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- Hé, Granger ! Quelque chose a explosé sur ta tête ce matin ?

Ricanements idiots de sa clique. Je soupire, agacée.

- C'est ça, Malfoy. Et toi, le pot de gel t'as sûrement glissé des doigts.

- Ah, mais ce n'est pas la même chose. Tout me va, Miss-je-sais-tout. C'est ça, avoir la classe!

- Si ça te fait plaisir de le penser…

Il rit en s'éloignant.

- Un point pour moi !

Oui. Comme - presque - à chaque fois, car je ne me fatigue pas à essayer d'avoir raison quand les discussions ont de ce niveau-là.

Notre petite altercation n'a fait tourner aucune tête. C'est tellement habituel de voir l'héritier Malfoy venir m'asticoter que personne ne tend l'oreille, à part Harry et Ron, au cas où. Je les rassure d'un geste. Non, pas d'insultes aujourd'hui. Juste des bêtises. Ils reviennent à leurs déjeuners après m'avoir souri, et moi je repars vers la salle d'étude ouverte pour les BUSES, les yeux emplis de tâches blondes.

Je pense qu'on peut appeler ça un coup de foudre.

Quand j'avais onze ans, je l'ai rencontré avant eux. J'allais rentrer dans mon compartiment, toute contente d'être là quand il est sorti du sien. Nos yeux se sont croisés et il a souri. Mon cœur a fait un bond. J'allais lui sourire en retour, déjà heureuse, mais j'ai entendu une voix dans mon dos et j'ai compris que ce sourire n'était pas pour moi. J'ai détourné les yeux, ravalé ma déception et je me suis assise sur le siège près de la fenêtre. Mon visage me brûlait, j'avais un peu honte et je voulais seulement retrouver le plaisir d'être en route vers Poudlard. Mais malgré mes efforts, son image ne me quittait plus. Je ne voulais pas me l'avouer quand je faisais le tour des compartiments et que je rencontrais Neville, puis Harry et Ron, mais c'était un autre garçon que je cherchais.

C'est complètement idiot, mais ça a commencé comme ça.

Puis je l'ai revu pour la Répartition. Mince, pâle, mais droit et fier, il s'est avancé sans trembler vers le Choixpeau. J'ai appris en même temps son nom… Et qu'il ne serait pas dans la même maison que moi. Je me consolais en le regardant. Son attitude me plaisait. Moi qui étais tellement timide, tellement peu sûre de moi, je me cachais derrière un comportement autoritaire voire désagréable pour défier les autres de s'approcher et de se moquer de moi.

Mais lui, non.Il respirait l'assurance et le calme.Il était déjà entouré par une foule d'amis et souriait tranquillement.Je ne pouvais pas ignorer l'orgueil qui transparaissait dans son attitude, mais ce ne me déplaisait pas et j'avais du mal à le quitter des yeux.Je le trouvais très beau, le contraste entre ses cheveux clairs et ses yeux gris me plaisais beaucoup.Mais il était àSerpentardet j'avais assez lu pour savoir qu'il y avait peu de chance pour qu'il parle à uneGryffondor.Mais je ne voulais pas y penser.J'avais la tête pleine de rêves, ce soir-là.

Les jours qui ont suivi se sont transformés en semaines.Pour une fois, j'avais l'avantage - merci à ma mémoire visuelle infaillible - et j'excellais en cours.Alors oui, je n'étais pas entourée, je n'avais pas de familleprestigieuse, mais…J'étais très intelligente.C'est une qualité, non ?Oui.Oui, mais pas quand on a onze ans.Ce n'est pas « cool » d'être la première de la classe et à part de l'agacement, je n'ai pas inspiré grand-chose.C'est peut-être pour ça que j'ai été tellement blessée quand Ron m'a si gentiment qualifiée de « cauchemar »…Une fille comme ça ne plairait pas àDragoMalfoy.

Ma première expérience amoureuse a failli me valoir d'être dévorée par un Troll.Je pense que c'est assez me quoi, même sans rien faire, il ne me réussissait pas.

Mais ça m'a permis de rencontrer Harry et Ron.Ils sont tellement importants pour moi.Et ils m'ont fait découvrir son véritable caractère.Parce que jusqu'au moment où nous sommes devenus amis, j'apercevaisMalfoyen classe, dans les couloirs et aux repas.Donc de - très - loin.Il était beau, il avait beaucoup d'amis, il était intelligent, mais je ne lui avais jamais parlé et donc je pouvais l'idéaliser tranquillement.

J'ai vite déchanté en le voyant faire avec les deux garçons.Là où je l'attendais gentil, sérieux et ouvert, je l'ai trouvé mesquin, jaloux et me quoi…J'aurais presque préféré garder mes rêves bleus et ne jamais le connaître.Mais je ne suis ni stupide, ni masochiste et quand il s'en est pris à moi ensuite, mon béguin s'était évanoui et ses insultes - de plus en plus blessantes - me passaient loin, au-dessus de la tête.

Mais, même si je ne l'aimais plus, je le trouvais attirant.

Et en grandissant, il l'est devenu de plus en plus.Jusqu'à être, à seize ans, un des garçons les plus séduisants dePoudlard.De ceux qui font se retourner les filles sur leur passage et rougir les premières années rien qu'en les regardant.Un bon joueur deQuiddich- même si Harry le dépassait encore - avec la silhouette qui vaavec.Un excellent élève aussi.Et il est le fier héritier d'une grande famille deSang-pur.Le tout lui donne un charme dévastateur...Mais qui est très facile à combattre quand on le connaît aussi bien que moi.Et Merlin, je ne sais que trop bien à quel point il peut être froid, orgueilleux, mauvais, etc.Il a quand même passé une grande partie de sa scolarité à essayer de faire renvoyer/blesser/disparaîtremes meilleurs amis, et l'autre à me balancer les pires choses qui lui passent par la tête.Donc il est magnifique, mais c'est un enfoiré et il n'est pas pour moi.

Il n'est pas pour moi.

Ah, s'il était moins c…S'il avait été élevé par des parents qui ne se croyaient pas sortis de la cuisse de Jupiter.S'il était plus tolérant…

Mais ce n'est pas le cas. Et je le sais, oh oui, je le sais, mais en montant vers le troisième étage, je dois quand même mettre les deux mains sur mes joues pour les rafraîchir. Je secoue la tête et me récite mon programme du matin pour ne plus penser à son rire.

C'est plus fort que moi.

Je suis quelqu'un de loyal. Quand j'aime, c'est pour longtemps et il m'est difficile d'effacer vite des sentiments profonds.

Harry et Ron, par exemple. Je peux me disputer avec eux, pleurer leur immaturité, enrager contre leur paresse, je peux leur hurler dessus... Je serai quand même là pour eux. Quoi qu'ils fassent, j'ai confiance, je sais qu'ils reviendront vers moi. En tout cas, moi, je les attendrais. C'est très Gryffondor comme attitude.

Je suis sûre qu'il en pleurerait de rire.

Mais ça me va d'être comme ça.Même pour lui.Je n'attends me je l'ai déjà dit, je ne suis pas stupide et je n'espère pas qu'il change.Je ne crois pas qu'il se réveillera un matin, devenu l'homme idéal, se rendant compte à quel point je suis faite pour lui.Rien que l'imaginer fait un peu peur, non ?Mais au moins, je suis en paix avec moi-même.Je ne suis pas torturée par des sentiments sans espoir et je ne me lamente pas comme une princesse à la noix, une midinette ou une héroïne de romans.Ma vie est assez mouvementée comme ça, je n'ai pas besoin d'un amour désespéré pour y rajouter de « l'action ».Mais…

Mais je le regarde.

Mais je suis attirée par le son de sa voix.

Mais j'adore son rire et la façon dont ses yeux s'illuminent.

J'aime l'apercevoir le matin quand il est encore un peu endormi. J'aime le voir jouer au Quiddich, même si je souhaite toujours la victoire aux Gryffondors. J'aime le surprendre concentré au-dessus de son chaudron, la langue tirée et les yeux plissés. Il est un peu ridicule et je trouve ça adorable.

J'aime le croiser dans les couloirs. Il vient vers moi, ou vers les garçons, pour se payer notre tête et nous insulter. Il vient quand même. J'aime l'apercevoir de loin en train de parler à d'autres, même aux filles. Il va bien et ça me va. J'aime quand il revient de son entraînement, sale, trempé, fou de rage ou content de lui-même. Les cheveux ébouriffés lui vont tellement bien.

Je le regarde et j'ai du mal à en voir d'autres.Pourtant, je suis souvent - voire en permanence - avec d'autres beaux garçons.

Il y a eu Viktor.Plus âgé, plus mature, le physique d'un joueur international.Des yeux à se damner et un accent très séduisant.Amoureux.

D'ailleurs, jeme souviens encore de la tête deMalfoylors du bal de la Coupe des Quatre Maisons.Il avait l'air de ne pas en croire ses yeux quand j'y suis allée avec Viktor et pomponnée de la tête aux pieds.Etoui.C'est un souvenir que je chéris beaucoup parce qu'il y avait de l'admiration dans son regard choqué.

Comme quoi, je peux être mesquine, moi aussi.

Harry est également devenu très beau en grandissant.Dans le genre sec et mince.Entre ses cheveux noirs et ses yeux verts, il fait un peu mauvais garçon.Mais avec ses lunettes, son sourire, on ne peut pas se tromper.Il est adorable.Et il a le cœur sur la main, il est loyal comme moi, courageux, droit.Tout ce que j'aime.

Et il y a Ron.Avec son air de petit garçon, ses yeux bleus ciel et son rire facile.Ses grandes mains, ses taches de rousseur.Sa chaleur.Sa faiblesse qu'il sait si bien transformer en force, ses peurs, ses doutes, mais son courage aussi.Sa voix grave.Son humour.Sa jalousie.Et la façon dont il me regarde ces derniers temps.

Je le sais, mais je fais comme si je ne voyais rien.

Je pourrais facilement tomber amoureuse de l'un d'eux.Ils sont là pour moi et ils me correspondent tellement.

Mais je n'y arrive pas.

Peut-être qu'un jour, je verrai un autre visage quand j'imaginerai le garçon qui pourrait me plaire.Mais il faudrait que j'oublie la sensualité d'un regard orgueilleux, d'un sourire moqueur et d'une voix traînante.Peut-être. Mais pas pour le moment.Même si c'est dur parfois - il est tellement chiant !-ce n'est pas grave.Nous sommes jeunes et pourtant nous avons déjà traversé trop d'épreuves pour qu'une petite attirance comme la mienne perde de son charme.

C'est tellement agréable d'avoir le cœur qui s'affole quand il lui arrive de sourire sans rien derrière la tête.C'est un peu ridicule comme raison.Et je me mens un peu, je me cherche desescuses.Mais je peux encore m'illusionnertant jeveux, ça n'a pas de conséquences et personne ne verra rien.

Personne n'a rien vu depuis cinq ans.

Ça me fait rire quand je suis seule et que j'y pense.J'imagine la tête des autresgryffondorset les cris indignés de Ron.Harry ne dirait rien.Peut-être trop choqué, ou bien trop déçu.

Et lui, s'il savait…Je pense qu'il essaierait de me faire disparaître d'une manière ou d'une autre pour laver la honte d'être convoité par l'immooondesang-de Bourbe que je suis.

Mais bon, il y a aussi des moments où j'ai envie de me frapper la tête contre les murs tellement je m'agace moi-même de ma stupide ténacité.De ma loyauté.Et de mes goûts plus que bizarres.

Pourquoi je n'arrive pas à passer à autre chose ?

Peut-être parce qu'il a été le premier que j'ai aimé. Parce que son image est trop présente, trop profondément inscrites dans mon esprit. Comme lorsqu'on regarde trop longtemps le soleil et que l'on finit par voir des tâches sur tout le reste. J'ai été éblouie.

Par ce crétin.

Mais ces moments de doutes sont rares et tout va bien.Le voir est un plaisir, comme j'aime rire avec les garçons, manger du chocolat, ou passer une après-midi dans un fauteuil avec un bon bouquin.

Et puis je n'ai pas de raisons de vouloir changer.Il n'y a absolument pas de place dans ma vie pour un garçon.Non, mais c'est vrai, entre les études(extrêmementimportant), Harry, Ron, Ginny etVoldemort, vraiment, où je vais caler une histoire d'amour ?

Je n'y pense même pas.

Je suis heureuse comme ça.

On va dire que c'est un petit plus.Un petit secret qui pimente une vie déjà tellement mouvementée.

Hermione Granger, laGryffondor, l'amie du Survivant, la première de sa promotion, la fille avec un cœur d'artichaut, la libératrice des elfes de maisons et le caractère le plus altruiste du trio,attirédepuis sa première année par ce connard deMalfoy?

Impossible.

Et pourtant!

Je pouffe toute seule en levant les yeux du recueil de potions que je viens de lire pour un devoir.Ça fait du bien d'être un peu légère.

- Et bien… Tu es plus atteinte que je le pensais.

Je me retourne, en effaçant rapidement le sourire qui m'est monté aux lèvres en reconnaissant sa voix. Évidemment. J'étais venue ici en espérant le croiser. Je sais que même s'il ne l'avouera jamais, il est sérieux quand il s'agit de travailler.

- Mais occupe-toi de tes affaires, pour une fois…

Ma voix est lasse, mais intérieurement je suis ravie qu'il soit près de moi.

- Ah, mais je ne suis pas venu par plaisir. Donne le livre, là. J'en ai besoin.

- Non, je suis en train de le lire. Tu attendras.

J'adore le voir changer d'expression. C'est tellement facile de le mettre en colère. Tenez, là, ses yeux sont déjà en train de s'assombrir. Il a horreur qu'on lui résiste.

- Granger, ma patience a ses limites…

Je le sais parfaitement. Et je m'en sers. Il ne s'en rend pas compte mais je le retiens comme ça. Parce que ce livre, je l'ai déjà fini et je pourrais lui donner immédiatement si je le voulais.

- Mon cher Malfoy, je ne suis pas à ta botte comme les deux gorilles qui te suivent partout. Je n'ai pas à t'obéir et tu vas t'en aller gentiment ou j'appelle Mme Pince pour qu'elle te fiche dehors.

Je le connais par cœur. Il est déjà très énervé et j'imagine sans peine ce qu'il voudrait me faire à cet instant précis.

- Je le répète une dernière fois…

Sa voix gronde et je dois me retenir de sourire. Après tout, il est censé m'agacer profondément.

- Ah, mais tu peux le dire autant de fois que ça te chante, je ne te le donnerais pas.

- GRANG…

- Dommage. Tu as perdu.

Je mets mes mains sur mes oreilles. Ce que j'attendais explose soudainement derrière lui.

- M. MALFOY ! COMMENT OSEZ-VOUS LEVER LE TON DANS MA SALLE D'ÉTUDE ?

Je lui fais un petit sourire narquois, qui n'aurait pas été déplacé sur son propre visage. Je crois qu'il déteint un peu sur moi. Ça fait un moment que j'avais remarqué que Mme Pince nous observait, planquée derrière une étagère. Je me suis donc fait un plaisir de le pousser à bout pour qu'il monte le ton et qu'elle puisse lui sauter dessus.

- SORTEZ ! IMMÉDIATEMENT ! MAUVAIS ÉLÉMENT ! FAUTEUR DE TROUBLE !

- Tu vas me le payer, Granger, arrive-t-il à murmurer avant qu'elle ne fonde sur lui.

Et alors qu'elle le traîne vers la sortie en continuant de vociférer et qu'il s'excuse comme il peut, je l'appelle. Il tourne la tête vers moi, les yeux flamboyants de colère.

- Un point pour moi ! je lui lance avec un petit geste moqueur.

Si un regard pouvait tuer, il m'aurait déjà avadakavrisée de loin.

Je le regarde partir avec la joie au cœur.

Je n'aurais pas à attendre longtemps avant qu'il ne me retombe dessus.

Je suis désolée, Malfoy.

Je suis désolée, mais il faut bien que tu me guettes aussi. Que tu remarques chacun de mes gestes. Que tu penses à moi, que tu me suives des yeux dans les couloirs. Que tu te demandes ce que je fais et de quoi je parle quand je sourie. J'ai besoin que tu t'occupes de moi, même si c'est pour me maudire.

FIN.