Le petit cadeau de Mishinema !
La royauté. Voilà un beau mot, royauté. Un roi, des sujets, c'est plutôt simple. Aussi longtemps que la vie existera, quelqu'un dirigera, quelque soit le groupe que l'on voit. Alors, quand l'une des nations de créatures magiques les plus puissantes de tout le Cratère a besoin d'un chef, on nomme un roi. Les nains des montagnes, un peuple fier, grand, riche, puissant. Depuis des décennies, les rois sont devenus les piliers politique du peuple nain ( comme les peuples humains mais d'une façon différente). Si un nain est si fier, c'est pour une bonne et simple raison : il est indépendant. Il ne se considère jamais en dehors de la loi puisque la loi, c'est lui ! Non non non, il a fallut régler ça avec le temps. Il a fallut instaurer un nouveau régime. Maintenant, les rois sont les dirigeants des nains. Voilà pour ce qui est du système politique des nains, pouvant se résumer en deux phrases mais pourquoi ne pas s'embêter avec des détails ? Maintenant, que ce passe-t-il lors de la passation de pouvoir. Et bien, le nouveau roi n'est pas forcément le fils direct du roi actuel. Non, il ne l'est pas, il le devient. Connaissez vous la fameuse phrase " Le roi est mort, vive le roi " ? Oui ? Tant mieux. On sait à l'instant même qui est le nouveau roi pour une raison très simple. C'est celui qui a tué l'ancien roi... Je m'explique. Lorsqu'un roi arrive en fin de vie, il n'a pas d'autre choix que d'abdiquer. Mais abdiquer c'est comme avouer qu'on a échoué. Alors on préfère mourir. Les dernières heures du roi deviennent alors une traque monstrueuse, un combat à mort ou une fourberie meurtrière très subtile. Les participants sont choisis parmis les personnes de confiance du roi. Si jamais son fils est un nain irresponsable porté sur la boisson et la soumission de servantes du château, il n'a pas intérêt à devenir le nouveau roi. Alors le roi choisis les participants au préalable. Mais pourquoi une pratique aussi barbare ?
Et bien, si l'on y repense, elle est plutôt... Judicieuse. Imaginez un roi trop trouillard pour combattre, trop stupide pour ne pas se faire prendre en embuscade ou trop téméraire pour foncer tête baissée dans un piège. Là, au moins, on connait la marchandise : un nain assez couillu pour tuer son propre père et/ou monarque. Et ça c'est un gage de qualité chez les nains. Mais... Pas pour tous...
À l'âge de 18 ans, Grunlek était un jeune nain intelligent, calme et gentil. Il aimait son peuple et le peuple le lui rendait bien. Un parfait monarque en somme. Car sous son air de chaton, se cache un combattant hors pair, le champion de boxe de toute la Montagne, l'arbalétier préféré de son père, le stratège de la cour. Il était en charge de l'entraînement des très jeunes recrues et ses bataillons ne tombèrent sous le joug ennemi Un jour, pendant la Sainte Bière ( une fête naine, évidemment ), l'un des invités avait eu l'audace de s'attaquer à la barmaid de la taverne royale ( seuls les nains ont une taverne royale ). Le pauvre nain a finit avec 24 côtes brisées, un oeil à moitié en lambeaux, un bras brisé en 13 endroits, une vertèbre salement endommagée et pour finir, et ça c'est la petite touche du chef, un éclatement de l'entre-jambe qui l'a mené à un état comateux en une seule seconde. Quant à Grunlek, il dût changer de pourpoint, arraché pendant la bataille. Un escadron avait rappliqué pour protéger le jeune prince, mais c'était plutôt l'autre nain qu'il aurait été utile de protéger. Non, Grunlek n'est pas le roi idéal. Non, Grunlek n'est pas le défenseur des faibles. Non, Grunlek n'est pas l'ami des animaux si chers à son coeur. Grunlek est Grunlek, il est le nain qu'il est. Alors, ne cherchez pas à lui mettre des étiquettes.
Alors que la journée estivale touchait à sa fin, un petit mouvement de panique se perpétra dans le château. C'était l'heure. Le roi de la Montagne, assis sur son trône, regarda dans ses derniers instants son fils adoré.
- Mon fils. Tu sais pourquoi je t'ai fais venir jusqu'à moi.
- Non père, répondit respectueusement Grunlek.
- Je sais que... Tu n'es pas comme la plupart des nains. Tu ne passes pas tes journées dans les tavernes, dans les mines ou les arènes. Mais, le peuple t'aime, plus que moi en tout cas. Donc, comme tu es la seule et unique personne capable de revêtir l'habit d'un roi, tu dois procéder à mon... Voyage.
- Vous voulez dire que... Je devrais vous...
- Oui mon fils, tu as tout compris. C'est l'heure, la bière coule à flot aux tavernes, personne ne saura que tu es le seul candidat et tu pourras donc faire ton affaire en toute sécurité.
Le roi tira l'un des accoudoir de son trône. Une épée en or, ornées de tellements de diamants que n'importe quelle humaine deviendrait folle. Il la lança au pied de son fils. Il pencha sa tête en arrière, dévoilant son cou, couvert de veines noirs gonflantes. Un signe de la maladie qui se propage.
Grunlek ramassa l'arme, hésitant. Que devait-il faire ? C'était son père, son seul et unique parent vivant. Il n'avait pas d'autres choix... Si, il avait toujours le choix.
- Père, pourquoi cette tradition existe-t-elle ? Pourquoi devrais-je tuer pour accéder au trône ?
Le roi remonta sa tête et regarda son fils d'un oeil désespéré.
- Je savais que tu poserais la question... Beaucoup diront que c'est une preuve de courage. D'autres que c'est de la barbarie. Mais en réalité, la raison est bien plus cruelle. La vie d'un roi est la pire chose qu'il puisse arriver à quelqu'un. Je ne veux pas que tu vives ainsi, fils. Mais mes désirs égoïstes de patriotes m'obligent à t'ordonner de me tuer. Délivre ton père du mal, rend le fier de toi, un dernier instant.
Le vieux roi retomba au bord de la mort, les veines gonflaient, le mal incurable du roi le tuerait si il ne l'achevait pas assez vite. Grunlek prit la lame, prépara son coup et, avant même qu'il puisse abattre sa lame... Un cor de chasse sonna, le château était prît d'assaut. Un brouhaha se fit entendre à l'immense porte de la salle du trône. Grunlek se prépara au combat. Le bruit persista, plus ils frappaient, plus le bruit se fit entendre dans toute la pièce. La porte finit par craquer, laissant entrer un escadron de soldats nains en armure noires. Grunlek s'élança contre les assaillants mais quelque chose vint effleurer sa joue. Une voix retentit dans la salle.
- C'était donc la chance de ma vie. Pile au moment de prendre d'assaut le château, je tombe en plein rituel.
Un nain sortit du rang des soldats. Il portait une armure en or dont la brillance dépassait de loin celle du trône. Ses cheveux courts et sa barbe noir montrait qu'il avait des origines aisées. Grunlek regarda l'homme, jaugeant sa puissance. L'autre le regarda, plutôt amusé par sa réaction.
- Alors comme ça, le fils du roi a décidé de tuer son père ?
- Je lui fais honneur, tyran.
- Tyran ? Mais quel bien grand mot ! Je suis Trahl Farghu, digne dirigeant de la tribut des Nains d'or. Je suis passé par là... Par hasard. Et je me suis dis que, pourquoi pas, conquérir un royaume entier ?
- Le Rituel sera bientôt fait, je suis le nouveau roi de cet montagne.
Le nain, le regarda un instant et il se mit à éclater de rire. Grunlek, baissa sa garde, déconcerté par le comportoment de son rival.
- Le Rituel ? Mais je viens de le faire !
Grunlek se retourna et observa son père. Un dague était plantée dans le cou noir, le sang coulant sur le sol. Horrifié, il toucha sa joue et remarqua qu'elle saignait. Il ne croyait pas que son père était mort, il ne pouvait pas, il ne devait pas. Il n'allait pas laisser cet homme devenir roi. Non. Il fit face au nain d'or et, en un éclair, il lui sauta dessus tel une bête sauvage. Il avait beau se débattre, Grunlek le tenait en respect avec son genou, plaqué sur la gorge. Alors, dans un instant de rage folle, il attrapa le bras gauche du nouveau tyran et tira d'un coup sec. Le bras s'arracha, volant à travers la pièce, puis s'écrasant dans un bruit sourd. Le sang volait, repeignant les murs en quelques secondes. L'escadron essaya de se jeter sur Grunlek pour le maîtriser. Il était certes fort mais un bataillon entier, impossible de résister. Ils l'attrapèrent et l'emmenèrent vers le fond de la salle. Trahl le regarda gisant au sol. Il l'attrapa par le cou avec son bras restant.
- Espèce de sale petit enfoiré. Tu es conscient que tu viens de signer ton arrêt de mort ?!
Il le projeta contre l'un des vitraux du palais perché au sommet de la montagne. Grunlek dégringola, chutant de plus d'une centaine de mètres, se frappant contre des rochers, des arbres et tout ce qui pouvait se trouver sur son passage. Au bout de quelques minutes d'éternelle agonie, il finit sa descente infernale dans un petit tas de neige proche de la route. Il ne restait plus beaucoup de vies dans son corps. Elle s'échappait petit à petit, s'envolant rejoindre un monde bien meilleur...
- Tiens, un nain, il a l'air mal en point. Il faut le ramener à la maison. En route Drofus.
- Bien Maître Ugryn.
