Bonjour ! J'ai mis un peu de temps à poster ce chapitre parce que j'ai préféré le réécrire et le jour même où j'ai écrit le début du passage où Sam prie, ma petite chatte Gypsie est morte le soir d'une façon violente. Elle n'avait que deux ans et c'était ma petite étoile, la lumière de ma vie, ma compagne de toujours qui était là le soir, la nuit, tout contre moi sur un oreiller à côté du mien, qui le matin me regardait prendre ma douche et ronronnait sur mes épaules quand je me lavais les dents. Elle était bien plus importante qu'un animal de compagnie et j'ai vraiment, vraiment regretté que Supernatural ne soit pas réel.

J'ai eu du mal à cause de ça, et puis parce que je suis actuellement en train de passer les concours de trois écoles de Belgique en même temps, que j'ai pas de logement enfin c'est galère, mais néanmoins je vous poste ce chapitre qui j'espère vous plaira :)


Le soir tombait, la teinte bleu sombre du ciel obscurcissant les murs de l'hôpital. John était parti leur chercher à manger, mais Sam n'avait pas bougé depuis que Dean était là. Les cernes creusaient ses yeux et pourtant, il ne s'était pas levé, pas une seule fois, pas même pour aller aux toilettes. Dean poussa un soupir de gorge silencieux, par habitude, bien que de toute façon, personne n'entendrait. Assis par terre, adossé au mur, il laissait ses doigts battre inutilement contre le sol tout en fixant Sam, sourcils froncés. Il savait que s'il avait pu parler, il n'aurait pas su quoi dire, mais pour une fois, il aurait aimé pouvoir parler, il aurait aimé pouvoir le rassurer. Le bruit de la poignée troubla le silence et il tourna la tête vers John qui rentrait dans la pièce.

- Bonsoir, les garçons, lâcha-t-il d'une voix faussement enjouée où perçait, à peine perceptible, des notes de lassitude.

Sam grommela quelque mots alors que John tirait une chaise sur laquelle il s'assit à l'envers à côté de lui tout en posant son sachet sur la tablette.

- Dean, si tu ne reviens pas, tu échapperas à ce magnifique hamburgers que ton frère va manger à ta place...

Dean esquissa un sourire. John enleva son manteau et comme Sam ne s'en occupait pas, sortit à sa place deux hamburgers, des frites, du coca. Il lui jeta un regard.

- Mange, Sammy.

Sam ne cilla même pas.

- Je n'ai pas faim, articula-t-il d'une voix blanche.

- Tu n'as pratiquement rien avalé depuis que ton frère est ici, Sam, et je te signale que tu étais également hospitalisé, alors tu vas me faire le plaisir de m'écouter, pour une fois, et de manger.

Pas plus de réaction. Dean fronça les sourcils. Hospitalisé ? Sam ? Comment ça ?!

- Sam ! Mange !

- Je ne mangerai pas.

Les mots de Sam étaient calmes et sonnaient avec une détermination à toute épreuve. John, décontenancé, le fixa sans trouver quoi dire, visiblement.

- Mais tu dois manger, Sammy. Tu dois reprendre des forces, aller t'aérer... sinon, tu vas tomber avant que ton frère ne se réveille.

Une grimace déforma la bouche de Sam, à peine visible au dessus de son bras qui cachait son menton. John commença à manger, et le silence régna pendant quelques minutes, jusqu'à ce que la voix de Sam résonne dans la pièce, implacable, mordante, malgré qu'il ne détourne pas le regard du visage impassible et endormi de son frère.

- Arrête de faire comme si tout allait bien. Ca ne va pas bien. Dean est est dans le coma. Il peut mourir d'un instant à l'autre. J'en ai rien à foutre d'aller m'aérer, j'en ai rien à foutre de ta putain de malbouffe. Mon frère est en train de mourir et si...

Un sanglot fit trembler sa voix, et Dean, invisible, se leva pour s'avancer jusqu'au lit, mais Sam enchaîna.

- S'il meurt, alors... alors je ne veux plus vivre. Je veux aller avec lui. Je ne veux pas rester là, à supporter chaque jour sans lui en faisant semblant que ce n'est qu'un drame de plus, en faisant semblant que ce n'est pas de ma faute.

- Sam, ce n'est pas de ta faute ! Rugit Dean instantanément, mais évidemment, ses mots demeurèrent sans écho.

Blafard, John fixait son fils sans dire un mot.

- Bordel, papa, dis lui ! Tu dois lui dire que ce n'est pas de sa faute, console-le, prend le dans tes bras, fait quelque chose, putain, tu ne peux pas le laisser penser ça !

John avança un bras tremblant vers les épaules de son fils cadet.

- Sam... souffla-t-il. Tu ne peux pas dire ça, tu ne peux pas...

Sam se dégagea violemment, comme si le contact le brûlait et pour la première fois, lâcha Dean et se leva pour faire face à son père et le fusilla du regard, le corps en alerte.

- Quoi, qu'est-ce que je ne peux pas dire, va y, dis le ! Cria Sam, dis-le que ce n'est pas de ma faute ! Dis-le, qu'il faut que je continue à vivre et à combattre tes putains de monstres alors que tu n'es même pas foutu de bouger tes fesses pour sauver ton fils !

- Je n'ai rien dis de tel, Sam, et comme je te l'ai déjà dit, il n'y a rien que je puisse faire pour sauver ton frère actuellement.

Sam éclata d'un rire mauvais et sarcastique et passa une main dans ses cheveux trop long.

- Ah, c'est vrai. Tu aurais tout fait pour le sauver autrement, n'est-ce pas ? Ricana-t-il. Mais la faute te revient de moitié, t'en fait pas. C'est toi qui m'a gueulé dessus et c'est toi qui l'a frappé.

Il s'avança vers son père, le transperçant de son regard flamboyant.

- Mais va-y. Dean est légèrement dans le coma, à l'heure qu'il est, alors tu peux y aller, il ne s'interposera plus. Frappe. Frappe, tu en as tellement envie.

John soutenait froidement son regard. Dean s'approcha d'eux.

- Papa, je t'en prie, tu dois le calmer, tu dois le prendre dans tes bras, le rassurer. Lui dire que tout va s'arranger.

- Tu le mériterais amplement.

Dean poussa un profond soupir et se prit la tête entre les mains. Sam recula, atterré, comme si John l'avait véritablement giflé.

- Ouais. Ouais, t'as raison.

Il passa une main sous son nez et tournant le dos à son père, s'approcha du lit, suivit par Dean qui lui fit face de l'autre côté, impuissant. Sam se pencha au dessus de son corps, lui caressa la joue en un geste très tendre, les larmes aux yeux, puis il posa son front contre le sien et l'enlaça comme il put.

- Je suis désolé, je suis tellement désolé, murmura-t-il, pour que John ne l'entende pas. Je me suis comporté comme un con et maintenant tu vas peut-être mourir et...

- Ah, bah, merci de m'enterrer, frangin, lâcha Dean, faussement indigné.

- Je sais, poursuivit Sam dans un petit sourire tandis que ses larmes roulaient de ses paupières fermées jusqu'au visage de Dean, si tu étais là, tu me lancerais une tes remarques ironiques et...

Un frisson le parcouru et il enfouit son visage dans le creux de son épaule.

- Réveille-toi, lâcha-t-il d'une petite voix.

Il glissa tendrement et fermement sa main dans ses cheveux. Il sembla sur le point de dire quelque chose mais son dos commença à se secouer. Alors, le visage couvert de larmes, il se releva, contourna prestement le lit en passant une main sous son nez et sortit de la chambre sans refermer la porte derrière lui. On entendit ses pas courir dans le couloir, mêlé au son de ses sanglots. Dean cligna des paupières, jeta un regard à John immobile qui sous le choc, fixait un point invisible de la pièce puis à son corps.

- Bon, tu bouges pas de là, toi, se lança-t-il à lui-même. T'as pas intérêt à me lâcher.

Et il sortit à son tour de la chambre à la poursuite de Sam.


Le cœur serré, Dean se força à suivre Sam à l'intérieur de l'église. Elle était vide, il était en train de s'asseoir sur un banc. Dean prit place à ses côtés, doucement, comme pour ne pas le déranger, oubliant que de toute façon, il ne le verrai pas.

Assis sur le rebord, Sam s'accouda au banc devant lui, la tête appuyée contre ses avant bras, les mains étroitement liées en un seul point dressé vers le ciel.

Dean le dévisageait intensément, un éclat de presque terreur dans le regard. Il n'avait jamais vu Sam prier, jamais. Il savait qu'il était croyant, mais il n'y avait jamais assisté. Il trouvait ça intime, presque indécent, et pourtant, il restait là, à fixer, effaré, son visage qu'il apercevait, ses yeux crispés par la concentration, les sourcils froncés. Il ouvrit la bouche, inspirant, expirant, comme pour se donner du courage avant de se lancer. Mais lorsqu'il parla, ce ne fut pas pour réciter une prière de messe.

- S'il y a quelqu'un quelque part... si j'ai raison de croire qu'il existe autre chose que les monstres, si vous êtes bien là, vous guides de lumières, anges, si vous entendez mon appel, Seigneur Jésus, Marie... Je m'adresse à toutes les forces de ce monde, à toutes les forces qui pourraient me venir en aide, si vous m'entendez, je vous en supplie, exhaussez ma prière, sauvez le. Tuez-moi si vous le voulez, je m'en remets entièrement à vous, mais pitié, ne le laissez pas mourir.

Il marqua un temps d'arrêt avant de reprendre :

- Maman, je... pardonne-moi. J'ai commis une grave erreur et à cause de ça Dean peut mourir d'un instant à l'autre. Il ne mérite pas ça, il ne mérite pas d'être ici, tu le sais, tu l'aimes tellement. Tu dois être tellement fière de lui. Je sais que tu n'as aucune raison de m'écouter et que tu dois terriblement m'en vouloir et je le mérite mais s'il te plaît, s'il te plaît, pour lui, pour Dean, sauve-le.

Alors il se prit la tête entre les bras et se laissa tomber sur le banc. Recroquevillé sur lui même, secoué de sanglots incontrôlables.

Les fantômes ne peuvent pas pleurer. Mais Dean croyait sentir les larmes dans sa gorge, débordant de ses yeux.

Il se leva et s'approcha de Sam. Tant pis s'il ne pouvait ni le voir ni l'entendre, tant pis, tant pis. Il s'agenouilla prêt de lui, mains levés vers lui, comme ne sachant vraiment comment faire, le dévisageant tout en écoutant ses sanglots déchirants de l'enfant qu'il était resté.

- Oh, Sammy.

Il posa la main sur sa joue, son pouce le caressant, à peine.

- Sammy, je suis là. Je suis là.

Sam eut un frisson et laissa retomber ses bras devant lui, dévoilant son visage rougis par les larmes. Dean lui sourit, comme s'il pouvait le voir, comme si ce n'était rien de plus qu'un cauchemar. Il allait se rendormir et tout irait bien demain matin.

- Dean... souffla Sam, si seulement tu pouvais être là. J'aimerais tellement que tu me prennes dans tes bras. J'aimerais tellement pouvoir te dire que je suis désolé.

Un frisson parcouru le visage de Dean qui se rapprocha plus encore jusqu'à se poser son front contre le sien, un bras par dessus lui.

- Mais je suis là, Sammy. Je t'entends.

Sam bougea la tête comme pour se caler plus encore contre lui, yeux clos, dans un petit soupir puis il sursauta violemment – faisant sursauter Dean à son tour – et se redressa d'un bon sur le banc, les yeux exorbités.

- Dean ?! S'écria-t-il, en fouillant l'espace vide devant lui du regard, les mains crispées sur le rebord du banc.

Il était difficile de définir s'il était heureux ou terrifié. Dean le fixa sans savoir comment réagir. Sam ne le voyait pas, c'était évident. L'avait-il senti ?

- Dean... répéta Sam dans un murmure, si tu es là...

Il avala sa salive et le souffle court, comme lorsqu'on essaye de respirer le plus silencieusement possible, leva la main droite devant lui.

- S'il te plaît, touche ma main.

Dean soupira.

- Sam ! Protesta-t-il, tu sais très bien que je suis là, je n'ai pas besoin de te le prouver !

Mais Sam demeurait dans la même position, le regard fixé sur sa main, et Dean capitula.

- Bon, d'accord. Mais je te connais, Sammy, tu recules pas comme si j'étais un monstre ou c'est mon poing dans la gueule que tu vas recevoir !

Il inspira profondément et secoua sa main comme pour lui donner l'énergie nécessaire. Puis, très lentement, il l'avança vers lui, s'arrêta à quelques centimètres puis fronça les sourcils et la posa sur la sienne. Une sorte de frisson les parcourut alors tous les deux, Sam émit un petit couinement, ses yeux s'emplirent de larmes et Dean réalisa qu'il le touchait, il le touchait vraiment. Leurs éclats de voix se chevauchèrent, bien que Sam ne puissent pas l'entendre.

- Sam ! Sam, j'y suis arrivé, je peux te toucher, tu me sens !

- Dean ! Tu es là !

Sam pleurait et ses larmes coulaient à flots sur son sourire.

Dean ne put s'empêcher de l'observer et un sourire traversa son visage. Il glissa sa main contre la sienne de façon à les tenir l'une contre l'autre et emmêla ses doigts aux siens. Sam le laissa le guider dans un petit sourire et l'imita. Un silence passa. Bien qu'il ne le voyait pas, Sam gardait les yeux baissés, comme cherchant à éviter son regard, les épaules tombantes, le dos voûté. Accroupi, Dean s'avança comme il put, laissant leurs mains retomber sur la cuisse de Sam, comme lorsqu'il était enfant et qu'il était triste, Dean s'approchait toujours de cette manière là, accroupi au dessous de lui. De sa main libre, il essuya ses larmes et prenant son visage dans sa paume, le caressa du pouce. Sam claqua nerveusement des dents sous le contact puis ferma les yeux, laissant de nouvelles larmes rouler.

- Ca va aller, Sam, je te le promets. Ca va aller.

Il déposa un court baiser sur sa main, puis un second, plus long. C'était horriblement frustrant de ne pouvoir rien faire. Il aurait tellement voulu le prendre dans ses bras et le laisser enfouir son visage contre lui pour lui cacher la vision de l'hôpital, de son propre corps dans le coma, le protéger de tout ça, le laisser s'endormir paisiblement...

Sam posa son autre main sur la sienne qui tenait son visage et la caressa.

- Dean… je suis désolé… désolé pour tout ce que j'ai pu te faire, désolé de pas avoir été là quand j'aurais dû, désolé pour t'avoir pris la tête l'autre jour pour les études et de t'avoir fait la gueule pendant trois jours parce que tu partais avec papa au lieu de rester avec moi. Désolé de... t'avoir piqué tes céréales...

Il éclata en sanglot. C'était exactement le genre de situation qui pourrait être très drôle et tragique à la fois. Rien n'était plus ridicule de le voir éclater en sanglot pour des céréales. Rien n'aurait pu faire à Dean plus de mal. Le cœur en miette, il appuya de nouveau ses lèvres contre sa main en plusieurs baisers, puis resta comme ça, la froideur de ses lèvres contre lui, les yeux crispés, espérant apaiser les sanglots de Sam qui le déchiraient comme des lames invisibles.

- Je te demande pardon. Je n'aurais pas dû répliquer comme ça à papa, j'aurais dû t'écouter quand même. S'il te plaît, pardonne-moi, pardonne-moi.

Il tournait à l'hystérie et Dean sentait venir la crise de panique.

- Chuuut, murmura-t-il contre la main de Sam, chuuuut, Sammy, chuut, arrête de pleurer, s'il te plaît, arrête, ça ne sert à rien.

Mais Sam n'arrêta pas.

- NON ! Hurla-t-il soudain en se dégageant brusquement.

Il s'écarta et se recroquevilla sur lui même, la tête entre les genoux, secoué de sanglots. Dean tenta le tout pour le tout et le suivit , s'assit à côté de lui et passa un bras autour de ses épaules. Sam frissonna et poussa un sanglots plus fort que les autres, à la limite du cri.

Dean comprenait le sens de sa réaction et son cœur se brisa mais il ne put faire autre chose qu'embrasser doucement ses cheveux.

Le sentir en fantôme rendaient la situation plus réelle, comme une preuve qu'il était proche de la fin, et Sam ne pouvait pas le supporter, pas plus que Dean ne pouvait supporter de le quitter.

- Ca va aller Sammy, répéta-t-il, je sais que tu as confiance en moi, alors aie confiance, je vais m'en sortir, je te le promets.

Sam glissa sa main ouverte sur sa cuisse vers lui, comme une invitation, et Dean la saisit avec force.

Il restèrent un moment comme ça, l'un contre l'autre, sans se soucier de l'impossible de leur situation, puis quelque chose se passa.

Dean, se sentit faiblir jusqu'à ne plus pouvoir le toucher, une sensation très désagréable s'emparant de sa poitrine.

- Bordel de merde, qu'est-ce que c'est que ça, encore ?!

Sam, qui s'était assoupi, se réveilla en sursaut en ne le sentant plus.

- Dean ?! S'écria-t-il, regardant à côté de lui sans le voir. Qu'est-ce qui passe, pourquoi tu n'es plus là ?

Dean leva le regard vers lui, paniqué. Il voulut répondre quelque chose mais ne trouva rien à dire, ne parvenant à déterminer exactement ce qu'il ressentait – ou ne sentait plus du tout. Ses restes de sensations humaines semblèrent s'évanouir. Sam se mit à respirer plus vite, soudain.

- Oh, non... non, non, non, non, NON !

Et il bondit sur ses pieds pour s'élancer hors de l'église, suivi de Dean.


Sam déboula dans la chambre dans un dérapage incontrôlé, le teint écarlate, le cœur l'élançant furieusement jusque dans son dos, douloureusement. Les voix mêlées du médecin et de John cessèrent immédiatement. John, assis sur un tabouret, le dos voûté, la tête entre les mains, releva brusquement la tête, et les deux hommes se retournèrent vers lui. Sam les regarda tour à tour, les yeux exorbités, explosés de terreur, puis il s'approcha de Dean. Il avait pâli jusqu'à devenir presque blanc, quelque chose dans ses traits avaient changé, sa poitrine se soulevait faiblement, irrégulièrement, et les « bips » de la machine étaient devenus beaucoup plus lents. Les yeux de Sam brillaient. Il lui prit la main.

- Qu'est-ce qui se passe ? Demanda-t-il, les sanglots dans la gorge, qu'est-ce qui lui arrive ? Pourquoi il est glacé comme ça ?

Le médecin sembla mal à l'aise et Sam l'entendit s'éclaircir la gorge, mais il ne lui laissa pas le temps de répondre. Sans faire attention à lui, il s'essuya violemment le nez et se tourna d'un trait vers son père, qui s'était levé et le regard fou, le fixait.

- Papa, qu'est-ce qui se passe ?! Répéta-t-il en haussant la voix.

John s'approcha lentement de lui et dégagea sa main qui tenait celle de Dean pour le prendre contre lui. Le souffle court, fort et précipité, Sam se laissa faire, les yeux fixes, agrandis par la terreur.

- Ca va aller, Sammy, murmura John dont la voix tremblait.

Des sanglots spasmodiques commencèrent alors à secouer Sam tandis que la vérité montait peu à peu à lui avec la lenteur d'un couteau tranchant manipulé dans la chair. John l'étreignit fortement, comme essayant d'atténuer sa détresse.

- Ton frère est en train de mourir, ajouta-t-il.

Ce fut à ce moment là que Sam réagit. Il se tortilla et rua comme il put dans les bras de son père, tout en psalmodiant de façon névrotique :

- Non, non, non, non, non, non, non !

Il parvint à se dégager.

- NON ! Hurla-t-il en repoussant violemment son père, comme un rugissement arraché des entrailles de son être, non, non, NON !

Et sans jeter un seul regard au lit d'hôpital, il s'enfuit hors de la chambre.

Immobile sur le pas de la porte, interdit, Dean jeta un regard horrifié à son corps avant de s'élancer derrière Sam.

Il le poursuivit dans les escaliers, lui hurlant inutilement de s'arrêter, mais Sam courrait toujours plus vite, avalant les étages avec une force insoupçonnée, le distançant rapidement. Lorsqu'il dépassa la porte que Sam venait de toute évidence de franchir, une vague d'effroi le saisi brutalement. Il faisait nuit. Debout sur le rebord du toit, secoué de sanglots et tremblant de tout son corps, Sam fixait le vide en dessous de lui, bras légèrement écartés. Dean se figea.

- Oh, non, Sam, tu ne vas pas faire ça ! Lança-t-il comme une menace.

Il marcha vers lui d'un pas décidé et tenta de le saisir mais sa main traversa son poignet et il ouvrit la bouche, un froid plus glacial encore que la mort se répandant dans ses membres de fantôme, fixant la main de Sam et ses doigts écartés qui ne pouvaient l'atteindre. Il leva la tête vers lui. Son visage était dur, déterminé, comme déjà détruit. Bordel, pourquoi fallait-il que les plus belles preuves d'amour soient les plus cruelles ? Dean réfléchit à toute allure à une solution mais n'en trouva aucune. Il gardait son bras devant Sam, comme s'il pouvait le rattraper, comme si ça allait suffire.

- Sam, je suis pas encore mort, bordel.

La bouche ouverte, Sam respirait vite, les lèvres retroussées, regardant en dessous de lui, comme absorbé.

- S'il te plaît Sammy... saute pas.

Sam ferma les yeux et ouvrit d'avantage les bras, exactement comme quand il était petit et qu'il sautait du toit en se prenant pour Batman.

Paniqué, essayant encore et encore de le saisir sans y parvenir et le voyant de plus en plus prêt à avancer d'un pas, Dean hurla :

- CASTIEEEEELLLL !

Mais l'ange ne vint pas et sans larmes, Dean pleurait nerveusement, jurant et priant tous les dieux possibles d'intervenir. Si les fantômes savaient pleurer, alors ses joues auraient été trempées.

- Tu sais, je te l'ai peut-être pas assez dit, chuchota Sam, mais…

Dean regarda la tête vers lui dans un mélange d'espoir et de détresse.

- Je t'aime, Dean.

Alors, il ferma les yeux et s'abandonna dans le vide.

- NOON !

Dean se précipita sans réfléchir. Il se jeta en avant et par automatisme, referma de toutes ses forces ses bras autour de la taille de Sam. Il y eut un cri et il réalisa seulement avoir réussi lorsqu'ils s'écroulèrent ensemble en arrière, sur le toit de l'hôpital. Il se redressa aussitôt vers Sam, effondré à ses côtés, secoué par une quinte de toux.

- ESPECE DE CRETIN ! Hurla-t-il, au comble de la fureur, en se levant d'un bond. Tu cherchais quoi, me mettre à bout ?! Me faire crever avant que l'autre emplumé ne ramène ses fesses pour m'emmener avec lui ?! T'es qu'un putain d'égoïste, Sam ! Qu'est-ce qui se serait passé, si j'avais pas été là ?! Abruti !

Essoufflé plus par habitude humaine que par réel manque de souffle, les yeux révulsés, il fixait Sam… qui le fixait aussi, agenouillé par terre, les bras entre ses cuisses, dos voûtes et les épaules tombantes, l'expression livide. Il réalisa alors qu'il le voyait et l'entendait. La colère le quitta d'un seul coup et sa mâchoire se décrocha.

- Sam, fit-il à voix basse. Tu me vois.

Sam le dévisageait, et quelque chose se mit à le secouer, entre le rire et les larmes. Il éclata finalement dans un rire nerveux qui résonna, glacé, sur le toit de l'hôpital. Dean se laissa tomber à genoux devant lui et tenta de prendre son visage entre ses mains mais elles le traversèrent de nouveau. Ses yeux rencontrèrent ceux de Sam, noyés de larmes, complètement ailleurs.

- Dean, Dean. Dean.

Il leva la main vers lui et ses doigts effleurèrent ses joues, le traversant. Sam se mordit les lèvres et Dean, le fixait d'un regard intense et impassible, les yeux grands ouverts.

- Pardon, pardon. Je veux pas... que tu partes. Je préfère mourir. Si tu pars je veux partir avec toi.

Le regard de Dean se voila. Il ressemblait soudain tellement à l'enfant qu'il était il y a quelques années, sa voix troublée par les larmes et les hoquets, qu'il aurait tout donné à cet instant pour pouvoir le prendre dans ses bras.

- Sammy, calme-t…

Sam respirait de plus en plus vite et sa poitrine se soulevait visiblement sous l'effet de la panique.

- Promets le moi, le coupa-t-il. Promets-moi que tu ne vas pas me laisser.

Dean déglutit, fouillant les prunelles claires noyés de larmes.

- Je te le promets, Sammy.

C'était la vérité. Il le savait. Quel que soit ce qu'il aurait à combattre ou à accomplir pour rester en vie, quelles que soient les épreuves ou la douleur, il dépasserait tout cela pour rester auprès de son petit frère. Bien qu'il ne puisse pas l'atteindre, il glissa sa main dans celle de Sam.

- Respire, Sammy. Il faut que tu te calmes et que tu redescendes auprès de papa. D'accord ?

Sam avala sa salive et ancra son regard, soudain flamboyant, dans le sien.

- Mais je peux t'aider. Dis-moi ce qu'il faut faire et je le ferai. Tout, tout ce que tu veux.

Dean lui envoya un large sourire, comme pour le rassurer. C'est étrange, il y a quelques heures il le suppliait de l'entendre pour l'aider, mais maintenant que c'était le cas, tout son être se refusait à impliquer Sam là-dedans.

- Si tu veux vraiment faire quelque chose, Sam, tu vas revenir dans la chambre auprès de papa, tu vas manger, te reposer, et prier pour moi, pour que je m'en sorte. Mais quoi qu'il arrive, je ne veux pas que tu recommences ce genre de conneries. Promets le moi.

Sam le dévisageait.

- Je te promets de pas recommencer, si toi tu tiens ta promesse.

Dean voulut protester mais ne le fit pas. Ca aurait été inutile, et il ne voulait pas faire douter Sam maintenant.

- … C'est d'accord. Maintenant, va-y.

- Je veux rester avec toi.

- Non, tu ne peux pas, pas pour l'instant. Va-y, je te dis.

Ils se relevèrent mais Sam marqua un temps d'hésitation, l'observant toujours.

- Viens avec moi, alors.

Dean ancra son regard dans celui de Sam.

- Sam, non. Ne proteste pas.

Il y eut un instant de silence. Sam serra les poings, avala sa salive. Il paraissait sur le point de s'écrouler d'un instant à l'autre.

- Tu n'es pas… en train de me mentir, n'est-ce pas ?

Dean l'enveloppa d'un regard tendre, à défaut de pouvoir le toucher.

- Sammy, je te promets, au nom de maman, je te promets que je ne vais pas t'abandonner. D'accord ?

Sam acquiesça et le contourna pour partir. Alors qu'il ouvrait la porte et allait la dépasser, Dean l'interpella :

- Hey, Sammy ?

Sam se retourna vers lui et Dean lui lança un grand sourire.

- Moi aussi, je t'aime.

Sam sourit, rougit, hocha un peu la tête en clignant des paupières, et fit volte-face.


Fin de ce chapitre - j'espère que ça ne vous a pas déçu :-) merci d'avoir lu.

Et une grosse pensée d'amour pour ma petite étoile qui me manque beaucoup... et que j'aime de tout mon coeur.