui récolta un coup de coude d'un Fili visiblement gêné.
Cette remarque plaça un froid dans une ambiance qui manquait déjà de chaleur, d'autant plus que les deux frères conversaient à voix basse, encore dans cette langue à l'acoustique étrange. Profitant de leurs échanges codés définitivement indécodables, Lucrèce fit le point sur la situation : Fili et Kili faisaient parti d'un groupe en partance d'Erebor. Bon point. Ils avaient apparemment des choses à cacher. Mauvais point. Leur oncle, et visiblement le chef de l'expédition était un démon. Très mauvais point. Les frères croyait que Lucrèce était une amie du magicien organisateur de la croisade. Immunité. Elle même ne connaissait du magicien que son titre. Énorme faille qui renverse l'immunité.
De ce duel mitigé, une première solution était évidente : parler le plus possible de cet ami imaginaire en étant évasive, de sorte à récolter des informations sur lui et éviter tout question saboteuse.
- Je ne savais pas que mon ami avait réuni tout un groupe pour cette expédition ! Et vous ne saviez même pas que j'ai été choisie... vous ne trouvez pas ça étrange ? Se risqua Lucrèce.
- Comme vous l'avez dit hier soir, c'est un magicien alors non pas tant que ça. Rétorqua Kili.
- Non mais vraiment, vous lui faites confiance ? Demanda la jeune femme.
- Vous lui faites confiance, n'est ce pas ? Et pourtant vous connaissez son penchant pour les secrets et les énigmes. Supposa Fili.
- Dans mon cas c'est différent, je le connais depuis mon enfance, mais vous, j'imagine que vous ne savez pas grand chose sur lui. Insista Lucrèce.
- Absolument rien. Mais notre oncle l'a rencontré et lui fais confiance, alors ce n'est pas un soucis. Conclua Kili, vous pouvez alors nous en dire plus puisque vous le connaissait depuis toute petite ! S'exclama t-il.
« Bravo Lulu, quel joie de retrouver derrière les barreaux de son propre piège ! »
- Bah, il est plutôt âgé, « tous les magiciens le sont, non ? » quoi dire de plus..., assez patient, rien d'exceptionnel en fait...
- Je vois, songea Fili, quel est son nom ?
- Ah euh... je ne le connais pas... se résigna Lucrèce.
- Comment ?! S'indignèrent les deux frères.
- Les magiciens ont pour habitude de garder leur identité secrète et usent de toutes sortes de pseudonymes. Se rattrapa t-elle.
- Ah, je vois... murmurèrent Fili et Kili de concert.
« Risqué, mais pas trop mal... »
Le reste de la matinée se déroula tranquillement et Lucrèce se contenta de scruter les environs. La Terre du Milieu était globalement similaire à Morokei, et elle ne pouvait que s'en réjouir. Emportée par une douce nostalgie, elle se crut sur la Route des Orfèvres, qui reliait sa ville natale, Sombrétoile à Brisargent. Son nom a pour origine la présence de nombreux marchands à ses abords, essentiellement des bijoutiers itinérants venus de Pondragon, capitale de l'artisanat en Morokei.
Après quelques heures de marche, des grognements abdominaux indiquait l'heure du déjeuner. Pour l'occasion, Kili partit chasser avec son arc pendant que Lucrèce et Fili faisait un feu.
- Au fait, d'où venez vous ? Questionna Fili
Fortement embarrassée, Lucrèce sentit ses joues virer au carmin, et lorsqu'elle ouvrit la bouche pour sortir une nouvelle série de mensonges, Kili courrait vers eux, deux lièvres à la main et le sourire radieux. Fili sembla oublier aussitôt sa question, et se hâta de préparer le repas. Lucrèce prit conscience qu'il fallait se créer une identité de toutes pièces dès maintenant, histoire de tromper les deux frères rapidement et par la suite le reste de la compagnie. Pour le prénom et pour l'âge, rien de compliquer il suffisait de dire la vérité. « Pour le reste, un savant mélange de mystère et de crédibilité, et le tour est joué ». Ainsi, Lucrèce, 25 ans, fille de forgeronne et de pêcheur originaires de Sombrétoile, Morokei était désormais Lucrèce, toujours 25 ans, fille de marchants itinérants originaire de je-ne-sais-ou-je-suis-née-sur-les-routes, Terre du Milieu. « Si ma mère me verrait, elle s'en mordrait les doigts... ».
La pause déjeuner fut brève, et la troupe se mit en route après avoir éteint le feu. Lucrèce profita de l'après midi pour se renseigner sur les membres de la compagnie, en prenant soin d'éviter le cas Thorin. Kili se moquait de Bombur et de son penchant pour la nourriture puis de Bifur, à cause de sa hache plantée dans son crâne et des séquelles qui en découlaient. « Je crois qu'il me fait marcher... » et conclu par Bofur, sympathique fabriquant de jouets dont il avait terriblement peur étant petit. Fili prit le relais en présentant Balin, le seul être réfléchi et sage qu'il connaissait puis Dwalin, son jeune frère et instructeur de combat craint par tous sauf de Thorin, et encore.
Après un temps d'arrêt destiné à retirer les cailloux que Kili avait dissimulé dans les bottes de son frères, Fili résuma Gloin comme étant le plus grippe-sous de toute la compagnie, et ayant l'épouse la plus ravissante de toutes les Montagnes Bleues. Vint le tour de son frère Gloin, particulièrement respecté de tous grâce à ses compétences médicinales. Puis Kili reprit le flambeau en mentionna Dori, dont le pessimisme à toute épreuve en agaçait plus d'un, puis Nori, véritable brute lorsque quiconque osait s'attaquer au dernier et plus faible membre de la compagnie, son frère cadet Ori, le scribe de l'expédition. Cette présentation permit aux deux frères de se remémorer quelques anecdotes croustillantes, dont la chute de Dwalin dans du fumier lors d'un entraînement de Fili, le jour où Gloin s'était fait gifler par sa femme devant toute une foule, où la multitude de farces à l'encontre d'Ori. Cette émanation de souvenirs et de rires firent passer l'après midi à une allure folle et le se fit rapidement discret.
- Je crains que nous ne soyons déjà en retard, s'inquiéta Kili, maintenant qu'il faisait nuit noire.
- Je pense que nous y somme presque, en tout cas à temps pour arriver avant l'aube. Rassura Fili.
« Avant l'aube !? Il y a intérêt je suis épuisée !» songea Lucrèce juste avant de s'écrouler au sol. Alertés par le fracas, Fili et Kili se retournèrent simultanément.
- Eh bien alors petit corbeau, l'herba a bon goût ? » se moqua Kili, voyant que Lucrèce était plus honteuse que souffrante.
- Saloperie de racine, jura t-elle en tentant de se relever. Mais qu'est ce que... râla t-elle, n'arrivant pas à dégager son pied.
- Malédiction... souffla Fili en un élan de surprise.
Alertée, Lucrèce inspecta le visage figé du jeune blond avant de se tourner vivement vers son pied. En l'espace d'une seconde, la honte laissa place à l'effroi...
Je sais je sais... c'est un peu long à démarrer mais la rencontre avec le reste de la compagnie est pour le chapitre suivant, promis!
Sur ce, j'espère que vous allez apprécier, et n'hésitez à me dire ce qu'il vous plait et vous déplais, pour que je puisse améliorer la suite!
Bizz
