Alors je dois dire que je suis en mode "squeeeeeeeee j'ai eut plein de reviews!" en bonne fangirl un peu désemparé que j'étais! Ce fandom me tient à coeur et je suis à fond dessus niveau écriture (pauvre Steve et Tony qui sont délaissés...). Je m'amuse beaucoup et je suis contente que cela plaise!
Merci à ma fidèle lectrice Poisson Volant, toujours au rendez-vous! Merci à Maman Bouba, oui ce film est une tuerie et ce fut un plaisir de me le revoir récemment! Merci ShanonBooth qui a démasqué ma dessinatrice source d'inspiration pour une scène... (enfin pas qu'une *tousse*). Pour celles que ça intéressent, c'est la talentueuse Kaciart sur tumblR. Merci encore pour tes compliments sur mon style, j'ai une fidèle BBB qui s'emploie à rendre chacun de mes textes parfaits (parce que dieu sait parfois que j'ai des tournures bizarroïdes XD). Merci Whimsical happenings, je ne compte pas m'arrêter en si bon chemin !
Évidemment, je remercie ma petite Rasp, fidèle BBB et ma bêta Siphi!
La review c'est le carburant de l'auteur! Et comme j'ai croulé sous les commentaires, je suis euphorique, donc, je vous poste le chapitre suivant!
Je vous souhaite une bonne lecture et une excellente journée (ou soirée)!
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My Fair Gentleman
- From Russia with Love -
L'enthousiasme d'Eggsy était descendu dans le négatif tout comme les degrés qui sévissaient en dehors des murs de son hôtel. Saint Petersburg est une très belle ville, lui avait-on dit. Saint Petersburg est un joyau culturel et architectural. À Saint Petersburg, on se gèle le cul !
Le jeune homme n'avait jamais autant béni sa doudoune ainsi que sa capuche par ces moins treize degrés qui régnaient dans les rues de la ville des Tsars. Et c'était peu de le dire, s'il avait pu, il se serrait baladé en combinaison de ski. Mais il n'avait qu'un costume sur mesure et quelques accessoires pour lui tenir chaud comme des gants et une écharpe. La Russie ne pouvait décemment pas avoir des températures positives en plein mois de janvier mais quand même… Ce n'étaient pas des températures humainement supportables.
Alors oui, Eggsy avait eu le droit à un magnifique hôtel, juste en face de la cathédrale Saint Isaac, une vraie merveille. Sauf qu'il aurait préféré rester derrière les triples vitrages avec vingt deux degrés de température ambiante. Quelle idée d'arranger un échange dans le froid du soir et dans une ville appartenant au cercle polaire.
Galahad marchait sur la place du palais, appréciant à la dérobée l'architecture de l'Ermitage, passant devant la colonne d'Alexandre qui se situait au centre de cette grande étendue pavée et couverte d'un manteau blanc. Il devait continuer sa route jusqu'au jardin d'été. Pour cela, il devait longer trois rues jusqu'à la cathédrale St Sauveur, qui était bien à vingt minutes de sa position, puis traverser deux ponts avant d'atteindre son point de rendez-vous. Saint Petersburg et ses multiples ponts où le vent froid était encore plus mordant. Le jeune espion serra le col autour de son cou et rabattit encore plus la capuche sur sa tête.
De la vapeur sortait de son nez pourtant caché dans l'étoffe en laine tandis que son corps tremblait de froid. Les habitants étaient tous congelés du cerveau pour sortir par ce temps. Un début de soirée où il y avait des jeunes femmes en robes sous de gros manteaux ou encore des hommes en costume à la démarche décontractée. Alors que lui marchait vivement dans l'espoir de se réchauffer. Galahad bénissait la courte durée de cette mission. Il devait juste récupérer des informations d'un de leur contact. La prochaine fois, il demanderait Haïti ou encore Cuba.
Sa route commença à progressivement manquer d'habitants locaux mais il ne s'affola pas outre mesure. Eggsy atteignit la dernière ligne droite et profita du fait que personne ne le voyait pour trottiner le long du canal afin de se réchauffer. Sur sa gauche, il y avait l'eau puis St Sauveur avec ses toits en forme de cupcakes et à sa droite, les jardins du champ de mars. Au bout de cette allée glaciale, il y avait encore un pont pour donner accès au fameux jardin d'été puis quelques mètres après un autre aqueduc. Son point de rendez-vous se situait là, à la naissance de cet énième fichu pont. Quelle idée de construire une ville avec autant de viaducs. Galahad passa la première passerelle et jeta un regard à l'eau recouverte d'une fine pellicule de glace. La rivière devait avoir créé une résistance aux températures de son propre pays pour ne pas être entièrement gelé. Pour rien au monde il n'aimerait y mettre un orteil. Un frisson d'appréhension le parcourut rien qu'en y pensant.
Galahad reporta son attention devant lui et distingua une silhouette féminine enveloppée dans un grand manteau bleu marine, arborant un chapeau de la même couleur qui lui masquait une partie du visage. Autour de son cou, une étoffe chaude pour la prémunir du froid mais celle-ci laissait échapper des mèches de cheveux roux sur ses épaules. Le jeune espion scruta les environs déserts et se rapprocha alors de la femme. Le son de ses pas dans la neige lui fit relever le menton, pour ancrer son regard dans le sien.
-Auriez-vous un parapluie, je crois avoir égaré le mien ? demanda-t-il une fois à la hauteur de la personne.
-Mais bien sûr.
Doucement, comme par peur du froid, elle glissa une de ses mains gantées sous son manteau pour en ressortir une enveloppe kraft de format moyen mais épaisse et la lui tendit. Le jeune espion la récupéra dans sa paume mais lorsqu'il attira le paquet à lui, la femme ne le lâcha pas immédiatement. Eggsy fronça les sourcils avant d'avoir un réflexe guidé par la suspicion. Il se précipita sur la femme qui recula, surprise tandis qu'une balle mordait la doudoune noire au niveau de son épaule.
Sans perdre un instant, il lui fit un croche-patte pour la faire basculer en arrière. La femme se retrouva au sol, sa tête non loin d'un poteau de pierre. Eggsy ne perdit pas une seconde pour se jeter sur elle et entraver sa gorge d'un bras, son autre main stoppant la sienne qui avait voulu plonger sous son manteau. Durant leur chute, le paquet avait volé pour atterrir plus loin dans la neige tandis que des balles ricochaient sur la pierre et le sol autour d'eux.
-Pour qui vous travaillez ? questionna Eggsy avec hargne.
-Pour mon pays, lui cracha-t-elle au visage.
Le blond ne fut pris d'aucun scrupule et lui assena un crochet du droit pour la mettre hors d'état de nuire. Sa défense s'éteignit dans un cri étouffé et elle resta évanouie sur le sol gelé après un tel répondant de la part de son agresseur. Au moins, l'adrénaline avait éradiqué la sensation de froid dans son corps à présent alerte. Prudent, Galahad ouvrit le manteau de la femme pour découvrir une arme à feu et la prit avant de se rapprocher des montants du pont pour tenter d'avoir une vue sur son potentiel sniper. Il y avait des bâtiments sur sa gauche et un château sur la droite. Sa meilleure chance était d'atteindre la rue de l'autre côté du viaduc et de se perdre dans celle-ci. Il avisa le paquet un peu plus loin, à découvert, s'accroupit avant de passer à l'action.
Eggsy attrapa le paquet en quelques pas puis il se mit à courir à l'autre bout de la passerelle tout en essayant de repérer la provenance des tirs. Il manqua de glisser et une balle effleura son bras droit avant qu'il ne se jette contre la pierre froide du pont. Immédiatement il constata que la blessure était superficielle et derrière son abri, il tenta d'évaluer ses chances de s'en sortir vivant. Il devait trouver le sniper avant de se faire tirer comme un lapin lorsqu'il voudrait atteindre la rue. Ou s'étaler sur la glace comme un débutant. Vu l'angle de sa blessure, son adversaire était sur un toit dans la direction où il allait. C'était bien sa veine de ne pas avoir de secours possible. Une mission solo d'une simplicité enfantine, hein ? Le blond inspira avec calme pour s'apaiser, se tassant contre son refuge de fortune en pierre. Ses chaussures bien ancrées dans le sol, il poussa sur ses cuisses pour se hisser progressivement et jeter un œil vers les toits.
On lui tira dessus et Eggsy s'écrasa immédiatement sur le sol. Il pesta dans un anglais très fleuri de sa banlieue. Pourquoi ses informateurs s'étaient-ils retournés contre Kingsman ? Qu'y avait-il dans cette enveloppe pour qu'on le veille mort ? Intrigué, il regarda l'épaisse enveloppe en kraft dans sa main et l'ouvrit. Harry serait sans doute contre mais il risquait sa vie pour… pour du papier blanc ?
-Enculé de sa mère ! jura-t-il tout haut.
On l'avait piégé. On avait piégé Kingsman. Un brin rageur, il balança le contenu de son enveloppe sur le sol devant lui. Puis, le jeune espion scruta le pont désert même dans sa continuité comme s'ils avaient vidé les lieux pour être certain de l'avoir. Si c'était le cas, qu'importe la voie terrestre, il se retrouverait pris au piège. Eggsy jeta un regard à travers les ouvertures de pierre du pont et l'eau glaciale qui avançait tranquillement dessous.
-Putain…
Sans réfléchir plus longtemps, il gagna un peu de terrain pour remonter vers la femme et éviter les balles qui tentaient de le cueillir à chaque fois qu'il était à découvert. Presque à la fin du pont, il retira sa doudoune et son écharpe en jurant avec tous les noms d'oiseaux qu'il connaissait. Il prit soin de mettre ses lunettes dans la poche de sa veste de costume, vérifia que son arme tenait puis lança son vêtement chaud en l'air vers le centre du pont. Tandis que la chaude étoffe noire se faisait canarder, il sauta dans l'eau glacée de la Néva. Eggsy ressortit immédiatement en criant sous le froid mordant mais les balles qui fusaient dans sa direction furent un élément dissuasif. Il prit une grande inspiration et disparut sous la surface noire pour se rapprocher à grandes brasses énergiques du petit canal qu'il avait longé pour se rendre jusqu'au premier pont emprunté.
Le blond ressortit en essayant de contenir la douleur que le froid provoquait. Il ne fut pas assailli de balles mais il ne voulait prendre aucun risque. Il inspira à fond et retourna sous l'eau pour continuer d'avancer dans ce canal glacial. Eggsy n'en ressortit que lorsqu'il eut atteint le milieu du champ de mars, sortant dans le jardin, plus facile d'accès que les grandes murailles infranchissables de l'architecture.
Une fois dehors, un violent frisson le parcourut avant que tous ses membres ne se mettent sur le même rythme grelottant. Eggsy inspira le plus calmement du monde pour tenter de se contrôler et il se mit à marcher à vive allure dans les jardins taillés à la perfection. Il venait à peine de sortir mais il sentait déjà de la glace s'emparer de ses cheveux mouillés et coller à son crâne, ses vêtements se cristalliser sur sa peau et tirant son épiderme comme pour l'arracher au papier de verre. Le jeune espion avait peut-être froid mais son esprit tournait à plein régime pour s'en sortir.
Le premier endroit où ses ennemis allaient le chercher était son hôtel, il était donc hors de question d'y retourner. Cette option de retraite était trop loin et il se gelait littéralement le cul. S'il ne mourait pas d'une hypothermie dans les minutes à venir. Eggsy fit appel au plan de la ville qu'il avait étudié avant de partir et savait qu'il y avait un autre grand hôtel de luxe près de sa position. Il longea le Russian Museum en sortant du parc et scruta la rue en claquant des dents. L'hôtel était à quelques blocs. Mais le froid commençait à trop engourdir son corps et ralentissait sa cadence.
Le jeune homme faillit poser la main contre un mur dans le but de s'arrêter mais se gifla mentalement pour continuer. Ses pas le guidèrent vers l'hôtel, de moins en moins assurés. Il s'écroula contre la porte de service à l'arrière du bâtiment luxueux et tapa dessus assez mollement même s'il donnait tout ce qu'il pouvait. Celle-ci s'ouvrit rapidement, une voix d'homme pestant en russe contre l'importun. Eggsy s'écroula sur lui, tremblant comme une feuille malmenée par une tornade.
-Ai… dez… moi…
Le russe écarquilla les yeux en voyant cette personne à moitié congelée sur place lui tomber dans les bras. Il appela dans sa langue maternelle mais Eggsy avait du mal à suivre tout ce qui se passait parce que son corps contrôlait sa conscience en cet instant précis. Le froid anesthésiait non seulement son organisme mais aussi son cerveau et ses facultés. Et accessoirement, il ne parlait pas russe.
Il sentit qu'on le poussait à l'intérieur des murs chauds puis entendit la porte se refermer derrière lui. La suite fut un peu plus floue. Galahad comprit qu'on le transportait, grâce aux deux bras passés sous ses aisselles, et qu'on l'entraînait dans une pièce fermée, meublée entièrement de casiers rangés les uns à côté des autres. Il fronça les sourcils dans un signe de concentration, tentant d'entendre mieux les gens parler tout en constatant qu'il avait été transféré dans des vestiaires. À défaut de comprendre cette langue rocailleuse, il savait où il était. Mais plus les minutes passaient même dans cette demie chaleur ambiante, plus Eggsy avait du mal à garder son esprit lucide, le froid lui donnant envie de sombrer dans un sommeil qu'il savait mortel. Ce qui l'aida à tenir furent les mains qui le poussèrent dans un nouvel environnement de faïence blanche. Une douche. Le jeune espion secoua sa tête pour tenter de focaliser son regard quelque part. Et on lui donna matière à se focaliser.
-Froid, dit l'homme dans un anglais basique tout en lui mettant la main sur une poignée en inox.
Sa seconde main subit le même sort et il entendit le mot « chaud ». L'homme répéta deux fois les deux mots en lui montrant les boutons pour lui faire comprendre de commencer par une douche froide afin d'éviter un sacré choc thermique. Eggsy hocha la tête et tourna le robinet pour que l'eau fraîche l'arrose rapidement. Un violent frisson le parcourut, amplifiant ses claquements de dents, ses genoux s'entrechoquant mais ce n'était rien comparé à son bain dans la Néva. Il finit par relever son visage sous le jet qui décollait peu à peu le gel qui s'était formé sur ses cheveux, sur son épiderme, sur ses vêtements. Il expira comme s'il avait enfin retrouvé son souffle, se secouant avant de peu à peu injecter de l'eau chaude dans sa douche habillée.
Ses idées s'éclaircirent au fur et à mesure que son corps se réchauffait et il retira ses vêtements pour les pousser vers le coin extérieur de la douche. Il inspecta ses blessures mais ce n'était que des effleurements. Il avait eu le cul bordé de nouille pour s'en sortir avec si peu de trous dans la peau. Eggsy profita d'une douche brûlante sur la fin. Il entendit toquer et répondit dans sa langue maternelle par réflexe :
-Oui ?
-Vêtements, fit la même voix masculine.
-Merci.
Il attendit quelques secondes avant d'éteindre l'eau et ouvrit la porte de la douche du personnel. Une serviette était sur le dossier d'une chaise et des vêtements y étaient déposés. Eggsy se sécha activement, car l'air était frais dans les vestiaires puis il s'habilla avec ces emprunts de fortunes. Ensuite, il retourna vers ses propres vêtements afin de récupérer ses boutons de manchettes, son arme, les lunettes et ses papiers. Il sécha le tout comme il put avec la serviette et glissa ses effets personnels dans ses nouvelles poches. Il devait rapidement se rendre à l'aéroport pour partir.
Le blond se rapprocha de la porte et écouta au travers. Il reconnut la voix de l'homme qui l'avait réceptionné et amené les vêtements parmi d'autres voix. Féminines et masculines. Eggsy prit une inspiration et tourna la poignée pour sortir dans le couloir sous le regard de six personnes en habits d'hôtelleries. Ses prunelles azures allèrent sur tous les visages, un sourire reconnaissant aux lèvres avant qu'il ne dise avec beaucoup de sincérité dans la voix :
-Merci.
Tous hochèrent la tête avec un sourire plus ou moins appuyé. Il n'était pas homme à partir comme un voleur mais le temps lui était compté. Si déjà ses ennemis préparaient un raid dans sa chambre d'hôtel – ou y étaient déjà allés – il lui fallait regagner le jet privé des Kingsman dans l'heure qui suivait. Eggsy avait un air embrassé sur le visage et tenta de s'expliquer avec des mots simples dans sa langue natale :
-Je dois me rendre maintenant à l'aéroport.
-Pourquoi ? osa demander une femme rondouillarde en tenue de cuisine.
Voyant qu'ils comprenaient un anglais simple, il se lança dans une explication minimale :
-Il vaut mieux ne pas savoir. Juste appelez-moi un taxi pour l'aéroport. Je me débrouillerai.
Les employés échangèrent des regards mais finalement hochèrent la tête. Il y eut quelques mots échangés en russe avant qu'un homme tout vêtu de noir et d'une casquette de voiturier ne lui demande de le suivre. Eggsy lui emboîta le pas et l'homme l'arrêta au bout d'un couloir, lui demandant d'attendre ici pour le taxi. Durant son attente, on lui donna quand même une veste chaude, un morceau de pain transformé en sandwich de fortune et un verre de vodka. Il ne comprit pas ce que la cuisinière marmonna en russe mais il pariait que cela avait à voir avec la mafia et son jeune âge. Si c'était ce qu'ils croyaient tant mieux. Vingt bonnes minutes plus tard, l'homme vint le chercher et le conduisit jusqu'à un taxi sans un autre mot. Galahad le remercia d'un sourire chaleureux avant de dire au chauffeur de se rendre au plus vite à l'aéroport.
Une fois arrivé à destination, le jeune homme paya le taxi et se dirigea vers l'avion privé sans trop de problème avec les autorités locales. Apparemment ses ennemis n'étaient pas encore arrivés jusqu'ici. Il ne put vraiment se relaxer que quand le jet eut décollé. Eggsy expira un bon coup, regardant par les hublots la ville glaciale de Saint Petersburg s'éloigner. Il en avait pour bien sept heures de vol avant de regagner le sol londonien puis la maison de Harry. Ou la boutique, cela dépendrait de son heure d'arrivée.
Eggsy but alors quelques gorgées d'un bon alcool afin de se réchauffer de cette manière avant de récupérer des couvertures, somnolant dans l'avion pendant tout le trajet. Il se réveilla pleinement avec la lumière du matin qui perçait par les hublots tandis que l'avion arrivait à l'aéroport de Londres. Ensuqué, l'espion constata qu'il avait non seulement chaud et froid par intervalle régulier, mal à gorge et son nez coulait. Un air peu ravi étira ses traits tandis que l'avion touchait enfin le sol de sa patrie. C'était la fin de la matinée et malgré son état, le jeune homme opta pour se rendre à la boutique Kingsman afin de faire son rapport avant de sombrer face à un rhume.
Sans se soucier de sa dégaine inhabituelle, avec des vêtements un poil trop grand pour lui, le blond se rendit sans attendre dans le bureau de Harry. Il ne prit pas la peine de toquer et le nouvel Arthur fronça les sourcils avant d'écarquiller son œil en voyant Galahad. Le jeune homme ressemblait à une furie à qui il manquait des heures de sommeil comme en témoignait ses cernes et son teint pâle.
-Eggsy ? s'inquiéta immédiatement le brun en se levant.
-Je vais bien, grogna le jeune pris d'une quinte de toux.
Le jeune Kingsman s'arrêta à la hauteur de son mentor, se raclant la gorger avant de plonger son regard azur dans l'œil unique.
-C'était un piège. J'me suis fait tirer dessus comme un lapin pour du papier vierge Harry.
Le vieil espion fronça les sourcils et d'un regard qui engloba la mise de son protégé, il demandait une explication plus détaillée.
-J'ai dû sauter dans la Néva, grogna Eggsy. J'le souhaite à personne. J'ai failli mourir gelé. Littéralement.
-Comment… ?
-Le personnel d'un hôtel de luxe m'a aidé. Heureusement que la mafia est monnaie courante, ils m'ont secouru sans poser de question. Je leur ferai un cadeau anonyme quand j'irai mieux.
-Tu dois voir un médecin.
-Je vais bien, j'ai juste besoin de repos, assura le plus jeune en reniflant cette fois-ci.
Harry le considéra d'un œil attentif avant de hocher la tête.
-Rentre. Je m'occupe de tout. Tu feras ton rapport plus tard.
-Okay.
Le nouvel Arthur se recomposa un visage impassible mais son œil noisette ne quitta pas Eggsy avant que la porte de son bureau ne lui coupe définitivement la vue. Il serra les poings, énervé contre cette mission qu'il avait lui-même donnée à Eggsy puis il appela Merlin pour qu'il vienne dans son bureau de toute urgence.
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Le jeune espion rentra directement à la maison de Harry Hart et il s'occupa de JB tant que ses yeux étaient encore en face des trous. Même si la motivation n'était guère au rendez-vous, il grignota histoire d'aller dormir le ventre plein. Eggsy retira les fringues d'emprunt et les laissa sur le sol pour passer un pyjama avant de s'enrouler sous sa couette. Le carlin vint se lover contre le dos de son maître tandis qu'il s'endormait comme une souche jusqu'au retour du propriétaire des lieux.
Le vieil espion n'avait pas prolongé ses obligations à la boutique après avoir réglé tous les problèmes qui nécessitaient son intervention. Inquiet, il se tenait à présent dans l'encadrement de la porte de son jeune colocataire. Il finit par entrer d'un pas calme, avec précaution, pour venir voir comment il se portait. Mais Eggsy ne présentait aucun signe d'une souffrance quelconque. À part quelque reniflement. Harry le laissa donc dormir et retourna en bas s'occuper de sa demeure.
La jeunesse ne se leva qu'en début de soirée, précédée par JB qui sauta sur le canapé pour saluer Harry. Le brun lisait un livre et l'abaissa en voyant le blond entrer dans la pièce en baillant.
-Comment tu te sens ?
-Mieux, j'ai dormi comme un mort.
Eggsy vint prendre place sur l'espace disponible avec une grâce bien à lui, affalé dans le fond du dossier, les cheveux ébouriffés et les yeux encore emplis de sommeil. Son interlocuteur était visiblement très concerné par son état de santé.
-Des blessures ?
-Superficielles, répondit le jeune. Un peu de fièvre, j'ai mal à la gorge et mon nez a un peu coulé. Un bon jour de repos et je devrais être d'aplomb demain.
-C'est à moi d'en juger jeune homme.
L'œil noisette lui lança un reproche auquel le blond répondit par une grimace. Eggsy pencha alors la tête contre le dossier, ayant l'air d'un chiot qui réclame de l'attention avec son petit sourire en coin.
-Je ne suis pas contre des vacances. On se regarde un film ce soir ? Nikita ?
-Si tu veux, concilia Harry.
Le brun referma définitivement son livre après y avoir placé son marque-page puis il se leva sous le regard d'Eggsy. Le jeune homme le regarda faire sans bouger de sa position.
-Je te croyais en pleine forme ? taquina Harry avec un demi-sourire.
-Pour glander.
Un souffle amusé passa les lèvres de l'aîné, lui adressant un regard sceptique à cet argument.
-Lève ton séant du fauteuil et vient m'aider en cuisine.
Le blond sourit mais il s'exécuta pour suivre son mentor dans la cuisine. Et comme il avait besoin de parler et que son aîné avait envie de savoir, ils firent le repas du soir au son de la voix d'Eggsy qui faisait son rapport oral sur le déroulement des événements à Saint Petersburg. Agrémenté de quelques quintes de toux rauque à cause de sa gorge irritée par le froid russe. Harry était attentif et le scrutait de manière suspicieuse sur son état de santé mais il ne fit plus aucun reproche quant au diagnostic du jeune. Il savait mieux que quiconque comment il se sentait et comment gérer ses symptômes de rhume.
Le repas prêt, Eggsy se chargea de faire sortir JB pendant que Harry préparait le salon pour recevoir le plateau télévision. Avant son élève turbulent, il avait été peu familier, mais c'était un rituel que le blond arrivait petit à petit à faire entrer dans les habitudes vieillottes du brun. Les deux comparses finirent alors dans le canapé, assiettes devant eux et le film commençant sur l'écran plat. La tension qui avait regagné peu à peu le jeune Kingsman durant le récit de ses mésaventures se dissipa progressivement tout au long du film pour le laisser sur une note détendue et confortablement installé au fond du dossier. Nikita lui plaisait, bien qu'il eût deux trois commentaires à faire sur certaines scènes. C'était une histoire proche de la sienne. Sauf que son mentor ne l'avait jamais testé ou trahi de cette manière.
Il jeta quelques coups d'œil vers Harry pendant la séance mais le brun n'y prêta pas plus attention, savourant cette soirée tranquille. Notamment parce que lui aussi avait scruté le jeune homme à plusieurs reprises. Une fois le film fini, ils débarrassèrent ensemble leurs couverts mais Eggsy insista pour faire la vaisselle et laisser Harry aller se coucher après quelques bâillements discrets de sa part.
-Bonne nuit Eggsy.
Dans un excès de familiarité, Harry avait levé sa main pour venir tapoter son épaule, voire farfouiller dans ses cheveux. Mais il arrêta sa main en chemin, la baissant immédiatement pour tuer dans l'œuf cet acte beaucoup trop connoté. Heureusement pour lui, le blond n'avait pas vu son geste. Eggsy releva le nez de sa vaisselle pour lui adresser avec un sourire :
-Bonne nuit Harry !
L'espion ne se fit pas prier plus longtemps pour une retraite stratégique dans sa chambre. Il devait se surveiller davantage quand il était ainsi. Terriblement inquiet pour Eggsy. Mais la nouvelle que cette simple mission de récupération d'informations se transforme en piège contre Kingsman lui avait rappelé à quel point le terrain était une affaire sérieuse. Son jeune élève avait d'excellents réflexes qui lui avaient sauvé la mise mais Harry y songerait désormais à deux fois avant d'envoyer ses agents sur une si simple mission d'information.
Ou peut-être était-ce une résolution qu'il comptait appliquer pour Eggsy parce que son estomac s'était serré brusquement en le voyant entrer dans son bureau ce matin ? Sans doute que ses sentiments pour le jeune homme ne le rendait pas entièrement objectif sur la question. Harry soupira contre lui-même et se mit en pyjama avant de lire un peu. Il avait besoin de s'aérer l'esprit avant de dormir. Le blond allait bien et il était en sûreté chez lui.
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Un cri déchira la nuit, suivi par des appels désemparés. Harry se redressa immédiatement dans son lit, un peu perdu avant de rapidement en comprendre la provenance et à qui ils s'adressaient. Tout en repoussant sa couette, il avisa son réveil qui indiquait trois heures du matin et quelque puis débarqua dans la chambre voisine. Celle qu'occupait Eggsy. Le brun appuya sur l'interrupteur pour éclairer la pièce puis se porta à sa hauteur pour voir le blond se débattre d'une main avec sa couette, l'autre sur sa gorge. Il était en apnée, transpirant de sueur.
Sans plus attendre, le vieil espion lui attrapa les épaules.
-Eggsy !
Mais dès l'instant où il le toucha, les mains vinrent se cramponner sur ses épaules, ses ongles plantés dans sa peau. Le corps jeune et plein de vigueur rua pour lutter contre un fantôme invisible tandis qu'il commençait à manquer d'oxygène. Harry devina sans mal qu'il était en train de se noyer dans son cauchemar à cause de sa récente mésaventure.
Alors il détacha une de ses mains fraîches et la posa sur le front brûlant.
-Eggsy, réveille-toi, l'appela-t-il plus fortement.
Le jeune homme écarquilla brusquement les yeux pour fixer son agresseur. Son souffle reprit de manière frénétique tandis que ses doigts se crispaient sur leur prise.
-Harry ? murmura-t-il avec une sorte de peur viscérale de le voir disparaître.
-Je suis là.
Ces mots semblèrent instantanément calmer Eggsy qui ferma ses paupières de soulagement. Son corps encore tendu par sa lutte se relaxait progressivement. Les mains quittèrent doucement leur point d'attache pour longer les bras musclés à travers le pyjama de coton rayé et agripper ses avant-bras.
-Bordel… de merde…
-Tu as de la fièvre, annonça sans surprise Harry.
Ces mots lui firent rouvrir les yeux pour poser un regard perdu sur son mentor. Il paraissait si vulnérable en cet instant que le brun n'osa pas encore le priver de sa main sur le front chaud. Tout en lui avait envie de le rassurer, de l'apaiser mais il se contentait juste de ce simple contact et de lui adresser un sourire.
-La fièvre fait parfois délirer.
-Je m'en serais bien passé.
-Je n'en ai aucun doute. Ça t'apprendra à ne pas écouter ton aîné, le rabroua-t-il tendrement.
Un souffle amusé échappa à Eggsy qui commença à remuer.
-Je meurs de chaud.
-Découvre-toi, je vais chercher un thermomètre et quelque chose pour faire baisser la fièvre.
Harry retira sa main pendant que le blond le lâchait avec une certaine hésitation. Les prunelles bleues ne le quittèrent pas pendant que le brun sortait de la chambre. Mais aussitôt qu'il fut hors de son champ de vision, sa fièvre se rappela à son bon souvenir et Eggsy retira la couette d'un jeté vif. Il pivota pour s'asseoir et constater que son T-shirt était trempé de sueur. Motivé, il tenta de se lever mais ses jambes en coton refusèrent de l'aider et il pesta tout bas. Le blond entreprit déjà de retirer son haut et de s'essuyer avec comme s'il avait couru le marathon de sa vie puis jeta le vêtement sur la pile de la veille.
Ne voulant pas s'avouer vaincu, le jeune Kingsman se leva enfin, titubant jusqu'à son placard en quête d'un haut propre et frais. Il se tenait au montant de son placard à cause d'un léger vertige sous l'effort fourni, fixant un pull en laine et un tee-shirt en coton. Il avait chaud maintenant mais qui savait si dans deux minutes il n'allait pas grelotter de froid. Harry coupa ses réflexions en lui posant une serviette sur l'épaule.
-Rafraîchis-toi avec le gant de toilette puis sèche-toi.
Eggsy porta un regard confus sur son bienfaiteur qui lui sourit. Il ne l'avait pas entendu venir. Docilement, il prit le gant mouillé tendu et fit passer l'eau fraîche avec un plaisir évident sur son front puis dans son cou.
-Désolé de t'avoir réveillé Harry.
-Ne sois pas désolé d'être malade.
Eggsy lui adressa un sourire embarrassé tandis que le vieil espion arborait une expression douce et protectrice. Il se détourna pour le laisser à sa toilette de fortune, posant verre d'eau et médicament sur la table de chevet avant de s'occuper du lit en champ de bataille. Le jeune espion lui jeta un regard par dessus son épaule avant de se détourner et de rafraîchir son corps puis il s'enveloppa dans la serviette pour se sécher. L'option coton fut adopté et Eggsy se tourna vers son aîné, habillé. Mais déjà des frissons le parcouraient, l'obligeant à ramener ses bras contre lui comme si cela pouvait le réchauffer. Sans attendre son approbation, il s'assit sur son lit, ne se sentant pas bien debout.
-Voyons voir combien tu as.
Harry lui posa un thermomètre tactile sur le front du blond et le résultat apparut en quelques secondes.
-Trente huit, six. Prends un cachet et essaie de te rendormir. Si demain cela ne va pas mieux, je ferai venir un médecin.
-Okay… fit-il en prenant ledit cachet avec un verre d'eau qu'il vida d'une traite.
Eggsy leva son regard désolé sur Harry avec un petit sourire en coin.
-La prochaine fois je t'écoute.
-J'espère bien qu'il n'y aura pas de prochaine fois dans la Néva en plein mois de janvier.
Le jeune homme hocha la tête avec conviction à cette phrase. Plus jamais ! Grelottant, il se tourna dans son lit pour se réfugier sous la couette, la tirant jusqu'à son nez.
-Putain de Russie, murmura-t-il d'une voix tremblante.
Le brun s'assit sur le rebord de son lit et posa sa main froide sur son front dans un geste de réconfort.
-Ton langage.
Cette petite réflexion tira un sourire à Eggsy mais il finit par clore ses paupières sous la chaleur bienfaitrice de cette large main, un léger soupir de réconfort lui échappant. Il ne tombait pas souvent malade mais là, c'était plus violent que d'habitude pour lui. Mais après tout, c'était son premier bain – et le seul, l'unique – dans un fleuve gelé. Des spasmes le faisaient maintenant trembler et le brun l'observait avec un air plus protecteur que d'habitude. Il ne retira pas sa main qui semblait apaiser son protégé même si une petite voix dans sa tête lui murmurait qu'il ferait mieux de regagner sa chambre.
-Harry… ?
-Oui ?
-J'peux avoir une autre couverture ?
Les deux prunelles azures vinrent le fixer avec une mine de chien battu et son aîné lui sourit avec douceur. Harry hocha la tête et se leva pour partir en quête d'une couverture supplémentaire dans sa propre chambre et revenir l'étendre sur la masse grelottante qu'était son jeune colocataire. Il reprit sa place au bord du lit et ne put retenir son geste. Sa main revint sur le front brûlant du blond, chassant quelques mèches collées de sueur.
-Endors-toi, je reste un peu.
Eggsy lui adressa un sourire reconnaissant et ferma ses paupières. Comme un enfant à qui on promet de rester à son chevet. Sauf que Harry resta vraiment jusqu'à ce qu'il s'endorme, la respiration régulière du jeune homme finissant par trahir son état. Il avait cessé de grelotter mais son corps était venu se lover autour de l'assisse de son mentor comme s'il pouvait lui offrir de la chaleur. Le brun n'avait pas cessé de caresser son front, lui offrant le réconfort dont il avait besoin pour rejoindre le pays des rêves. Il retira sa main une fois Eggsy endormi et se leva doucement.
Harry retourna se reposer deux petites heures dans son lit avant de se lever et de s'habiller. Il vérifiait que le jeune homme était toujours profondément assoupi avant de vaquer à d'autres occupations. L'homme ne souhaitait pas le revoir agité par d'autres cauchemars. À huit heures cinq, il appela Merlin pour le prévenir qu'il ne viendrait pas à la boutique parce que Eggsy était malade et frôlait les trente neuf de fièvre. Il lui confia la tâche de le prévenir s'il y avait une affaire urgente.
Armé de son portable, de sa tasse de thé et de son livre, Harry s'installa sur une chaise au chevet du jeune homme pour veiller sur son sommeil.
Le blond montra des signes d'éveil à peine une heure après son installation. Sous l'œil attentif du vieil espion, Eggsy repoussa brutalement les couvertures, faisant couiner JB qui tomba sur le sol. Son souffle s'était un peu accéléré sous la montée de la température de son corps et il se redressa avec un regard hagard.
-Bonjour Eggsy. Un pic de chaleur ?
-Ouais…
Il se tourna en face de Harry mais n'eut pas le courage de se lever. Il amorça le mouvement mais ses jambes semblaient ne pas vouloir lui répondre immédiatement. Le brun posa son livre pour venir l'aider, l'attrapant sous l'aisselle et suivant le mouvement que le jeune homme imposait. Il le conduisit dans la salle de bain ou Eggsy s'aspergea le visage d'eau avant de boire au robinet sous le regard inquiet et un poil réprobateur de son mentor.
-J'vais… me prendre une douche froide si ça continue, commenta-t-il.
-Avant ça, je vais surveiller ta température.
Harry s'éclipsa pendant que le blond se séchait le visage, prêtant son front au contrôle obligatoire qui indiqua une hausse.
-Trente neuf huit, annonça le brun avec un froncement de sourcil contrarié.
-Putain de merde, jura tout bas Eggsy.
-La fièvre ne te dispense pas de surveiller ton langage. Prends une douche fraîche, je vais appeler un médecin.
-Froide ?
-Pour faire baisser la fièvre oui, expliqua son mentor.
Le blond le fixa avec un plissement de sourcil. Il le scruta à son accoutrement. Harry était en mode décontracté avec un pantalon bleu marine, une chemise blanche et un chandail à carreaux.
-Tu devrais pas être à la boutique ?
-Merlin me remplace pour aujourd'hui. Je ne te laisserais pas seul dans cet état.
-J'suis grand, j'peux me débrouiller.
Le regard que lui lança Harry le dissuada de renchérir sur cette argumentation. Apparemment son protecteur ne semblait pas de cet avis. Et il n'avait pas tout à fait tort. Alors Eggsy pinça ses lèvres avec un air coupable et le regarda sortir de la salle de bain. Il fallait bien se l'avouer, il avait besoin d'une présence amicale auprès de lui. Et Harry était cette présence réconfortante et rassurante. Il l'avait déjà été cette nuit alors qu'il cauchemardait d'une noyade dans la Néva. Le souvenir lui en donna des frissons. Fondamentalement, cela ne le dérangeait pas d'être un peu chouchouté mais il avait l'impression d'avoir un traitement de faveur. De passer avant tout le monde. Alors qu'il n'était que Eggsy Unwin, Kingsman apprenti sorti de la banlieue il y avait quelques mois par Harry Hart.
Le blond regarda son reflet dans le miroir et même à la lueur du pour et du contre, il ne voudrait échanger sa place pour rien au monde. Un frisson de froid le saisit et il trembla avant de se déshabiller. Rectificatif, il préférait être en pleine forme pour avoir une journée tranquille avec son mentor. Une fois nu comme au premier jour, il se glissa dans la cabine de douche et fit couler l'eau froide de Londres.
Eggsy y resta un long moment, se sentant mieux peu à peu avant que des frissons de froid ne le parcourent. Il jura tout bas, fit grimper les degrés de l'eau pour finir sur une note confortable puis il sortit de la cabine de douche pour se sécher. Enroulé dans une serviette, il jeta un œil dans le couloir et à l'absence de vie, il se rendit dans sa chambre pour se couvrir de la tête aux pieds. Son mode décontracté était plutôt porté sur un pantalon de sport et la veste qui allait avec. Lorsqu'il descendit dans la cuisine, Harry reposait le téléphone pour lui annoncer qu'il verrait un médecin d'ici une heure. Alors il honora le petit déjeuner préparé rien que pour lui.
Après le passage du docteur et le diagnostic évident d'un bon gros rhume carabiné, le jeune Kingsman fut donc astreint à un repos strict toute la journée sous l'œil avisé d'un Harry qui veillait au grain. Les seuls moments où le nouvel Arthur s'absentait furent quand Merlin l'appelait pour une affaire importante et il allait s'enfermer dans son bureau, laissant le blond comater sur le canapé, tantôt couvert de trois couvertures, tantôt sans tee-shirt parce qu'il mourait de chaud. Ses pics réguliers de chaleur le fatiguait et il prit au moins deux douches dans la journée pour calmer sa température qui ne voulait pas descendre. Mais sa journée ne s'était pas si mal passée parce que ses siestes n'avaient pas été hantées par aucun délire.
Le soir venu, Eggsy se coucha tôt dans son lit, sous sa pile de couverture. Harry le laissa tranquille après l'avoir surveillé comme du lait sur le feu toute la journée, se rendant dans sa chambre pour continuer sa lecture. Mais à peine quelques lignes et il referma le volume pour se pincer l'arrête du nez. Il était épuisé mais pas de la même manière. Le brun s'était retenu de se montrer trop familier comme tôt ce matin, de le toucher, de trop le regarder quand il se découvrait. Harry soupira contre lui-même, se disant qu'il avait sérieusement un problème. Il allait devoir trouver un appartement au jeune homme si cela continuait ainsi. C'étaient des sentiments à sens unique et… qui devaient le rester. Il était trop vieux pour Eggsy.
Harry bascula sa tête en arrière sur le dossier de son fauteuil, fixant le plafond. Dire qu'il avait fallu une bonne poussée de fièvre de la part du gamin pour qu'il se dise enfin que cette situation ne pouvait plus durer. Il ramollissait sur ses principes.
Un temps certain s'était écoulé avant qu'il n'entende remuer un peu trop brutalement dans la chambre d'à côté. Harry se leva immédiatement. Il entendait son prénom sortir de la bouche d'Eggsy comme une prière. Il cauchemardait à nouveau.
-Harry ! Ne me laisse pas ! cria le blond en se débattant avec un ennemi invisible. N'y va pas… tu vas…
Ses entrailles se contractèrent en le voyant se débattre et l'appeler ainsi avec détresse tandis que le jeune homme semblait revivre sa « mort » à cause des délires de la fièvre. Rapidement, le vieil espion alluma la lampe de chevet avant de poser avec précaution ses mains sur le visage brûlant, encadrant ses traits jeunes et fins torturés.
-Eggsy, réveille-toi. Je suis là !
Les deux mains fermes saisirent ses poignets avant que les paupières ne s'ouvrent brusquement pour le fixer tel un fantôme.
-Tu délires encore, souffla Harry avec un calme serein.
Les prunelles bleues parcoururent le visage ridé par les années, son souffle saccadé et la bouche pâteuse avant de réaliser que ses mains tenaient les poignets de Harry. Un soupir soulagé lui échappa et il ferma les yeux sous la fraîcheur des mains de son protecteur.
-Désolé…
-Je reviens.
Mais Eggsy ne lâchait pas ses poignets. Il ne pouvait aller nulle part. Il rouvrit ses paupières pour le fixer avec l'appréhension de voir une illusion disparaître. Même si ses sensations l'informaient que c'était bien Harry. Son regard désemparé lui criait de rester. Alors il resta. Silencieux, il laissait le temps à son jeune colocataire de se calmer, les mains sur ses poignets desserrant progressivement leur étreinte après avoir touché son épiderme comme pour s'assurer qu'il était fait de chair et d'os. Le brun lui sourit avec douceur, ne pouvant s'empêcher de caresser son visage pour le rassurer lorsqu'il retira ses mains.
-Je reviens, répéta-t-il avec un calme rassurant.
Le jeune homme le laissa partir avant qu'il ne sorte de la chambre d'ami. Il referma ses yeux pour se concentrer, essayer de se ressaisir. Les délires de la fièvre faisaient remonter le pire cauchemar. La mort de Harry. Une boule se forma dans son estomac rien qu'à cette pensée et il la chassa rapidement. Il était vivant et avec lui. Vaseux, il se redressa dans le lit et accueillit son mentor avec un sourire un peu faiblard. Eggsy récupéra le verre tendu pour le vider de son contenu avec en prime un cachet puis le rendit à Harry qui lui donna un gant de toilette frais. Il se rafraîchit le visage avant de s'allonger à nouveau et de se terrer sous la couette. Parce qu'il avait eut chaud et maintenant, il avait froid.
Son attention se focalisait sur son bienfaiteur, avec la honte d'être un gamin de huit ans mais… il avait terriblement besoin de sa présence après cet épisode de délire. Son regard suppliant ne lâchait pas le visage du brun et il demanda d'une petite voix incertaine :
-Harry, tu veux bien… rester…
Le brun pesa le pour et le contre. Il y avait beaucoup de contre dans sa tête mais le regard aux aboies de son protégé fit pencher la balance pour un « oui » murmuré avec tendresse. Eggsy lui sourit et lui fit de la place dans le lit, se tassant sur un bord. Harry s'allongea par dessus le monticule de couverture pour garder une barrière de sécurité entre lui et le blond. On n'était jamais trop prudent. Il récupéra le gant de toilette frais et le lui posa sur le front, chassant les mèches de cheveux blonds sur sa peau.
-Dors, je reste un moment.
Eggsy lui sourit pour toute réponse. Il le scruta un instant pour être certain qu'il était dans la réalité puis clôt ses paupières pour tenter de retrouver le sommeil. Il se sentait plus apaisé avec la présence de Harry à ses côtés. Il se sentait mieux. Au grand désespoir de ce dernier qui n'osait pas bouger d'un iota. Quand le blond montra tous les signes du sommeil, le vieil espion le vit grappiller centimètres par centimètres pour être dans son giron, son front pas loin de son épaule, un souffle un peu tremblant à cause de la fièvre mais l'esprit apparemment serein.
Et ce moment qui ne devait pas se prolonger plus longtemps prit une tournure toute autre. Harry n'eut pas le cœur de l'abandonner alors il somnola, finissant par passer un bras au-dessus du jeune corps blotti contre lui à travers trois épaisseurs lorsque celui-ci fut gagné par une petite agitation nocturne.
De son point de vue, Harry ne passa pas une nuit franchement reposante. Mais le sommeil avait quand même arrêté son état de veille pour le plonger dans une phase plus profonde. Alors à son réveil, il ne s'inquiéta pas de sentir le corps chaud blotti contre lui, ni du souffle qu'il y avait contre sa clavicule. Toutes ces sensations plaisantes lui tirèrent un sourire. Il bougea légèrement son visage et sentit de la peau non loin de ses lèvres. Peau qu'il embrassa par automatisme avant de se figer sur place.
Le brun ouvrit son œil et prit soin de se rappeler la situation de la veille. Eggsy, le délire nocturne dû à la fièvre, il lui avait demandé de rester et… il s'était lamentablement endormi. Déglutissant avec malaise, il recula un peu plus sa figure pour faire le point sur la situation. Le jeune homme avait la tête contre son cou. Mais ce détail n'était pas le pire. Le pire, c'était que Eggsy avait à un moment décidé que juste la chaleur de son protecteur lui suffisait et il avait apparemment repousser en bas du lit les deux autres couvertures pour n'en garder qu'une. C'était pour cela que son bras englobait bien mieux la silhouette plus jeune. Dans son malheur, le vieil espion constata que c'était le front qu'il avait embrassé.
Mon dieu, pensa Harry en retenant un soupir. Mortifié par ses réactions, avec une conscience qui se faisait une joie de lui rappeler ses bonnes résolutions de la veille, il retira avec douceur et précaution son bras qui entourait le blond. Eggsy ne bougea pas et il en profita pour se lever avec tout autant de lenteur dans ses gestes pour ne pas troubler son sommeil. Ou le réveiller. Une fois debout, son jeune protégé l'acheva en murmurant son prénom tout en se lovant sur la place qu'il avait initialement occupé. Ce jeune imbécile allait avoir raison de sa santé mentale. Mort de honte et désespéré, Harry sortit de la chambre à pas feutrés pour aller prendre une bonne douche. Froide.
Lorsque le brun sortit de la salle de bain, il jeta un coup d'œil dans la chambre mais le jeune homme était toujours tranquillement endormi. Harry soupira en passant dans sa chambre et une fois habillé, il se mit en tête de faire le petit déjeuner. Pour essayer de ne plus penser à cet incident. Exercice d'autant plus difficile puisqu'il avait des sentiments pour ce jeune idiot. Encore une journée et une nuit à le veiller de la sorte et c'était lui qui allait dormir à l'hôtel pour lui laisser sa maison. Le grand Harry Hart terrassé par son jeune protégé, il y avait de quoi rire. Du bruit finit par se faire entendre à l'étage et il en conclut que son colocataire s'était réveillé.
Eggsy avait dormi comme un bébé. Il se souvenait que Harry était resté jusqu'à ce qu'il s'endorme, ce qu'il ignorait c'était le réveil. Encore fiévreux mais relativement mieux, il prit d'abord une douche puis descendit, chaudement habillé, un gant de toilette tout de même sur son front à cause d'un nouveau pic de chaleur.
-Bonjour Harry.
-Bonjour Eggsy. Comment te sens-tu ?
-Toujours entre le chaud et le froid mais ça semble être mieux.
Le vieil espion vérifia sa température lorsqu'il fut assis devant son thé, annonçant qu'elle était tombée à trente huit trois.
-Tu restes quand même à la maison aujourd'hui ?
-Je semble être devenu indispensable à ton traitement, se moqua gentiment le brun.
Pourquoi diable avait-il sorti ça ? Harry pouvait entendre le commentaire cinglant de sa conscience en voix off dans son crâne. Il fallait qu'il arrête, il avait l'âge de son père si celui-ci était encore en vie. Son masque d'impassibilité demeura sur son visage tandis que le blond eut un sourire amusé.
-Je vais être taxé de favoritisme si tu continues, répliqua le jeune.
-Tu es mon protégé, il est normal que je veille un peu plus sur toi que les autres.
Sous le regard azuré un peu plus réveillé que la veille, Harry déplia son journal pour continuer sa lecture avant que le jeune espion ne se jette sur son petit déjeuner avec entrain, un sourire flottant aux coins de ses lèvres.
Si on lui posait la question, Eggsy répondrait qu'il avait aimé se faire dorloter par le plus insensible des espions. Parce derrière son masque d'impassibilité, ces deux jours avaient révélés aux yeux du blond un Harry inquiet pour lui et aux petits soins. Un Harry qui lâchait du leste pour se dévoiler, se montrer familier. Très familier d'ailleurs vu la manière dont il s'était occupé de lui. Des gestes et des contacts que le blond avait aimés sans se douter que dans le crâne brun, il y avait une toute autre signification. Harry Hart incarnait tellement le gentleman parfait qu'il ne soupçonnait pas autre chose que de l'inquiétude d'un mentor pour son protégé. Comme il venait si bien de le dire.
Mais quelque part au fond de lui, Eggsy était déçu. Parce que l'inatteignable Harry Hart avait une place de choix dans son cœur. Une place très importante, mais il n'en avait pas encore pleinement conscience.
~/~
Alors que pensez-vous de ma séance "torturons ce pauvre Harry Hart" ? :3
