Chapitre 4 : Remus Lupin
1er septembre 1993,
20h45,
Infirmerie de Poudlard.
« Se battre avant même le début des cours ! Grommela Pomona Pomfresh en appliquant une crème sur le front d'Aiden Black qui grimaça sous la douleur. Non mais franchement ! A quoi pensiez-vous ? »
Aucun des quatre adolescents présents dans la pièce ne répondit, s'étant trouvé une soudaine admiration pour le carrelage blanc de l'infirmerie. Madame Pomfresh soupira mais n'insista pas. Au lieu de cela, elle rangea la pommade, ferma le placard puis prit la direction de son bureau en marmonnant que, de nos jours, les jeunes étaient des énergumènes aux envies indescriptibles et que ce fait allait probablement mener la société à sa perte.
Aiden soupira tout en jetant un regard à sa meilleure amie. Celle-ci était assise sur une chaise , la tête baissée, le regard fixé sur le sol, la main gauche crispée sur le rebord de la chaise. C'était la moins touchée de tous mais le bandage à son poignée droit ainsi que ses cheveux gris souris témoignaient du choc qu'elle avait reçu. Le jeune Black ne savait absolument pas ce que ses agresseurs lui avaient fait – lui-même ayant été aux prises d'un septième année – mais il savait d'ores et déjà que l'altercation avait été rude : le bandage servait à cacher une magnifique empreinte de main qu'un des camarades de Thompson avait laissé sur la chaire de la jeune fille. Cette dernière sentit le regard d'Aiden sur elle et leva lentement la tête avant de le regarder et de lui faire un léger sourire comme pour lui dire « ça va, ne t'inquiète pas, je vais bien.» mais ses yeux étaient emplis de tristesse et ses cheveux étaient toujours aussi gris. Soupirant de nouveau, Aiden entreprit d'aller réconforter sa meilleure amie. Mais à peine s'était-il levé qu'une horrible douleur à la tête le fit chanceler. Tout tournait autour de lui et il se serait certainement écroulé au sol si une paire de bras ne l'avait pas rattrapé à temps.
« Vous devriez rester assis, dit une voix rauque à côté de lui. Le choc que vous avez reçu a été assez violent. De plus, je doute que Madame Pomfresh sera ravie de voir que vous avez quitté votre lit. Alors si vous ne voulez pas avoir affaire à une furie, le mieux serait de vous recoucher. »
Cette dernière phrase avait été prononcée avec un certain amusement par l'inconnu, comme-ci il avait d'ores et déjà connu cette situation. Toujours soutenu par ce dernier, Aiden se tourna vers lui et c'est avec une certaine surprise qu'il reconnu leur professeur de Défenses Contre Les Forces Du Mal, celui-là même qui été intervenu pendant la violente altercation et qui avait également distribué du chocolat dans tout le Poudlard Express après la visite de l'effroyable créature.
« Je voulais .. je voulais juste m'assurer que ma meilleure amie allait bien », bégaya Aiden, assez impressionné par la présence du professeur.
Une certaine souffrance se dégageait de ce dernier, comme-ci sa vie avait été faite principalement de douloureux et tragiques événements. Comme-ci cet homme aux cheveux parsemés de fils d'argent et aux cernes importants cachait derrière une expression de fatigue et de bienveillance une face sombre qu'il valait mieux ne pas connaître. Cette impression était renforcée par la grande cicatrice présente sur son visage. Que lui était-il donc arrivé pour qu'il soit blessé ainsi ?
« Oh, je t'en prie, Aiden !, s'exclama Hazel en levant les yeux au ciel – le jeune garçon savait pertinemment qu'elle détestait montrer un quelconque signe de faiblesse devant des inconnus . Je ne suis pas en sucre. Je vais parfaitement bien.
Non. Tes cheveux sont gris. Si tu allais parfaitement bien comme tu dis, ils seraient violets. Voire même bordeaux. Tu es triste et je n'aime pas ça.
Alors quoi ? Lui répondit la jeune fille, visiblement énervée en lâchant un petit rire désespéré. On vient de se faire attaquer par une bande de septième année plus débiles les uns que les autres et toi, tu voudrais que je saute partout en chantant joyeusement ? Déso..
Eh ! Nous ne sommes pas débiles, OK ?, l'interrompit Thompson en se levant de sa chaise, apparemment prêt à en découdre. Et puis, si vous ne nous aviez pas provoqués, on n'en serait pas là !
Comment ça, on vous a provoqués ?, lança Aiden en sentant une vague de colère monter en lui. Qui a commencé, hein ? Qui a insinué des choses totalement fausses ? Qui nous en fait voir de toutes les couleurs depuis trois ans maintenant ? C'est toi, je te signale !
Des choses totalement fausses ? Non mais t'as fini de jouer les innocents ? On sait très bien ce que tu es en réalité ! Rien qu'un peti...
Ça suffit !, s'exclama le professeur d'une voix forte, faisant taire les adolescents. Mademoiselle …?
Jones, Monsieur. Hazel Jones. Murmura la concernée, intimidée, le regard baissé vers le sol, ses cheveux devenant soudainement blancs.
Hazel , vous pouvez partir. Reprit le professeur d'une voix douce, sentant certainement le malaise de la jeune fille. Une de vos amies vous attend à l'extérieur. Une certaine Cyrielle Debussy. C'est elle qui m'a signalé votre absence lors de l'arrivée au château. Le repas n'est pas encore terminé et il me semble qu'un peu de jus de citrouille et de tarte vous ferait le plus grand bien. »
La jeune fille hocha la tête en guise de réponse, se leva, serra brièvement Aiden dans ses bras, et, sans un mot, ni même un regard pour le professeur, sortit précipitamment de la pièce.
Il régna alors quelques minutes d'un silence pesant avant que le professeur reprenne la parole :
« Comment vous appelez-vous ?» demanda-t-il à Roger Thompson, assis dans un lit, le cou immobilisé par une minerve.
Sa voix était douce mais autoritaire. Aussi le jeune homme devina aisément que ce n'était pas le moment de plaisanter ou de montrer irrespectueux envers cet homme à la robe de sorcier miteuse.
« Roger Thompson, Monsieur. Répondit-il le regard fixé dans celui de son interlocuteur
Et en quelle année êtes-vous, Roger ?
Septième, Monsieur.
Et ne trouvez-vous pas que votre attitude est totalement inappropriée pour une personne de votre âge ?
C'est … C'est-à-dire, Monsieur ? … »
Un certain malaise commençait à apparaître dans la voix du jeune Gryffondor dont le visage avait pris une teinte cramoisie. Aiden Black ne put s'empêcher de ressentir un certain bonheur à la vue de cette scène. Souriant intérieurement, il s'efforça de fixer Thompson tout en essayant de cligner le moins possible des paupières et d'ouvrir grand ses oreilles : aucun détail, même le plus infime, de cette scène ne devait lui échapper.
« On fait moins le malin, hein !, pensa le jeune Black, avec une certaine jubilation. Tu te vantes tout le temps que rien ne t'effraie mais tu t'aplatis devant les professeurs … courageux Gryffondor ! Tes camarades de maison sont normalement connus pour être des rebelles ...»
« Je veux dire par là, Roger, continuait le Professeur Lupin de sa même voix douce et ferme. Que j'aurais pensé qu'à dix-sept ans, un jeune homme comme vous aurait d'autres occupations que de persécuter des élèves beaucoup plus jeunes et moins expérimentés que vous.
Je ne les persécute pas, Monsieur ! S'écria Thompson, rouge de colère en se levant brusquement, faisant tomber la lampe de chevet au passage. C'est la première fois que je les vois et je voulais seulement obtenir des informations … après tout, on sait tous qui il est !, ajouta-t-il en pointant le doigt vers Aiden qui lui lança un regard noir, bouillant de rage. Si le professeur n'avait pas été là et s'il n'avait pas eu cette douloureuse bosse au front, il n'aurait pas hésité à sauter au cou de son adversaire, déjà orné d'une magnifique minerve.
Et qui est-il, si je puis me permettre ? Demanda le professeur, à la grande surprise du Gryffondor qui ouvrit la bouche puis la referma, sans qu'aucun son ne sortit.
Aiden eut un petit sourire satisfait, se tourna vers l'homme et répondit :
« Aiden Black, Monsieur »
La réaction de son interlocuteur fut alors très étrange. Le regard baissé pour observer Aiden, il se figea à l'entente de l'identité de ce dernier et blêmit, comme-ci on venait de lui balancer de l'eau particulièrement glacée. Puis, restant tout aussi immobile et tout aussi blanc, il murmura plus pour lui-même que pour les autres, et de façon presque inaudible :
« Mais oui … Aiden … J'aurais du m'en douter … Même année qu'Harry … Drôlement changé, tout de même … Ne ressemble pas du tout à son père … sauf peut-être les yeux... »
Intrigués, les deux adolescents échangèrent un regard avant qu'Aiden ne se racle bruyamment la gorge , comme pour y chasser une boule qui s'y était formée, puis lança, d'une voix tremblante :
« Monsieur ? Est-ce que tout va bien ? »
Mais il savait sa question idiote. Le trouble qui s'affichait sur le visage de Lupin disait tout le contraire. Ses marmonnements également. Si l'homme avait vu un revenant, le jeune Black était certain que sa réaction aurait été la même. On aurait dit qu'on venait de lui donner un coup de poignard dans le dos. Qu'on venait de lui annoncer une horrible nouvelle qui allait lui changer la vie pour toujours et à jamais. Et cela effrayait le jeune homme. Car cet homme semblait le connaître et être plus que surpris de sa présence … mais pourquoi ? Et comment savait-il qu'il ne ressemblait pas tant que cela à son père ? L'avait-il connu ? Mais où ? Et comment ? Pourquoi ?
Des milliers de questions se bousculaient dans la tête du jeune garçon, dont la tête recommençait à lui faire mal et à tourner. La situation commençait à lui échapper et il n'aimait absolument pas cela. De plus, il avait l'horrible impression que cette année n'allait pas être de tout repos … entre les brimades et les coups quotidiens, les rumeurs qui le mettaient en cause dans l'évasion de son père et cet étrange homme qui semblait en connaître plus sur lui qu'il n'en savait lui-même … avec un soupir, Aiden se prit la tête entre les mains, et ferma les yeux, essayant de garder son calme et d'ignorer les boules qui se formaient dans sa gorge et dans son estomac.
Le professeur Lupin, quant à lui, garda le silence quelques minutes avant de réagir. Il secoua la tête comme pour chasser une mouche ou de mauvaises pensées, puis s'exclama, d'une voix légèrement rauque dont il essayait de maîtriser le tremblement :
« Bien. Je ne vais pas avertir le Professeur Dumbledore ni même vos directeurs de maison respectifs de ce petit incident. Dit-il en regardant alternativement les deux jeunes hommes. Je ne vais pas non plus vous coller. Ajouta-t-il voyant que Thompson ouvrait la bouche. Néanmoins, je veux que vous sachiez que je vais en avertir vos parents. Ils pourront ains...
Mais professeur ! L'interrompit Aiden en levant brusquement la tête, provoquant une énième douleur au niveau de son crâne. Je n'ai absolument rien fait ! Je me suis uniquement défendu ! Il m'a sauté dessus !
Je le sais bien, Aiden. Mais il faut bien que votre tuteur légal soit informé que vous subissez des violences au sein de votre établissement scolaire, non ? Car d'après ce que j'ai entendu, et ce que m'a dit votre amie Cyrielle, vous rencontrez quelques problèmes avec quelques-uns de vos camarades, n'est-ce pas ? Et cela n'est pas normal. En le prévenant, votre tuteur aura ainsi la possibilité d'en discuter avec vous et de porter plainte si vous le jugez nécessaire.
Abasourdi, Aiden ouvrit la bouche mais fut incapable de dire quoi que ce soit. Il était pétrifié. Tout se passait comme il le craignait. Lupin allait prévenir Mathew Jones, le père d'Hazel et tout deux devront alors avouer qu'ils se font harceler depuis trois ans maintenant et n'auront pas d'autres choix que de porter plainte devant la justice magique. Or, le jeune Black savait très bien que s'ils le faisaient les choses allaient empirer, devenir plus incontrôlables qu'elles ne l'étaient déjà. Certains des harceleurs étaient des élèves dont les parents étaient riches et occupaient des places importantes au ministère. Aiden et ses amis n'avaient donc aucune chance de gagner un éventuel procès, les juges n'osant pas mettre en doute la parole de hauts fonctionnaires de l'Etat, par peur de perdre son emploi. Cela s'était vu des centaines de fois et à chaque fois, les personnes ayant porté plainte contre ces hauts fonctionnaires se retrouvaient bafoués, voire exclus de la société. On les pointait du doigt, murmuraient d'horribles choses sur leur passage et leur faisait parfois perdre leur travail. Aiden ne pouvait infliger cela aux Jones … pas à cette famille, si généreuse et si bien intégrée au sein de la communauté.
Perdu dans ses sombres pensées, Aiden ne fit plus attention à ce qui se passait autour de lui. Aussi, il ne suivit pas le moins du monde l'échange violent qui suivit entre le professeur et Thompson, ce dernier fulminant de rage, essayant de se défendre et totalement indigné. Il ne pouvait pas être puni ! C'était totalement injuste puisqu'il n'avait rien fait ! C'était eux qui l'avait provoqué, il n'avait fait que se défendre. Ce qu'avait dit le fils du meurtrier était totalement faux. Il n'était absolument pas digne de confiance. Et puis, le professeur ne pouvait absolument pas vérifier la version de Black puisqu'il n'avait pas vu le commencement de la dispute. Comment pouvait-il donc être sûr à 100% que c'était lui l'agresseur et non Aiden ?
Mais le professeur était formel et c'est à peine s'il écoutait le Gryffondor. Il savait que ce denier mentait, son instinct lui disait. De plus, la réaction que la jeune Hazel Jones avait eu lorsqu'il lui avait adressé la parole avait été des plus troublantes : elle avait baissée la tête, effrayée, et ses doigts s'étaient encore plus crispés sur la chaise. Elle s'était tendue, comme-ci elle s'était attendue à ce qu'il s'approche d'elle et la frappe ou lui crie des insanités, l'humilie, là, dans cette infirmerie, devant deux autres personnes. Et seule une personne totalement apeurée, qui se prenait des coups régulièrement pouvait réagir de cette manière. Car, brutalisée constamment, la victime devenait de plus en plus méfiante et en venait à ne plus accordait sa confiance à personne, pas même à ses plus proches parents ou amis. Une personne simplement intimidée par un professeur aurait tout simplement rougi en baissant les yeux. Mais ne se serait certainement pas tendue, comme-ci elle était en face de son bourreau. Il y avait donc anguille sous roche et Remus était prêt à découvrir le fin mot de l'histoire, coûte que coûte. Il les connaissait à peine et l'un d'eux était le fils de son traître de meilleur ami mais il sentait qu'il devait aider ces deux jeunes. Après tout, ce qu'ils vivaient n'était pas normal. Aucun élève ne devrait subir cela. Mais Remus avait menti sur un point. Cyrielle Debussy ne lui avait rien dit. A ce moment-là, il voulait juste vérifier si ce dont il se doutait – à savoir qu' Hazel et Aiden ainsi que leur camarade toujours inconscient étaient persécutés par les autres étudiants – était réel. Cependant, l'expression horrifiée qu'Aiden avait affiché à ce moment ne l'avait pas aidé le moins du monde. Etait-il horrifié à l'idée que son tuteur découvre ce qu'il s'efforçait à cacher depuis deux ans et que cela aggrave la situation, comme c'était malheureusement souvent le cas ou était-il terrifié à l'idée que quelqu'un ait découvert que le jeune homme était frappé par quelqu'un qui n'était autre que son tuteur ? Ce dernier était-il en cause ? Après tout, s'il avait atterri chez un proche parent qui ne l'appréciait guère après la mort de ses parents, ce scénario serait tout à fait envisageable. Et encore plus abominable, d'une certaine manière.
Il faudrait qu'il se renseigne auprès de Dumbledore pour obtenir d'avantage de renseignements. L'heure était grave et Remus ne pouvait se permettre de traîner. La situation pouvait si vite dégénérer...
Les deux hypothèses étant envisageables, Remus se devait également de punir Roger Thompson, pour que celui-ci n'ait plus réellement envie de recommencer. Seulement, il savait que passer par les parents était une solution des plus efficaces. Plus efficace que les heures de colle. Car ce qui effrayait les adolescents avant même leur pus grande peur, était sans conteste des parents en colère ...
« Roger, cessez vos jérémiades, je vous prie, si vous ne souhaitez pas aggravez votre cas. Dit-il d'une voix ferme, faisant taire l'adolescent qui grimaça, mécontent. Vos parents recevront un hibou demain matin leur expliquant la situation et vous ne pouvez rien faire contre cela. Quant à vous, Aiden, ajouta-t-il à l'adresse du plus jeune qui sursauta, ne s'attendant pas à être interrompu durant sa réflexion. J'enverrai une lettre à votre tuteur ou tutrice pour lui dire que vous semblez rencontrer quelques difficultés à Poudlard. Et, vous aussi, vous ne pouvez rien faire contre cela. S'empressa-t-il de rajouter voyant qu'Aiden ouvrait la bouche. Vos suppliques seront inefficaces. Maintenant, reposez-vous. Je pense que vous pourrez sortir demain matin et assister aux cours comme prévu. Et, s'il vous plaît, essayez de ne pas vous disputer. Ce jeune homme là (il pointa Eliott du doigt) a un sérieux besoin de repos.
Puis, après avoir lancé un dernier regard aux deux garçons, il sortit de la salle, le dos légèrement courbé.
Soupirant en se passant une main dans les cheveux, Aiden lança un regard noir à Thompson qui le lui rendit, attrapa un sandwich que l'infirmière avait fait apparaître un peu plus tôt et s'assit sur son lit, de sombres pensées hantant son esprit. Il s'était mis dans de beaux draps et il en était conscient. Cette année allait être éprouvante et le pire, c'était qu'il avait emmené Hazel dans ses bêtises. Comment allait-elle réagir, demain matin, quand elle apprendrait que ses parents sont d'ores et déjà au courant de la situation, contrairement à ce qu'ils avaient voulu ? « Mal » était un euphémisme...
