Chapitre 2 ! ( oui, déjà, mais tout est presque déjà écrit, il n'y a aucune raison que je ne poste pas rapidement )

J'espère que la suite vous plaira.

Le passage quand Dean se souvient de l'accident ( je ne spoile pas, vous comprendrez à la lecture ) est inspiré des constellations thérapeutique. Je venais d'en faire, en fait, et voilà, c'est venu naturellement...


Des chants d'oiseaux. Ce fut la première pensée et la première impression de Dean lorsqu'il reprit connaissance. Il faisait frais, ici. Une fraîcheur de printemps, agréable, enveloppante. Il resta un moment dans une sorte de demi conscience, hors du temps et de l'espace, profitant simplement de cet état de bien être et de plénitude, sans penser à rien. Il écoutait les chants d'oiseaux, profitait de l'odeur pure qui l'entourait, le vent qui balayait son corps délicieusement baigné par les rayons du soleil... ce fut un léger mouvement à ses côtés qui troubla sa quiétude et il finit par ouvrir les yeux pour savoir de quoi il s'agissait. Au dessus de lui, le soleil filtrait à travers les branches de hêtres, les feuilles d'un vert tendre inondées d'une lumière éclatante. Il tata le sol sous lui. De l'herbe, de la mousse. Il réalisa seulement qu'il ne savait ni ou il était ni ce qu'il faisait là, et il n'avait plus aucune idée de ce qu'il c'était passé juste avant d'arriver ici. Son esprit semblait tourner au ralenti. Il se redressa. Il s'attendait à des courbatures après être resté là endormi par terre pendant dieu sait combien de temps mais ce ne fut absolument pas le cas, il ne ressentait pas la moindre douleur. L'endroit était magnifique, un sous bois éclairé, un vaste lac à ses pieds...

- Pardon, je ne voulais pas te réveiller.

Une voix douce, à peine un souffle. Il aurait pu tout aussi bien l'avoir imaginé. Il tourna la tête. Un jeune homme à la peau pâle et aux cheveux noirs un peu décoiffés par le vent était installé prêt de lui, assis sur le côté, appuyé sur un bras. Son visage aux traits fins, presque féminins, légèrement penché sur le côté avait quelque chose de particulier qui le perturba. Un petit sourire entre le rire et la mélancolie flottait sur ses lèvres tandis que son regard d'un incroyable bleu profond le dévisageait avec une intensité telle que Dean s'en trouva mal à l'aise et fasciné tout à la fois. Il portait un simple pantalon en lin grège qui dévoilait ses pieds nus, une chemise blanche fluide et une légère écharpe bleue assortie à la couleur de ses yeux.

Bon sang. L'explication percuta Dean de plein fouet et il en ouvrit la bouche de stupeur.

Encore une fois, il avait dû aller faire la fête dans un bar dansant, boire des verres à n'en plus finir et complètement ivre, s'en aller avec l'impala dans cet endroit paradisiaque pour finir la nuit avec ce... hum... pas besoin d'un dessin pour comprendre, hein, vous êtes grands. Incontestablement, Dean préférait les femmes. Mais pouvait-il jurer que dans certaines situations, avec un certain genre d'homme... il aurait dit non ? De toute façon, se réveiller à côté d'un tel mec qui te bouffe des yeux comme ça et te dit « pardon, je ne voulais pas te réveiller » ne laisse fort peu de place au doute. Mais bordel, ça ne comptait pas, il était bourré, en manque, point à la ligne, fin de la discussion. Il grogna en se passant les mains sur le visage.

- Oh, merde. Merde merde merde merde.

Il se tourna vers le jeune homme qui continuait à le fixer calmement. Un air triste traversa son visage, ses sourcils se froncèrent dans une expression de compassion intense, et bras levés vers lui, il s'apprêtait visiblement à se rapprocher mais Dean leva les mains pour lui signifier de ne pas avancer.

- Ecoute, je suis désolé, vraiment, vraiment désolé.

Le jeune homme baissa les bras, la tristesse comme un voile sur son visage. Il le regarda jusqu'au fond des yeux avant de répondre d'une voix claire et douce :

- Mais ce n'est pas de ta faute, Dean. Tu n'as pas à t'excuser pour ça.

Dean fronça les sourcils puis réprima à grand mal un rire nerveux qui s'inscrivit quand même sur son visage et il se gratta le sourcil de l'index, ne sachant de quelle façon prendre cette réponse qui n'était pas vraiment celle qu'il attendait.

- Il y a un gros malentendu, là, lâcha-t-il en se relevant complètement.

Le jeune homme se releva à son tour, et avança si prêt de lui en le dévisageant toujours si intensément qu'un instant, Dean se demanda avec terreur où il comptait s'arrêter. Mettant les deux mains sur les épaules de son vis à vis, plus petit que lui, afin de maintenir entre eux une distance respectable, il s'exclama aussitôt :

- Ouh là là, mon pote, doucement. T'as l'air sympas, mec, vraiment. Mais je suis pas gay.

Le jeune homme battit des paupières, avec cette expression qui lui donnait l'air d'un petit chaton abandonné sous la pluie et Dean s'en serait presque voulut de le faire souffrir comme ça.

- Tu as toutes les raisons de ne pas être gaie, Dean.

Cette fois-ci, Dean recula complètement, un large sourire sur le visage qui hésitait entre l'hystérie et l'hilarité.

- Ok, fit-il en s'éloignant un peu, décrivant des allers et retours devant lui, les mains dans les poches arrières de son jean, ok.

En plus de ça, il était tombé sur un taré. Génial. Il prit son courage à deux mains et se tourna d'un trait vers le jeune homme, toujours à la même place, se passa la langue sur les lèvres.

- Hier soir, j'étais bourré. Je ne me souviens de rien. Rien du tout. Ce n'était rien de plus qu'un accident et ça ne se reproduira plus jamais.

Le jeune homme avala tout ça avec un calme incroyable. Il croisa patiemment les mains devant lui et lui sourit doucement.

- Dean... soupira-t-il. Tu n'étais pas bourré hier soir. Je sais à quel point c'est injuste, ce n'était pas de ta faute. Mais un accident suffit pour basculer de l'autre côté, et c'est pour ça que je suis là. J'ai pensé que... que tu préférerais que ce soit moi plutôt qu'elle.

Dean cligna plusieurs fois des paupières, pétrifié sur place. Sa bouche ouverte hésitait entre exploser de rire et hurler. Elle ? Mais de qui il parlait, le taré ? Il n'avait pas de petite amie actuellement. Peut-être une ou deux dans chaque ville qu'ils traversaient mais... Lui avait-il fait des confidences hier soir ?

- Pour commencer, tu vas arrêter de m'appeler Dean comme si tu avais l'habitude de me piquer mes slips sans me demander mon avis, parce qu'on est même pas amis, ok, je te connais pas, je sais pas comment tu t'appelles, alors tu vas arrêter tout de suite ce stupide...

- Je m'appelle Castiel, le coupa calmement l'étrange jeune homme en avançant vers lui et avec pour la première quelque chose comme une certaine... puissance. Et je te connais bien plus que tu ne le crois, bien plus que tu ne peux l'imaginer.

Dean fronça les sourcils. Sa patiente avait définitivement atteint ses limites.

- Ok, c'est bon, là. C'est pas parce qu'on a couché ensemble cette nuit que t'es devenus mon petit ami officiel. T'es bien mignon mais je suis pas gay, je préfère les femmes et je préférerais toujours les femmes, même si vu que tu es là, sans me vanter, c'est que tu dois être plutôt doué dans ton genre. Mais ça ne se reproduira pas. Est-ce que c'est assez clair ?

Castiel – si c'était bien son nom – eut l'air profondément déstabilisé et l'incompréhension s'inscrivit dans chaque trait de son visage. Il mit un certain temps à réagir et Dean s'attendait à tout, vraiment - à le voir éclater en sanglot à et lui déballer l'intégralité de sa vie sentimental catastrophique, à ce qu'il soit en colère et lui hurle un chapelet d'insultes interminable - mais pas à le voir sourire soudain de cette manière, comme s'il venait de gagner le premier prix ou qu'on lui avait raconté l'histoire la plus drôle du monde. Ses yeux se mirent à pétiller de malice et son large sourire dévoila ses dents blanches. Il cligna des paupières plusieurs fois d'affilé. Dean avait l'impression de l'avoir... troublé. Et même gêné. Une rougeur particulière s'étendait sur ses joue pales. Décontenancé, Dean ne put que rester là, bras ballants, à le regarder.

- Oh, lâcha Castiel, visiblement toujours aussi amusé, en évitant pour la première fois son regard. Oh, je comprends. Tu es en train de parler d'accouplement. Tu as cru que toi et moi avons eu ensemble hum... comment dites vous, déjà ? Une relation sexuelle, c'est bien ça ?

Il leva le regard vers lui comme un enfant qui vient de trouver la réponse à une question importante, les yeux brillants. D'un geste élégant de la main, il balaya paisiblement cette option et le regarda de nouveau.

- Je suis flatté, Dean. Mais rassure toi, ajouta-t-il avec un demi sourire taquin, rien de tel ne s'est produit cette nuit. Je m'en serais souvenu.

Il s'observa alors, comme une femme inspecterait sa nouvelle tenue devant son mari dans la crainte que celle-ci ne lui convienne pas.

- Ceci dit, j'aurais pu choisir un véhicule de sexe féminin, mais j'ai pensé que tu serais plus rassuré si je prenais l'apparence d'un jeune homme de ton age. Et celui-ci m'a paru... agréable.

Dean crut avoir mal entendu, ça ne pouvait être que ça, il avait mal compris. Mais il retourna plusieurs fois les répliques dans sa tête et resta certain de les avoir bien entendu – il n'aurait pu imaginer tout seul une telle réponse.

- Je ne comprends pas, finit-il par avouer en toute sincérité, méfiant.

Castiel se força visiblement à redevenir sérieux.

- Tu ne te souviens de rien ?

Dean ne répondit pas, soudain inquiet. Castiel se rapprocha lentement, sourcils froncés, son regard profond ancré dans le sien. Dean déglutit.

- Réfléchi, Dean. Quel est ton dernier souvenir ?

Le jeune chasseur fronça les sourcils et malgré lui, perdit son regard dans le vague, réfléchissant. Une boule venait de se former dans son sternum et la sensation de bien être disparaissait peu à peu pour laisser place à un malaise qui allait en augmentant.

- Je rentrais... d'une chasse. Avec papa... des vampires... on est arrivé en retard. Sam...

Il ferma les yeux et tenta de reprendre son souffle, mais il avait l'impression d'avoir couru des kilomètres sans s'arrêter ni boire une goutte d'eau. La panique l'envahissait sans qu'il ne parvienne à en déterminer la cause. Mais il se sentait mal. Terriblement mal.

- Chuuuuut...

La voix de Castiel lui parvint en même temps que le contact frais de ses mains sur ses joues. Il poussa un soupir de soulagement.

- Calme toi, Dean. Respire. Tu es ici, avec moi. Ouvre les yeux, regarde moi.

Dean fronça les sourcils mais ne parvint pas à lui obéir. S'il le faisait, il lirait la réponse dans ses yeux et ça le terrifia au plus haut point.

- Dean. Quoi qu'il arrive, tu n'as pas à avoir peur. Je suis là et je ne te laisserais pas tomber. Ouvre les yeux, maintenant, et regarde moi.

Bordel, il dégageait une telle douceur hypnotisante que Dean ne put faire autrement que de lui obéir. Les yeux plongés dans ceux de Castiel, il tomba lentement à terre et celui-ci accompagna son mouvement en douceur, s'agenouillant pour rester à sa hauteur.

- Pourquoi as-tu mal ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ?

Un frisson parcouru le visage de Dean.

- Sam était blessé. Ils se sont encore engueulés. J'ai voulu les arrêter mais ils ne m'ont pas écouté. Papa a levé la main pour frapper Sam alors je...

- Continue, l'incita Castiel et son pouce se mit à caresser délicatement et discrètement sa joue.

- Je me suis interposé. Il m'a frappé. Alors je suis parti. Ils ne méritaient que ça, que je les laisse se déchirer entre eux ! Je dois toujours être tellement... parfait, toujours à les surveiller, toujours à les empêcher de se faire du mal l'un et l'autre et au final c'est toujours moi qui trinque et ils s'en rendent même pas compte ! Ils se rendent même pas compte de tous les efforts continuels que je fais pour eux !

Lorsqu'il regarda de nouveau Castiel, le regard de celui-ci luisait d'une compassion intense.

- Je sais.

Ce n'était pas le « je sais » habituel de tous ces cons qui répétaient inlassablement la même rengaine. Ce « je sais » là venait du fond du cœur et l'enveloppait avec une tendresse infinie. Dean ne craquait jamais. Il ne se permettait pas ce genre d'écarts. Mais à cet instant, il ne put détourner le regard et reprendre contenance. Il resta là, immobile, blessé, et des larmes débordèrent sans contrôle sur ses joues. Castiel n'attendait rien de lui. C'était tellement nouveau, cette sensation. Tellement bon. Il le regardait avec un tel amour, il ne le faisait pas pour qu'il se reprenne et soit compétent, non, il était là pour lui, seulement pour lui, sans attentes, sans jugement. Dean se laissa noyer délicieusement dans ce regard. C'était si juste et si purement bon... les sanglots fracassèrent son masque avant qu'il ne puisse comprendre et en face de lui, Castiel pencha la tête sur le côté, ses pouces caressant toujours ses joues.

- Qu'est-ce qu'il s'est passé ensuite ?

Dean se mordit les lèvres, son torse secoué par les spasmes des sanglots. Lorsqu'il parla, sa voix avait des accents hystériques.

- Je suis sorti... sur le parking... Sam m'a suivi. Je suis allé sur la route et là j'ai trébuché et...

Il ferma brusquement les yeux et Castiel se rapprocha, mettant un genoux à terre, passant un bras derrière son dos.

- Reste avec moi, Dean. Qu'est ce qu'il s'est passé sur la route ?

Dean ouvrit les yeux, le souffle court, les yeux révulsés. Il s'accrochait compulsivement à la belle chemise en lin blanc de Castiel.

- La voiture... la voiture... la lumière, la peur, le bruit et...

La douleur explosa comme un abcès qui crève. Il rejeta la tête en arrière et poussa un long hurlement déchirant, tandis que son corps partait vers l'arrière sans qu'il ne s'en rende vraiment compte.

- Dean !

Castiel se leva précipitamment pour se placer derrière lui avant qu'il ne heurte le sol et reposa de force sa tête sur ses genoux, les deux mains sur ses tempes, tandis que Dean convulsait et criait sous les vagues de douleurs qui le submergeaient.

- Dean... murmura doucement Castiel, tu n'as pas mal. Ecoute-moi. Ce n'est qu'un souvenir. Tu n'as pas mal. Concentre-toi sur ma voix.

Tout en disant cela, il dessinait des allers et venues sur son front, ses tempes, ses joues. Dean agrippa la mousse et l'herbe qu'il arracha, agitant nerveusement les jambes et étouffant ses cris entre ses dents serrés. Il essaya de toute ses forces de se concentrer sur sa voix, comme il lui avait dit, mais n'y parvint pas. Ses lèvres s'ouvrirent pour échapper un énième hurlement.

- Tu n'as pas mal. Respire, Dean. Tu n'as pas mal. Tu m'entends ? Tu n'as pas mal. Ce n'est qu'un souvenir, laisse le s'en aller, il est loin maintenant.

Il prit alors son crane entre ses mains et ses deux pouces allèrent se placer sur son front, juste au dessus des sourcils, fredonnant des mots dans une langue étrange. C'était un contact si simple et à la fois, si doux. Dean frissonna entièrement dans une trop grande inspiration et à l'expire, s'abandonna par terre, contre Castiel. Il se concentra de toute ses forces sur le contact de ses mains, sur sa voix et ses mots inconnus qui l'apaisaient étrangement, le corps agités de derniers tremblements nerveux. Une larme roula sur sa joue.

- Je savais que ça serait différent avec toi, annonça Castiel comme une évidence.

Dean aurait voulu demander ce qu'il entendait par là mais il ne parvint pas à débloquer sa gorge et Castiel n'ajouta aucune explication, ni rien de plus et le silence se fit pendant plusieurs minutes. Il pouvait se lever et demander où il était, demander à Castiel ce qu'il était et ce qui allait se passer, maintenant. Mais il resta simplement allongé, la tête reposant sur les genoux de l'inconnu qui lui semblait maintenant tellement familier, jusqu'à ce que celui-ci se retire de lui même et ils se relevèrent ensemble. Castiel cherchait son regard avec patience mais Dean l'évitait consciencieusement.

- Sam... parvint-il enfin à prononcer d'une voix bizarre, je dois voir Sam.

Castiel le dévisagea un moment.

- Dean... soupira-t-il, ce n'est pas une...

Dean le fusilla du regard.

- Je dois voir Sam, le coupa-t-il d'un ton buté.

Castiel hocha la tête et lui tendit la main.

- Très bien, prend ma main.

Méfiant, Dean posa sa main dans celle de Castiel et une intense lumière blanche les engloutie aussitôt, noyant le paysage autour d'eux et aveuglant le jeune homme. Lorsqu'il redressa la tête, ils étaient dans un couloir d'hôpital. Des gens passaient précipitamment autour d'eux sans les voir. Sur un brancard plus loin, un homme râlait bruyamment. Un téléphone sonnait dans le vide tandis que des internes penchés sur des dossiers échangeaient des formules dans un langage parfaitement imperméable. Au loin, on entendait en écho les sanglots déchirants d'une femme. Dean se tourna vers Castiel, impassible, toujours à côté de lui. Leurs mains se dénouèrent lentement.

- Suis moi.

Dean ne posa aucune question. Il avala sa salive et suivit Castiel, la gorge nouée. Il s'arrêta alors en plein milieu d'un couloir et Dean le rejoignit à pas lents. Il s'apprêtait à lui demander pourquoi il s'arrêtait lorsqu'une voix forte et grave retentit derrière eux. Dean fit volte face.

- Qu'est-ce que ça veut dire, vous ne pouvez pas m'en dire plus pour l'instant ? S'écria John, au comble de la fureur.

Il venait de passer les pires heures de sa vie depuis bien longtemps. Après avoir réanimé Dean in extremis, les médecins l'avaient transféré d'urgence au bloc opératoire, et en plus de gérer ça, il avait fallu s'occuper de Sam qui avait perdu connaissance dans l'ambulance et avait subi une forte perte de tension. Impossible cependant de le tenir dans un lit d'hôpital ou de le garder sous perfusion. Aussitôt réveillé, paniqué, il avait absolument tenu à aller voir son frère et dès que John eut le dos tourné, il s'était enfui dans les couloirs, pieds nus, courant comme un fou en hurlant le nom de Dean. John avait réussi à le rattraper mais avait dû user de toutes ses forces physiques et mentales pour le retenir et lui faire comprendre que Dean n'était pas mort, mais se trouvait actuellement au bloc opératoire et qu'aucun des deux ne pouvaient ni le voir ni en savoir plus pour l'instant. Ils avaient passé une longue nuit blanche à attendre en vain une réponse qui ne vint qu'aux premières lueurs de l'aube. On leur annonça que Dean avait subi un grave traumatisme, qu'ils avaient réussi de justesse à stopper l'hémorragie interne et à sauver ses fonctions vitales, mais qu'hélas, il se trouvait actuellement dans le coma et que s'il ne se réveillait pas dans les quelques jours suivants, il n'y aurait plus aucun espoir de survie. Épuisés moralement et physiquement, ils avaient tenus à le voir. La journée était bien entamée et des heures plus tard, on lui donnait toujours les mêmes réponses exaspérantes.

Le médecin s'arrêta et se tourna pour lui faire face. Que Dean meurt ou survive ne l'empêcherait pas de retourner chez lui ce soir, de boire une bière ou un verre de whisky et de regarder la télévision. Mais pour John, aucun verre de whisky, aucune bière ne pourraient jamais avoir le même goût s'il ne survivait pas.

- Monsieur Winchester, votre fils a été percuté par un véhicule alors que celui-ci roulait à une vitesse élevée sur la nationale. Mes collègues ont passés la nuit a réanimer et à opérer votre fils afin qu'il survive et puisse conserver toute sa mobilité corporelle. Mais l'hémorragie interne avait déjà fait beaucoup de dégâts, et s'il ne se réveille pas... ce n'est plus entre nos mains. Je suis infiniment désolé mais je ne peux vous en dire plus pour l'instant. Il ne reste plus qu'à attendre et espérer.

John se passa une main sur le front.

- Attendre, espérer... cracha-t-il entre ses dents serrées, sarcastique.

Le médecin soupira, le regardant droit dans les yeux bien que John, les mains sur les hanches, fixait avec obstination la porte fermée de la chambre de Dean.

- Ne perdez pas espoir. Il peut très bien se réveiller.

John eut une inspiration dédaigneuse, comme s'il n'y croyait pas vraiment et le médecin eut un sourire de compassion qu'il ne vit pas.

- Je vous conseille de rejoindre vos fils, monsieur Winchester. Ils ont l'air d'avoir besoin de vous. Tous les deux.

Sur ce, il arrangea les dossiers qu'il tenait à la main et contourna John pour poursuivre son chemin. Celui-ci se tourna vers la porte, inspira un grand coup et entra. Après avoir jeté un œil à Castiel qui au milieu du couloir lui lançait un long regard indéfinissable, Dean suivit son père à l'intérieur de la pièce.

Il est inutile de préciser que ce fut la vision de son propre corps qui le percuta en premier. Le bruit du respirateur artificiel emplissait monstrueusement toute la pièce. Il était, ou plutôt, son corps, étendu sur un lit, de moitié couvert par un drap. Une de ses jambes, en attelle, avait l'air particulièrement abîmée, un large bandage entourait son thorax et ses épaules, tout un côté de son corps. Des tuyaux lui sortaient d'un peu partout et un masque à oxygène semblait avaler son visage.

Les lèvres de Dean s'entrouvrirent sur un souffle glacé et presque par automatisme, il fit un pas vers son père, devant lui.

John poussa un long soupir. Il voulut dire quelque chose, mais les mots s'éteignirent dans sa gorge. En face de lui, de l'autre côté du lit, à moitié assis sur une chaise et à moitié affalé sur le bord du lit dans une position tout à fait inconfortable, Sam n'avait pas bougé depuis qu'il était parti demander des nouvelles aux médecins. Son vieux pull trop grand pour lui – celui de Dean - lui tombait sur les épaules et les manches cachaient ses mains, dont une tenait – s'accrochait – à celle de Dean. Des mèches de ses cheveux mi long, qui semblaient avoir ternis et graissés en une nuit, tombaient devant ses yeux vides et absents, horriblement creusés de cernes violacées. Un hématome égratignait sa lèvre inférieure. Malgré son épuisement évident, il fixait son frère sans marquer un seul arrêt, comme si celui-ci allait définitivement partir s'il détournait le regard ne serai-ce qu'un seul instant.

- Qu'est-ce qu'ils ont dit ? Demanda-t-il sans lever les yeux.

John contourna le lit et tira une chaise pour s'asseoir aux côtés de Sam. Il amorça un geste comme pour passer sa main sur son dos voûté mais se ravisa. Au lieu de quoi il s'éclaircit la gorge.

- Ils ne savent pas encore.

Sam fronça les sourcils.

- Comment ça, ils ne savent pas encore ?

John soupira, vidé, passant une main sur son visage fatigué. Dire qu'il s'en voulait terriblement était un euphémisme honteux, et il savait qu'il en était de même pour son cadet mais aucun d'eux deux n'en avaient parlé depuis la vieille, échangeant seulement pour parler de l'état de Dean.

- Calme-toi, Sammy. Je sais ce que tu ressens, mais les médecins font ce qu'ils peuvent, et ils ne peuvent pas encore dire s'il va se réveiller.

- Oui, les médecins font ce qu'ils peuvent, lâcha Sam d'une voix froide. Ce qui n'est pas le cas de tout le monde.

John soupira, trop épuisé nerveusement pour rentrer dans ce débat.

- Sammy...

- Tu passes tellement de temps à ressasser toutes ces choses étranges. Ne vas pas me faire croire qu'il n'y a rien que tu puisses faire pour lui sauver la vie.

Il y eut un moment de silence.

- Non, Sam. Il n'y a rien que je puisse faire actuellement pour lui sauver la vie.

Sam n'insista pas, même si on sentait clairement qu'il n'en pensait pas moins.

Dean s'avança vers eux jusqu'à s'appuyer sur le rebord du lit. Une main se posa sur son épaule et il sursauta, se retournant d'un trait. Castiel le regardait.

- Il faut y aller, maintenant.

Dean se dégagea brusquement.

- Je n'irai nulle part. Ma famille a besoin de moi. Je ne les quitterais pas.

Castiel baissa la tête. Il semblait s'attendre à cette réaction.

- Tu n'as pas le choix.

Dean esquissa un sourire moqueur.

- Bien sur que j'ai le choix. Je peux réintégrer mon corps et me réveiller et t'as intérêt à me montrer immédiatement comment faire sinon...

- Sinon quoi ? le coupa Castiel en haussant un sourcil.

Dean détourna la tête, se passant une main entre le nez et la lèvre supérieur en un geste purement automatique. Puis il fit quelques pas, les mains sur les hanches, exactement comme John.

- Je sais pas. Je sais pas encore ce que tu es comme créature. Mais quand je le saurais je te conseille de déguerpir vite fait.

Castiel se tendit.

- Je suis un ange du Seigneur, répliqua-t-il d'un ton froid. Et je ne vois pas ce qu'un humain comme toi pourrait faire contre moi.

Dean éclata d'un rire sarcastique et se tourna vers lui, pas impressionné pour un sous.

- Alors, c'est que tu ne me connais pas tant que ça, tête de plume.

Castiel le dévisageait, impassible, mais la douceur de son regard avait laissé place à une froideur glaciale, presque condescendante.

- Oh, bien plus que tu ne crois, Dean Winchester. Je te protège et t'accompagne depuis le jour de ta naissance. Je te parle dans tes rêves, et j'étais à tes côtés bien souvent. Je te pensais différent mais comme tous les humains tu es orgueilleux et aussi aveugle que tu es sourd !

- Oh, pardonnez moi de vous décevoir, votre altesse ! Gronda Dean impulsivement, vexé, interloqué et à bout de nerf, et dis moi, Monsieur le super ange gardien, tu faisais quoi, hier soir ? Les courses ?!

Castiel gonfla la poitrine et baissant la tête, il le fusilla du regard. Ses poings se serrèrent. Il avança vers lui si vite et avec une telle puissance implacable que Dean recula, paniqué. L'ange le plaqua contre le mur, derrière John et Sam, l'empoignant violemment par le col de sa chemise. Dean papillonna des yeux et avala sa salive devant ce regard – le plus terrible qu'on lui eut jamais lancé.

- Tu crois que tout t'es dû, Winchester ? Siffla Castiel entre ses dents, tu crois que je n'ai que ça à faire, m'occuper de ta si précieuse petite personne ?!

Dean fronça les sourcils. Il hésita un instant mais un éclair de témérité le traversa et il répliqua :

- Pourquoi t'es là, alors ? Si tu t'en fiches tellement de moi, pourquoi t'as pas laissé ta copine la faucheuse m'emmener avec elle, hein ?

C'était risqué, mais il sut qu'il avait touché juste à l'instant où Castiel cligna des paupières, ses sourcils se détendant et son regard devenant plus calme. Il le lâcha et recula de quelques pas, reprenant son insupportable neutralité, ce qui soulagea et frustra Dean tout à la fois. Voyant qu'il avait touché un point sensible, il profita de la brèche créée pour se redresser et lui hurler :

- POURQUOI T'ES LA ?!

Le regard de Castiel, tourmenté, se perdit dans le vide, et lorsque ses lèvres s'entrouvrirent, ce fut pour parler d'une voix grave et basse, comme s'il n'y avait qu'eux qui devaient entendre.

- Parce que tu es courageux et brave. Tu as traversé bien des épreuves dont tu parles avec dérision pour cacher à ton père et à ton frère à quel point tu en souffres et malgré le fait qu'ils te blessent bien souvent tu donnerais mille fois ta vie pour eux. Et c'est aussi pour eux que tu me demandes si poliment de te ramener à la vie. Tu connais la noirceur du monde et pourtant, tu l'aimes. Tu es quelqu'un de bon qui aime des choses simples, telles que la nourriture, la musique, l'alcool, le cinéma ou… le sexe. Et tu pourrais te suffire de ces petites choses dont nous, anges, ignorons tout. Je suis ici parce que ton humanité me touche, Dean Winchester. Et que tu ne mérites pas de mourir. Si je ne t'ai pas sauvé hier soir, c'est parce qu'on me l'a refusé lorsque j'ai plaidé ta cause au paradis. Et pour venir te trouver aujourd'hui à la place de « la faucheuse », comme tu l'appelles, j'ai dû enfreindre des règles que je n'avais jamais remis en cause pour personne. Aurevoir, Dean.

Et sur ces derniers mots, il disparut.

Dean resta figé plusieurs minutes intemporelles durant lesquelles il n'entendit ni le son du respirateur artificiel, ni les voix de John et Sam. Une chaleur glaciale - ou bien un froid brûlant ? - se répandit dans sa poitrine. Puis une vague de remord le submergea. Les paroles de Castiel l'avaient profondément ébranlé, touché jusqu'au fond de son âme, et il s'en voulut d'avoir été si dur avec une des rares personnes...

C'est pas une personne mon pote, c'est un Ange. Arrête de te voiler la face, Dean. Tu es en train de mourir. Ton corps est là devant toi, tu ne peux communiquer ni avec Sam, ni avec John, ni avec aucun autre être humain. Un ange – un ange gardien, TON ange gardien dont tu ignorais l'existence - a réussi a retarder l'heure de ta mort pour venir te trouver au lieu de la faucheuse, il semble te connaître intimement et te comprendre comme personne d'autre ne te comprend. Il est le seul actuellement qui soit de ton côté et avec qui tu puisses échanger. Et tu t'en prends à lui comme un con. Maintenant, tu l'as vexé, il est parti et t'es bien dans la merde.

Dean se passa les deux mains sur le visage en étouffant un long grognement que personne n'entendrait, de toute façon. Puis il se rapprocha du lit, les fixant intensément.

- Papa ? Papa ? Papa !

Aucune réaction. Il contourna le lit, les dévisageant tour à tour.

- Sam. Sam tu dois m'entendre. Tu dois faire quelque chose. Trouve un moyen de contacter les Anges, papa n'y croit pas, mais je sais que tu es croyant, alors tu vas prier, hein ? Prie pour moi, frangin. Allez Sam quoi, écoute moi !

Mais Sam ne réagit pas.

Il fallait se rendre à l'évidence, aucun des deux ne l'entendrait.


fin du chapitre 2. Merci d'avoir lu :)