CHAPTER TWO : Hogwarts
Le voyage se terminait dans le silence. Les deux jeunes gens n'avaient pas échangé un seul mot pendant tout le trajet et Hazel ne pouvait s'empêcher d'en éprouver une certaine honte. Elle savait qu'elle aurait dû consoler son nouvel ami, qu'elle aurait dû s'asseoir à ses cotés et le prendre dans ses bras tout en lui murmurant des paroles réconfortantes. C'est ce qu'aurait fait n'importe quel ami digne de ce nom. Mais l'altercation avec sa sœur l'avait comme anesthésiée. La petite fille se sentait fatiguée, comme vidée de ses forces et infiniment triste. Sa famille avait toujours tenue une place importante dans son cœur et elle détestait se disputer avec un de ses proches, fut-il cette bornée de Maëlle. Hazel savait qu'elle avait eu raison de défendre Aiden. Ce dernier n'avait aucunement mérité le comportement de sa grande sœur qu'elle avait trouvé profondément cruel. Elle détestait les injustices et les préjugés et s'en prendre ainsi au petit garçon lui avait paru totalement injustifié. Il n'avait absolument rien fait ! Mais malgré cela, Hazel ne pouvait empêcher une certaine tristesse de s'installer dans son cœur. Se disputer avec sa sœur qui, malgré son mauvais caractère, avait toujours été là pour elle, l'avait toujours écoutée et soutenue, la blessait profondément et la mettait mal à l'aise. Elle n'aimait pas cette situation et espérait que celle-ci prenne fin rapidement, même si, à l'entente des dernières paroles de Maëlle, il y avait peu d'espoir …
« Maëlle est quand même une suiveuse … , pensa tristement Hazel. Si tout le monde se met à te détester parce que tu restes avec le fils d'un dangereux criminel, ne compte pas sur elle pour t'aider à se sortir de ce pétrin, même si tu es sa petite sœur. Instinct de survie oblige. Il vaut mieux suivre la meute que de voyager seul. Tout le monde sait ça ... »
Avec un profond soupir plein de tristesse et de résignation, la petite fille tourna son regard vers son camarade endormi sur le sol du compartiment. Son visage était pâle et ses sourcils froncés, comme si sa colère et sa déception l'avaient suivi dans son sommeil. Hazel ne put s'empêcher de lui trouver un côté vulnérable et fragile, ce qui ne fit que renforcer sa tristesse. Elle ne pouvait décemment pas laisser le jeune garçon seul : si son intuition était bonne, il se ferait manger dès les premières secondes. Et puis, qui pouvait résister à des moqueries et des insultes sans l'aide d'une personne extérieure ? Personne. Et d'après les dires de Maëlle, Aiden allait y avoir droit … sans ménagement. Hazel se devait donc de rester avec le garçon. Pour le soutenir et l'aider à résister. Voire même à répliquer. Cependant, elle savait pertinemment que si elle agissait ainsi, Maëlle ne lui pardonnerait pas. Et que diraient ses parents si elle traînait avec le fils de Sirius Black ? Ne seraient-ils pas inquiets ? Ne la réprimanderaient-ils pas ?
« Par le caleçon de Pinocchio, Hazel !, se réprimanda-t-elle intérieurement. Depuis quand te préoccupes-tu de ce que peuvent bien penser ou dire les autres ? Tu as toujours fait ce que tu pensais être juste et c'est aussi ce que papa et maman te disent tout le temps. D'agir non en fonction des autres mais en fonction de ta volonté. Alors tu te ressaisis, tu arrêtes de te lamenter et tu restes avec Aiden parce que c'est ce que tu souhaites. Qu'importe les conséquences. De toute façon, rappelles toi de ce que papa t'a dit avant de partir : même si tu agis correctement, il y aura du monde pour te critiquer. »
« Si on m'avait dit que ça allait être aussi compliqué ... », murmura Hazel dans un soupir.
Son regard toujours dirigé vers Aiden, la petite fille esquissa un faible sourire quand un ronflement se fit entendre puis reprit sa position initiale, la tête tournée vers la fenêtre où s'écrasaient de fines gouttes. Lasse du paysage qui défilait sous ses yeux, elle s'apprêtait à les fermer lorsque la porte du compartiment s'ouvrit, laissant passer un jeune homme aux cheveux bonds, déjà vêtu de sa robe de sorcier où un étrange insigne brillait au niveau de la poitrine.
« Sûrement un septième ou cinquième année … », pensa Hazel tandis que le nouvel arrivant jetait un coup d'œil surpris à Aiden, toujours assoupi.
« Bonsoir … dit-il enfin, adressant un faible sourire à Hazel. Je m'appelle Jack Archer. Je suis le préfet en chef. Je venais juste vous signaler que vous pouvez d'ores et déjà mettre vos robes. On ne devrait plus tarder à arriver.
Hazel acquiesça d'un signe de tête, pensant que cela suffirait à faire partir Jack. Mais ce dernier ne sembla pas s'en apercevoir, trop occupé à fixer un point qui semblait être situé au-dessus de la petite fille. Cette dernière, intriguée, leva la tête vers le plafond mais ne trouvant rien qui puisse susciter une telle réaction, lança un regard d'incompréhension au garçon qui réagit enfin.
« Je … je me demandais juste …, commença-t-il, hésitant . Est-ce que … est-ce que c'est ta couleur naturelle ? »
L'expression faciale d'Hazel passa de la perplexité à l'étonnement et la petite fille jeta un coup d'œil curieux à ses cheveux. Ceux-ci étaient devenus gris souris, certains étaient même blancs. Amusée, elle éclata soudain de rire, sous le regard perplexe du préfet en chef.
« ça ? Lança-t-elle entre deux éclats de rire et en désignant ses cheveux qui passèrent subitement du gris au violet, sa couleur préférée. C'est tout à fait normal ! Mes cheveux changent de couleur selon mes humeurs. Je suis métamorphomage. Mais tu dois savoir ce que c'est puisque tu rentres en septième année. Ajouta-t-elle avec un sourire.
Jack acquiesça.
« Mais je n'avais encore jamais vu de métamorphomage. Précisa-t-il. Tes cheveux changent selon tes humeurs … reprit-il. Le gris signifie la tristesse, non ? Alors qu'est-ce qui n'allait pas ? Je suis préfet en chef, je peux peut-être t'aider. Ajouta-t-il en voyant qu'Hazel hochait la tête suite à sa première question.
La petite fille garda le silence un moment, réfléchissant réellement à la question. Devait-elle tout extérioriser ? Devait-elle lui confier tout ce qu'elle ressentait en ce moment même et toutes ses inquiétudes à propos d'Aiden et de toutes les obstacles que celui-ci s'apprêtait à affronter ? La proposition était attirante mais cela changerait-il vraiment quelque chose ? Hazel jeta un rapide coup d'œil à la cravate du jeune homme. Rouge et or. Il était donc à Gryffondor. Sa mère, une ancienne de cette maison, lui avait dit que certains gryffondors n'étaient pas très tolérants et n'accordaient pas leur confiance à une personne dont l'ascendance était douteuse. Elle même en avait fait l'expérience. Il y avait donc une possibilité pour que Jack, malgré ses apparences de gentil garçon à l'écoute, ne soit pas très tolérant et se retourne contre Aiden. Et vu ce qui attendait déjà ce dernier à son arrivée au château, il valait mieux ne rien dire pour le moment et attendre de pouvoir s'adresser au directeur qui serait peut-être un peu plus à l'écoute. Hazel savait qu'elle ne pouvait pas faire en sorte que les violences ne se produisent pas. Il y aura toujours une personne assez idiote pour se prêter à ce jeu-là. Mais elle pouvait au moins les retarder.
« Je … En fait, commença-t-elle d'une voix quelque peu amusée, cela fait deux bonnes heures que j'essaie de réveiller mon ami. J'ai tout essayé, sans succès. Du coup, j'ai un peu peur qu'il soit tombé dans un coma irréversible ou un autre truc de ce genre. Tu veux bien essayer de le réveiller pendant que je vais me changer ? »
Et sans attendre la réponse de Jack Archer, Hazel se leva, attrapa sa robe soigneusement posée à côté d'elle et quitta rapidement le compartiment, laissant un préfet en chef perdu et désabusé.
« Les premières années, par ici ! Venez avec moi ! »
C'est avec un certain soulagement qu'Aiden reconnut la voix d'Hagrid, le garde-chasse qui était venu le chercher à l'orphelinat. Cela faisait du bien d'entendre une voix familière appartenant à une personne agréable qui ne vous veut aucun mal. Car depuis qu'il s'était réveillé, le jeune garçon était bouleversé et ne savait plus à qui s'adresser : les violences avaient commencé. Tout d'abord, il s'était fait réveiller par un préfet en chef tout à fait grognon et désagréable, qui lui avait sommé de s'habiller rapidement sous peine d'une heure de retenue. Puis, en traversant le couloir pour sortir du train, il s'était retrouvé nez à nez avec Maëlle et son groupe d'amies qui n'avaient pas manqué de l'insulter, l'accusant d'être aussi malsain que son père et avait subi les regards à la fois méfiants et noirs des élèves ayant entendu l'altercation. Certains, sûrement d'origine moldue, lui avaient même fait des doigts d'honneur ou d'autres gestes tout aussi gracieux. Mais ce qui déboussolait le plus Aiden était sans aucun doute la disparition d'Hazel. Celle-ci était introuvable et le jeune garçon avait la mauvaise impression qu'elle l'avait finalement abandonné à son sort et qu'elle le détestait pour ce qu'il était malgré lui, le fils d'un des plus dangereux criminel sorcier. Mais cependant, un doute subsistait. Aiden se souvenait très bien qu'elle l'avait défendu et soutenu durant la dispute. Alors le fait qu'elle disparaisse et le laisse ainsi, tout seul face à l'adversité, lui paraissait totalement absurde ….
« Peut-être qu'elle a réfléchi et qu'elle est finalement arrivée à la conclusion que je ne méritais pas son amitié … , pensa-t-il sombrement, les larmes lui venant soudainement aux yeux.
Sentant les pleurs venir, le jeune garçon s'arrêta au milieu du chemin, provoquant le mécontentement des autres premières années qui, comme lui, se dirigeaient vers le garde-chasse.
« Tu ne peux pas faire attention ?! Lança un jeune garçon blond à la voix traînante. Tu n'es pas tout seul ! »
« Déso …, commença Aiden. Mais son camarade était déjà parti.
Avec un profond soupir, et de plus en plus découragé, Aiden reprit sa marche d'un pas lent et peu enthousiaste. Quelques minutes plus tard, il arriva au niveau d'Hagrid qui le gratifia d'un sourire et d'un signe de la main.
« Eh bien, Aiden, tu as failli arriver en retard ! Lui dit-il de sa voix bourrue. Cette jeune demoiselle commençait à s'inquiéter ! Ajouta-t-il en désignant une petite fille aux cheveux violets et au sourire éclatant.
Il fallut une bonne minute à Aiden pour la reconnaître.
« Hazel ? C'est toi ?, s'écria-t-il, retrouvant soudainement le sourire et courant la rejoindre. Mais qu'est ce que tu as fait à tes cheveux ? Et pourquoi m'as-tu laissé tout seul ?
« Bien sûr que c'est moi, gros bêta ! Qui veux-tu que ce soit ? Lui répondit Hazel en le serrant brièvement dans ses bras, ce qui eut pour effet de le faire rougir. Pour mes cheveux, je suis métamorphomage. Cela veut dire que je peux changer mon apparence à volonté, mon corps aussi bien que mes cheveux ou la couleur de mes yeux. Précisa-t-elle en voyant l'incompréhension d'Aiden. Et je n'ai jamais voulu te laisser. J'étais partie me changer et quand j'ai voulu revenir dans le compartiment, j'ai rencontré Eliott et Cyrielle. Ajouta-t-elle en désignant deux enfants de leur âge qui sourirent à Aiden.
Salut, dit timidement celui-ci, l'attention étant soudainement attirée par ses chaussures
Je leur ai dit au sujet de ton père. Reprit Hazel, faisant subitement lever la tête à un Aiden affolé. Mais ne t'inquiète pas. Dit-elle, l'empêchant de protester. Ils n'ont rien contre toi.
Ce n'est pas de ta faute après tout. Approuva Eliott, faisant sursauter Aiden qui ne s'attendait pas à cette intervention. Et puis, les pulsions criminelles ne sont en aucun cas génétiques. Si tu as grandi loin de ton père, entouré de personnes bienveillantes, il n'y a pas de raison que tu sois comme lui.
Hazel et Cyrielle acquiescèrent d'un signe de tête et Aiden sentit une étrange chaleur envahir son cœur. Reconnaissant, il jeta un regard plein de joie aux trois jeunes gens qui se tenaient devant lui et s'apprêtait à prendre la parole lorsque Hagrid leur signala qu'il était temps de partir. Alors, tout sourire et pressés d'apprendre à mieux se connaître, les enfants lui emboîtèrent le pas tout en discutant de choses et d'autres.
« Bienvenue à Poudlard. Le banquet de début d'année va bientôt commencer mais avant que vous preniez place dans la Grande Salle, vous allez être répartis dans les différentes maisons. Cette répartition constitue une cérémonie très importante. Vous devez savoir, en effet, que tout au long de votre séjour à l'école, votre maison sera pour vous comme une seconde famille. Vous y suivrez les mêmes cours, vous y dormirez dans le même dortoir et vous passerez votre temps libre dans la même salle commune. Les maisons sont au nombre de quatre. Elles ont pour nom Gryffondor, Poufsouffle, Serdaigle et Serpentard. Chaque maison a sa propre histoire, sa propre noblesse, et chacune d'elles a formé au cours des ans des sorciers et des sorcières de premiers plan. Pendant votre année à Poudlard …
Aiden avait bien conscience que la directrice adjointe, McGonagall d'après ce que le garde-chasse avait dit, s'adressait à tous les premières années et que son discours devait être d'une haute importance. Seulement, le jeune garçon n'était pas d'humeur à l'écouter ou à se concentrer. Tout en lui explosait en boules d'allégresse qui se répandaient au plus profond de lui-même. Ce qu'il avait sous les yeux ou ce qu'il avait vu quelques minutes plus tôt, dépassait tout ce qu'il avait pu imaginer. C'était tellement magnifique et … Magique ! L'immense lac aux eaux noires d'encre par cette nuit particulière, les barques et le majestueux château venants tout droit d'un autre temps, les tableaux qui discutaient et répondaient aux élèves … c'était donc dans ce fabuleux monde que ses parents avaient grandis ? À ce moment précis, des étoiles dans les yeux et dévorant du regard tout ce qui se trouvait à proximité, le jeune garçon ne pouvait s'empêcher d'être reconnaissant envers la communauté magique d'avoir pensé à lui et de lui avoir permis d'accéder à ce monde qui s'annonçait fabuleux.
Le sourire jusqu'aux oreilles, et toujours inattentif au discours de la directrice adjointe, Aiden continuait son inspection, se tortillant et se mettant sur la pointe des pieds pour essayer de mémoriser les moindres détails du lieu jusqu'à ce qu'il reçut un coup de coude dans les côtes et qu'une voix féminine inconnue jusqu'alors lui dise, sèchement :
« Arrête de faire l'anguille et écoute un peu le professeur McGonagall ! Son discours est essentiel. Si tu ne l'écoutes pas, tu feras à coup sûr des choses interdites ! Et ces choses-là enlèvent des points. Tu offriras une mauvaise réputation à ta maison. »
Aiden leva les yeux au ciel, légèrement vexé. Pour qui se prenait cette fille pour le rappeler à l'ordre ? Et puis, il était un jeune garçon de nature calme et discrète. Il n'avait jamais commis un mauvais coup ni eut une retenue de toute sa vie. Ce n'est pas maintenant que cela allait commencé. Et c'est ce qu'il s'apprêtait à dire à son interlocutrice lorsque McGonagall quitta subitement la salle, provoquant quelques murmures inquiets de la part de ses camarades.
« Qu'est ce que c'est la répartition ? Demanda Eliott, quelque peu inquiet. Qu'est ce qu'on va nous faire ?
Est-ce qu'on va devoir jeter des sorts et transformer des objets ? S'enquit à son tour Cyrielle, tout aussi stressée.
Ne vous en faites pas ! Leur répondit Hazel, un sourire rassurant sur le visage. Ce n'est pas si terrible. Ma sœur m'a tout expliquée : McGonagall va nous appeler un par un, par ordre alphabétique et on devra s'asseoir sur un tabouret. Lorsqu'on sera assit, McGo nous déposera un chapeau sur notre tête et celui-ci nous enverra dans une des quatre maisons après avoir analyser notre personnalité.
Un chapeau qui décide et qui analyse notre personnalité ? Répéta Eliott, perplexe. Me voilà rassuré … décidément, je vais avoir du mal à me faire au monde sorcier...
Je sais que c'est plutôt difficile pour vous, petits moldus que vous êtes. Mais je vous assure qu'après quelques semaines , tout cela vous paraîtra normale. Faites-moi confiance.
Et si on est séparés ? Demanda brusquement Aiden, que cette pensée venait d'effleurer
Eh bien … je te dirai que cela ne nous empêchera pas de nous revoir, si nous tenons vraiment les uns aux autres. Prononça Hazel après un instant de réflexion.
Les quatre nouveaux amis se sourirent et, peu après, leur attention se fixa sur la directrice adjointe qui était de retour. Celle-ci, après quelques mots de mise en garde, ouvrit de nouveau la porte et invita les élèves à la suivre.
La Grande Salle était un endroit incroyable et majestueux. Du même style que ce qu'Aiden et ses amis avaient aperçu du château, elle avait tout de même sa spécificité : elle semblait être à ciel ouvert. Cette idée enchantait le jeune garçon au plus au point mais il fut rapidement refroidi lorsqu'il entendit une jeune fille s'adresser à une de leur camarade en disant qu'il s'agissait en fait d'un plafond magique. C'était un peu décevant mais, Aiden dût se l'avouer, cela restait tout de même grandement génial ! Son admiration pour le monde magique ne cessait de s'accroître et le jeune garçon ne se serait pas gêné pour pousser des cris admiratifs s'il n'y avait pas eu tout ce monde : des centaines d'élèves plus âgés les observaient, certains murmuraient même sur leur passage. Une chose qu'Aiden détestait. Il avait l'habitude de se faire discret, de se fondre dans la foule. Il n'appréciait donc pas se trouver sous le feu des projecteurs, exposé à tous et à toutes. Surtout qu'il ne pouvait en aucun cas savoir ce que les autres pensaient de lui. Cette jeune fille, un sourire amusée sur son visage, se moquait-elle de lui ? Et ces deux personnes qui discutaient à voix basse disaient-elles du mal de lui ? Aiden savait que ses pensées pouvaient sembler paranoïaques mais lorsqu'il se trouvait dans une situation inconnue et désagréable, il ne pouvait s'empêcher d'agir ainsi. C'était tout simplement sa nature.
Soudainement angoissé et ne sachant plus où fixer son regard, le jeune garçon décida de regarder devant lui. Mauvaise idée : à peine son regard croisa le tabouret où était posé un vieux chapeau de sorcier que son rythme cardiaque s'accéléra et qu'une sueur froide coula le long de sa nuque. C'était une réaction stupide, il le savait bien. Hazel leur avait dit en quoi consistait la répartition et les avait grandement rassurés. Mais encore une fois, l'inconnu l'effrayait et il ne pouvait réagir autrement. Plus il se rapprochait de ce maudit tabouret, plus l'envie de prendre ses jambes à son cou lui paraissait séduisante …
Puis, sans qu'il s'y attende, le trajet prit fin. Les élèves devant lui et la directrice adjointe s'arrêtèrent. Il y eut un moment de silence, puis, une étrange ouverture apparut sur le chapeau et celui-ci s'agita, avant de commencer à chanter, sous le regard ahuri d'Aiden et de ses camarades.
Je n'suis pas d'une beauté suprême
Mais faut pas s'fier à ce qu'on voit
Je veux bien me manger moi-même
Si vous trouvez plus malin qu'moi.
Les hauts-d'forme, les chapeaux splendides
Font pâl' figure auprès de moi
Car, à Poudlard, quand je décide,
Chacun se soumet à mon choix.
Rien ne m'échapp' rien ne m'arrête
Le Choixpeau a toujours raison
Mettez-moi donc sur votre tête
Pour connaître votre maison.
Si vous allez à Gryffondor
Vous rejoindrez les courageux,
Les plus hardis et les plus forts
Sont rassemblés en ce haut lieu.
Si à Poufsouffle vous allez,
Comme eux vous s'rez juste et loyal
Ceux de Poufsouffle aiment travailler
Et leur patience est proverbiale.
Si vous êtes sage et réfléchi
Serdaigle vous accueillera peut-être
Là-bas, ce sont des érudits
Qui ont envie de tout connaître.
Vous finirez à Serpentard
Si vous êtes plutôt malin,
Car ceux-là sont de vrais roublards
Qui parviennent toujours à leurs fins.
Sur ta tête pose-moi un instant
Et n'aie pas peur, reste serein
Tu seras entre de bonnes mains
Car je suis un chapeau pensant !
« Alors ça … c'est pas croyable ! S'exclama Aiden, émerveillé, tandis que des milliers d'applaudissements et des sifflements retentissaient dans la salle
Tu l'as dit ! Lui répondit Eliott tout aussi abasourdi que lui et en applaudissant avec vigueur. Si même les objets se mettent à parler !
Ce n'est pas n'importe quel objet ! Intervint Hazel dont les cheveux avaient virés au bleu électrique tant son excitation était grande. Il a été ensorcelé par les fondateurs de l'école ! C'est de la grande magie ! Mais je vous dévoilerai ma science plus tard ! Ironisa-t-elle. Ça reprend !
Et, en effet, les applaudissements disparaissaient peu à peu et McGonagall avait à présent un rouleau de parchemin entre les mains qu'elle était en train de dérouler. Lorsque le silence revint, elle déclara, de sa voix toujours aussi sévère :
« Quand j'appellerai votre nom, vous mettrez le chapeau sur votre tête et vous vous assiérez sur le tabouret. Je commence : Abbot Hannah ! »
Une fille au teint rose avec des nattes blondes sortit du rang d'un pas mal assuré. Elle alla mettre le chapeau qui lui tomba devant les yeux et s'assit sur le tabouret.
« POUFSOUFFLE ! », cria le chapeau après un instant de silence.
Des acclamations et des applaudissements s'élevèrent de la table située à droite et Hannah alla s'y asseoir, parmi les autres étudiants de Poufsouffle. Aiden aperçut une drôle de silhouette transparente et plutôt enrobée adresser de grands signes enthousiastes à la petite fille.
Ainsi, il y avait donc des fantômes …
« Black Aiden ! »
Aussitôt des murmures retentirent dans la salle et l'expression « fils de meurtrier » ainsi que quelques insultes se firent entendre plusieurs fois, paralysant totalement Aiden. Ce dernier sentit même une boule enserrer sa gorge et son estomac. La chanson du choixpeau l'avait tellement détendu qu'il avait oublié son statut et l'opinion que certaines personnes pouvaient avoir à son égard. Et le retour à la réalité était plus que douloureux …
« Black Aiden ! » répéta McGonagall, les sourcils froncés et l'air plus sévère que jamais.
Aiden sentit une main le pousser dans le dos et entendit Hazel murmurer : « vas-y ! ne t'occupe pas d'eux ! Tu n'es pas comme lui ! ». Mais au lieu de l'encourager, ces paroles installèrent un horrible doute en lui : et si son amie se trompait ? S'il avait un mauvais fond ? S'il était aussi pourri que son meurtrier de père ?
Hazel ré-exerça une pression au creux de son dos et Aiden fit quelques pas, tremblant de tous ses membres. Aussitôt, les élèves situés devant lui s'écartèrent comme s'il était atteint d'une maladie hautement contagieuse et lui lancèrent des regards où se mêlaient à la fois peur et haine. Désespéré et sentant les larmes venir, il dirigea son regard vers la directrice adjointe qui l'attendait. Le visage impassible et le regard toujours sévère, celle-ci le fixait, attendant qu'il vienne jusqu'à elle. Aucun signe dans son attitude ne montrait qu'elle compatissait. Peut-être le détestait-elle elle aussi ? Alors, la tête basse et le cœur empli de tristesse, il s'avança lentement vers le tabouret, se saisit du chapeau, le posa sur sa tête et s'assit, la peur lui retournant l'estomac.
Après un instant de silence dans le noir complet – le chapeau obscurcissant totalement sa vision – Aiden sursauta, surprit : on venait de le saluer. Ou plutôt le chapeau venait de le saluer.
« N'aie pas peur, Aiden. Continua celui-ci en murmurant au creux de l'oreille du jeune garçon. Je ne te veux aucun mal. Je suis là pour analyser ta personnalité et te répartir, rien de plus. Tes parents étaient des gens formidables et très talentueux, tu sais ? De courageux et déterminés Gryffondor. »
« Mon père est un meurtrier ... » pensa amèrement le garçon. Je ne vois pas en quoi c'est quelque chose de formidable. »
« Oh mais il avait un bon fond, tu sais ? C'était quelqu'un qui défendait ses amis coûte que coûte et qui n'avait pas peur de la mort ni des conséquences de ses actes. Une très bonne personne même s'il pouvait s'avérer être un véritable coureur de jupon, parfois … s'il a commis cet acte terrible cette nuit-là, c'est que quelque chose a dû le pousser … quelque chose de très puissant auquel il ne pouvait faire fasse … et puis, qui te dit qu'il l'a réellement commis ? Il peut y avoir des erreurs de jugements parfois … »
« Comment cela ? Demanda Aiden, bouleversé et curieux à la fois. Comment savez-vous tout cela ? Et qu'est ce que vous voulez dire par erreur de jugement ? »
« Nous verrons cela une autre fois, veux-tu mon garçon ? La vieille McGonagall commence à s'impatienter … »
« Mais … »
« Tu es quelqu'un de courageux. Continua le choixpeau, totalement indifférent au trouble d'Aiden. Mais ce n'est pas ta principale qualité. Tu es quelqu'un de profondément bon. Tu détestes les injustices et tu travailles dur. Tu as peu confiance en toi et pourtant tu devrais … tu es une personne de l'ombre, tu détestes attirer l'attention … Gryffondor et Serpentard ne sont donc pas faits pour toi, mon garçon … tu es curieux mais pas trop … oui, c'est bon, j'ai trouvé … »
« POUFSOUFFLE ! »
Contrairement à ce qu'Hannah avait vécu, les applaudissements se firent moins nombreux et moins chaleureux. Lorsque Aiden eut enlevé le chapeau, il put voir l'inquiétude qui apparaissait clairement dans le regard de ses nouveaux camarades de maison. Cela lui fit mal au cœur. Le craignaient-ils tant que cela ? Lassé et déçu, le jeune garçon se dirigea vers sa table à contrecœur. Lorsqu'il s'y assit, Hannah eut un léger mouvement de recul et aucune main ne se tendit vers lui. Tous ses camarades avaient la tête baissée et regardaient fixement leur assiette. Même le moine gras semblait gêné de sa présence …
« Bones Susan ! »
« POUFSOUFFLE ! »
Aiden se décala pour faire de la place et adressa un sourire gêné à la petite fille. Celle-ci l'ignora totalement et alla s'installer de l'autre côté, à côté d'un jeune homme qui lui serra chaleureusement la main. S'en fut trop pour le jeune garçon. Plus accablé que jamais, il se prit la tête dans les mains et ferma les yeux. Son seul souhait pour le moment était de disparaître, de sortir d'ici et de cette image d'être indésirable … la respiration entravée par la tristesse et les larmes coulant le long de ses joues, Aiden essaya de se calmer en tentant de s'imaginer dans un autre univers, un de ces univers fabuleux qu'avait l'habitude de lui conter la vieille dame de l'orphelinat lorsqu'il était petit. Pendant plusieurs minutes, il se coupa donc du présent et sortit seulement de sa torpeur lorsque la professeur McGonagall appela « Debussy Cyrielle ». Soudainement intéressé, il se redressa et essuya ses larmes.
La petite fille aux cheveux noirs et aux yeux bleus d'encre s'avança d'un pas hésitant vers le tabouret. Sans un regard pour la directrice adjointe, elle se saisit vivement du chapeau qu'elle posa vivement sur sa tête comme-ci elle était pressée que tout cela se termine. Dans sa précipitation, elle manqua même de tomber en s'asseyant à côté du tabouret, ce qui provoqua quelques ricanements qui la firent rougir.
Il eut un instant de silence puis la décision tomba.
« POUFSOUFFLE ! »
De nouveau, il eut de nombreux applaudissements à la table d'Aiden et celui-ci y participa activement, content d'avoir une amie à ses côtés et oubliant la tristesse qui, peu de temps auparavant, noyait son cœur.
Cyrielle fut accueillie chaleureusement et serra quelques mains avant de se tourner vers Aiden et de lui adresser un sourire rayonnant.
« J'avais tellement peur de me retrouver toute seule ! Murmura-t-elle, soulagée tandis que la répartition reprenait. Et, avant que tu dises quoi que ce soit, ajouta-t-elle voyant qu'Aiden allait ouvrir la bouche, sache que je me fiches totalement de la réputation que tu puisses avoir ici. Je t'aime bien et j'ai toujours agi comme je le voulais. J'en fais toujours qu'à ma tête et j'ai envie de rester avec toi. Alors c'est ce que je ferais, peu n'importe les difficultés.
Elle avait dit ces mots avec une telle détermination dans la voix et le regard qu'Aiden en fut abasourdi pendant quelques secondes. Puis, lui jetant un regard reconnaissant, il leva la main que sa voisine et désormais amie topa avec amusement sous le regard suspicieux de leurs voisins de tables. Cyrielle tira la langue à ces derniers qui affichèrent une mine dégoûtée et tous les deux reportèrent leur attention sur la répartition, le cœur rempli de joie.
« Les choses ne vont pas si mal, finalement ... » pensa Aiden.
« Johnson Eliott »
Le jeune garçon se dirigea d'un pas décidé vers le tabouret. Et à peine avait-il posé le choixpeau sur sa tête que celui-ci s'écria : « GRYFFONDOR ! ». Une véritable ovation prit forme et sous les applaudissements et sifflements de ses nouveaux camarades, Eliott alla rejoindre sa table, située à l'extrême gauche de la salle. Lorsqu'il s'assit sur le banc, il ne put s'empêcher de se retourner vers Cyrielle et Aiden et de leur adresser un sourire. Ceux-ci répondirent en levant les deux pouces. Le message était reçu. Ils allaient garder contact malgré leur sépartion.
« Jones Hazel »
Avec un certain amusement, Aiden observa son amie – dont les cheveux étaient devenus rouges ( peut-être était-elle gênée par tant d'attention?) - se diriger vers le tabouret d'un pas maladroit. D'un geste hésitant et après avoir manqué de rater la marche, elle prit le chapeau qu'elle posa sur sa tête et s'assit sur le tabouret, le dos bien droit et le visage fermé, les doigts étonnamment crispés sur le bord du tabouret. Il ne fallut pas longtemps avant que le choixpeau fasse part de sa décision.
« SERDAIGLE ! », cria-t-il et des applaudissements ainsi que des sifflements provinrent de la deuxième table à gauche, vers laquelle se dirigea Hazel, tout sourire.
Aiden, lui, ne pouvait s'empêcher d'être quelque peu déçu. Il avait espéré que la petite fille soit dans la même maison que lui … mais il fallait croire que le destin en avait décidé autrement … mécontent, il ne put réprimer un soupir auquel Cyrielle répondit par une tape sur l'épaule.
« T'en fais pas, va ! Lui dit-elle. Tu te souviens de ce qu'elle nous a dit ? Qu'on restera toujours amis si c'est ce que l'on souhaite.
« Et puis, les Serdaigle ont cours avec nous. Lança leur voisin d'en face, d'un ton hésitant et en fixant son assiette. Vous la reverrez, ne vous en faites pas.
Surpris par cette intervention, les deux enfants se regardèrent puis, avec un haussement d'épaules, Aiden tourna la tête vers la table des Serdaigle. Là, il capta le regard d'Hazel et ressentit un immense plaisir lorsque celle-ci lui adressa un clin d'œil auquel il répondit. Leur amitié ne s'arrêtera pas là, il en était sûr.
