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Te souviens-tu de ce premier jour au lycée de Forks ?

Il pleuvait ce jour-là, ton entrée dans le parking n'est pas passée inaperçue avec ton vieux pick-up rouge délavé dont le moteur vrombissait bruyamment. Ton véhicule faisait tâche au milieu des autres plus modernes dont la carrosserie se révélait brillante et sans défaut. Ce brun au teint halé t'a fait une remarque sarcastique à propos de ta voiture, tu l'as gratifié d'un simple merci et l'as ignoré en te dirigeant vers l'entrée du bâtiment. Vers moi.

Je t'ai regardé t'approcher, j'ai aperçu ton visage en forme de cœur, ta peau pâle, blanche comme la neige. Puis tes cheveux. Ah tes cheveux... ces sublimes mèches brunes aux reflets auburn qui sautillaient au rythme de tes pas. J'ai voulu les tenir dans ma main, les faire glisser entre mes doigts pour profiter pleinement de leur douceur. C'était la chose que je préférais chez toi jusqu'à ce que je vois tes yeux marrons. Ce n'était pas un marron banal, c'était la couleur du chocolat.

Puis j'ai regardé ton corps et j'ai été déçu. Tu portais un vieux sweat à capuche et un jean plus grand que tes cuisses menues. Ça m'a énervé, ces vêtements faisaient de toi une fille banale, une fille pour qui je ne me serais pas retourné. Tu avais le potentiel et tu le gâchais.

Tu es passé près de moi juste avant d'atteindre les portes vitrées mais à aucun moment tu ne m'as remarqué. Ça m'a mis dans une rage folle. Qui étais-tu ? Toi, la fille banale dont l'intérêt de tous était uniquement porté sur le fait que tu étais nouvelle, qui étais-tu pour ne pas me remarquer ?

Moi, j'étais Edward Cullen, le mec élu le plus sexy du lycée. J'avais toutes les filles à mes pieds, je n'avais qu'à claquer les doigts pour qu'elles enlèvent leurs fringues mais toi... toi, tu ne m'as même pas regardé. Je ne t'en ai pas voulu, sur le moment. Tu ne m'avais pas encore vu alors tu ne pouvais pas savoir.

Je ne t'ai revu qu'au moment du déjeuner, j'étais déjà à ma table, celle des populaires du lycée. Club très sélecte ne comprenant que cinq membres, dont je faisais partie, évidemment. Tu étais droite à l'entrée du réfectoire, tu tenais ton plateau dans tes mains et balayais la salle de ton regard. Encore une fois, il ne s'est pas posé sur moi. Quand tu as trouvé une place à ta convenance, tu as marché droit vers cette table. Tu t'es dirigée vers cette fille, brune à lunettes, Angéla, la paria du lycée, celle à qui personne ne s'adressait autrement que pour se moquer d'elle.

Avant même de t'arrêter devant la table, tu as ouvert la bouche mais ton pied s'est posé sur un morceau de poulet, tu as glissé en avant et ton plateau s'est posé avec fracas sur la table, la faisant sursauter. Elle a replacé ses lunettes avec son index et t'as laissé la table libre. Tu l'as suivie des yeux d'un air questionneur. Tu ne pouvais pas savoir qu'elle était le bouc-émissaire du lycée entier, tu ne pouvais pas deviner qu'elle penserait que tu voulais lui prendre sa table.

Tu as fini par reporter ton attention sur ton assiette quand elle a été hors de vue. Tu as pris une première frite, tu l'as mangé comme si tu savourais un plat d'un restaurant gastronomique. Parfois, ton doigt entrait dans ta bouche quand tu prenais le dernier bout de frites, tu le passais entre tes lèvres pour en retirer le sel. Tu n'avais aucune idée d'à quel point c'était sexy. Tu n'as pas idée de ce que j'ai imaginé en te regardant faire. Toi, nue, allongée sur la table de ma cuisine, mon doigt à la place du tiens puis - pardonne-moi du terme - ma queue, ensuite.

C'est à ce moment précis que j'ai su. C'était une évidence pour moi. Toi, la petite brune banale, tu allais être mienne.