Chapitre 2 : Un déchet pour l'un peut être un trésor pour l'autre mais la plupart du temps ça reste un déchet
Il se figea : on venait de taper à la porte. Or, il était trop tard pour que ce soit un civil lambda et la seule personne sensée connaitre sa localisation exacte avait les clés ce qui amenait la question suivante : qui venait de taper à la porte ?
Agrippant la garde de son sabre, prêt à dégainer à tout instant, il progressa silencieusement jusqu'à l'entrée et ouvrit violemment tout en brandissant son arme. Personne. Juste un sac. Se sentant honteux mais soulagé que personne ne l'ai vu, il rangea rapidement son katana dans le fourreau qu'il n'aurait jamais dû quitter. Un vieux sac à patate en toile de jute. Quelle déception ! Avec l'état d'ébullition dans lequel était le Bakufu, il aurait imaginé un peu d'action ce soir. Mais rien. Rien à part un vieux sac. Un vieux sac qui parle. Quoi ?! Att…Attendez ! Un sac qui parle ?! On ne pouvait comprendre le charabia qui s'échappait de l'emballage, mais il y avant définitivement une forme de vie intelligente qui tentait de communiquer avec lui à l'intérieur du contenant.
Il défit rapidement le nœud marin* qui fermait le sac et vit apparaître devant lui une charmante jeune frimousse qu'il connaissait trop bien. Bien entendu, il ne l'avait jamais rencontrée en vrai, mais sa tête était sur toutes les pubs pour le sukonbu et passait à la télévision en « alerte enlèvement » depuis plusieurs heures : la princesse Soyo.
Il attrapa le sac et le jeta à l'intérieur de sa planque avant de claquer la porte. Le samouraï rejeta sa longue chevelure noir en arrière et se mit à réfléchir à toute allure : qui avait bien pu lui faire ça ? Alors même qu'il était déjà un des criminels les plus recherchés d'Edo, on lui mettait sur le dos un crime qu'il n'avait pas commis ! Qui était assez fourbe pour…. Le fil de ses pensées fut interrompu par une petite voix qui semblait plus dubitative que réellement effrayée.
Soyo : Je peux sortir du sac, Monsieur le Kidnappeur ?
« C'est pas « Monsieur le Kidnappeur », c'est Katsura ! » hurla-t-il sans même réfléchir au fait qu'il venait de révéler son identité à sa supposée victime. Le nom la fit tiquer la princesse. Même elle avait entendu parler de l'ennemi public numéro 1.
Soyo : Ah. Donc vous allez me tuer.
La princesse dit cela d'un ton calme et serein, avec une prestance à la hauteur de son rang tandis qu'elle explorait du regard la petite pièce meublée d'un frigo, une télévision et une pile de futons. Le samouraï, qui entre temps s'était laissé tomber sur le sol en position fœtale, releva la tête et dévisagea la jeune noble, interloqué.
Katsura : Pourquoi ferai-je une chose pareille ?
Soyo : Et bien je suis la petite sœur du Shogun Shige Shige et vous êtes le terroriste leader du Jouishishi Katsura Kotaro qui a juré de faire tomber le Bakufu, non ? Enfin, c'est ce que m'a dit Grand-papy…
Katsura : Et que vous a-t-il dit d'autre sur moi, votre Grand-papy ?
Soyo : Je ne sais pas, j'ai tendance à m'endormir quand il raconte ses histoires…
Katsura : Et bien non, je ne vais pas vous tuer. Mais je ne peux pas vous ramener chez vous non plus, d'autant plus que toutes les forces de polices et militaires sont en train d'arpenter les rues … Mais je ne peux pas laisser une gamine seule dans ce quartier pour qu'elle retourne chez elle… Arrg ! Qu'est-ce que je vais faire : une situation où un Nmaibo ne peut pas m'aider !
Soyo : C'est quoi un « Nmaibo » ?
Katsura : Un Nmaibo ne s'explique pas, ça se déguste !
Joignant le geste à la parole, le samouraï sortit un cylindre jaune de sa manche et le tendit à la princesse. Elle avança lentement son petit bras qui était lesté par la quantité extravagante de vêtements qui l'emballait et attrapa le présent avec précaution. Sur l'emballage, il y avait une inscription : « Gout maïs ». La princesse ouvrit le papier pour en sortir l'aliment et croqua dedans. Elle avait pensé à l'éventualité du poison mais s'était dit qu'elle était déjà suffisamment à sa merci pour qu'il n'ait pas besoin de ça pour la tuer. Elle se concentra plutôt sur ce qu'elle avait dans la bouche et tenta de l'analyser. C'était craquant. Ça collait aux dents. C'était salé et un peu poudreux. C'était…
Soyo : Délichieux !
Katsura : Une jeune fille ne devrait pas dire « délichieux » la bouche pleine !
Soyo rougit et avala le contenu de sa bouche avant de reprendre.
Soyo : Oui, vous avez raison. Mais un terroriste ne devrait pas critiquer les manières d'une princesse.
Katsura : Qu'est-ce que vous savez des terroristes, d'abord ?
Soyo : Seulement ce que m'en a dit Grand-papy je suppose…
Katsura : Et bien laissez-moi vous dire que nous ne sommes pas de vulgaires assassins comme vous semblez le penser ! Depuis le début de la guerre, les membres du Jouishishi se sont courageusement battu pour la race hum…
La jeune princesse s'était laissée tomber dans ses draperies, avait fermé les yeux, et ronflait bruyamment.
Katsura : Arrête de te moquer de moi, personne ne s'endort aussi vite !
Soyo : Ce n'est pas de ma faute si ça me fait cet effet quand les gens me racontent des histoires.
Katsura fronça les sourcils, vexé, tandis que Soyo retirait ses nombreuses couches de vêtements pour ne plus porter qu'un kimono richement orné. Elle extirpa ses pieds du sac qui emprisonnait encore ses chevilles avant de jeter le tout au loin.
Soyo : Du coup … On fait quoi ?
Les yeux de Soyo commençaient à papillonner et elle plaça sa main devant sa bouche pour cacher un bâillement. Katsura qui était assis sur le sol se leva et sorti deux futons qu'il étendit à distance raisonnable l'un de l'autre. Il observa son œuvre quelques secondes, la main sur le menton, puis plaça le sac désormais remplis de haori de couleurs diverses entre les deux lits pour matérialiser la pureté de ses intentions.
Katsura : J'aimerai bien le savoir. Mais l'extérieur est trop dangereux pour moi ou pour vous à l'heure qu'il est. Je suppose que je vais vous garder ici pour la nuit et que je trouverai un moyen de vous rendre à votre frère demain matin.
Soyo : Me garder pour la nuit ?! Moi qui commençais à vous trouver sympathique, en fait vous êtes juste un pervers…
Katsura : Ce n'est pas « un pervers », c'est Katsura ! Et vous n'êtes pas du tout mon genre ! J'aime le charme des femmes plus mures, surtout si elles sont veuves…
Tout en se glissant dans le futon qui était le plus proche d'elle, Soyo s'adressa à son geôlier.
Soyo : Dites... Vous pensez à quelqu'un en particulier en disant ça ?
*Nœud marin - Marin; Marin - Pirate; Pirate - Roi des Pirates; Roi des Pirates - Kamui : CQFD !
